ALFRED DELVAU
Effets du printemps
n est une heure dans l'année, Où tout ce qui vit, veut jouir.
Où la vierge et la grauiinée Ressentent le même désix.
La nature entière se pâme
Sous un baiser mystérieux
Et se mouille, comme une femme
Sous le V... du plus beau des Dieux.
Tout s'ouvre, le bouton de roses Et celui des femmes aussi.
Et l'on peut se gaver de choses Charmantes, sans dire merci.
Les chênes des forêts ombreuses Lancent leurs glands sur les chemins.
Où les rustiques amoureuses Les ramassent à pleines mains.
Les ramiers et les tourterelles Se becquètent avec fureur.
Devant les jeunes demoiselles Qui les suivent d'un œil rêveur.
L'air est plein d'odeurs spermatiques Qui font b... les plus usés Et font sortir de leurs boutiques, Les bourgeois les plus empesés.
Les uns vont au bordel, les antres Grimpent les femmes des voisina.
Et de Priape, heureux apôtres, Vendangent leurs divins raisins.
Le roi fout la reine — ou son page Le vieillard fout sa bonne — un peu Darthenay fout Alice Page, Et le pauvre fout ce qu'il peut !...
Les marbres de nos Tuileries Eux-mêmes se sentent atteints Par toutes ces galanteries Que nous débitons aux putains.
On voit sous les feuilles de vignes Que leur impose la pudeur, S'agiter de gros membres dignes D'admiration — ou d'horreur.
Les capotes mélancoliques Qui pendent chez Monsieur Millan (1) S'enflent d'elles-mêmes, lubriques, Et déch... en se gonflant.
Ali ! la belle heure, quand j'y pense ! On mettrait une flotte à flot Avec le f... qu'on dépense Tant que résonne son grelot !
(i) Célèbre marchand de préservatifs.