‹ La musique à Paris, 1894-1895 -[1898-1900] (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Formes différentes des mélodies au point de Tue composition (lre forme). — 2e forme. Introït : Gaudeamus. — Antienne : Adorna. — Communion : Jérusalem sufge. — Hymne : Fange lingua gloriùsi, lauream. — Gloria, laus et honor. — Benedictus es. — 3e forme. 1° Graduel : Qui sedes. — II0 Alléluia : Jusius çerminabit. ■ — ■ III0 Restes Tharsis. — IV° Communion : Dominus virtutum. — V° Trait : Deus, Deus meus. — VI0 Répons : Collegerunt. — Complément. Preuves inverses. — Un même texte sous plusieurs mélodies. — Enseignement classique. — Antiennes : Convertere et Ave Maria. — Textes : Jubîlate Deo. — Sederunt principes. — Qui régis Israël. — Justus ut p aima.

Pièces hors classes : Agios o Theos. Conclusion.

Hubert (Jean). — Autour d'une Sonate, étude sur Robert Schumann. 1 broch. in-8°. Avec des exemples en musique. Fischbacher.

Dans les 76 pages de cette brochure je vois que la sonate en sol mineur dont il est question « n'a pas le défaut d'unité que paraissait redouter Schumann ». Je vois aussi que si la forme est « par instants pénible, .on se sent, cependant, en face d'une œuvre robuste... étonnamment vivante, ayant de la chair, du sang, des muscles ». Enfin je rencontre au cours d'une longue analyse des remarques

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fort justes sur les points où Schumann s'est montré novateur. Et cela suffit à m? intéresser. Maintenant quel a été le but précis de l'auteur en écrivant cette brochure? Le voici autant que j'en puis juger. On a reproché à Schumann de renier la tradition des maîtres et de tenir peu compte de la « forme ». M. Jean Hubert a voulu prouver qu'il n'en est rien. Il cite d'abord des passages des Lettres et des Ecrits qui contredisent ces assertions. En second lieu il prend une œuvre et l'étudié en détail pour en faire ressortir les mérites de composition. Cette œuvre est la sonate en sol mineur. Ce choix s'explique par ce fait que, « écrite de 1833 à 1838, elle a été composée au fur et à mesure de l'expansion du génie de Schumann ». Si l'on ajoute à cela que Schumann a affirmé plusieurs fois l'importance qu'il attachait au genre « sonate », on peut se hasarder à accorder à cette œuvre une valeur « typique ». On pourrait reprocher à cet opuscule quelques indécisions dans la façon dont se poursuit le dessein général. Ainsi le paragraphe consacré aux détails biographiques ne parait pas assez faire corps avec le reste de l'ouvrage. L'auteur n'a pas assez montré comment les nombreuses émotions que traversa Schumann ont pu avoir leur contre-coup dans ses créations artistiques.

Imbert (Hugues). — Profils cU artistes contemporains.

I vol in-8° avec six portraits gravés à l'eau-forte par T. Burney. Fischbacher.

II faut commencer par louer M. Hugues Imbert

d'avoir fait une belle et bonne action. Retracer en termes émus la vie, hélas ! trop courte d'un compositeur remarquablement doué, et, chose triste à dire, demeuré inconnu de notre grand public; voilà ce qu'il a eu la générosité de faire dans sa première étude. Le vicomte Alexis de Castillon est né à Chartres en 1838. C'est aux orgues de « la Cathédrale », dans le mystère des hautes voûtes, que s'éveillent ses premières aspirations musicales. Après un bref stage dans le métier des armes, il se décide, vers 1860, à s'adonner exclusivement à son art préféré. Il travaille d'abord sous la direction de Victor Massé; mais dès qu'il lui est donné de connaître César Franck il s'attache aux enseignements du maître. Ses années de labeur ne furent pas longues. En 1870 il fait campagne. Et lorsque revenu brisé par les fatigues il se remet à composer, voilà que la mort vient le saisir à l'âge de trentecinq ans. Qu'est-il resté de ses travaux? Environ 25 œuvres dont plusieurs sont encore inédites. Œuvres non pas parfaites, il faut l'avouer, mais empreintes d'un sentiment profond et d'une fougueuse inspiration. Pour ces qualités, comme aussi pour ce fait qu'Alexis de Castillon a été l'un des premiers de nos contemporains à cultiver la musique de chambre, son souvenir a droit à nos hommages posthumes; c'est pourquoi nous ne saurions trop féliciter M. Hugues Imbert de la place qu'il lui a donnée dans son nouveau volume.

La plus grande partie de cet ouvrage est remplie par une longue et sérieuse étude sur M. Massenet. Voici encore évoquée la silhouette de Rubinstein et,

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aussi, celle d'Edouard Schuré (en cette élude on eût aimé, si l'ordonnance y eût prêté, à voir exposées les idées de l'auteur du Drame musical). Enfin M. Hugues Imbert consacre deux chapitres à mettre en lumière les mérites de Louis Lacombe et de Charles Lefebvre. En somme voilà un volume qui continue heureusement les recueils déjà connus du distingué rédacteur en chef du Guide musical.

Joly (Charles). — Les Maîtres-Chanteurs de Richard Wagner, étude historique et analytique. 1 vol. in-12 avec exemples en musique. Fischbacher.

Au moment des représentations des Maîtres à l'Opéra (par pudeur nous évitons de dire les « premières »), M. Charles Joly, rédacteur au Figaro, secrétaire de la Revue internationale de Musique, eut la pensée de résumer très clairement clans un volume ce qu'il est nécessaire de connaître pour goûter et comprendre le drame de Wagner. C'est dire qu'il ne faut pas chercher clans ce volume l'historique des si nombreuses discussions et controverses qui s'élèvent au sujet de chaque ouvrage de Wagner. Résolument M. Joly les a passées sous silence; et, en cela, il a bien agi. La lecture de son volume y gagne en agrément sans que sa valeur d'initiation s'en trouve diminuée.

L'introduction rappelle les circonstances dans lesquelles l'œuvre fut conçue et réalisée. Les pages qui ont trait aux premières exécutions au théâtre de Munich en 1868 ont un intérêt particulier : elles donnent divers détails inédits qui furent révélés à

l'auteur, par son ami Félix Mottl. Avant d'aborder l'étude du poème, M. Jolya eu l'heureuse inspiration de donner un aperçu vraiment très complet de ce qu'était la corporation des Meistersinger, et du rôle que joua Hans Sachs dans le développement de cette institution. L'analyse du poème, très détaillée, se complète par des observations sur les tendances qui doivent guider le traducteur, et en particulier, sur les traductions de M. Alfred Ernst. Je ne dirai qu'une chose de l'analyse de la partition; c'est que, tout en étant très complète, elle est cependant d'une lecture accessible pour tous. Enfin, le volume se termine par une appréciation des représentations de l'Opéra. M. Charles Joly s'en montre très enthousiaste, mais son enthousiasme n'est pas de parti pris puisque (à l'encontre des applaudissements de la foule) il ne craint pas d'adresser de justes critiques à M. Alvarez. « C'est une merveilleuse voix de ténor que l'on entend; mais ce n'est pas Walther qui chante, c'est M. Alvarez. »

Kufferath (Maurice). — Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg, de Richard Wagner. 1 vol. in-12 de 310 pages avec des exemples en musique. Fischbacher.

Je crois me rappeler que l'on a fait à cet ouvrage quelques deux ou trois critiques. On a reproché, me semble-t-il, à l'auteur de n'avoir pas donné assez de détails sur Hans Sachs et sa corporation. Peut-être avait-on raison de le faire. Pour ma part j'avoue humblement que dans un livre consacré au drame

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de Wagner les renseignements historiques n'ont vraiment d'intérêt qu'autant qu'ils nous présentent les sources où Wagner a puisé et l'usage qu'il en a su faire. Or sur ce point le volume de M. Kufferalh est certainement assez documenté. Le tribut qu'il rend aux travaux du regretté Alfred Ernst n'a pas été jugé suffisant ou même équitable : en vérité c'est là un terrain brûlant sur lequel je suis résolu à ne pas m'aventurer. — Est-il exact aussi que M. Kufferalh n'a pas suffisamment insisté sur la représentation de l'Opéra en 1898? Il est difficile de l'affirmer. En dehors de certaines réserves, d'ailleurs fort soutenables, il se montre franchement élogieux. N'a-t-il pas écrit quelque part : « Peut-être même, à certains égards, l'exécution chorale à Paris fut-elle supérieure à celle de.Bayreulh, par l'ampleur et la distinction de la sonorité, par l'aisance des mouvements de chaque individualité ». Et encore : «... Cette dernière et triomphale étape de l'œuvre n'en est pas moins un événement qui a sa place désormais dans l'histoire de l'art... » 11 ne semble pas que ce soit là le langage d'un homme enclin au parti pris. Et s'il n'a pas parlé (au moins en détail) des représentations de Lyon, il faut prendre garde qu'en lui en faisant reproche on ne tend pas à moins qu'à permettre aux Russes, Italiens, Américains, etc., de lui tenir rigueur de ce que leurs théâtres n'y sont pas traités avec tous les égards désirables. — Enfin j'ai lu quelque part que M. Kufferath a commis une erreur en s'imaginant que le célèbre finale du ne acte est « une fugue ». L'auteur de cette critique a trouvé là une belle occasion de faire, comme disaient nos pères, grand

état de ses connaissances. C'est du reste sa seule excuse, car M. Kufferath n'a jamais prétendu qu'il fallait voir une « fugue » dans ces pages, d'ailleurs si géniales. Il a bien parlé du thème de la bastonnade en disant que c'était un thème de fugue — ce qui n'a rien de choquant pour peu qu'on veuille l'examiner. Il a bien dit aussi : « Ce thème tantôt dans le dessus, tantôt à la basse, prenant pour contre-sujet et réponse ici la première période de la sérénade, plus loin la deuxième, la fugue se poursuit à l'orchestre... » Mais à moins de se montrer étroit de parti pris je ne vois pas qu'il faille trouver ici autre chose qu'une qualification de ce passage où les parties semblent constamment se fuir et se poursuivre ainsi qu'on l'a dit de la fugue. On objectera : mais les termes de contre-sujet, de réponse sont employés d'une manière inexacte. Oui sans doute si l'on se place arbitrairement dans l'hypothèse d'une véritable fugue. Mais encore faut-il avoir la bonne volonté de voir ce que l'auteur veut exprimer au moyen de ces expressions. Evidemment sa pensée est celle-ci : à tels endroits, des périodes de la sérénade se combinent avec le thème de la bastonnade, à tels autres elles lui font comme une riposte, comme un écho. Ainsi dans les deux premières mesures de la page 266 (partition française) la première période du thème de la sérénade marche sous les mesures finales du thème principal. Au contraire, aux trois dernières mesures de la page suivante, la deuxième période arrive comme un écho ou une réponse. Et si l'on discute la validité de cette expression, je rappellerai un passage de

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Wagner dans son opuscule Sur fart de diriger. Il s'agit de l'ouverture d'Egmont. « Dans l'allégro de cette ouverture, le sostenuto redoutable et pesant de l'introduction est repris en durées brèves comme première partie du deuxième thème; un contremotif doux et tranquille y répond... »

Mais voilà qu'au lieu de faire un résumé du livre de M. Kufferath je m'oublie à répondre aux critiques qui lui furent faites. C'est qu'en vérité, tenant ses ouvrages pour fort sérieux, j'étais heureux de me rendre compte de la portée qu'il leur fallait attribuer. J'ajoute que cette nouvelle monographie sur les Maîtres-Chanteurs continue dignement la série de ses études wagnériennes. Les idées de l'auteur, je n'ai pas la place de les exposer ici : je me contente d'attirer l'attention, puisqu*on ne l'a guère fait jusqu'ici, sur les précieux documents que M. Kufferath a réunis dans son appendice : les premiers scénarios de la Comédie, une traduction de passages peu connus de Wagner sur la « première » de son œuvre, l'extrait de l'Art de diriger qui a trait à l'interprétation de son ouverture et enfin le texte original de l'analyse que fit Wagner du prélude du troisième acte.

Lefebvre (Léon). — L 'orchestre du théâtre de Lille. 1 broch. in-16 de 115 pages. Lille, imprimerie Lefèbvre-Ducroq.

Lichtenberger (Henri) — Richard Wagner poète et penseur. 1 fort vol. in-8°. Félix Alcan.

Ce gros volume demande autre chose qu'une analyse de bibliographie : il doit être discuté. Comme

je tiens à le faire en détail, je remets cette étude à la bibliographie de la prochaine année. Aussi bien sa date d'apparition tardive (octobre ou novembre) le range de droit dans un autre « annuaire ». Bien que je sois fort loin de partager toutes les idées de l'auteur, je n'en considère pas moins son ouvrage comme un ouvrage à lire. C'est sans doute ce que feront beaucoup de personnes et surtout les ardents enthousiastes du maître de Bayreuth. Les universitaires sont parfois exclusifs; mais lorsqu'ils adoptent un homme, les éloges ne sont pas marchandés. Et, vous pouvez m'en croire, Wagner a, cette fois, bien été « adopté ».

Lyon (Gustave). — Etude technique sur la nouvelle harpe chromatique sans pédales. 1 broch. in-8°. Paris, Pleyel, Wolffet O.

Malherbe (Charles). — Catalogue bibliographique de la Section française à V exposition de Bergame pour le centenaire de Donizetli. 1 vol. petit in-8° avec illustrations et reproductions d'autographes (dont un de Bichard Wagner). Fischbacher.

— Rapport sur T Exposition Donizetli à Bergame (rédigé et adressé à M. le Ministre de l'instruction publique par — ). 1 broch. in-16 de 26 pages. Le Journal musical, 11, rue de la Pépinière.

Les Maîtres musiciens de la Renaissance française, éditions publiées par M. Henry Expert. Paris, Alphonse Leduc. Livraisons parues cette année :

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Sixième volume : Goudimel : Dernier volume du

Psautier de 1580.

Septième volume : Clément Janequin : Chansons

(Attaingnant, 1529).

Huitième volume : Liber quindecim missarum :

Missa de Beata Virgine (Brumel) et Missa Ave

Maria (P. de La Rue.)

La musique de chambre, année 1897. Séances musicales données dans les salons' de la maison Pleyel , Wolff et C'°. Reproduction des programmes. Préface par Henry Gauthier-Villars. 1 vol. in-8ù. Paris, Pleyel, Wolff et Cic, 22, rue Rochechouart.

Pour la cinquième fois la maison Pleyel publie l'annuaire des séances qui furent données dans ses salons. La direction expose, dans un avant-propos, qu'elle s'incline « devant les idée.s d'absolue indépendance de l'Ouvreuse (H. Gauthier-Villars) et respecte les opinions consciencieusement formées». Elle rappelle aussi que M. Oscar Comettant fut le premier « parrain » de cette publication; et faute d'un mot mis en italique on croirait, à une première lecture, qu'elle considère ce musicographe défunt comme le « critique musical du siècle. » Mais peu importe ces légers détails; ce qui nous intéresse, c'est que nous sommes en présence d'une Préface très nette, très catégorique et qui mérite absolument l'attention de tous les musiciens.

M. Henry Gauthier-Villars ouvre son étude par une statistique bien amusante, non moins plaisante

€jue celle que place Balzac au début de sa Physiologie du mariage. Tels ou tels compositeurs vivants, écrit-il, ne feraient sans doute pas de difficulté de reconnaître que leurs noms ne doivent figurer qu'après ceux de tels maîtres défunts. Eh bien, tel n'est pas l'avis du public, puisque dans les programmes on voit les noms de MM. .Godard et Thomé primer les noms de Mozart, de Bach, de Franck, etc. Et l'on entend trop de cette musique médiocre, de cette « musique que c'est pas la peine », comme disait Chabrier. À qui la faute? se demande le critique. A qui la faute? Mais à ceux qui s'imaginent qu'il y a une musique pour le public et une musique pour les délicats (ainsi la marquise de Rambouillet favorisait-elle les assiduités de Montausier auprès de sa camériste, croyant fermement que l'acte et l'intention se pouvaient distinguer). Elle est aussi à ceux qui croient depuis Stendhal que la musique « est purement productrice de sensations agréables », à ceux qui s'imaginent que la mélodie est seulement « quelque chose qui chante ». Elle est encore aux professeurs : « consultez les programmes et vous resterez stupéfait en constatant les prodigieuses niaiseries dont se servent les « éducateurs » ô l'ironie des mots! — pour initier à la musique la jeunesse qui leur est inconsidérément confiée ».

La cause de la vraie musique est-elle donc perdue ? Aucunement, répond le critique. Grâce à d'intelligents virtuoses, les programmes panachés, où les extrêmes se coudoient, deviennent de plus en plus rares. (Et il fait allusion à certaines séances de piano et de quatuor qui accusent concrètement

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Ioppées n'avaient leur place que dans le Guide musical de Bruxelles ou dans la Rivista musicale des frères Bocca à Turin. Désormais l'importance « typographique » de cette revue lui permet de publier dans chaque numéro deux ou trois articles de fond. Depuis quelque temps elle consacre une rubrique à la Revue des journaux musicaux de tous pays. C'est là une heureuse innovation, dans laquelle elle a, du reste, été précédée par le Journal musical de M. Baudouin-la-Londre. S'il m'était permis de donner un avis sur la manière dont je comprends le rôle d'une pareille publication, voici comment je résumerais mon opinion. Sous le rapport des articles de fond comme sur celui des « chroniques » tant françaises qu'étrangères, la voie que suit la Revue internationale est assurément la meilleure. Toutefois je tâcherais d'ajouter une correspondance américaine. Ainsi que nous l'a appris M. Eugène Isaye [Guide musical du 23 octobre 1898), la situation musicale aux Etats-Unis n'est pas encore parfaite, mais les chefs d'orchestre y font preuve d'une initiative, sinon toujours clairvoyante, du moins fort énergique. Celte correspondance serait d'autant plus nécessaire qu'en ce moment, pour des motifs que je ne veux pas rechercher, il se fait une campagne très active en Allemagne afin d'engager les jeunes artistes américains à aller y perfectionner leurs études musicales. Mais ce serait surtout sur la partie documentaire que je souhaiterais de voir porter une particulière attention. J'en ferais même volontiers l'objet d'une partie distincte. Il semble que les feuillets réservés actuellement aux nouvelles et

échos pourraient y être exclusivement consacrés. Ce serait comme une partie secondaire que l'on ferait relier, dans les collections, à la fin de chaque année. On y trouverait la date des premières représentations, ou reprises importantes, des principales œuvres lyriques avec le tableau des interprètes. Les programmes des concerts d'orchestre y trouveraient également place. Puis viendrait, ainsi que le fait le Journal musical, la nomenclature des sommaires des revues musicales. Il est très important de ne pas s'en tenir aux seules remarques du critique. Ces remarques ont leur raison d'être, mais il ne faut pas oublier qu'un article dont on ne voit rien à dire pour le moment, peut cependant avoir un intérêt tout particulier pour quelqu'un qui poursuit une étude spéciale. Qu'on ne les analyse pas tous, c'est fort naturel. Encore faut-il qu'on puisse en connaître l'existence lorsque besoin en est. De plus il serait très désirable de faire mention des principaux articles sur la musique parus dans les journaux quotidiens. Un exemple. M. Richard Strauss vient de diriger un concert à Paris. Le jour même de ce concert M. Charles Joly a publié dans le Figaro une biographie du kapellmeister. Beaucoup d'entre nous seraient fort désireux de connaître les renseignements donnés dans l'article, mais combien ont eu la chance de tomber juste ce jour-là sur ce journal? Et encore pour le Gaulois ne serait-il pas infiniment désirable de pouvoir se reporter aux numéros où les si remarquables études de M. Louis de Fourcaud paraissent sans que l'éniment critique ait le souci d'en faire des volumes que tous, cependant, liraient avec

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Si les écrits de Wagner sont précieux en ce qu'ils nous aident à mieux comprendre la physionomie du maître, ils ont encore cet intérêt de constituer des pages très importantes de haute critique musicale. Wagner est remarquablement intéressant dans toutes les parties de ses œuvres où il touche à l'histoire de l'art musical. Qu'on me permette de prendre deux exemples dans les premières lignes de ce recueil. Page 192 de ce présent tome nous avons eu à citer une phrase de l'opuscule sur l'Art de diriger-, ce qui ressort de celte citation se trouve confirmé par ces mots (page 6 du volume de M. Silège) : « La nature a refusé à l'Allemand cette disposition pour le chant... » Dans notre tome III (1896-97), page 154, nous avons noté quelques remarques sur les exécutants allemands. Wagner écrit [op. cit., p. 9) : « ... c'est au point que cette unanime confiance de chacun dans ses propres forces nuit quelquefois à l'ensemble de l'exécution ; car il arrive qu'entraîné par son propre élan chacun se livre trop à des inspirations personnelles, au détriment de l'harmonie générale. » Je le répète encore une fois, les pages de critique de Wagner (avec celles de Berlioz) devraient être constamment pratiquées par nous tous les musicographes (c'est ainsi, je crois, qu'on nous appelle). Elles sont en musique quelque chose comme ce magnifique €hef-d'ceuvre qu'est le discours de Racine sur le <léfunt Pierre Corneille.

Solenière (E. de). — Massenet, étude critique et documentaire. 1 vol. in-8° avec illustrations de Couturier. Bibliothèque d'art de la Critique.

Nous parlions, à propos d'un ouvrage de M. Dandelot, du grand intérêt qu'il y a à recueillir les témoignages des contemporains sur l'accueil fait à une œuvre lors de son apparition. Ce que nous demandions pour les auteurs joués à la Société des concerts, M. de Solenière l'a fait, et très complètement, pour les œuvres de M. Massenet. Par là, il rend son ouvrage indispensable à lire pour tous ceux qui voudront écrire sur l'auteur de Manon.

L'élude personnelle qu'il consacre au compositeur renferme un certain nombre d'idées originales. Et en parlant d'étude je devrais presque dire plaidoyer, et habile plaidoyer. M. Massenet est très admiré, mais aussi très attaqué. Avec une adresse qu'on ne peut nier, M. de Solenière prend les divers chefs de critique qu'on adresse au musicien et s'évertue à les tourner à son éloge. Il n'y a qu'une chose que je ne lui pardonne pas, c'est d'avoir écrit cette phrase vraiment injuste : « Pour moi la musique française est née d'hier; son précurseur fut Méhul, qui naquit de Gluck, son initiateur (son créateur même devraisje dire). » Eh quoi? faut-il donc oublier qu'un jour qu'on trouvait Mozart en train de lire des partitions d'opéra français il répondit à son interlocuteur : « oui, pour la mélodie la pratique des Italiens est plus fructueuse. Mais pour la vérité de l'expression, les Français sont supérieurs. »

Mais ce qui donne du prix à ces pages, c'est la chaleur de conviction avec laquelle l'auteur les a écrites. Or le don d'enthousiasme n'est pas le don de tout le monde. On peut différer d'opinion avec M. de Solenière, mais on ne lui marchandera pas sa

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sympathie pour l'ardeur qu'il déploie à soutenir sa

cause.

Soubies (Albert). — Ahnanach des Spectacles, année 1897. 1 vol. petit in-12 de 126 pages, tiré à 500 exemplaires, dont dix sur chine et dix sur vvathmann, avec une gravure de Lalauze. Librairie des Bibliophiles, E. Flammarion.

Cetle publication continue l'ancien Ahnanach des spectacles qui se maintint de 1752 à 1815. Depuis 1874 M. Albert Soubies donne chaque année un nouvel exemplaire. On y trouve pour tous les théâtres de Paris le tableau de toutes les premières et reprises. Les premières données en province y sont aussi portées. Une seconde partie renferme une liste de documents concernant le théâtre . Une bibliographie rappelle tous les ouvrages publiés sur la question. Enfin le volume se termine par le tableau des résultats des concours du Conservatoire, la liste des critiques et la nécrologie des littérateurs défunts, durant l'année.

— Histoire de la musique en Bohême. 1 vol. petit in-8°. Librairie des Bibliophiles.

— Histoire de la musique en Hongrie. 1 vol. petit in-8° de 58 pages. Librairie des Bibliophiles.

— Histoire de la musique en Portugal. 1 vol. petit in-8°de 102 pages. Librairie des Bibliophiles.

— Histoire de la musique en Russie. 1 vol. in-8° avec figures. Bibliothèque de l'enseignement des Beaux-Arts, L. -Henry May.

La seule énumé ration de ces ouvrages suffit à montrer qu'il s'agit là d'une importante tentative. Nous manquions de renseignemants musicaux sur la plupart des nationalités ou même des groupes nationaux européens. Ces renseignements, M. Soubies a entrepris de nous les donner. En tous moments il eût été précieux de les posséder : à cette heure il est un motif de plus pour les présenter. M. Soubies l'a parfaitement compris. « Ce qui peut prêter, écrit-il, un attrait spécial à des monographies de ce genre, c'est que, par un phénomène que nous avons constaté ailleurs tandis que, matériellement, les divers peuples se mêlent et se pénètrent davantage, tandis qu'ils multiplient les communications et les échanges, ils tendent de plus en plus, dans l'ordre intellectuel, à une sorte de particularisme esthétique, hautement accusé et revendiqué. » Voilà qui donne un particulier intérêt à la publication de ces études. Mais ce qui en fait le véritable mérite c'est qu'il ne s'agit pas là de compilation de seconde main. M. Albert Soubies nous affirme qu'il s'est fait un devoir de recourir aux œuvres mêmes. Il n'est pas besoin de son affirmation. On devine entre les lignes qu'il parle (comme disaient les Latins) « de prudence », exprimant par là cet état d'esprit de L'homme qui s'est instruit au contact des faits.

Une chose très intéressante dans cet ensemble, c'est de constater la similitude d'origines qu'on retrouve chez tous les peuples. C'est presque toujours dans l'ordre religieux que se sont manifestés les premiers essais musicaux. Et à côté de la

Bibliographie. 341

les Italiens, les Flamands, les Anglais, les Scandinaves, les Espagnols) fait honneur à l'initiative et à la compétence de M. Albert Soubies.

Sïoullig (E.). — Les Annales du théâtre et de la Musique, avec Préface par Emile Faguet. 22e année, 1897. 1 vol. in-16. OllendorfP.

Stoumpff (Chanoine) . — Etude sur la musique allemande à propos du livre de M. Albert Soubies. 1 broch. in-8° de 34 pages. Montauban, imp. Forestié.

Sueur (Albert). — Crise de jeunesse. 1 vol. in-18. Pion et Nourrit.

Cet affîrmatif roman a droit à trouver place dans cette bibliographie, et pour les passages où les sensations musicales se mêlent au récit, et pour les vues sur l'art qui s'y expriment en divers endroits.

Tardes (J.). — Causerie-audition sur les Mailrcs- Chanteurs. 1 broch. in-8° de 19 pages. Mâcon, Protat frères.

Weber (Johannès). — Meyerbeer, notes et souvenirs d'un de ses secrétaires. 1 vol. in-12 de 134 p. Fischbacher.

C'est là une suite d'anecdotes souvent intéressantes que l'auteur a relevées de quelques vues personnelles. Entre autres je signalerai, page 113,

une digression sur l'art du chef d'orchestre qui renferme de fort justes aperçus.

Wild (Mlle Hortense). — De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation, la fixité. Préface de M. le marquis d'Ivry. 1 vol. in-8° de 118 pages avec musique. Fischbacher.

Willy. (Voyez l'Ouvreuse du Cirque d'Été.)

Wyzewa (Teodor de). — Beethoven et Wagner, essais d'histoire et de critique musicale. 1 vol. in-12. Librairie académique Perrin et Cie.

De cet ouvrage le titre est alléchant. En bien des parties il est d'un intérêt réel, mais il n'y faut pas chercher ce que le libellé du titre pourrait faire supposer. Ce n'est pas là une étude sur Beethoven et Wagner : opposant les deux maîtres dans leur conception si différente de la musique, et faisant voir en quoi l'un est la suite de l'autre sans s'asservir (comme certains) à son imitation. Sous ce titre M. de Wyzewa a réuni une série d'articles. Beethoven et Wagner y sont en cause le plus souvent, mais Mozart, Haendel et Schubert y trouvent aussi place. Sauf deux ou trois, ces articles furent publiés à propos d'ouvrages de musicologues français ou allemands.

M. de Wyzewa s'est dit avec raison qu'une biographie « psychologique » de Beethoven est nécessaire pour nous amener à l'intelligence du maître. Celte biographie il l'a tentée en s'appuyant sur les

Index.

Bruniel, 325.

Bruneau (Alfred), 49, 54, 72.

Brunelière (Ferdinand ),

Bulow (Hans de), 216.

Burney (T.), 317.

Busoni(Feruccio), 103, 110,

Caccini, 302.

Campagnoli, 273.

Cantié, 178, 272, 274, 275,

Caron (Mme Rose), 180, 287, 288, 308.

Carvalho (Mm°), 308.

Castillon (A. de), 318.

Cazeneuve, 75, 112, 276 à 282, 287, 288, 289, 294.

Chabrier (Emmanuel), 22, 53, 78, 88,101, 114, 156, 184, 192, 199,' 232, 238, 256, 261, 276, 277, 278,

Challet, 75, 275 à 279, 286,

Chamberlain (H. -S.), 163,

Chambrun (Comte de), 306.

Chaminade (Abbé) , 164 ,

Chanteurs de Saint-Ger-

vais (Les), 234, 296.

Chapuis (Auguste), 130.

Chatillon (A. de), 278.

Chausson (Ernest), 87, 159,

Cherubini, 128, 279, 286.

Chevillard, passim.

Chevillard (F.), 65, 70.

Cheyrat, 279.

Chopin, 155,270, 297, 307.

Clément (Félix), 306. Coindreau (Pierre), 102.

Collette (A.), 329.

Collin (Paul), 294.

Colonne (Ed.), passim.

Combarieu (J.), 306, 307.

Comettant (Oscar), 325.

Constantin (S. A. I. le grandduc), 172, 200, 201, 290,

Coquard, 121.

Corelli (A.), 152, 261, 285,

Corneille (Pierre), 335.

Corneille (Thomas), 128.

Cortot (Alfred), 230, 272,

Cottinet (Emile), 291.

Couperin, 241.

Couturier, 335.

La Critique (Editions de),

Crocé-Spinelli, 167, 256,

Cui (César), 201, 297, 293,

Curzon (H. de), 237, 307,

Dalcrozc (Jacques), 90, 102,

Dandelot (A.), 115, 309,

Dandrieu, 241, 277.

Dantu, 283, 284.

Daquin, 63.

Dargomijsky, 172,290, 292,

Darraux, 294.

Dauriac (Lionel), 24, 57.

Debussy (C.-A.), 101,151,

Delagrave (Ch.j, 262, 301.

Delavigne (Casimir), 236.

Deldevez, 311.

Delgrange (F.), 280, 283.

Delibes (Léo), 100, 168,

Delmas, 94, 278, 279.

Delna (JVIUe), 292.

Delsart (J.j, 242, 270, 279.

Denayer, 238, 262, 281.

Desjardins (Paul), 204.

Despréaux, 195.

Diémer, 62, 63, 86, 176,

Dietz (M»ue Eugénie), 205.

Doubrowsky, 290.

Drees-Brun (M'«e), 162.

Dron (M"e Marthe), 76,

Dubois ^Théodore), 52, 58,

Dukas (Paul), 33, 130.

Duparc (Henri), 45, 64,

Durand (A.) et fils, 74, 112,

Durer (Alberl), 204.

Dvorak, 79, 85, 159, 277,

Dyck (Van), 228, 294, 295.

Elling, 204.

Engel (Emile), 234, 270,

Enesco (Georges), 110, 113,

Enoch et O, 40, 88, 185.

Ernst (Alfred), 50, 54, 117,

Eymieu (Henri), 118, 131,

Expert (Henri), 311, 324.

Fabre (Gabriel), 153, 177,

Faguet (E.), 341, Faraday, 311.

Faure, 308.

Fauré (Gabriel), 90, 101,

Ferrari (G.), 290.

Fierens-Gevaert, 51, 54,

Finck (H. -T.), 96, 258.

Finck (G.), 311.

Fiorillo, 64, 273.

Fischbacher(G.), 253,307,

Index.

Flammarion (E.), 337.

Fock (Albert), 274, 276,

Foerster Mrae), 344.

Forestié, 341.

Fourcaud (Louis de), 49, 53, 55, 63, 137,170, 218, 244, 247, 332.

Franck (César), 10, 15, 35, 45, 62, 64, 76, 87, 93, 94, 101, 104, 151, 182, 195, 199, 232, 238, 242, 248, 249, 256, 261, 265, 267, 271, 273, 274, 278, 279, 280, 292, 294, 296, 310, 318, 326, 328.

Fugère, 308.

Gade (Niels W.), 307 .

Gallet (Louis), 288.

Galli-Marié, 308.

Gaudefroy (A.), 312.

Gauthier- Villars (Henry),

Gautier (Théophile), 154.

Gay (J.), 160.

Geloso (Albert), 36, 69, 70,

Geloso (Césare), 255, 275,

Georges (Alexandre), 117.

Gevaert, 270, 271.

Giannini, 285.

Gigout (E.),181, 289.

Gillet (G.), 280.

Glinka, 169, 170, 172, 257,

Gluck, 31, 61,91, 100, 128,

Goblot (Edouard), 312.

Godard (Benjamin), 276, 277, 281, 326.

Goldmark, 293, 339.

Gorlenko-Dolina (Mmede), 161, 169, 171, 184, 199, 200, 251, 257, 266, 289,

Goudimel, 325.

Goullet (Auguste), 166.

Gounod (Charles), 51, 56,

Gouvy, 129, 283.

Grand-Carteret (John), 325.

Grandjean (M"»)", 278, 279,

Grandval (Mme de), 177.

Greeff (de) 152, 153, 155,

Gresse (André), 51, 54, 58.

Grétry, 286.

Grieg (Edouard), 35, 99, 100, 152, 155, 198, 204, 242, 265, 271, 278, 280,

Grillet, 242.

Grove (Georges), 157, 303,

Guilliaume (Emile), 210.

Guilmant(A.),35,232,241,

Guiraud (Ernest), 153, 156, Holïmann (J.); 297.

285, 286. Holmes (M»e Augusta), 87,

j j Horace, 229.

Houdard (Georges^, 150,

Habeueck, 222. 313 à 315.

Hachette et O, 307. Hubert (Jean), 316, 317.

Haendel, 195, 196, 241, Hue (Georges), 35, 62, 102,

292, 293, 342. Hugo (Victor), 109, 201.

Hahn (Reynaldo), 16, 21, Hummel, 339.

22, 269, 270. Humperdinck, 273.

Hamburg, 280, 283.

Hanslick (Edouard), 103,

105, 302. I Harcourt (Eugèue d'), 180,

181, 196, 241, 259, 312, Inibert (Hugues), 110, 317

Harklou, 204. Indy (Vincent d), 31, 33,

Havard (G.) fils, 309. 54, 65, 73, 74, 75, 76,

Haydn, 34, 90, 91, 116. 101, 102, 103, 110, 112,

289, 329. 272, 274, 275, 279, 280, Heermann (Hugo), 168, 228, 293.

250, 254, 288, 295. Isaac (M11*), 308.

Hegel," 46. Isaye (Eugène), 70. 331.

Héglou (M™c), 263, 290. Ivanoff, 172, 290, 292.

291, 293, 295, 296. Ivry (marquis d), 342. Heller (Stephen), 339.

Hervelois (Caix d'), 241.

Hervvegh (Marcel), 33, 103, J

Hillemacher (frères), 101, Jancourt (Mlle Suzanne),

Hiller (Ferdinand), 307. Jedlitchka, 293.

Hoffmann (Karl), 179, 289, Janequin (Clément), 325.

290, Jerlin (M11" de), 271.

Bibliographie. 327

cette nouvelle initiative.) Faut il croire que le public va s'effaroucher devant ces essais? Ce serait inexact. « Il se passionne, il acclame... La vision d'art demeure confuse et les auditeurs ne sauraient disputer sur leur sensation, mais qu'importe! Si l'on tient compte des difficultés vaincues, le résultat est déjà merveilleux. » Puis la critique semble se renouveler : elle ne se refuse plus à regarder en face les nouvelles tentatives. Elle les explique au public et le fait s'y intéresser. Il ne comprend qu'à demi, il admire par snobisme, « qu'importe? Mieux vaut l'emballement un peu ridicule, mais généreux, des snobs que la circonspection nigaude ou calculée des entrepreneurs de concerts. » Enfin la vraie, la plus forte raison pour ne pas désespérer, c'est l'apparition de jeunes musiciens de talent; c'est l'existence de certaines associations où l'on sait que la « musique pure » trouvera bon accueil; c'est le fait que « les vrais virtuoses, ceux qui sentent ce qu'ils exécutent, n'ont jamais été aussi nombreux, aussi dévoués ».

Voilà en quelques mots le résumé de celte affirmative préface. Je regrette de ne pouvoir entrer dans le détail et paraphraser certaines idées fort intéressantes : la description de l'état d'âme, par exemple, d'un auditeur rudimentaire en face de certaines œuvres; les remarques sur les pièces enfantines de Schumann, les protestations contre le paradoxe des chefs d'orchestre qui ne se contentent pas de jouer Wagner, mais qui « en jouent » pour barrer le chemin aux nouveaux venus. « Laissons, dit-il, l'Allemagne pleurer ses génies et nier tous nos compositeurs vivants en son parti pris stérile d'ar-

rêter l'art musical à Wagner. » La remarque est toute d'actualité, puisque naguère on écrivait de Berlin à un journal de New-York à propos de la Sonate de Franck: « Voilà justement la musique la plus propre à m'agacer et à m'irriter, tant elle est prétentieuse et vide en même temps. »

Ouroussow [Princesse). — Mary, histoire d'une âme. Souvenirs recueillis par sa mère. 1 vol. in-12. Fischbacher.

Je dois m'excuser de trahir le secret de l'anonymat de ce volume. J'ai cru pouvoir le faire après que M. Hugues Imbert eut mentionné l'ouvrage dans sa plus récente publication. C'est l'histoire vraiment touchante d'une jeune fille merveilleusement douée qui fut enlevée toute jeune à l'affection des siens. Les personnes qui l'ont approchée de son vivant nous ont dit tout le charme qui se dégageait de sa personne. Elles nous ont fait comprendre la douleur de cette mère qui, pieusement, a voulu dans ces souvenirs se remémorer les années heureuses où elle veillait sur son enfant.

Parfois les romanciers se piquent de nous faire revivre l'existence mouvementée des personnes de haut rang. Mieux que dans leurs œuvres on trouvera ici la vérité de cette existence. On verra les affections du cœur y jouer le même rôle, hélas! souvent triste, que dans les plus humbles familles bourgeoises. On y verra de quelle simplicité les grands personnages usent dans leurs rapports avec leur entourage. Je cite, au hasard, les anecdotes souvent

Bibliographie. 329

intéressantes qui prouvent l'amicale familiarité que la princesse et sa fille témoignèrent à Liszt, à Joachim, à Rubinstein. Enfin je tiens à signaler quelques pensées qui montrent chez la jeune fille une véritable intuition de l'art. « Plus j'étudie Beethoven (page 168) et plus je me convaincs que sans sa surdité il n'eût pas atteint à ces sublimités. » C'est à rapprocher du mot de Wagner parlant de cette « bienheureuse surdité ». Et ailleurs (page 256) : « Haydn, c'est l'homme juste au cœur toujours jeune. »

L'Ouvreuse du Cirque d'été. — La Colle aux quintes. 1vol. in-18. Simonis Empis.

La dédicace qui se trouve en tête de ce volume me dispense de parler longuement de ce nouveau recueil sur les concerts. Je veux seulement noter combien il est complet. Il n'est pas d'œuvre nouvelle dont il ne soit fait mention et souvent assez longuement. Et non seulement les grands concerts sont étudiés, mais les principales séances de musique de chambre y trouvent leur place. Est-il nécessaire de parler de la finesse de jugement dont l'auteur sait faire preuve à l'occasion? Je ne le pense pas. Les nombreuses citations qu'on a pu trouver au cours de ce volume le disent assez d'elles-mêmes.

Paliard (Alix). — L'art musique. Quelques pensées. 1 broch. in-32. Nice, impr. Malvano.

Pothier (J.), A. Collette et Bourdon. — Mémoire sur la musique sacrée en Normandie. 1 broch. de

42 pages petit in-8° et une planche. Ligugé, imprimerie Saint-Martin.

Prod'homme (J.-G.). — L' Enfance du C/irist,\e livret, la partition avec 30 exemples notés. 1 broch. in-16. Mercure de France. — V Enfance du Christ de Berlioz, le livret, la partition, la critique (1854-1875). lvol. in-16 carré de 307 pages. Mercure de France.

Rameau (Jean-Philippe). — Œuvres complètes publiées sous la direction de G. Saint-Saëns : Tome IV, Motets, lre série, In Convertendo , Quam dilecta tabernacula tua, 1 vol. in-4° de 175 pages, avec un commentaire bibliographique , des facsimilés, et un portrait de Rameau. A. Durand et fils.

Le second de ces Motets a été exécuté à la Société des concerts le 27 novembre et le 4 décembre 1898. Nous recommandons aux personnes soucieuses de se renseigner sur Rameau et aussi sur le Motet en général de lire la remarquable étude de M. Charles Malherbe, qui est beaucoup plus qu'un commentaire bibliographique.

Revue internationale de musique, Publication bimensuelle paraissant par fascicules de 64 pages in-8°, plus un supplément consacré aux échos et nouvelles, et une page musicale. Paris, 3, rue Vignon.

Il nous manquait, en France, une grande Revue des choses de la musique. C'est à quoi cette publication a tenté de suppléer. Ses études un peu déve-

Index.

Joachim, 216, 329, 340.

Joly (Charles), 319, 320,

Joncières (Y.), 129, 283.

Jones (Burine), 204.

Jossic (Mme Henry), 108,

Journal Musical (éditions

du). 302, 324, 332, 333.

Jùrgcnson, 170.

Kauffmann, 231.

Kleeberg (M»e)," 10, 250,

Kœchlin, 182.

Kosatchenko (de), 172, 199,

Krauss (Mme), 308.

Kufferath (Maurice), 116,

Kutscherra (M™), 103, 112,

Lacombe (L.), 307, 319.

Lacombe (Paul), 242.

Lafarge, 162, 284, 288.

La Fontaine, 261.

Lalo (Ed.), 72, 101, 107,

Laminers, 238, 263, 275 à

L amoureux, passitn.

Laporte (L.), 61, 75, 274 à.

Larousse (Pierre), 306,

La Rue (de), 325.

Lassalle, 308.

Lassus (Roland de), 35,

Lazzari (Silvio), 103, 104,

Leclair, 241, 282.

Leclerc (MUo Jeanne), 197,

Leconte de Lisle, 270.

Leduc (Alph.), 83, 324.

Lefebvre (Ch.), 110, 159,

Lefebvre (Léon), 323.

Lefebvre-Ducrocq, 323.

Lenepveu, 153.

Leroux (Xavier), 129, 177,

Leroux-Ribeyre(Mme), 111,

Lévy (Calmann), 306.

Lévy (Hermann), 51, 54,

Lhévinne, 255, 283.

Librairie illustrée, 333.

Lichtenberger (Henri), 323.

Liszt, 50,99,104,105,108,

Locatelli, 100, 280.

Lœvensohn, 110, 282.

Longy, 271, 275, 280, 283.

Lorans (Mlle), 182.

Lorrain (J.), 275.

Lotti, 117, 270.

Lowentz (-M»*), 291.

Lulli, 98, 127, 128, 260, 264, 277, 278, 283, 284.

Lutz (Henri), 155, 286.

Lyon (Gustave), 324.

Magnard (Albéric), 101,

Mahaut (Albert), 232 à 234,

Malherbe (Charles), 34,

Malvano (impr.), 329.

Mandl (Richard), 202, 231. Maquet (Ph.), 93.

Marcello, 260.

Marcy (M™), 123.

Marot (Clément), 291.

Marsick, 153, 154, 286.

Marteau (Henri), 58, 273,

Marty (Mine Georges), 72,

Marty (Georges), 95, 256,

Massé (Victor), 318.

Massenet, 13, 56, 156, 177,

Mathieu (M™), 282.

Mathieu d'Ancy (W^), 283.

Maurel, 308.

Maurin, 65.

May (Henry), 337.

Méhul, 179, 255, 261, 278, 284, 294, 295, 336.

Mendelssohn, 32, 58, 90, 91, 110, 135, 151, 153, 216, 219, 221, 223, 248, 255, 264, 270, 278, 279, 284 cà 287, 289, 293, 307.

Ménil (F. de), 335.

Mercure de France (éditions du), 305, 330, 333.

Meyerbeer, 57.

Mockel (Mme), 235.

Monteux, 275, 276, 277.

Monteux-Barrère (Mme) ,

Monteverde, 302.

Monvel (Mlle Boutet de), 64, 159, 203, 273.

Morand (E.), 275.

Moreau (L.), 161, 182.

Mossel, 242.

Moszkowski, 281.

Mottl (M^o), 127, 192, 193, 283, 284, 290, 291.

Mottl (Félix). 51, 54, 119, 123 à 127, 134, 137, 138, 144, 184, 186, 187, 189 à 192, 256, 283, 291, 293,

Mozart, 24, 25, 28, 35, 70, 76, 91, 99, 152, 197,219, 221, 228, 248, 255, 266, 270, 272, 274, 275, 277, 278, 280 à 284, 286, 287, 293, 295, 296, 306, 307, 326, 336, 332, 344.

Musica sacra (de Ratisbonne), 184, 186, 188,189.

Bibliographie. 339

musique religieuse l'élément populaire esquisse un mouvement parallèle.

En plus de cette question d'origine, la question des influences est extrêmement curieuse à étudier. Dans ces ouvrages on constate ce fait, peut-être surprenant, mais à coup sûr certain, de l'ancienneté du cosmopolitisme en musique ; dès le xvie siècle des échanges artistiques existaient entre l'Italie et la plupart des contrées de l'Europe occidentale. Plus tard, après la naissance de l'opéra, les maîtres italiens pénètrent jusqu'à Pétersbourg. Puis au début de ce siècle, nous voyons Boïeldieu appelé en cette même ville et y faire un séjour de huit années. Plus tard Glinka vient à Paris (1845) : des fragments de ses œuvres sont exécutées par Berlioz... et il faut attendre l'année 1898 pour voir son nom figurer de nouveau dans les concerts que donne Mmc de Gorlenko-Dolina.

Enfin la caractéristique des développements respectifs de chaque nation ressort très clairement : par exemple la différence qui se marque enlre le développement musical de la Hongrie et celui du Portugal. Dans celte dernière contrée, à part quelques échanges avec l'Italie au xvie et au xvne siècle, la musique nationale naît et s'épanouit dans le pays même sans, presque, se trouver mêlée au mouvement général européen. En Hongrie, l'art national perpétue bien ses propres traditions, mais constamment l'élément hongrois se mêle au mouvement germanique. Nombre des maîtres de l'école allemande sont d'origine hongroise. Au hasard rappelons Hummel, Liszt, Stephen Heller, Goldmarck; et

plus récemment les chefs d'orchestre et virtuoses : Joachim, Hans Richter, Léopold Auer, etc.

UHistoire de la musique en Russie mériterait une analyse spéciale. Elle a paru dans la bibliothèque dans laquelle l'auteur a déjà donné son Histoire de la musique allemande. Sous peu M. Soubies complétera la série en étudiant le développement de la musique italienne. Malheureusement une analyse complète de l'ouvrage nous entraînerait trop loin. Je me contenterai de signaler les chapitres sur les origines et ceux qui traitent de la musique russe dans notre siècle. Dans les premiers on trouvera des détails particulièrement intéressants sur les anciennes mélodies populaires que les maîtres de cette époque, Tchaïkowsky, César Gui, Rimsky- Korsakow, Balakirew étudient et utilisent avec un réel bonheur. On y suivra également les diverses évolutions que traversa la musique d'église. Dans les derniers chapitres du livre figurent des renseignements biographiques sur les musiciens russes que nous avons occasion d'entendre à nos concerts. On sera encore plus heureux, j'imagine, d'y rencontrer une appréciation de leurs œuvres spécialement précieuse par cela même qu'elle est bien personnelle et qu'elle s'est formée à la lecture des œuvres.

Mais, comme on peut s'en rendre compte, ces notes trop brèves sont loin de donner même une faible idée de ce que sont ces travaux d'une sérieuse érudition. Je serais heureux toutefois si j'avais réussi à faire ressortir combien cet ensemble d'études (sur l'Allemagne, le Portugal, la Hongrie, la Bohême, la Russie, en attendant qu'on voie paraître celles sur

Index.

jst -

Nadaud (Ed.), 288.

Naprawnik, 172, 290.

Nedbal (Oskar), 289, 290.

Nietzsche, 344.

Nikisch, 20, 51, 54, 103,

Noté, 72, 275, 276, 282.

Ochs (Siegfried), 216.

Offenbach, 31.

Offoël(J. d'), 118, 164, 165,

Olitzka (Mlle Rose), 113,

Ollé-Laprune, 334.

Ollendorff, 341.

Olsen, 204.

Ouroussow (Princesse) ,

Ouvreuse (L') du Cirque

d'Été, 21,23, 52, 55,137,

Pacary (M11* Lina) , 119, 120, 255, 278, 284, 285.

Paesiello, 99,100,255, 278.

Paladilhe, 286, 294.

Palestriua, 164, 248, 295.

Paliard (Alix), 329.

Parent (Armand), 64, 65, 76, 77, 88, 102, 118, 119,

Pasdeloup, 129.

Passama-Doménech (Mlle Jenny), 103, 115, 117, 160, 162, 263, 270, 288.

Pergolèse, 113, 261, 281,

Périlhou, 197, 291.

Perrin et O, 342.

Petit (Alexandre), 272, 273,

Philipp (I.), 73, 152, 153,

Picard (et fils), 306, 307.

Pierné (Gabriel), 73. 75,

Planchet, 182.

Planés (Mllp Louise), 112,

Pleyel, Wolff et O, 324,

Pion et Nourrit, 341.

Polack (MUe), 102.

Ponsard, 236.

Pothier (Dom J.), 329.

Pougin (Arthur), 306.

Pregi (Mlle Marcella), 75,

Prod'homme (J.-G.), 330.

Prolat (l'rères), 341.

Pugno (Raoul), 12, 17, 21,

Roger-Miclos (Mrae), 277,

Roparlz (Guy), 93, 181,

Quirin (Mue), 279, 280. ^ 2(/1? ^

Rossini, 275.

Rostand, 94.

R Roujon (Henry), 333.

Rousseau (Samuel), 128.

Racine, 236, 335. Rubinsten, 318, 329.

Raff, 16, 21, 48, 229, 249, Runa (M™ de), 279, 280.

Rakhmaninoff , 155, 279,

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