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moderne, les premières mesures de l'hymne Asperges, qui se composent d'imitations serrées et qui comprennent le motif en plain-chant, avec l'entrée successive des soprani, de l'alto, du ténor et de la basse. C'est tout ce que l'eiiguité de notre format nous permet de publier (i).
Ce fut sans doute cet ouvrage qui fit sa réputation en Allemagne, et qui contribua à améliorer sa position. Quatre ans après, notamment en 1593, nous le voyons installé à Prague avec le titre de musicien de l'empereur Rodolphe H, miiskus caesareus. La haute protection de Roland de Lassus aurait-elle été étrangère à cette nouvelle faveur?
Voici le litre de l'ouvrage qu'il publia dans la capitale de Flongrie :
Francisci Sale, musici Caesarei, Sacrarum cantionum, omnis generîs inslmmenlis musids, et vivae voci accomodatarum, hactenusque non editarum, liber primns, Citm gratta et privilegio imperiali. Pragae, lypis Georgii Nigrini, annoM.D.XCni. In-4° obi.
On voit dans l'épîlre dédicatoire adressée à son bienfaiteur Wolfgang Rumphius, baron de VVieIroes et Wietraw, et conseiller intime de Sa Majesté, qu'il était déjà depuis quelque temps au service du souverain comme musicien de sa chapelle particulière, sacrae Caesaris majestatis chori musîcus.O\\ l'œuvre de Sale est datée du 51 décembre 1592. Conséqucmmenl, son arrivée à Prague aura suivi de trèsprès la publication de son premier ouvrage.
M. Fétis dit que c'est dans cette dédicace que Sale décline sa qualité de Belge. Le fait est inexact; mais, en supposant qu'il fût réel, il conviendrait d'ajouter que déjàj
{{) M. Robert Van Maldeghem, dans son recueil musical Cecilia, met : Franciscus Sale adctore , prend la princesse Madeleine pour la patronne spirituelle de Tcglise, et adopte, comme titre spécial de l'œuvre de François Sale, le titre général de la grande collection de Munich : Palroeinhon musiccs.
dans sa première production, le musicien s'était fait une gloire d'enregistrer celle particularité, comme on a pu le voir. Avions-nous tort de dire que M. Félis n'avait pas lu l'ouvrage?
A la page 12 des Sacrarum cantiomim, apparaît un motet de George De le Hèle : Nonne Deo siibjecta erit anima mea? le même qui fut couronné au concours d'Évreux, en 1S76. Celte particularité a encore échappé à M. Félis. Elle prouve, entre autres, que Sale avait des relations avec le maître de chapelle de Philippe II, et que celui-ci ne jugeait pas indigne de joindre ses inspirations à celles de son compatriote.
Voici la liste des pièces émanées de François Sale ;
(I QuiNQUE vocuM : Veni Sancte Spiritus. — Contere Domine forlitudinem. — Benedicimus Deum coeli. — Exiit sermo inter fratres. — Da pacem Domine, — Quanti mercenarii. — Secunda pars : Non sura dignus. — Innuebant patri ejus. — Secunda pars : Joannes est nomen ejus. — Cantantibus oiganis. — Secunda pars : Biduannis ac triduannis.
» Sex VOCUM : Benedictns Dominus Deus. — Secunda pars : Honor virtus et poleslas. — Maria Magdalena. — Secunda pars : Maria Magdalena. — Victimae paschali, cum caeteris versibus.
— Die nobis Maria quid vidisti. — Sepulchrum Chrisii viventis.
— Angelicos testes. — Surrexit Christus spes mea. — Credendum est nia^is. — Scimus Christum surrexisse. — Dum complerentur. — Vincenti dabo edere. — Secunda pars : Qui vicerit non laedetur. — Beaius vir qui non abiit. — Sœpe expugnaverunt me. p
Ici vient, selon Tordre chronologique, le recueil de motets que Sale composa en 1597, et qui figura, un an après, dans la collection : Patrocinium musices, à Munich. C'est le suivant :
In natalem Domini Jesu-Christi Salvatoris nostri motetum 5 vocum, et missa, ad ejus imitationem composita. Auclore Francisco Sale, miisico Caesareo. Monachii, 1598, in-fo.
La dédicace, remplie de formules laudatives, contient quelques lignes sur le mode d'exécution de Touvrage. Comme elle est laconique, nous lui accordons ici une place :
« Admodum reverendo in Ghristo patri, Domino Nicolao, insignis
MONASTERIl HeNRICHAW ANTISTITI VIGILAN TISSIMO, DoMINO FAUTORI AC PATRONO SUO, MULTUM COLENDO.
» Est hoc à natiira optimo cuivis ac ingenio honiini inditum, admodum R. D., ut bene de se mereniibus graii aliquod animi osiendat argumentum. Et merito. Ea enim beneficii omnis est ratio, ut non nisi mérita compensari gratia posse videalur. Quamobrem cùm ego superioribus temporibus, ob ternos artis meae musices foetus, tibi obiatos, triplici ac libcralissimo proemio abs te sim affectus, non possum committere, quin meritorum in me tantorum, memorem me et fuisse, et esse vel novo rursus benevolentiae signo, demonstrem.
j) Ecce enim tibi cantum iilum Ecclesiae perveterem, atque ad piam in animis hominum laetitiam conciliandam, aptissimum : Exullandi tempus est^ Deus homo factus est, necnon missam V vo~ cum , ad ejus imitationem compositam , quae instar dialogi , in choro etorgano, mutuis intervallis (quod interposita signa satis superqiie demonstrant) dccantari polest, sub nominis tui patrocinio in lucem emissam , offero , eamque fortunatissimi novi anni loco, qui post panlo, Deo duce, inchoabitur, dedico.
» Tu velim pro tua erga me innata benevolentia, hoc exile studium meum, hilari, gratoque animo suscipias, ac me nunquam non in tuorum numéro habeas. Quod ubi abs te consecutus fuero, nae (sic) meam in praesenti concentu musico operam bene collocatam arbitrabor.
» Iterim Deus ter optimus maximus te mihi , luisque omnibus, ac toti suac ecclesiae diutissimè salvum incolumcmque conservet. Vale.
B Pragae, Calen. novemb. M.D.XGVII.
5 Arlmodum R. T. D. observantissimus,
» FuANCiscLS Sale, Caesareus musicus. r>
Au nombre de certaines adresses en vers qui figurent au commencement et à la fin du recueil, nous en remarquerons
une qui corrobore ce que nous avons dit plus haut louchaiU l'expression : chori magister. C'est celle-ci : n Aiithor ad phonascum sive rectorem chori. » Il en résulte encore que Sale était resté, depuis 1593, simple musicien de l'empereur. Peut-être avait-il Temploi de componisla, sive cantiomim conditor, comme Créquillon, sous Charles-Quint. Quoi qu'il en soit, à partir de 1598, nous perdons François Sale de vue, et sa troisième publication, que nous venons de citer, terni artis tneae foetus, comme il la nomme, est la dernière trace de son existence qui soit parvenue jusqu'à nous.
Platpays) (JTacqnes),
Musicien originaire de la Morinie. — Il est allaclié à la chapelle de Charles- Quint, à Madrid. — Sa mort tragique. — Son épitaphe, due à JeanEverard, dit Joannes Secundus. — Une joueuse de psaltérion à Bruxelles, vers 1533. — Adrien Pichart, maître de chapelle de Charles-Quint. — Son épitaphe cl une raonodie qui le concerne.
Originaire de la Morinie, ou du moins élevé dans celte partie de l'ancienne Gaule (i)? Jacques Platpays fut attaché à la chapelle de l'empereur Charles-Quint, en qualité de premier chantre ou de maître de chant. Il remplit ces fonctions avec distinction, et, avant d'y être appelé, il avait déjà donné ailleurs des preuves mtirquantes de son savoir.
Se trouvant à Monçon, dans l'Aragon (2), probablement avec la suite du monarque, il alla s'égarer dans les montagnes qui avoisincnt celle ville, lorsque un traître se rua
(1) La Morinie répondait au nord de TArtois et à la Flandre française. Elle comprenait les anciens diocèses de Saint-Omcr, de Boulogne et d'Vpres.
(2) Montissoninm ou Monlio, petite ville située au confluent do la Posa rt de la Cinca, à deux lieues au-dessous de Bolbuslro.
sur lui el l'assassina lâchement. Pcul-êlre se iivrail-il aux plaisirs de la chasse, quand le fer meurtrier le frappa.
C'est Jean Everard, dit Joannes Secundiis, qui nous a transmis ce fait, dans une touchante élégie latine, qui apparemment a été gravée sur la pierre tumulaire du musicien.
Secrétaire de Jean Tavera, archevêque de Tolède, le poêle néerlandais a habité Monçon. Il a chanté les charmes de celte localité pittoresque dans des vers qui sont des modèles de grâce el d'élégance. Il y a écrit, entre autres ouvrages, un poëme : Regia Pecimiae, qu'il envoya, au mois d'oclobre 1533, à son ami Pierre Clericus.
Nul doute que c'est pendant son séjour à Monçon qu'eut lieu le meurtre de Jacques Plalpays.
On peut donc assigner ce fait à l'année 1 533. La plupart des petites pièces de Jean Everard sont accompagnées de notes laconiques qui expliquent les circonstances où elles furent écrites. Celle qui concerne Jacques Plalpays, porte : « Obiit Montissonie in Arragoniâ. » Du reste, le poêle luimême ne larda pas à aller rejoindre son compatriote. H mourut à Tournai en 1536.
Voici cette pièce, d'après l'édition des œuvres de Jean Everard, revue par P. Scriverius (i) :
JACOBI PLATPAYS, MORINÏ, MUSICI IMPERATORïS CAROLI V, EPITAPHIUM.
CUI SORS INNOCUO FRUSTRA QUAESIVERAT HOSTEM,
Armavit socias in MEA FATA MANUS.
PeRFIDUS mCAUTO FERRUM DIMISIT IN ARMOS,
Labentem solis destituitque logis.
(I) JoANNis Secundi Opéra, accuratè recognita ex museo P. Scriverti, Lugduni Datavorum, 1631, p. 183. Celle édition contient un charmant portrait de Jean Everard, que nous croyons devoir signaler aux amateurs. — L'épilaphe relative à Jacques Platpays, se Irouve aussi dans les Deliciae poetarum belgicorum, t. IV, p. 219.
— 18^2 — Sanguine rorantes caedem lachrymantur olivae,
Sl'B QUIBUS EXPIRANS ULTIMA VERBA DEDI.
Et mea turmatim gemuerunt fata volucres,
HaEC fuit UNA MEAE CONSCIA TURBA NECIS.
Flete piae volucres : et nos quoque flevimus umbius, Claraque sunt cantu multa sacella meo.
Infantem tellus Morinum nutrivit amoena : Arragonum montes sunt mihi pro tumulo.
ciïsaris antè focos solennia sacra peregi, quam peterem moriens non fuit ara mihi.
CaERULEOS SPARSl FUMOS ANTE ORA DeORUM,
Sanguine Styx laté nunc rubet atra meo. tu quicunquë cupis mel10ri occumbere fato, suspectum fldei nobile nomen habe (l).
Ces beaux vers peuvent se traduire ainsi, en prose libre:
« En vain mon innocence m'avait protégé contre une main coupable; une conspiration s'est formée et armée contre mes destinées.
» Un perfide me plongeant par surprise le fer dans le sein, m'a privé de la lumière du jour.
» Et maintenant les oliviers au pied desquels j'ai rendu le dernier souffle, pleurent ma mort.
» Les oiseaux en foule sont venus gémir sur ma dépouille mortelle, et ces douleurs d'une tourbe ailée sont le seul témoignage de ma triste fin.
» Ah! pleurez, doux et naïfs oiseaux! nous aussi nous avons versé des larmes sur les morts, et rendu célèbre, par nos élégies, plus d'un oratoire.
» Jeune, j'ai puisé ma nourriture dans le sein de mon beau pays des Morins; en ce moment, j'ai pour tout tombeau les montagnes des Aragonais.
(1) Ce dernier vers fait allusion à quelque circonslance inconnue de la vie du poêle. Il peul s^interpréter de diverses façons. La version que nous donnons nous semble la plus rationnelle.
» Dans le palais de l'empereur, j'ai présidé aux solennités sacrées; en mourant, les secours de la religion m'ont fait défaut.
» J'ai fait tourbillonner devant la face des Dieux la vapeur bleuâtre de l'encens; maintenant mon sang est mêlé aux eaux du Slyx et en rougit les ondes.
))0h! loi qui désires finir tes jours sous de meilleurs auspices, mets-loi en garde contre la célébrité : elle ne porte pas bonheur. »
Nous en saurions peut-être plus long là-dessus, si nous avions pu rencontrer l'édition des Itwera III, hispaniciim, gallktim et belgicum, de Jean Everard, faite par les soins de Daniel Heinsius, en 1618, et que cite Swerlius. C'est en vain que nous l'avons cherchée, et l'édition hollandaise de 1821, qui a la prétention d'être complète, ne contient que le voyage de l'écrivain en France.
Tour à tour poëte, orateur, peintre, sculpteur et graveur, Jean Everard était doué d'un rare esprit d'observation, et il n'était pas insensible aux accents de la musique. Voici ce qu'il raconte, à propos de son séjour momentané à Bruxelles :
« Je fus hébergé de la manière la plus commode à Bruxel- » les, à l'enseigne : A la ville d'Anvers, où, entre autres » choses, une joueuse de psaltérion {fllia psalleria) m'im- » pressionna et m'égaya vivement. Elle lira des cordes de » son instrument une harmonie divine, et sa voix mélo- » dieuse surpassait encore l'exquise sonorité qu'exhalait le » psaltérion (i). »
(1) Edition précitée, p. 302. Nous traduisons /î/m psalleria par joueuse de psaltérion, bien que le dérivé de psallerium laisse subsister un doute sur le genre d^instrument à cordes que touchait la jeune musicienne ambulante de Bruxelles. D'après Ducange : « Psalterium dicitur canora cythara decem ») chordarum coaplata, quae cum plectro percutilur; nablum vero duodecim » sonos habens digilis tangitur. «Selon le même savant : « Nablum, quod » graecè appellalur psalterium, ad simililudinem cylharae barbaricae in » modum Delta. » Il semble résulter de ces deux définitions, que la musi-
Dans son poëme inlilulé : Silvarum liber, Jean Everard a consacré à Orphée une églogue, qui esl pleine de nobles élans et d'inspirations élevées.
J\e terminons pas ce paragraphe sans mentionner un autre musicien de Charles-Quint, que François Haemus a célébré dans ses poésies (i). C'est Adrien Pichart, qui, après avoir été maître de chapelle du puissant empereur, devint chanoine à Courtrai, où il termina ses jours.
Il y a sur lui une épitaphe très-louangeuse , conçue en ces termes :
MaGNI C^SARIS AdRIANUS ILLE
Phonascus tumulo sub hoc quiescit :
Idem peupetuus vices per omneis, Spectatusque comes, celebris idem vlta, moribus, erudit10ne.
Puis, il a fourni le sujet d'une monodie, dont voici le commencement :
Leclor viden' supra caput
Tabulani, elegantis erudita quam manus
rictoris ad vivum dedil?
Hic Christus orbis ille vindex perdili
Phase cclebrat ullimum
Apostolis seplus duobus el decem,
Jam se immolalurus patri.
Hune Adi'ianus ille, clarus Caesaris
Phonascus ille Caroli,
Vivensque adhuc spiransque Christo dedicat,
Tumulumque supra funebrem
cienne maniait une sorte de nablum, ayant la forme d'un delta grec A, et dont les cordes étaient pincées par les doigts, au lieu de l'être par un plccirum. En 1553, le comte de Devonsliire écrivit de Bruxelles à Thomas Grcsham, pour le prier de lui avancer l'argent nécessaire pour l'acquisition d'une scyheraine. Serait-ce d'un instrument semblable que parle Jean Everard? Voyez Slale papers office; domcstic, 1547-1380. (1) Francisci Haemi Poemata, p. 32 à 34.
Suuni locavil, ul mancret posteris Ejiis memoria saeculis, El (lebilo quidem locavil lempore, Ccu praescius niorlis suae.
» Lecteur, ne vois-lu pas au-dessus un tableau dont la saisissante expression est due à la main exercée d'un peintre élégant?
» Ici, le Clirisl, vainqueur d'un monde corrompu et prêt à s'immoler à son père, célèbre la dernière scène, entouré de ses douze apôtres.
» Adrien, l'illustre maître de chant de Charles-QuinI, l'a fait suspendre, de son vivant, sous ses yeux, au-dessus de son monument funèbre, afin que la mémoire de ce musicien reste dans les souvenirs de la postérité.
» Il l'a fait placer, en temps utile, avec le pressentiment de sa fin. »
Adrien Picbart mourut, âgé seulement de quarante-neuf ans, comme nous l'apprennent les deux vers :
Bis ipsc luslra qualluor,
Ter Ireis et annos insuper compleverat.
Ses travaux, comme ceux de Jacques Platpays, ne nous ont point été révélés jusqu'ici dans nos archives. Il y a toutefois plaisir pour nous de consigner ici le nom de ces deux musiciens, vu la haute position qu'ils ont occupée et la réputation dont ils ont joui de leur vivant. Qui sait si un jour leurs noms ne pourront point être ajoutés à la liste des maîtres qui ont fait honneur à leur pays?
Fpoidmont (Liliei*!]?
Savant théologien de la première moitié du XVIIe siècle. — Il est auteur d'une dissertation humoristique sur renseignement de la musique aux princes. — Traduction de cette pièce. — Notes concernant l'emploi des instruments de musique dans les églises, à cette époque. — Noms de famille empruntés à divers instruments.
Liberl Froidmont, en latin Fromondus, docteur en théologie, né à Haccourt, près de Visé, en 1587, remplaça son ami Jansénius dans la chaire d'Ecriture sainte, à l'Université de Louvain,et fut un des théologiens auxquels le célèbre évêque confia le soin de revoir son Augiistinus. Il mourut à Louvain, en 1653, laissant un grand nombre d'ouvrages remarquables, et, entre autres, les Salurnaliliae coenae, livre fantasque, caustique, que la Biographie universelle de Didot ne cite pas, et dont Becdelièvre tronque le titre.
Ce livre renferme un chapitre consacré à l'examen de cette question : « S'il faut apprendre la musique aux princes? » Il y a là des saillies d'un cachet si original et si neuf, que nous n'avons pu résister au désir cFen mettre la traduction sous les yeux du lecteur. On y verra que le genre humoristique, si en vogue de nos jours, était parfaitement cultivé par les savants du XVII^ siècle.
Nous avons essayé de traduire aussi littéralement que possible. Ce qu'il y a parfois d'obscur dans les idées, n'est imputable qu'à l'auteur lui-même, qui s'en excuse expressément dans la préface de son ouvrage : « Sachez, lecteur, » dit-il, que tout ceci est particulièrement composé eu rêve, » et pardonnez-moi si un voile recouvre ce que j'écris dans » ces conditions. »
A part ces migae difficiles, la production de Froidmont atteste non seulement une lecture immense et une érudi-
lion profonde, mais elle décèle une finesse d'observation, une verve incisive et une souplesse de slyle qui rappellent le grand Érasme.
V^oici le chapitre en question :
Faut-il apprendre la musique aux princes?
« Non, dit notre grand histe-Lipse, le premier des politiques que nous ayons eu depuis des siècles. Je dis le premier, et ne croyez pas que ce soit pour faire chorus avec tous ces roquets qui ont pourléché sa doctrine, vous savez avec quelle envie. Notre Lipse donc, je dirais volontiers le mien si je n'écoutais que la sympathie qu'il m'inspire, n'est pas de cet avis, i Dans l'éducation d'un prince, dit-il, je méprise trop ces arts trop mous, la poésie et la musique; » mais, adoucissant un peu son premier jugement, il ajoute bientôt : a Au moins, n'en vois-je pas la nécessité. » Suivant sa coutume, il a renfermé, dans un seul mot, les motifs de sou opinion, et il ne les a pas autrement développés : c'est parce que ces arts sont « trop mous. » Je le ferai pour lui, sans toutefois m'étendre trop longuement sur ce sujet.
» La musique est, en effet, un art mou et efféminant, et il convient, il faut même qu'un prince soit homme. De tous les gouvernements, il n'y en eut jamais de pire que celui des femmes et des efféminés. Je n'en veux d'autre preuve que cette menace de l'oracle divin : Effoeminati dominabuntur eis. Or, l'expérience est là pour confirmer cette action énervante de la musique, il suffit de jeter un coup-d'œil sur ceux qui s'y adonnent avec trop d'ardeur. Ils paraissent à la fois tenir moins de l'homme que de la femme ou de l'eunuque. Bodin appelle humanité, cet amour de la musique chez les Français; qu'il prenne garde que ce ne soit plutôt effémination, légèreté et libertinage, car la musique s'accommode fort bien aussi avec ces deux derniers. Je dirais volontiers qu'elle remplit la tète de vent et qu'elle excite dans les reins un chatouillement dangereux. Le noble prince, vraiment, qui se distinguerait par ces vertus et qui laisserait dominer par elle son esprit livré aux plus frivoles bagatelles ou aux plus basses inclinations, et devenu incapable de s'élever aux objets sérieux, est réellement digne d'un prince.
Mais, sans cela même la musiqi^e y réussit fort bien par sa propre molesse.
» Ajoutez que cet art était vil autrefois et laissé, sinon exclusivement aux classes les plus dégradées, aux moins aux histrions et aux ivrognes. C'est ce que les poètes avaient fort bien compris en refusant à Jupiter, le roi des Dieux, la lyre et le chant. A ne considérer que le physique du chanteur, c'est encore un métier ridicule. Minerve ayant essayé de souffler dans une flûte, fut si mortifiée de sa grimace, qu'elle rejeta l'instrument. On rapporte la même chose d'Alcibiade, et les Athéniennes profilèrent de la leçon. Regardez-moi donc ce soliste. Voyez-le bâillera faire sauver, dans le giron maternel, les petits enfants tremblant à sa vue comme devant une apparition de Croquemitaine ou de quelque vorace Gargantua.
» L'âge et l'habitude nous familiarisent ave<î cette difformité, sans quoi nous ferions bientôt comme ce digne Hollandais (ce n'est pas un conte que j'invente, c'est une histoire très-vraie], qui, plus sourd qu'un pot, ne manquait cependant pas une occasion d'assister à un concert. Par signes ou par écrit, quelqu'un s'avisa de lui demander comment il pouvait prendre tant de plaisir à ce qu'il n'entendait pas : « Wat is dat ? » réponditil dans son langage flamand : « Ick sie geerne gaepen .'» Le brave homme s'amusait beaucoup de voir ces musiciens bâiller, et cela lui semblait un exercice bien divertissant.
s Cependant, condamner la musique, ce serait faire preuve d'autant de démence que les Ménades, qui mirent en pièces Orphée, les délices du genre humain. La musique adoucit la barbarie primitive des mortels; elle noue leurs premiers liens et leurs premiers rapports; elle possède en elle-même une influence merveilleuse sur les passions de l'âme. Le mode phrygien entraîne, le lydien inspire la mélancolie, le dorien le recueillement. Je ne m'amuserai pas à glaner de banales citations dans les auteurs tant sacrés que profanes; le témoignage du fils de Sirach me suffira. J'omets aussi, comme trop vulgaire, l'exom pie de Fabius. Et puis, je craindrais de défendre cette thèse avec tant de chaleur, que je finirais par me laisser aller à soutenir tout le contraire de ce que je veux démontrer. D'ailleurs, sur qui tomberait mon blâme?
» C'est un instinct si généralement répandu chez tous les animaux ! La mer a ses syrènes. L'air est peuplé d'autant de virtuoses ailés que les rochers, tous fredonnant, gazouillant, ramageant, piaulant, rossignolant dans la feuillée. Quelle trompette plus sonore que la voix du merle? Quelle lyre plus variée que celle de Philomèle? Quelle flûte plus aiguë que le cri de l'hirondelle? Parmi nos oiseaux domestiques, quel organe plus criard que celui de la cane ou du paon, à l'approche de la pluie? Avec quelle ostentation roucoulent galamment, par un beau jour, les amoureuses colombes ! Le coq flamand embouche la trompette, quand il a triomphé de sa belle. Le coq d'Inde, dans sa colère cramoisie, semble rire au nez de tous ces artistes de basse-cour. La nature n'a pas oublié les quadrupèdes. Le cheval hennit la haute, la vache beugle la basse, l'âne brait la contre et la brebis bêle sentimentalement le ténor.
» Le charme de la musique séduit les hommes eux-mêmes. C'est en chantant que le laboureur confie à la terre ses espérances, que le vigneron émonde son plant et presse ses grappes, que le jardinier élague son verger et récolte les trésors de Pomone. Qui ne connaît ces psaltérions rustiques, ces chalumeaux, ces pipeaux agrestes qui charment les loisirs du pâtre? A la maison cependant, la ménagère active trompe, en chantant, les ennuis de sa tâche, et le refrain de la berceuse endort ou récrée son tendre nourrisson. Entrons-nous à l'église? Là, ce sont des luths, des lyres frémissantes, des clairons, des flûtes, des cornets, des trompettes, qui marient leurs accords aux accents majestueux de l'orgue, gargari&ant les louanges du Seigneur.
» Pourquoi donc blâracrais-je en mon prince une distraction si agréable? Soit, direz-vous, qu'il écoute, mais qu'il ne chante pas. Assurément, je préfère cela à le voir cultiver la harpe de Néron, non moins odieux pour ce fait, à mon sens, que pour sa cruauté et ses débauches. Que le prince apprenne donc la musique, mais avec le tempérament que demande notre peripatéticien, c'est-à-dire dans sa première enfance et avec la mue. Que ce soit là son premier cours et sa première occupation. Adulte et capable de s'adonner à des objets plus sérieux, qu'il renonce à cette étude; qu'il se contente alors du rôle
d'audileur. Notre Lipse a-t-il exigé davantage? Provisoirement, je ne le crois pas. Mais, dira-t-on, pourquoi conseillai-je Tétude d'un art, si j'en proscris l'exercice? C'est qu'une oreille exercée apprécie mieux les beautés et le charme de la musique. Nous ne sommes pas des Spartiates , en somme. Des rustres et des ignorants sont peu aptes à porter un jugement sur une composition élégante.
s J'aurais encore une autre raison pour augurer de l'infériorité de la noblesse, dans un pays où elle ne s'adonnerait qu'au maniement des armes et dédaignerait l'art de toucher agréablement les cordes d'un luth ou de soupirer de douces mélodies. Une société dont ces heureux exercices ne resserreraient pas les liens, serait évidemment une société rude et farouche, où les esprits emportés accompliraient peut-être des exploits nouveaux et tenteraient de briser le respect de toute autorité. Volontiers les armes se fraieraient un chemin à la gloire, quand il n'est pas de voie plus douce pour la conquérir. »
Que dites-vous de cette tirade? Froiduiont raconte peutêtre sa propre histoire. Il aura appris la musique dans l'enfance, puis, renonçant à celte étude, il se sera contenté du rôle d'auditeur. Ce qu'il écrit, prouve, du moins, qu'il n'avait pas renoncé à l'étude philosophique de cet art, si efféminant selon lui, et qu'il en comprenait la mission éminemment civilisatrice.
En ce qui touche l'usage de jouer de toutes sortes d'instruments à l'église, à l'époque oui vivait l'auteur, on n'ignore pas que, de tous temps, la musique mondaine s'introduisit dans les cérémonies religieuses. A Rome, on n'hésitait pas à donner l'exemple. On lit, en effet, dans une brochure intéressante du violiste français Maugars (i) : Response faite à «n curieux sur le sentiment de la musique d'Italie,
(I) Cette brochure a été rééditée récemment par M. Thoinan, chez A, Claudin, à Paris. Une biographie de Maugars précède le faclum du célèbre violiste du XVIle siècle.
écrite à Rome, le l^*" octobre 1639, que « dans les antiennes, » ils firent de si bonnes symphonies, d'un, de deux ou » trois violons avec l'orgue, et de quelques archiluths » joûans de certains airs de mesure de ballet, en se répon- » dant les uns aux autres. » Maugars lui-même, n'improvisa-t-il pas, dans l'église des Français à Rome, « en » présence de vingt-trois cardinaux qui assistèrent à la » messe, » des variations sur la viole, après le Kyrie Eleison et VAgmis Dei?
En France, vers 1670, on jouait des menuets et d'autres danses dans les églises.
Dès les temps les plus reculés, certains instruments cités par Froidmont (i) et d'autres encore, étaient trèspopulaires. A une époque qu'il serait difficile de préciser, quelques-uns de ceux qui les jouèrent, reçurent des dénominations qui sont restées, dans la suite, des noms de famille. Aussi, aux XIV^ et XV*' siècles, rencontrons-nous des appellations de ce genre, précédées d'un nom de baptême, et positivement légales. A preuve celles-ci : de Pipere, le flûtiste; Vatider Luute, du luth; Cisterman, l'homme au sistre; de Vedelaere, le violoniste; de Harpeneer, le harpiste; de Trompere, le trompette ; Sacqiteboute, saquebutte (2); Akar, naquaire, toutes appellations qui n'ont pas d'autre origine.
En 1S09, nous voyons un Nicolcnis de Chitarâ, de Binche, au nombre des lauréats de l'Université de Louvain.
(1) En voici les noms îalins, tels qu'il les donne : pasloritium nablium (ou iMblum)^ cicuta, avena, tesludo, lyra^ lituus, fislula, cornu, tuba.
(2) Ancien nom français du Irombone, Les Allemands appellent cet instrument Posaune.
Deliu (Albert] 7
Facteur de clavecins tournaisien de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. — Il n'a laissé d'autres traces de son existence que ses instruments. — Description de ceux-ci. — Mort d'Antoine Dulcken, célèbre facteur de clavecins allemand, établi à Anvers. — Sa veuve et son fils Jean Dulcken vont s'installer à Bruxelles- — Documents qui les concernent. — État de gêne où ils se trouvent. — Ils demandent et obtiennent la permission de voyager, avec les produits de leur fabrique, dans les principales villes de Brabant, sans être soumis au droit de tonlieu. — Importance des instruments portant la firme des Dulcken.
Albert Delin, fadeur de clavecins, n'a laissé d'autres traces de son existence, à Tournai et dans les environs, que les instruments qui portent son nom et dont les collectionneurs se disputent vivement la possession.
M. César Snoeck, à Renaix, qui s'est créé le plus beau musée d'instruments de musique du pays (i), a fait de vaines recherches pour découvrir quelques renseignements qui puissent servir de point de répère dans la biographie du facteur tournaisien. Nous eu sommes réduit à consigner, jusqu'à nouvel ordre, les dates qui figurent sur ses produits, et dont la plus récente est 1770. La plus ancienne remonte à 17o0. Celte période de vingt ans forme vraisemblablement le centre de l'époque d'activité d'Albert Delin.
Toutefois, ne poussons pas trop loin les hypothèses. Un registre des Archives du royaume, intitulé: Dépouillement des besognes d'inspection des contrôleurs, snr l'objet des mannfactures, fabriques et productions de Vannée 1764 (2),
(!) Nous avons consacré à ce superbe musée un article développé, dans VÉcho du Parlement da 15 juillet 1865.
(2) Conseil des finances, registre -n» 830.
MARQUE FALEER-T DEilIJACTEUJl DE CLAYECINS.
ne renferme aucune indication louchant la facture des clavecins à Tournai. Le nom d'Albert Delin y est conséquemment laissé à l'écart.
Cette omission a une cause qui nous échappe complètement. Albert Delin était-il établi ailleurs en 1764? Son atelier ofTrait-il trop peu d'importance pour nécessiter un contrôle? Nous ne savons.
Ce que nous pouvons affirmer, en toute sécurité, c*esl que ses clavecins ne sont précisément pas des chefsd'œuvre. Petits de forme, maigres et grêles de son, ils s'adressaient aux artistes privés des moyens de se procurer les somptueux clavecins de Ruckers ou de Dulcken, que recherchaient surtout les personnages aisés et occupant un certain rang dans le monde.
Nous en connaissons quatre de lui, que nous allons décrire sommairement :
Le premier est de Tannée 1750. Il porte, dans un cartouche entouré d'ornementations fleurdelisées : a. delin mefecit TORNACi, 17o0. Il a trenle-et-une touches noires pour les tons entiers de la gamme et vingt-et-une louches blanches pour les demi-tons. La première sonne Vut de la deuxième octave inférieure. La caisse, de forme pentagone, repose sur un support de cinq pieds, qui s'en détache à volonté. Au milieu de la table d'harmonie, faite d'excellent sapin, on voit la marque en étain doré du facteur tournaisien. Elle représente un génie aîlé, tenant une lyre et entouré des lettres A. — D. C'est une imitation ou plutôt une contrepartie de l'étiquette que portent les clavecins d'André Ruckers (i).
Nous reproduisons, en regard, la marque d'Albert Delin.
(I) Nous en avons vu un exemplaire au Musée d'anliquilés d'Anvers. On y conserve aussi un clavecin à queue de Jean Bull, portant une rosace avec les lettres J. P. B. entrelacées, et l'inscription : joa>^es petrus bull me fecit
ANTVERPIAE, AN^0 1779.
Le deuxième clavecin, confectionné en 1765, a quatre octaves et deux notes, dont la première sonne Viit, deuxième octave inférieure. Les touches sont comme celles du clavecin précédent. La caisse, également pentagone, est peinte en bleu avec des lisières d'argent. La table d'harmonie est parsemée de rosaces, encadrant la marque au génie aîlé. Sur toute la longueur de la planchette qui borde les touches, on lit : ALBERTVS DELIN ME FECIT TORNACl, 1765.
Les deux autres clavecins datent de 1766 et 1770. Ils ont la même forme, la même inscription (année à part), et la même marque que celui de 1765 (i).
Nous sommes moins dépourvu de renseignements touchant une famille de facteurs de clavecins du milieu du XVIII^ siècle : les Dulcken, de Hesse, dont les produits, plus importants à coup sur que ceux d'Albert Delin, eurent une réputation européenne.
Voyons d'abord ce qu'en disent les livres.
Burney, dans son journal musical : The présent state of musîc in Germany, the Netherlands and United Provinces, a écrit sur les facteurs de clavecins établis à Anvers, un paragraphe caractéristique qui n'a pas été assez remarqué, et où les Dulcken ont une mention fort honorable.
En voici la traduction littérale (2) :
(1) Ces quatre clavecins font partie du musée de M. César Snoeck. Un cinquième clavecin, datant de 1756, nous a été exhibé en 1863. Il a la forme de celui de 1750.
(2)« The famous harpsichord makers, of the name of Ruckcrs, whose vvorks bave been so mucb, and so long admired ail over Europe, lived in this city [Antwerp] -. there were thrce, the firsf, and the falher of the olher two, was John Ruckers, who flourished at the beginning of the last cenlury.
» Ilis instruments were the most csteemed, and are remarkable for the sweetness and fullness of their torie. On the left hand of the soundhole, in the bellies of thèse instruments, may be seen a large H, the initial of Hans, which, in the Flemisch language, means John.
» André, the eldestof John's sons, dislinguished his work, hy an A. in the sound-hole. His large harpsichords are less csleemed than those madc by any
« Les fameux facteurs de clavecin, du nom deRuckers, » dont les ouvrages ont été si nombreux et si longtemps » admirés dans toute TEurope, vécurent dans cette ville (An- » vers). Il y en avait trois de ce nom : le premier et le père » des deux autres était John Ruckers, qui florissait au com- » mencement du dernier siècle.
» Ses instruments sont les plus estimés et tout remar- » quables pour la suavité et l'ampleur de leur son. Au côté » gauche de Touverture, dans le cœur de ces instruments, » on voit la lettre H, initiale de Hans, qui en flamand » signifie Jean.
» André, l'ainé des fils de John, marquait ses produc- » tions par un A vers l'ouverture. Ses grands clavecins sont » moins estimés que ceux qui ont été faits par qui que ce «soit portant son nom, mais ses ouvrages de moindre » dimension, comme ses épinettes et ses virginals, sont ex- » cel lents.
» Les clavecins de Jean, le plus jeune des fils, bien qu'ils » ne soient pas aussi bons que ceux du père, sont cepen- » danl très-eslimés par la délicatesse de leur ton; on peut » reconnaître ses instruments à la lettre I sur l'orifice.
» Le facteur de clavecins le plus distingué après eux,
one of Ihat namc; but liis stnall work, such as spinets, and virginals, are excellent.
>' Jean, the youngest son's harpsichords, though not so good as those of the fallier, are very much esleenied for the delicacy of their tone; his inslruments may be knovvn by the leller I, in the sound-hole.
»The harpsichord-maker of Ihe greatest eminence, after thcm, was J. Dan. Dulcken; he was Hessian. At présent there is a good woïkman at Anlwerp, of the name of Bull, who was Dulcken's apprenlice, and who sells his double harpsichords for a hundred ducats eacli, wilh only plain painted cases, and wilhout swell or pedals.
»The work too of Vanden Elsche, a Flamand, lias considérable share of merit; but, in gênerai, the présent harpsichords, made hère after the Rucker model, are thin, feeble in tone, and much inferior to those of our bcst makers in England. »T/ie présent stalc, etc., Londres, 1775, t. I, pp. 47 et 48.
» était J. Dan. Dulcken; c'était un Hessois. En ce moment, » il y a à Anvers un excellent facteur du nom de Bull (i), » ancien apprenti de Dulcken, et qui vend ses doubles cla- » vecins cent ducats chaque, avec caisses simplement pein- » les et sans pédales.
» L'ouvrage de Vanden Elsclie (2), un flamand, a un » mérite considérable; mais en général, les clavecins ac- » tuels, construits ici d'après le modèle de Ruckers, sont » médiocres, faibles de ton et de beaucoup inférieurs à ceux » de nos meilleurs facteurs d'Angleterre (3). »
Une traduction de l'ouvrage de Burney, avec commentaires, que M. Fétis, qui ne connaît pas le hollandais, taxe d'excellente, a été publiée en 1786, à Groningue, par Jacques-Guillaume Lustig, habile organiste. Elle a pour titre : Rijk gestoffeerd verhaal van de eigenlijke gesleldheid der hedendaagsche toonkonst, of Karel Burney' s Daghoek van zijne, onlangs gedaane, musicale reizen door Frankrijk, Italie en Duitschland. Or, elle est très-inexacte en maint endroit, et c'est pour écarter toute méprise à ce sujet que nous donnons en note le texte original.
(i) Voir la noie de la p. 193.
(2) Ce facteur est cité dans les Recherches sur les facteurs de clavecins et les luthiers d'Anvers, de M. Léon de Burbure, du moins nous y trouvons, à Tannée 1717, un Jean Vanden ElscIie, aliàsWan Elsen.
(3) Celle dernière assertion pourra paraître exagérée. Burney remarque ailleurs, en parlant d'Allemagne, que les facteurs d'instruments à clavier de ce pays perfectionnent mieux leurs produits à l'étranger que dans leur patrie; cela tient, selon lui, au prix élevé qu'ils reçoivent de leur labeur. Actuellement en Angleterre, poursuit-il, où le travail est le mieux rénuméré, les facteurs de clavecins déployenl la plus grande habileté dans la confeclion de leurs instruments. U résulte de là que quelques-uns des bons facteurs de clavecins établis à Londres, étaient Allemands. Cela nous rassure sur le patriotisme exagéré de Burney.
Laborde, dans son Essai sur la musique, confirme indirectement le fait. Après avoir dit, ce qui n'est pas démontré, que le piano fut inventé en Saxe, au milieu du siècle dernier, il ajoute : « De la Saxe, l'invention a pénétré à » Londres, d'où nous viennent tous ceux [les pianos] qui se vendent à Paris. » T. I, p. 349.
Gerber renvoie à Burney, mais fournit un renseignement que le musicologue anglais n'a pas donné : l'établissement de Jean Dulcken à Anvers, vers 1750 (i).
M. Félis parle d'un Jean-Louis Dulken {sic)^ né à Amsterdam, en 1761, et qui apprit, dans sa ville natale et à Paris, sous la direction de son père (?), l'art de confectionner des clavecins, forte-pianos et autres instruments. Ce doit être un petit-fils d'Antoine, ou peut-être un fils de notre Jean. M. Fétis ajoute : « Les pianos qu'il y a fabrii> qués (à Munich), étaient si estimés pour la qualité du son » et le fini du mécanisme, qu'ils se sont répandus non seuj) jement dans toute l'Allemagne, mais même en Suisse et » en Italie» et qu'ils y ont été fort recherchés (2). » Le talent de luthier était donc héréditaire dans la famille Dulcken.
Quelques notes, tirées des Archives du royaume, vont, sinon compléter, du moins renforcer les données qui précèdent.
Antoine Dulcken, facteur de clavecins à Anvers, venait de mourir vers 1763. Sa veuve, assistée de son fils Jean Dulcken, avait continué d'exercer à Anvers la même industrie, réputée alors la meilleure qui fût aux Pays-Bas.
Mais, l'usage des clavecins était en déchéance à Anvers, tandis qu'il augmentait à Bruxelles, où journellement on en expédiait un grand nombre. Ceux des grands concerts sortaient des ateliers de la veuve Dulcken.
Celle-ci résolut alors d'aller s'établir à Bruxelles. Les transports étaient difficiles et chanceux, et les frais qui en résultaient étaient assez considérables. Il valait mieux se trouver au centre de ses opérations.
(i) « DUL[C]KEN (JoHAXN Damel), ein klaviermaclier aus Hessen, liess sicli » gegen 1750 zu Anlwerpen nieder, wo er schone Flûgel verferligte. Sieh » Burneij's Reisen, Band I. » — Gerber's Neues hislorisch-biographisches Lexikon der Tonkûnstler, t. I, p. D^T.
(2) Biographie universelle des musiciens, t. III, p, 7. Le l)uilième et dernier volume de ce diclionnaire vient de paraître (septembre 1865).
La réputation des produits de la fabrique d'Antoine Dulcken fut telle, que, quand le facteur vint s'installer à Anvers, le magistrat avait cru devoir lui accorder le droit de bourgeoisie et l'exemption des droits imposés sur les objets de consommation.
Sa veuve espéra obtenir le même résultat à Bruxelles. Elle se trompa, comme on va voir.
Le 22 avril \ 763, elle adressa au conseil des finances une requête conçue en ces termes (i) :
« La veuve d'Antoine Dulcken, en son vivant faiseur de clavecins à Anvers, nous aïant exposé, par la requête ci-jointe (i), qu'elle seroit d'intention de transporter celte fabrique, avec son fils Jean Dulcken qui continue à y travailler, en cette ville de Bruxelles, moïennant qu'il nous plût de lui accorder le droit de bourgeoisie, avec l'exemption de ceux imposés sur les quatre espèces de consommation, ainsi que de toutes charges bourgeoises; nous la remettons au conseil pour qu'il nous informe, par extrait de protocole, de ce qu'il pense sur la demande de la suppliante.
» Bruxelles, le 22 avril 4763. o
Suscription : « Au conseil des finances. »
Le conseil jugea prudent et opportun d'attendre l'avis des États de Brabant et du magistrat de Bruxelles.
Voici le premier :
« Myne heeren en die gedeputeerde der heeren Staeteu van Brabant, raport gehadt hebbende van de wederkeerende requeste gepresenteert acn Syue Conincklycke Hoogheyt , \vegens de weduwe van A. Dulcken, inwoondersse der stadt Antwerpen, hun toeghesonden ten eynde van advies, by brieff geschreven vuyt Haere Majesteyts raede van finantien, van den 23^° deser, seggcn :
(1) Celte requête manque. Elle est du 2! avril 1763. Le contenu en est analysé dans la lettre du magistrat de Bruxelles, que nous reproduisons plus loin.
» Dat, by den voci ofie rcgulaiivc voorgescreven ten opsichle van de bestieringhe der domeyncn ende geaprobeert by haere Doorluchlighste Hoogheyt de aertsheitoginnc Marie Elisabeth, den 7 november 1737, onder andere articlen 23, 18 besproken, dat, ten opsichte van het deel Haere Majesteyt competerende in de rechten van de nieuwe pooriers deser stadt, aen niemandt gheenen quytschel en soude verleent worden , 't zy wegens d^ Majesteyt, 't zy wegens de Staeten;
» Den geest van welcke clausulc by myns heeren oock constantelyck is ingevoigt gheweest, in de adviesen die hun op diergelycke versoecken van quytschel door Haere Majesteyts raede van finantien van tydt tôt tydt syn gevraeght geweest;
B Ende oversulckx voor soo veel de suppliante eensgelyckx dusdaenighen quytschel komt te versoecken, en konnen myne heeren hun oock maer gedraeghen tôt de voorseyde clausulc ende hunne voorgaende adviesen;
» Des te meer dat er alhier geene questie en is van eene nieuwe fabrique ofte conste in het landt innetebrenghen, mits de suppliante ende wijien haeren nian alreede soo langhe jaeren tôt Autwerpen hebben gewoont, ende de conste van clavecingels te maecken aldaer hebben geoeffent; in welcke stadt sy alsdaer ia soo vêle voordeelen genoten hebbende, gelyck sy seght, oock vvel kan continueren te blyven;
» En wat raeckt den vrydom der imposlen op de vier specien van consomptie, mits sy ende haeren man den selven alleenelyck toi Antwerpen en noijnt genoten en hebben, soo en isser gheene rede om de welcke men haer den selven soude toestaen tôt Brussel.
0 Gedaen tôt Brussel, den 28^° april 1763. »
L'avis du magisli-at de Bruxelles est de la teneur suivante :
« Messeigneurs,
» Nous avons reçu la requête présentée à Son Altesse Royale par la veuve d'Antoine Dulcken, vivant feseur de clavecins à Anvers, sur laquelle vos seigneuries requièrent notre avis par leurs lettres du 3 du courrant mois de juin.
» La suppliante expose qu'elle a conservé, conjointement avec
son fils Jean Dulcken, la fabrique des clavecins, toujours réputés parmi les meilleurs qui aient paru dans les Païs-Bas.
> Qu'en cette considération , le magistrat d'Anvers accorda à son mari et à sa famille le droit de bourgeoisie et l'exemption des droits sur les espèces de consommation et des charges bourgeoises, au tems de son établissement en ladite ville, exemption qu'ils continuent encore à la remonslrante.
» Elle allègue que l'usage de cet instrument est considérablement déchu en la même ville et augmenté à Bruxelles, où elle a livré plusieurs pièces, et où elle en livre journalièrement aux amateurs, ajoutant que les clavecins des grands concerts sont de sa fabrique, ainsi que ceux des personnes de goût.
î> C'est à cette préférence qu'elle attribue les conseils qu'elle reçoit de s'établir en cette ville, de la part des maîtres de cet instrument, à cause de la difficulté des fraix et du risque qu'ils trouvent à les faire venir d'Anvers.
R Mais les faveurs dont elle jouit, la retiennent à prendre ce parti, à moins, dit-elle, que S. A. R. ne daignât la désintéresser avec sa famille, en lui fesant obtenir, des États de Brabant et du magistrat de la ville, les mêmes exemptions dont elle profite en la ville d'Anvers.
j> A ces causes, elle demande qu'elle puisse jouir en cette ville, en y exerçant sa fabrique, du droit de bourgeoisie et de l'exemption des droits de consommation sur les quatre espèces, et de toutes charges bourgeoises, pour elle et sa famille.
dNous ignorons quelles peuvent être ses exemptions en la ville d'Anvers. Elle insinue d'y avoir joui de la franchise des impôts. Cette allégation est erronée, et ce manque de bonne foi nous fait soupçonner la iidélité de ce qu'elle avance à l'égard des droits de la ville.
» Quoi qu'il en soit, le traitement qu'on lui auroit fait en la ville d'Anvers, ne doit point servir de règle par rapport à celle de Bruxelles. Il se peut que, dans la première, on ait été bien aise de se procurer ou de relenLf , par des faveurs, un artiste qui, par sa nouveauté ou à cause de ses talens, formoit, en la même ville, un établissement qui méritoit de la distinction.
» Mais, nous ne sommes pas dans le même cas à Bruxelles.
Nous y avons eu, de tout tems, et nous y avons encore des ouvriers en toutes sortes d'instrumens, et, entre autres, de feseurs de clavecins, qui sont en état d'en fournir de très-bonne qualité.
» Ces maîtres n'ont jamais joui ici de la moindre exemption, soit d'accises soit d'autres charges bourgeoises, et, si l'on commençoit une fois à ouvrir cette porte, il n'y a ni artisan, ni trafiquant, ni homme de métier qui ne pût prétendre, à beaucoup plus juste titre, de jouir des mêmes prérogatives.
D Vos Seigneuries ne savent que trop combien nous avons de peine à faire face, par les revenus de la ville, aux charges dont elle est obérée, et, par conséquent, nous avons lieu d'espérer qu'en consultant S. A. R. sur la demande de la suppliante, elles se détermineront pour la faire éconduire, elle entière, de s'établir en cette ville, où il lui sera permis d'exercer son art sans contradiction de personne, puisqu'il est indépendant de tout métier.
» Nous avons l'honneur de vous dire très-respectueusement, messeigneurs, de Vos Seigneuries
» Les très-humbles et très-obéissants serviteurs,
» Les bourguemaîtres , échevins, trésoriers, receveurs et conseil de la ville de Bruxelles,
» L.-J. Dezadaleere.
» Brusselles, 18 juin 1763.»
En résumé, la décision fut négative. L'allégation de la veuve Dulcken, conceiMiant sou exemption des impôts à Anvers, fut révoquée en doute. Mais, dans la supposition qu'elle fût vraie, on opina, de part et d'autre, ceci :
1° Que Bruxelles eut, de tout temps, des luthiers, et notamment des facteurs de clavecins, d'un mérite distingué; 2° que ces industriels n'ont jamais joui de la moindre exemption, soit d'accises, soit d'autres charges bourgeoises; 3** que si on établissait un précédent, tous les ouvriers auraient droit d'exiger les mêmes avantages; 4'' que les revenus de la ville ne suffisaient pas à faire face aux
charges dont elle élait obérée; et S** que la veuve pouvait s'établir librement à Bruxelles, son métier ne relevant d'aucune corporation.
Le conseil se rangea à l'avis de ces deux autorités, comme le témoigne l'extrait suivant du protocole du conseiller Baudier, en date du 50 juillet 1763 :
« La veuve d'Antoine Dulcken, en son vivant faiseur de clavecins à Anvers, demande , par sa requête cy-jointe, remise au conseil par décret de S. A. R. du 22 avril dernier, de transporter en cette ville cette fabrique avec son fils Jean Dulcken, qui continue à y travailler, moiennant qu'il lui soit accordé le droit de bourgeoisie, avec l'exemption de ceux imposés sur les quatre espèces de consommation et des charges bourgeoises, ainsi que ceux du magistrat d'Anvers accordés à son mari, au tems de son établissement en ladite ville.
i> Le conseil a remis cette requête à l'avis des députés des États de Brabant et du magistrat de cette ville. L'un et l'autre disent, par leurs rescriptions cy-jointes, que c'est à tort que la suppliante avance qu'elle et son mari auroient joui de la franchise des impôts ; et ce manque de bonne foi à l'égard de cet article leur fait douter de la fidélité de ce qu'elle avance à l'égard des droits de la ville d'Anvers, dont elle dit de jouir.
» Au surplus, comme cet établissement n'est point nouveau, et qu'il y a ici des ouvriers en toutes sortes d'instruments qui ne jouissent d'aucune franchise, ils concluent à ce que la suppliante soit éconduite de sa demande, elle entière, de s'établir en cette ville, où il lui sera permis d'exercer son art sans contradiction de personne, d'autant qu'il est indépendant de tout métier.
î) Le conseil pense comme les avisans, et, en conséquence, il estime que le bon plaisir de S. A. R. pourrait être d'éconduire la suppliante de sa demande, elle entière, de s'établir ici, ainsique le magistrat de cette ville le propose. »
Il ne restait donc à la veuve Dulcken d'autre parti à prendre, que de continuer à résider à Anvers ou de s'établir
à Bruxelles, sans le moindre espoir de faveurs ou de privilège. Elle opla pour ce dernier parti.
A peine installée à Bruxelles, les choses ne marchèrent pas, paraît-il, au gré de ses désirs, soit que les facteurs de clavecins lui fissent une trop rude concurrence, soit que le débit des instruments se fut ralenti. Ses magasins restèrent encombrés, et pour ne point se trouver en proie à la misère, elle résolut de parcourir les principales villes du Brabant, avec ses marchandises, dans l'espoir de les écouler plus facilement.
A cet effet , elle s'adressa au trésorier des domaines et finances, pour lui demander la faveur de transporter ses instruments sans imposition des droits de tonlieu, comme le constate la pièce qui suit ;
« A Messeigneurs les trésoriers et conseilliers des domaines et
FINANCES DE l'ImPÉRATRICE ReINE APOSTOLIQUE.
î> Remontre très-humblemeut la veuve d'Anihoine Dulcken, qu'elle a eu ThonDeur autrefois de représenter requette à Son Altesse Roiale, renvoiée au conseil des domaines et finances de Sa Majesté, pour pouvoir se dégarnier des ouvrages perfectionnés et en état d'être délivré par son défunct mari, ne lui restant que le fruit à percevoir desdils ouvrages, pour pouvoir vivre et entretenir sa famille. Se trouvant écouduite par Vos Seigneuries de la demande qu'elle a eu l'honneur de leur faire le 21 avril i763, supplie Vos Seigneuries de ne pas la laisser dans la disette du pain avec sa famille, chargez des marchandises en clavecins.
D Elles sont trop charitables et indiens [sic) à soulager les pauvres veuve et orphelins, que pour ne point favorablement recevoir le très-humble recours que laditte pauvre désolée prend vers Votre Seigneurie Illustrissime, les suppliant très-humblement que, tout ce considérez d'une juste commisération et veu l'art de son défunct mari, la pauvre veuve se trouvant chargez des fruits de ses ouvrages, sans pouvoir en proffiter. C'est pourquoi la suppliante les supplie de pouvoir se transporter à An-
vers, Louvain et autres lieues {sic) de Brabant, avec ses ouvrages des clavecins, francq et libre des droits imposés, d'autant qu'elle ne sçait si même elle aura le bonheur d'en débitter quelques pièces.
» C'est la grâce, etc.
» L. J. De Planciion, junior.
» Bruxelles, le 8 may 1784. »
En marge : « Résolu d'accorder à la suppliante sa demande. »
L^exemplion des droits de tonlieu lui fut octroyée par a lettre suivante, adressée aux officiers préposés à la perception de ces droits :
a La veuve d'Anlhoine Dulcken nous aïant demandé de pouvoir transporter à Anvers, Louvain et autres lieux de Brabant, les ouvrages de clavecins , délaissés par son défunt mari, exempts des droits de tonlieux, Nous vous faisons cette pour vous dire que nous lui avons accordé sa demande. Nous vous ordonnons, en conséquence, de dépêcher les dits ouvrages sur ce pied, en faisant mention de la date des présents dans les dépêches que vous lui délivrerez pour chaque transport.
j) A tant, etc.
» Le baron de ïudor.
i> Bruxelles, le 10 mai 1764. »
La position critique delà veuve Dulcken s'améliora-t-elle au moyen de cet expédient? Son séjour à Bruxelles fut-il de longue durée? c'est ce que des documenls ultérieurs nous apprendront peut-être un jour. La naissance d'un Jean-Louis Dulcken, petit-fils d'Antoine, à Amsterdam en 1761, ne nous paraît pas encore clairement démontrée. Il est possible que le fils d'Anloine Dulcken essaya de se fixer à Amsterdam, avant de se résoudre d'aller habiter Bruxelles.
Quoi qu'il en soit, les clavecins portant la firme des Dulcken sont rares, pour ne pas dire introuvables. Fabriqués par des luthiers exotiques, ces instruments n'en offrent pas moins de l'intérêt pour l'histoire de la lutherie en Bel-
gique, et ils serviront utilement de point de comparaison avec ceux qui appartiennent aux fabricants du pays proprement dits. Peut-être l'excellence de ces produits les a-t-il fait rechercher avidement par les amateurs étrangers, par les Anglais surtout.
Qui sait s'ils ne garnissent point actuellement, à titre de meuble antique, le musée de quelque lord millionnaire!
De Hollandre (Charleis-Félix),
Compositeur de musique d'église, mort en 1750. — Rectifications et additions à sa notice biographique. — Inventaire, dressé par lui, en 1754, des ouvrages de musique trouvés au jubé de l'église de Sainte-Walburge, à Audenarde, et de ceux légués ù ladite église par son prédécesseur, maître François De Mey. — Reproduction de cet inventaire, avec annotations biographiques et bibliographiques. — Deux listes d'ouvrages de musique, également annotées, et datant de 1750 et de 1752.
Une notice sur Charles-Félix De Hollandre a été publiée par nous, en 18S6, dans les Annales de la société royale des Beaux- Arts et de Littérature (i). En la résumant dans la Biographie universelle des musiciens, sans indication de source, M. Fétis a cru devoir y joindre certains détails complémentaires, entre autres, l'admission de Charles- Félix De Hollandre comme enfant de chœur à l'église de Sainte-Elisabeth, à Mons, avant sa réception à l'abbaye de Cambron, où il acheva ses études musicales, et l'enseignement musical donné par le même De Hollandre au Père Le Quoint, récollet, auteur de plusieurs compositions religieuses. Si rien ne s'oppose à admettre le premier fait, tout concourt, au contraire, à rejeter le second.
(1) T. VI, p. 114, avec musique et fac-similé d'écriture. Quelques tirés à part ont clé faits de ce petit travail.
iNous avons dit que De Hollandre eut pour élève le Père Treels, excellent organiste du couvent des Récollels à Audenarde, le même qui a transmis divers renseignements sur la carrière de son maître. Du nom de Treels à celui de Le Quoint, la dislance est grande. Puis, si De Hollandre est né, comme le constate M. Félis, vers les dernières années du XVW siècle, comment se peut-il que son élève, nous voulons dire celui que M. Félis lui assigne, ait pu éditer, en 1706, des œuvres aussi considérables que celles dont le catalogue d'Etienne Roger, d'Amsterdam, fait mention (i)? Notons que Le Quoint était déjà prêtre, et que ses ouvrages, écrits pour la plupart à cinq parties réelles, annoncent un musicien consommé dans l'art de la composition. Trop souvent M. Félis, en possession d'un renseignement dont il ne sait que faire, le glisse adroitement dans la biographie d'un musicien qui n'a que de lointaines analogies avec lui. Nous aurons l'occasion de signaler, à leur place, ces étranges abus d'emploi.
Depuis la publication de notre notice, nous avons su que De Hollandre postula, le 22 octobre 1728, la place de maître de chant de la cathédrale de Tournai, et qu'il échoua dans sa démarche (2). Puis, il nous a été permis d'ajouler à la nomenclature des œuvres du musicien, une messe de Requiem et deux messes solennelles, qui avaient échappé à nos recherches (5).
En 1754, quand De Hollandre succéda à De Mey, dans les fonctions de maître de chant de l'église de Sainte- Walburge à Audenarde, il dut, selon les formalités reçues, dresser un inventaire détaillé de toutes les œuvres musicales appartenant au jubé de celle église. Cet inventaire,
(1) Voyez la liste ci-après.
(2) Note de M. l'abbé Voisin, communiquée à iM. Xavier Van Elewyck. (5) Voyez plus loin la liste de 1752
nous Pavons sous les yeux, et il nous a paru assez intéressant pour être publié avec les commentaires qu'il nécessite. Nous le donnons donc ci-après.
Les œuvres anonymes, d'ailleurs en petit nombre, en ont été élaguées. Toutes appartiennent au XVll^ siècle ou au début du XVIII% et émanent de musiciens italiens, allemands et néerlandais. Ces dernières forment la majorité. Elles complètent celles que renseigne la liste publiée au § XV de ce travail.
L'inventaire est divisé en deux parties, dont l'une contient les ouvrages trouvés au jubé de Sainle-Walburge, et l'autre ceux qui ont été légués à celle église par maître François De Mey. Malgré l'absence de certains prénoms de compositeurs, il fournit des données précieuses sur l'histoire musicale d'une époque qui est loin d'être connue. Ces données servent en quelque sorte d'étapes dans la biographie de musiciens encore obscurs, et dans celle de musiciens qui ont eu de la réputation, comme les Benediclus, les Hamal et les d'Eve.
Nous y avons joint deux peliles listes, l'une dressée fort probablement par le successeur intérimaire de Charles- Félix De Hollandre, mort en 1750, l'autre par son successeur effectif, Pierre-Nicolas Rochefort, installé en 1752. Cette dernière nous signale quelques prénoms omis dans l'inventaire de 1734-, et se termine par une note, d'où il résulte qu'une foule de compositions, maintenues au répertoire du jubé de l'église de Saiote-Walbur£?e, à Audenarde, en furent écartées et vouées à l'oubli, comme étant surannées et devenues impropres au service.
On connaît notre manière d'annoter, par les listes de Jean-Baptiste Dandeleu et de Jean-François Libau, publiées précédemment. Nous n'y apporterons qu'une seule modification. Au lieu de fatiguer l'attention du lecteur par des redites trop multipliées, nous entourerons de guillemets
les titres d'ouvrages et les noms de compositeurs qui n'ont pas été cités dans la Biographie universelle des musiciens. Ce répertoire servira, comme plus haut, de base d'information.
Nous avons communiqué, en 1857, quelques extraits du présent inventaire à M. Fétis, pour être utilisés, à sa demande, dans le dictionnaire dont nous parlons. Non seulement M. Fétis ne nous cite pas, mais il dénature, selon son habitude, les documents dont il fait usage, en y mêlant des détails de pure fantaisie que personne ne saurait envisager comme sérieux. Ainsi, il dit positivement que les œuvres d'Antoine Guislain étaient manuscrites, alors qu'aucun indice ne permet de faire une affirmation semblable; il avance que les ouvrages mentionnés dans la liste de 1734 reposent dans les archives de l'église de Sainte- VValburge à Audenarde, tandis que c'est la liste elle-même qui y est conservée; il remplace les désignations générales de parties instrumentales, par des désignalions spéciales, comme s'il avait vu les œuvres où elles sont employées, et l'on sait que ces indications ofTrent des différences aussi nombreuses que variées.
Nous avons cru devoir laisser subsister, dans la liste de 1734, un seul ouvrage anonyme, à savoir une Passion à trois voix. Or, De Hollandre passe pour être l'auteur de méditations sur la Passion, également à trois voix, qui se chantent dans les deux églises paroissiales d'Audenarde. Des doutes subsistent sur celle attribution. Voici un indice pour aider à rechercher l'auteur véritable, et cet indice n'est autre qu'une composition similaire, enregistrée par De Hollandre lui-même, à l'époque où il vint prendre possession de son nouvel emploi.
L'inventaire de 1734 est de la teneur suivante :
LISTE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE APPARTENANT A L'ÉGLISE PAROCIIIALE A AUDENARDE.
Toutes les parlitures de monsieur Guillain : « Messe à l'honneur de S"" VValburge, 1721. — Messe, 1719. — Messe, 1706.
— Missa solemnis, 1709. — Missa solemnis, 1713. — Te Deum laudamus. — Magnificat, sans instruments. — Miserere, 1715.
— Motlet à l'honneur de S' Jacques, 1715. — Prose de Pâques, 1715. — Mottet à l'honneur de S* Jacques, 1718. — Mottet : Lux luxit. — Mottet, 1716. — Mottet de S'" Barbe, 1713. — Mottet de S' Joseph, 1719. — Mottet de S^ François, 1717. — Mottet de S' Ignace, 1715. — Mottet, 1716. — Mottet de S* Jacques, 1715. — Mottet de S' Albert, 1718. — Mottet de S' Albert, 1719. — Solo de l'Élévation, 1716. — • Jubilé pour M' Nollet, 1716. »
Ces œuvres, dont la plus ancienne date de 1706, ont été écrites dans l'intervalle de seize années. En y joignant celles que Ton trouve citées plus loin, on arrive au chiffre de trente-cinq. M. Fétis, dans une notice dont les éléments ont été réunis par nous, se borne à indiquer le genre de chacune d'elles. Et pourtant la liste complète en a été mise sous ses yeux! Nous avons fait des démarches à Douai, pour avoir des détails biographiques sur Antoine Guislain, natif de cette ville; mais elles n'ont point abouti. Il remplaça en 1721 Etienne De Milt, ci(é au g XI de ces recherches. Mort en 1719, il eut pour successeur Pierre-François Gaudblomme, de Rooborst, près d'Audenarde (1). Nous rencontrons dans la Notice sur les collections musicales de Cambrai, etc., de M. De Coussemaker, des messes à quatre et à six parties d'un certain Guilliani, citées d'après un catalogue de l'imprimeur parisien Ballard, de 1744. Ces ouvrages, dus à un homonyme italien ou italianisé d'Antoine Guislain, ont échappé à M. Félis, apparemment parce qu'ils ne figurent point dans l'index alphabétique qui accompagne la publication de M. De Coussemaker.
Mottet italien del signor Giuseppe Aldrovandiny, très-beau.
Ce motet est probablement tiré de l'un des trois recueils de musique sacrée du compositeur italien, publiés en 1701 et 1703. Nous voyons dans le catalogue de musique de Roger, de 1706, des motels à deux et trois voix, en partie
(1) Pierre-François Gaudblomme acheta, en 1725, pour l'église de Sainte- Walburge d'Audenarde, un nouvel ouvrage intitulé Chrislophoro, d'après un passage des comptes de cette église, ainsi conçu : « Belaelt aen heer ende » P. -F. Gaudblomme, ghewesen sangmeester, tôt hel coopen van een nieuw » werck rausicque, gheinlitulecrt Chrislophoro, beslaende in Iwaelf molellcn, a v lib. xij sch. par. »
avec instruments, sous la désignatian d'œuvre premier. C'est évidemment une réimpression. Les autres ouvrages d'Aldrovandini appartiennent au répertoire dramatique et symphonique.
LISTE DE TOUTE LA MUSIQUE TROUVÉE SUR LE DOCSAL, -"^'^^'^ ' L'œuvre de Fiocco le fils; 8 livres.
Ce Fiocco le fils, est ce Jean-Joseph Fiocco, qui fut maître de musique de la chapelle royale, et ce Jean-Joseph Fiocco faut-il le confondre avec Joseph- Hector Fiocco, fils de Pierre-Antoine, qui a une notice dans Fétis? Quoi qu'il en soit, Jean-Joseph Fiocco est auteur de quelques œuvres aujourd'hui oubliées. Son Opiis primum est consigné dans le Catalogue de la bibliothèque musicale de De la Page, sous le n» 1596, en ces termes : « Fiocco (Jean-Joseph), sacri » concentus quatuor vocibus ac tribus instrumentis modulandi. Opus primum. » A Amsterdam, aux dépens d'Estienne Roger, in-^o. Bassus continuus. » Cette œuvre est rarissime, et De la Fage en fait mention dans sa Petite bibliothèque au no XXVIII. Nous avons avons vu ensuite de Jean-Joseph Fiocco, une partition de huit psaumes ou motets à deux voix, achetée aux enfants de Tauteur, le 22 juin 1772, par J.-F. Liban, prêtre à Bruxelles, dont il a été question au S XV de ces recherches. Ces psaumes sont les suivants :
« 1. Super flumina Babylonis, à 2 dessus ou canli e basso continuo. — » 2. Benedicam Dominum in omni tempore, canto e basso. — 3. Cantate Do- >» minum canticum novum, alto e basso. — i. Quemadmodum desiderat cervus, » canto e ténor. — 5. Ad supremam cœli mensam, canto ed alto. — 6. Omnes » gentes ad Jesum venite, alto e lenor. — 7. Exultate Deo adjutori nostro, canto ») ed alto, — 8. Usque quo Domine oblivisceris me in finem, canto e ténor. » Dans Y Almanach de la Cour, Jean-Joseph Fiocco figure comme maître de musique de la chapelle du gouverneur, aux années 174.5, 174.6 et 1749. M. Éd. Grégoir le mentionne aussi. Voir la liste de Jean-François Liban au § XV de ces recherches, où nous citons, d'après le catalogue d'Élienne Roger de 170C, une messe et des motets de Jean-Joseph Fiocco à 1, 2, 3, 4 et 5 voix, et à 3, 4 et 5 instruments.
Les œuvres de Fiocco le père; iO livres.
Par Fiocco le père, on entend probablement Pierre-Antoine Fiocco, vénitien de naissance, qui fut maître de chapelle de l'église de Notre-Dame du Sablon à Bruxelles. M. Fétis cite de lui une messe et des motets à 1, 2, 3, 4et 5 voix, gravés à Amsterdam, chez Roger, mais sans mentionner de date. Ce recueil figure dans le catalogue de cet éditeur de musique, à l'année 1706. Fiocco père apparaît dans le même catalogue, avec un recueil de dix sonates pour flûtes, qu'il a composées en collaboration de Guillaume Crofl, Pepusch et Pez.
L'œuvre de Bassany; 4 livres.
Il est difficile de préciser le contenu de cet ouvrage, les recueils de musique sacrée de Bassani étant nombreux et divers.
I/œuvre de Grossy; 7 livres.
Il s'agit ici, très-vraisemblablement, du chevalier Charles Grossi, car André Grossi ne composa que des œuvres instrumentales. Douze sonates de ce dernier sont citées sans date par M. Fclis. Or, nous les voyons dans le catalogue de musique d'Élienne Roger, de 1706. Peut-être n'est-ce qu'une réimpression,- mais, en tout cas, celte date marque une étape.
a L'œuvre 5 de Vermeeren; » 10 livres.
« L'œuvre 1 de Vermeeren; » 8 livres.
« L'œuvre 2 de Vermeeren; » 8 livres.
Les renseignements nous manquent sur l'auteur de ces trois ouvrages. Dans la petite liste de 1752 qui termine ce paragraphe, le prénom Antoine ^luéia^^ c^-r^^u^ v^ précède le nom de Vermeeren. ^V^-^^v* / i^3o ,
« L'œuvre 5 » de Benedictus; 8 livres. ■^.,^., ^^t^^^^^n^
Cet ouvrage et le suivant émanent d'un compositeur néerlandais, Benedictus j ■
à S'o Josepho, surnommé en France Grand Carme. 11 est permis de croire qu'ils consistent en compositions sacrées. M. Fétis n'assigne pas de date à l'œuvre huitième de ce moine musicien. Or, cet œuvre figure dans le « Catalogue des livres de musique nouvellement imprimés (vers 1700), à Amsterdam, chez Estienne Roger, » Nous y trouvons, avec rindicalion d'œuvre neuvième, une messe et des motets à 1, 2 et 3 voix et instruments, compositions que M. Félis ne cite pas.
« L'œuvre 2 j» de Benedictus; 8 livres. « Ij'œuvre 3 de Bart; »9 livres.
Est-ce un parent de Barth, maître de musique de Saint-Bavon à Gand, dans la deuxième moitié du XVIII<' siècle? Il est plus probable qu'il s'agit ici de Guillaume Baert, citédans la liste del752, que nous reproduisons plus loin.
« L'œuvre de Verlit; » 7 livres.
L'auteur de cet ouvrage n'est autre, croyons-nous, que Gaspard de Verlit, natif de Mons, qui fut pendant dix ans sopraniste k la chapelle royale de Bruxelles, sous le gouvernement de l'infante Claire-lsabelle-Eugénie et du cardinal-infant Don Ferdinand, et qui, devenu habile dans l'art d'enseigner la musique, fut nommé maître de chapelle en diverses églises, puis parvint à la dignité de chppelain d'autel en la susdite chapelle royale, sous l'archiduc Léopold-Guillaume et de Don Juan d'Autriche. Voulant obtenir, pour ses bons et loyaux services, quelques gratifications du gouverneur, il se fit délivrer, en 1633, deux certificats, qui témoignent de son talent et de sa moralité. Nous croyons devoir les reproduire ici. Voici le premier document ;
«Je soubsigné atteste que Gaspar de Verlit, natif de la ville de Mons en » Haynau, a esté enfant de la musicq à la chapelle royale de Bruxelle, l'espace » de dix ans, soubs les Sérénissiraes Isabelle et Ferdinand, de glorieuse mé- » moire, ayant grandement profité dans l'art de la musicq, par laquelle ij » s'est rendu capable de l'eslat de maîtrissc en divers lieux, parquoy grande-
» menl util au service de Téglise, et maintenant de chapelain d'autel dans » ladite chapelle royale, soubs les Sérénissimes princes, l'archiduc Léopold et » son Allèze Roj'ale d'Auslriclie, avec toute diligence et satisfaction de ses su- » périeurs, sans mercède aulcune ny récompense, méritant néantmoins, pour » ses bonnes coustumes et louables qualitez, que ses services soient fidelle- » ment considérez. [Sans signature].
Collata concordai cum suo originali, quod attestor, A. Paon, nolarhis^ Le deuxième certificat est ainsi conçu :
n Ego infrascriptus, testor Gasparem de Verlit, ecclesiae nostrae pho- »nascum, necnon régis capellae sacellanum, optimis moribus et laudabili » vilae consueludine conspicuura, promotione honorificâ esse dignissimum. » Signatum erat : J. V. Willigen, pastor S'» Nicolai, Bruxellis, 1638.
» Collata concordat cum suo originali, quod attestor, » A. Paon, notarius, » 1658.»
Gaspard de Verlit était encore chapelain de la chapelle royale de Bruxelles en 1663, avec Guillaume Borremans, Dominique Alexis, Lambert Hulin et Tobie Péronne. Le registre aux comptes de la recette générale des finances, où nous trouvons cette citation, écrit le nom de Verlit avec un h final et supprime lu particule de. Plus loin, il y a, dans la présente loi, mention d'autres œuvres du même musicien.
L'œuvre 47 de Cazzatti; 8 livres.
Cazzati est un compositeur italien, mort en 1677. Son œuvre quaranteseptième consiste en motets à 2, 3, 4, 5 voix, avec ou sans violon, et édités à Bologne en 1668.
^^^^■J « L'œuvre de Coex; » 8 livres.
Un Jean Coex ou Cocq était maître de chant de la confrérie de Notre-Dame, à la cathédrale d'Anvers, en 1667.
« L'œuvre de Dorré; » 8 livres.
<i L'œuvre de Maiscoque; » 9 livres.
<i L'œuvre 1 de Mouqué; » 9 livres.
Nous voyons, dans le catalogue d'Etienne Roger, de 1706, un article ainsi conçu : « Motets de Mr Mouqué, à 1, 2, 3, 4. et 5 voix, avec instruments. » Il s'agit ici, croyons-nous, d'un compositeur alors vivant,
({ L'œuvre 2 de Dorré; » 14 livres.
Compositeur déjà cité.
« L'œuvre de différents auteurs : Vander Loo; » 40 livres. Nous ignorons à quel titre le nom de Vander Loo figure ici, si c'est comme collecteur ou comme auteur. Un Jean Van Loo fut maître de chant à l'église de Sainte-Walburge, de 1696 à 1699.
• L'œuvre 4 de Benedictus; » 9 livres. Voyez ci-dessus.
L'œuvre 1 de Benedictus; 40 livres.
Cet ouvrage, selon M. Fétis, contient des messes, des litanies et des motels, imprimés à Anvers, en 1G66, in-4o. Voyez ci-dessus.
« L'œuvre 7 de Benedictus; » 9 livres.
Voyez ci-dessus.
L'œuvre i de Rathgeber; 8 livres.
L'œuvre 2 de Rathgeber; 10 livres.
Cet œuvre et le précédent sont mentionnés dans les lexiques de Wallher et de Gerber, le dernier avec l'année 1723.
« L'œuvre i » de Delien; 9 livres. ^7W.V«-. ^^^*,»4«<
Le nom de ce musicien sonne un peu celui du facteur de clavecins qui a fait l'objet du paragraphe précédent. Un abbé du nom de Gauthier Delien ou Deleije était organiste de la cathédrale d'Anvers, de 1687 à 1702.
« L'œuvre de Procureur; » 8 livres. -^ih^r-^t^ y^jas^-u^^^, ^,
Plus loin, il y a, dans une liste de 1732, « een werk van Smet, procureur. » Toutefois, dans le cours de celte liste et de la suivante, le nom de Procureur est toujours donné comme nom d'auteur et peut-être de famille.
« L'œuvre 3 » de d'Eve; 9 livres. ^''
L'œuvre premier de ce compositeur flamand, œuvre que M. Fétis ne cile pas, consiste en^une messe et en des mottels à 1, 2, 3, 4- et 5 voix et 5 instruments. Il est mentionné dans le catalogue de musique d'Etienne Roger, de 1706, et il a été vraisemblablement gravé chez lui. Nous voyons dans le même catalogue .- « Les Trios de M»" d'Eve pour les flûtes, violons et haut- »bois; seconde édition considérablement augmentée et gravée en taille douce. » Ce recueil a été également passé sous silence par M. Fétis.
« L'œuvre 5 » de R. Père Le Quoint; 11 livres.
Le catalogue d'Etienne Roger, de 1706, cile de ce musicien : «< Psalmi brèves » pro omnibus omnino tolius anni vesperis, à 1 , 2, 3, 4 et 3 vocibus, et 2 vel 3, » vel 4 instrumcnlis; — Wissae, Litaniae, Moltetli etTanlum ergo, à 5 vocibus » et 5 instrumentis, op. 3a. — Sonates à 2 violons, 1 haute-contre, une basse » de violon et une basse continue, op. 3a (?). » 11 contient encore, sous les initiales de L. R. P. L. Q. (le révérend père Le Quoint?) des « Pièces en trio » pour les flûtes, violons et haut-bois, composées à la manière italienne et à la » manière françbise. »
« L'œuvre 1 » de Van Steelant; 10 livres. «^^^^T^e^TiZ^^-^^^»^^-*^.»*- ■-' -^^^
Voyez sur ce compositeur, au § XII de ces recherches. L'œuvre de Planicizky; 5 livres.
C'est sans doute la collection de douze motels : Opella ecclesiasiica (Augsbourg, 1723), dont il est question ici.
« L'œuvre de Verlit; » 10 livres.
Probablement une œuvre analogue à celle mcnlionnée plus haut, et y faisant suite.
a L'œuvre 4 » de Pez; 5 livres.
Le nom de Jean-Christophe Pez fait double emploi dans la Biographie universelle des musiciens^ de Fétis, d'abord à PIÎTZ, puis à PEZ. Tous deux sont auteurs d'un Prodromiis oplalae pacis,YHjhUé ù Augsbourg,en 1703. Mais l'un est dans le format in-l», l'autre dans le format in-fo. Nous trouvons du premier, dans le catalogue d'Élienne Roger, de 1706, neuf suites à deux flûtes ou violons et basse continue, op. 2a; et des « Sonate a tre col » violoncello, op. la. » Remarquons qweleProdromus forme l'œuvre deuxième dans Fétis.
L'œuvre 1 de Teller; i^ livres.
C'est un recueil de motets et de messes publié à Augsbourg, en 1726.
« L'œuvre de Bart; » 9 livres.
Pour ce compositeur, voyez plus haut.
« L'œuvre de Bart; » 8 livres.
Même remarque. Ce recueil et le précédent forment sans doute son œuvre premier et deuxième.
« L'œuvre 5 de Berkelaers; » 9 livres.
Il nous a été impossible de rien trouver sur ce musicien, qui doit être flamand, attendu que son œuvre quatrième et d'autres, cités plus loin, sont composés sur des paroles flamandes.
L'œuvre 1 de Dumont; 8 livres.
11 s'agit ici sans doute d'Henri Dumont, compositeur liégeois; mais nous ignorons ce que renferme cet œuvre premier, aucune biographie ne donnant des renseignements à ce sujet.
<s L'œuvre de Godefrido; » 11 livres.
« L'œuvre 1 de Quercus; s 8 livres.
Est-ce Quercus ou Cureus, cité plus loin? La première supposition est la plus probable.
« L'œuvre de Royet; » 9 livres. L'œuvre de Reineri; 7 livres.
Voici sans doute quelque recueil de motets d'Ambroise Reiner, qui fut maître de chapelle de l'archiduc d'Autriche Ferdinand-Charles, vers le milieu du XVl|e siècle. Les autres musiciens de nom appartiennent à une époque trop reculée de celle-là ou trop rapprochée de la nôtre pour pouvoir être attribués à l'œuvre en question.
L'œuvre de Gazatti; 5 livres.
Voyez plus haut.
« L'œuvre de Grossy; » 4- livres.
Même remarque.
« L'œuvre 4 de Grossy; » 5 livres.
Même remarque.
L'œuvre de Cazzali; 5 livres.
Voyez plus haut.
L'œuvre de Cazzatti; 5 livres.
Même remarque.
L'œuvre 2 de Pietkin; 6 livres.
Nous ignorons de quoi se compose cet œuvre, les Sacri concenlus étant le seul recueil imprimé dont les biographes fassent mention.
« L'œuvre de Finatty; » 6 livres.
a L'œuvre 3 de Dromal; » 3 livres.
« L'œuvre 15 de Tardilii; » 3 livres.
C'est un recueil de motets de 1637.
« Messe de Dromal, » à 4 voix.
L'œuvre de Tarditti; 6 livres.
« L'œuvre 2 de Vignally; p 5 livres.
a L'œuvre 2 de Henius; » 5 livres.
Probablement faut-il lire Hennius, et, dans ce cas, le recueil appartiendrait Gilles Hennius, qui fut maître de chapelle de Ferdinand, archevêque-électeur de Cologne et prince de Liège, vers le milieu du XYIl*^ siècle.
« L'œuvre 3 de Loiselle; » 9 livres.
Voyez au § XII de ce travail.
« Mollet de chœur de Guillain, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez au début de ceite liste.
a Moltet de chœur de Haussart, » à 5 voix et 5 instruments.
a Mottet de chœur d'IIurtado, » à 4 voix et 3 instruments. Voyez au § VIII de ce travail.
« Mottet de chœur de Poiroix, » à 5 voix et 3 instruments.
« Mottet de chœur de Vande Ville, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez, sur ce compositeur, au § XII de ces recherches.
« Mottet de chœur de Sclobas, » à 4 voix et 3 instruments.
Il faut lire, croyons-nous, Schlobas. Un musicien de ce nom fut maître de chant à Téglise de Sainte-Walburge, à Audenarde, de 1662 à 1681. Il avait rempli antérieurement les mêmes fonctions à l'église de Saint-Julien, à Ath. Nous trouvons, à ce sujet, dans le Liber capitularis Pastorum Aldenarden^ium :
« [1GG2.] iVa oclobi'is. Domini omnes, post summum sacrum capitulariter » congregali, acceplarunl Dominum [Arnoldum Schlobas] presbylerum pho- » nascum ecclesite S'' Juliani Athi, ad offîcium phonasci hujus ecclesiae, ila » tamen ut déférât tcstiraonium vîtae ac morum anlequam ad residentiam » veniat.
»XIXa novembris, venit Mr Arnoldus Schlobas, presbyter, ad residentiam, » in qualitale phonasci noslrae ecclesiae, »
a Mollet de chœur de Vande Ville, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez deux articles plus haut.
Wî/^s^. : « Mollet de grand chœur de d'Eve, » à 4 voix et 5 instruments.
Voyez plus haut.
a Motiet de chœur de Procureur, » à 4 voix et 3 instruments. Voyez plus haut.
« Mollet de chœur de s"" Hurtado, » à 3 voix et 3 instruments. Voyez plus haut.
« Mollet de Cureus, » à 6 voix et 3 instruments.
« Mollet de Guillain, de Tannée 1710, » à 8 voix et 3 instruments.
Voyez en tête de cette liste.
« Mollet de Guillain : Audite mortales, » à 3 voix et 3 instruments, 1721.
a Motiet de Samponi, 1679, d à 3 vois et 3 instruments.
Un peu plus loin, il y a un motet de Zamponi. Cette ortographe nous paraît la meilleure.
« Mollet de Sancta Trinitate, de Pielquain, » à 3 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Mollet de Vande Ville, » à 3 voix et 4 instruments.
Voyez plus haut.
(I Mollet de Zamponi, » à 3 voix et 3 instruments.
Voyez quelques lignes plus haut.
« Mollet du S' Esprit, de Lamberli, » à 2 voix et 3 instruments.
Plus loin, le mot organistaet]a date de 1697 sont joints au nom de Lamberli. Malgré ces indications, nous n'avons pu trouver de renseignements sur ce musicien.
« Mollet de Lamberli, » à 3 voix sans instruments.
0 Moltei, canlo solo, et 3 insiruments, » de Guillaiii. € Mollet de Guillain, canlo solo, » et 4 instruments. Voyez en lêle de celle liste, «c Mollet, canto solo, » de d'Eve, à 3 instruments.
Voyez plus haut.
tf Mollet, canlo solo, » de Philion, à 3 instruments.
« Mollet, canlo solo, » et 5 instruments, de Paule, 1685. >',,/ = ^il /
Plus loin, on a Paularoli. Est-ce de lui qu'il s'agit ici? Cn J. Paul est cité comme maître de chant de la confrérie du Saint-Sacrement, à la cathédrale d'Anvers, de 1693 à 1704.
« Mollet, canto solo : Salve velaium, » de Guillain, à 5 instruments.
Voyez au début de cette liste.
« Mollet, canto solo, » de Guillain, et 3 instruments.
Même remarque.
« Mottet, tenore solo, » de Hantson, et 3 instruments. « Mottet, basso solo, b de Vande Ville, et 3 instruments. Voyez plus haut.
« Mottet, basso solo, de Liere, » et 4 insiruments.
Est-ce de Guillaume Laliere, dont il s'agit ici? Il fut prêtre et maître de chant à l'église de Saintc-Walburge, à Audenarde, de 1681 à 1684.
Mottet de Cazzatti, à 3 voix.
Motel emprunté probablement à lun des nombreux recueils de musique sacrée de Cazzali. Voyez plus haut.
« Mollet de Lamberti, » à 3 voix.
Voyez plus haut.
« Mollet de Mouqué, » à 3 voix.
Voyez plus haut.
« Mottet de Hurtado, )-> à 3 voix.
Voyez plus haut.
« Mottet de Campra, » à 2 voix.
Toute la musique de ce compositeur appartient au répertoire lyrique et dramatique. Pourtant, le catalogue d'Élienne Roger, de 1706, mentionne deux livres de motets de Campra, d'où le morceau ci-dessus et ceux qui apparaissent plus loin, peuvent avoir été détachés.
« Mollet du s*" d'Eve, » à 2 voix.
Voyez plus haut.
« Mottet de Lamberii, » à 2 voix.
Voyez plus haut,
« Dies irae de s*^ Steelant, » à 4 voix sans instruments. Voyez plus haut.
a Mottet de A. P. Munie, » à 5 voix et 5 instruments. Mottet de Cazzatti, à 2 voix, sans instruments. Motel extrait sans doute de l'un des recueils de Gazzati. Voyez plus haut.
« Ave Maria et Tantum ergo, à 4 voix, écrit de M"" De May. »
Maître Jacques-François De Mey, prêtre, après avoir été maître de chant à l'église de Saint-Jacques, à Gand, remplit les mêmes fonctions à l'église de Sainle-Walburge, à Audeuarde, en 1726. Il mourut en 1753. Il légua à cette dernière sa nombreuse collection de compositions musicales, comme on peut le voir en tête de la liste reproduite ci-après.
<L Litanies de la S^^ Vierge, de Porocini, » à 5 voix et 5 instruments.
a Messe de Goutière, » à 4 voix et 4 instruments. Un François Goulier, prêtre, fut maître de chant à Lierre, en 1741.
« Messe de S'^-Walburge de Guillain, » à 4 voix et 5 instruments.
Voyez au début de cette liste.
« Messe de Goutière, » à 5 voix et 3 instruments. Voyez quatre lignes plus haut.
« Messe de Guillain, » à 5 voix et 3 instruments. Voyez au début de cette liste.
« Messe de Guillain à la Vierge, à 4 voix et 4 instruments. »
Même remarque.
a Messe pour les morts, de Lamberti, » à 4 voix sans instruments.
Voyez plus haut.
« Messe de Sardonius, Requiem, » à 6 voix, sans instruments. « Messe de Lamberti, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Deux messes du s'" Dromal, » à 6 voix, sans instruments. Voyez plus haut.
<i Messe de Sardonius, » à 5 voix, sans instruments. a L'œuvre 2 du père Le Quoint, sans instruments; » 6 livres.
l/œuvre 1 de Ilacquait, sans instruments; 9 livres.
Cet œuvre n'est pas cilé dans Félis. Le recueil de motels à 3, 4- cl 5 voix, avec inslrumenls, du même musicien, que M. Félis mentionne sans date, doit avoir clé gravé vers \ 700, vu qu'il figure dans le « Catalogue des li- » vres de musique nouvellement imprimés ù Amsterdam, chez Etienne Roger; » catalogue qui a été publié à cette époque. Le nom de Ilacquarl s'écrivait aussi Ilakart. Nous voyons dans le catalogue de 1706, de Tédilcur prénommé, un recueil de j.iices pour viole de gambe, que M. Félis mentionne sans date. Il est vrai que ce peut être une réimpression. Le même catalogue de 1706 cite des motets de Hacquart à 1, 2, 3, 4-, 3, 6 el 7 voix, dont la première édition parut, selon M. Félis, en 1G74.
L'œuvre de Baltasar Richart, de Tannée 1631; 8 livres.
C'est un recueil de litanies qui a vu le jour à Anvers, chez Pierre Phalèse. Il faut un d final au lieu d'un t, au nom de l'auteur.
L'œuvre 1, Simphonie de Correlli; 4 livres.
Ce recueil du célèbre virtuose et compositeur italien est pureraeiit instrumental. Il a été réimprimé à Amsterdam, chez Roger, vers 1706.
L'œuvre 4 de Correlli; 6 livres.
Même observation.
L'œuvre 5 de Correlli; 4 livres.
Même observation.
« L'œuvre 1 de, Van Wicchel; » 5 livres.
Chanson de nouvel an, de Guillain, à 4 voix et 5 instruments.
a L'œuvre 4 de Berckelaers, » en flamand; 10 livres. Voyez plus haut.
a L'œuvre 3 de Berkclaers, » en flamand; 10 livres.
Même remarque.
a L'œuvre de Verlit, » en flamand; 6 livres.
Voyez plus haut. Remarquons que Gaspard de Verlit, que nous supposons être l'auteur des deux ouvrages cités simplement sous le nom de Verlit, est wallon de naissance.
La Passion du Seigneur, à 3 voix.
C'est l'ouvrage anonyme dont il est question dans les observations qui précèdent cette liste.
« L'œuvre 2 de Berckelaers, » en flamand; 6 livres.
Voyez plus haut.
« L'œuvre de Berckelaers, » en flamand; 7 livre.*;. Même remarque.
LISTE DE LA iMUSIQUE QUI VIENT DE MONSIEUR DE MEY, MAITRE DE CHANT DÉFUNCT, DE L'ANNÉE 1734, PAR TESTAMENT.
« Messe de M"^ Huré, » à 6 voix et 5 instruments. ^t^Zm^ a-^.^^s^^ï?>^^^^ • (I Messe de Hève, » à 6 voix et 6 instruments.
Hève est mis ici pour d'Eve. Voyez plus haut.
j,^ « Messe de Govaerts, » à 6 voix et 6 instruments.
« Messe de Le Teneur, » à 6 voix et 5 instruments. « Messe de Guillain, » 1709, à ... voix et 4 instruments. Voyez en lête de la liste précédente.
« Messe de Trevisani, » à 5 voix et 9 instruments. « Messe de Fiocco, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Messe de Bréhy, » à 4 voix et 5 instruments.
Nous avons cité des ouvrages de ce musicien dans la liste publiée au § XV.
Messe de Pez, à 4 voix et 4 instruments. « Messe de Bonfilon, » à 4 voix et 5 instruments. ^j « Messe noire de Procureur, » à 4 voix et 3 instruments.
Messe noire s'entend ici probablement pour messe écrite en notation noire. Voyez plus haut.
^^ « Deux messes de Procureur, » à 4 voix et 3 instruments.
Même observation.
« Messe et mottet de Pauw, » à 4 voix, sans instruments. ^/ « Messe de Requiem de Sleelant, » à 6 voix et 5 instruments.
Voyez plus haut.
« Messe de Requiem de Wever, » à 4 voix et 3 instruments.
Plus loin, il y a un « Dies irae à i voix et 4 instruments de Veyvere. » Un De Wever était carillonneur à Anvers, dans la deuxième moitié du XVII^ siècle.
« Messe de Requiem de Geerst, » à 4 voix sans instruments. « Mottet de Guillain, » à 4 voix et 4 instruments. Voyez en tète de la liste précédente.
« Mottet de Massart, » à 4 voix et 3 instruments. Mottet de Teller, à 4 voix et 3 instruments. « Mottet : Viciima paschalis, de Guillain, » à 4 voix et 4 instruments.
« Mottet : Aima Virgo, de Guillain, » à 4 voix et 4 instruments.
Voyez, pour ce motel et le précédent, en tête de la liste précédente. 0 Mollet deJHorries, » à 4 voix et 4 instruments. t.-^..^-^ < ^ > ^^ iM.,^**^^^
« Mollet de Fiocco, » à 4 voix et 3 instruments. >*/
Voyez plus haut.
Mollet de d'Eve, à 4 voix et 3 instruments. ^
Voyez plus haut.
« Mollet de Gureus, » à 6 voix et 3 instruments.
Musicien déjà mentionné.
« Un mollet : Veni Creator, de Curcus, » à 5 voix el 3 instruments.
.Même remarque.
Mottet de Le Taneur, à 3 voix et 3 instruments.
Plus haut on a Le Teneur.
« Mollet de Vande Veele, » à 3 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
a Mottet de s*" Benedictus, » à 5 voix et 3 instruments.
Est-ce une composition faite en l'honneur de saint Benoît, ou due au musicien néerlandais Benedictus à 8'° Josepho, déjà plusieurs fois cité dans cette liste? Nous optons pour la deuxième supposition.
« Mollet : Fugiant, de Guillain, » à 5 voix et 4 instruments.
Voyez au début de la liste précédente.
« Mollet de Gouiière, » à 5 voix et 3 instruments.
Musicien déjà cité,
« Mottet de Le Tenneur, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut : Le Taneur el Le Teneur.
a Mottet de Fiocco, » à 5 voix et 4 instruments.
Voyez plus haut.
« Mollet de d'Eve Alfonze, » à 3 voix et 5 instruments.
Même remarque.
Dies irae de d'Eve, à 4 voix, sans instruments.
Même remarque.
« Dies irae de Veyvere, » à 4 voix, et 3 instruments. « Mottet ; Commendaliones, de Procureur, » à 5 voix et 5 instruments. " ^"' Voyez plus haut.
Mottet : Quam dilecta, de Campera, à 3 voix, sans iastriinients.
Voyez plus haut.
Mottet : Dissipa, de Campera, à 3 voix, sans instruments.
Même remarque.
« Mottet : 0 Deus, du s'" Cureus, » à 3 voix et 3 inslrumenls.
Musicien déjà cité.
Qyu^J^)^»^ «k!- « Mottet de Cocx, » à 3 voix et 3 instruments.
Musicien déjà cité.
Mottet de s'" Bassany, à 3 voix et 3 instruments.
Ce motet est probablement emprunté à l'un des nombreux recueils de musique sacrée de ce compositeur italien. Un de ces recueils est cité plus haut.
Mottet de Melanny, à 2 voix et 3 instruments.
Ce motet est extrait, selon toute apparence, de Tun des recueils de musique sacrée de ce maître italien.
Mottet de Campera, à 2 voix, sans instruments.
Voyez plus haut.
Mottet de Dernier, à 2 voix, sans instruments.
Ce motet figure vraisemblablement dans l'un des recueils de ce musicien français.
// « xMottet de Procureur, » à 2 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut. "^
Mottet de Campera, à 2 voix, sans instruments.
Voyez plus haut.
// « Mottet de Fiocco, » canto solo et 3 instruments.
Voyez plus haut.
it « Mottet de Paule, » canto solo et 3 instruments.
Auteur déjà cité. Voyez plus loin.
a Mottet d'Albycastro, » canto solo et 3 instruments.
Le nom véritable de l'auteur est Weissenburg. Albicastro a composé neuf ouvrages, qui ont été gravés à Amsterdam, chez Roger. M. Félis, qui en donne le titre trés-înexactement, ne fournît aucune indication sur la date de leur publication. Or, elles se trouvent mentionnées dans le catalogue de Roger, de 1706. Il est probable que ce n'est là qu'une réimpression. M. Fétis fait naître Albicastro « vers la fin du XVII« siècle. » Il y a quelque chose de hasardé dans ce renseignement; cela ressort de- la date de 1706, assignée comme limite extrême de la publication des neuf œuvres d'Albicastro. Comment, d'ailleurs, le musicien eut-il pu servir dans la guerre de la succession, qui eut lieu en 1700?
« Mottet de Paularoli, » canlo solo et 5 instruments. On a ck'jù eu deux fois Paulc seul, une fois avec la date 1C85. Voici Paularoli. Peul-on croire à ridcnlilé des deux personnages? Faisons remarquer que Paularoli n'est autre que le vice-maître de chapelle de Péglise de Sainl-iMarc, à Venise, Charles-François Paularoli, à moins que ce ne soit son (ils Adolphe Paularoli, qui remplit les mêmes fonctions et qui fui élevé à la place de maître de chapelle en 1740,
(j Mottet de Paularoli, » canto solo et 4 instruments. Même observation.
« Mottet de Guillain, » canto solo et 3 instruments. Voyez au commencement de la liste précédente.
a Mottet du s*^ Sergiers, » canto solo et 3 instruments ':>>^*.v*î..V^ <&,
Un Paul Serigiers fut nommé, en 1716, maître de chant de la confrérie de Notre-Dame, à la cathédrale d'Anvers.
« Mottet de Procureur, » canto solo et 4 instruments. y,
Voyez plus haut.
« Mottet de Potter, » canto solo et 3 instruments.
Mottet d'Eve, canto solo et 4 instruments.
« Mottet de Martinelli, » ténor solo et 3 instruments.
Mottet d'Eve, alto solo et 5 instruments.
Voyez plus haut.
« Mottet de Fiocco, » alto solo et 3 instruments. //
Même remarque.
« Mottet de Polaroli, » alto solo et 3 instruments. Compositeur cité plus haut.
Mottet de Campera, alto solo et 3 instruments.
Voyez plus haut.
Mottet de Bernier, alto solo et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Mottet de Procureur, » basso solo et 3 instruments. yy
Voyez plus haut.
4 Litanies de Porosini, » à 5 voix et 3 instruments. Voyez plus haut.
« Te Deum de Hurtado, » à 6 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Te Deum de Bréhy, » à 4 voix et 4 instruments. Voyez plus haut.
a iMagnificat de I.a Croix, » à 6 voix, sans instnimenls.
« Magnificat de Verlit, » à 6 voix et instruments. Voyez plus haut.
a Aima de Verlit, » à 6 voix et 3 instruments. Même remarque.
« Ave Regina de Bernier, » à 3 voix sans instruments. Voyez plus haut.
« Regina de Durren, » à 4 voix et 3 instruments. 7H^,'#^~ a„^^*-3- « Regina de Joie, » à 5 voix et 3 instruments.
Salve, à 5 voix et 5 instruments, de Lamberty, organista, Voyez plus haut.
Salve Regina de Benedictus, à 3 voix et 5 instruments.
C'est vraisemblablement un motet extrait de l'un ou l'autre recueil de Benedictus à S'o Joseplio, cité au début de cette liste.
« Salve Regina de Malegheer, » à 4 voix et 3 instruments.
« Salve Regina de Solamino, » à 2 voix et 4 instruments.
Salve Regina, canto solo, de Benedictus, et 3 instruments.
Même remarque que pour le Salve Regina de Benedictus à S"> Josepho, cité quelques lignes plus haut.
a Tantum ergo et Ave Maria de Jaegere, » à 4 voix et 3 instruments. -jrC^.O. .'^^i^*^s.=;-'^^«'S?ï'"'^^^^'-^^^«*'^'^'tX*^-'^ ^^ « Tantum ergo de Jaegere, » à voix et 4 instruments. « Ave Maria de Guillain, » à 4 voix et 3 instruments. Voyez en tête de la liste précédente,
, !', « 0 Salutaris de Wevere, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
« Motiet de Urtado, » à 6 voix et 3 instruments. Urtado est mis ici erronément pour Hurtado. Voyez plus haut.
M ', « Moltet de Procureur, » à 5 voix et 3 instruments.
Voyez plus haut.
Six simphonies de Torelli, à 3 instruments et basse continue.
Ce sont probablement les Sci sinfonie a Ire e sei concerli a quallro [islro~ menti], op. 3a; Bologne, 1692, in-f". Les œuvres sixième et septième, du même auteur, ont été gravés à Amsterdam, par Etienne Roger, vers 1700. Leur titre diffère de celui que donne M. Félis, qui, d'ailleurs, ne fournit pas de date.
Le soussigné coulesse d'avoir rendu par ordre du Magistrat de cette ville d'Audcnardc, toutes les pièces de la musique «mi cette liste reprises, promettant de les reproduire entre les mains du Magistrat étant requis. Fait au Collège, le 20 janvier 1734. Étoit signé : C. F. De Hollandre.
Les offertoires de Rathgeber; 30 livres. Les offertoires de Lichtenauer; 8 livres. <i Les messes » de Lichtenauer; 2 livres.
Lichtenauer n'est connu que par la composition de 24 offertoires, édiles à Augsbourg, en 1756, les mêmes peut-être que ci-dessus.
Vingt quatre simphonies de Ragheber; 7 livres.
Te Deum de C.-F. De Hollandre.
Compositeur qui fait Tobjel de ce paragraphe. Il est cité encore plus loin.
a Deux messes italiennes » de Hamalle.
11 s'agit ici et aux trois articles suivants, du compositeur Henri-Guillaume Hamal, de Liège.
« Deux mottets de chœur, » du même auteur.
« Mottet à 2 voix et instruments, » du même.
« Deux messes sans instruments, » du môme.
Six Salve Regina sans instruments, de De Hollandre.
Sept Aima sans instruments, du même auteur.
Une messe sans instruments, du même.
Six Ave Regina sans instruments, du môme.
Cinq Regina Cœli sans instruments, du même.
Un Regina avec instruments, du même.
Douze mottets à 2, 3 et 4 voix, sans instruments, du même.
INVENTARIS GHEIIAUDEN VAN ALLE HET MUSIECK... BEVONDEiN OP DEN DOCKSAEL CO.MPETERENDE AEN DE KERCKE VAN S'* WAL- BURGIIE BINNEN AUDENAERDE, OP DEN 27 NOVEMBER 1752, ALS VOLGT :
1. Van meester Amael, « een misse. » — 2. a Ecn misse » van Amael. — 3. « Eene dito. » — 4. « Eene dito » van Amael. — 5. Het werk van Tellcr. — 6. a Vyf différente vvercken » van
Ratgheber. — 7. « Noch een werck van den zelven voor d'instrumenten. » — 8. « Misse ende mottet » van Lichtenhauwer.
— 9. Een werck van Fiocco de jonghec — 10. Een werck van Christe Pez. — 11. Een werck van Planicizky. — 12. Een moltet van Dromal. — 13. « Een werck van Guillelmo Baert. »
— 14. Een werck van Tarditi. — 15. Een werck van Bassany.
— 16. « Een werck van Le Quoynte. » — 17. « Een werck van Anlhone Vermeeren. » — 18. « Het werck van Arnolde ab Appelthorn. » — 19. Een werck van Fiocco den auden. — 20. Een werck van Carolus Haccart. — 21. « Het werck van Ferdinand© De Moor. » — 22. a Een werck van Moucqué. » — 23. a Een werck van Smet, Procureur, t» — 24. Acht messen van d'Hollander. — 25. Eenen Te Deum van dito d'Hollander.
— 26. « Een misse van Requiem van dito d'Hollander. » — 27. Q. Twee missen van dito d'Hollander. » — 28. Ses Tantum Ergo. — 29. Lauda Sion, in acht mottetjens.
Nos 1, 2, 3 et 4. Amael est mis fautivement pour Hamal. — N» 13. Le prénom Guillaume est joint ici au nom de Baert. 11 manque à la lisle de 1734, où il y a simplement : « L'œuvre de Barl. » — N^ 17. Vermeeren est cité précédemment, mais sans le prénom d'Antoine. — N" 18. Ouvrage et auteur cités pour la première fois. — N" 20. Le prénom de Charles manque à la liste de 1734. — No 21. Ouvrage et auteur non mentionnés dans les listes précédentes. — N" 23. Serait-ce le même que Procureur, plusieurs fois cité plus haut? Smet et Procureur forment-ils deux auteurs distincts?'^ N»» 28 et 29. Motets qui émanent sans doute de Charles-Félix De Hollandre, à qui ce chapitre est consacré.
Aile het aud musieck het welck den sanghmeester niet meer en wilt employeren, is geihransporteert in de caemer van de kerckmeesters.
Cette déclaration finale nous montre, mieux que tout autre document, l'état de décadence où était tombée la musique d'église. à Audenarde, au milieu du XVIIP siècle. Deux grandes collections, renfermant des œuvres de la plus sérieuse valeur, sont mises au rebut par la volonté du nouveau maître de chant de Sainte-Walburge. Les chantres étaient-ils incapables d'interpréter la plupart d'entre elles? Le public leur préférait-il les compositions
WELKOM-LIED
^\eest Avel komheer en ATreiid.weest Avel kom
fes
zz
n^rtrr
NieuweR lure sen, veniiaeiile (troote jjeest, oeleerde
vioo-memaii' die A^an het stue re iioord
Eiiglmysens lioude Sluy - sen , in t soetruym
ti
Haatlein nu sijt wel ge ko inen an
qui onl élé jugées dignes d'élre mainlenues au réperloire du jubé ?
A coup sur, le style concertant commençait à envaliir nos temples. Il semblait qu'on fût saturé des grandes mélopées à harmonies consonnantes, qui y vibraient depuis des siècles, et qui élèvent si puissamment l'âme vers le Créateur. Il fallait à tout prix les rhythmes cadencés des drames mondains et les broderies instrumentales des concertos à la mode, que l'Italie nous avait transmises.
Quelle que soit la destinée de toutes les compositions sacrées où se déploient avec profusion des éléments qui n'appartiennent pas au genre , on déplorera toujours la perte des richesses musicales dont les deux catalogues précités nous ont transmis le titre, ne fût-ce que comme témoignage des efforts qui ont élé tentés par certains maîtres estimés pour maintenir intact le dépôt précieux des traditions léguées par les illustres musiciens néerlandais des XV^ et XVI« siècles.
XXXYI.
Helmbreker (Corneille),
Organiste de Téglise de Saint-Bavon, à Harlem, pendant la première moitié du XVIIe siècle. — Welkomlied à quatre parties, composé par lui en 1628. — Importance de cette chanson, eu égard à Tépoque où elle fut écrite. — La prétendue invention de Monteverde. — Chanson de nouvel an de Corneille Helmbreker, datant de 1629. — Les deux pièces, imprimées sur des feuilles volantes, ont été jointes à un opuscule rarissime. — Corneille Helmbreker expertise, en 1605, le grand orgue d'Alkmacr. — Il est carillonneur à Harlem.
En regard de cette page, on peut voir la reproduction d'une charmante mélodie populaire du XVI« siècle, qui se chantait sur les paroles : « 0 nuit, jalouse nuit! »
Le 24 octobre 1628, lors de l'installation de Guillaume
Van Nieuwenhuyzen en qualité de recleur de la grande école de la ville de Harlem, celte mélodie fut exécutée, à quatre voix, sur des paroles dictées par la circonstance.
L'auteur de celte composition était Corneille Heimbreker, organiste de l'église de Saint-Bavon à Harlem, lequel eut un flis, Théodore Heimbreker, qu'il destinait à la musique, mais qui préféra la carrière de peintre, où il parvint à se faire un certain nom.
Ni le musicien, ni son Welkomlied contrepointé n'eussent attiré notre attention, s'ils ne se fussent rapportés à une époque où une transformation importante s'opéra dans l'art musical et changea complètement les bases de l'édifice harmonique.
Des maîtres italiens de la fin du XVI'' siècle, introduisirent insensiblement, et pour ainsi dire à leur insu, la dissonnance naturelle de septième, frappée à toute volée et sans préparation. C'est dans le style particulier, appelé madrigalesco, que celle innovation harmonique eut lieu.
M. F. -A. Gevaerl, qui a étudié à fond les maîtres italiens de la fin du XVI^ et du commencement du XVH^ siècle, dit, au sujet de celle grande réforme : « Déjà dans les pre- » miers madrigaux de Caccini, composés, d'après son té- » moignage, bien avant la fin du XVP siècle, la tonalité, la j> chute des cadences, la modulation, ne diffèrent en rien de » ce qui se fait dans les compositions les plus modernes. » L'accord de septième dominante arrive régulièrement à » chaque fin de phrase, et se trouve indiquée par la basse » chiffrée. Je vous prie de noter en passant que ces compo- » silions sont antérieures de plusieurs années à celles de » Monleverde, où l'on a cru trouver le premier exemple de » cette harmonie. Cependant Caccini, qui n'est pas sobre ».' d'observations sur l'exécution de sa musique, ne se croit
» pas obligé de justifier ni d'expliquer celle prélendue har- » diesse (i). »
M. Félis, après avoir rempli ses livres de sublililés de tout genre pour essayer d'allribuer à Monleverde seul Tinvenlion, si invention il y a, de la dissonnance naturelle de septième employée sans préparation, revient longuement sur celle question dans son répertoire biograpbique, en défiant quiconque de trouver la moindre dissonnance de ce genre dans toute la musique religieuse ou mondaine du XVl*^ siècle. Le défi n'est pas sérieux. S'il n'était pas réduit à néant par les considérations qu'a fait valoir M. Gevaerl, on en sentirait l'inconvenance et la témérité à la lecture des notices que M. Félis a consacrées aux maîtres italiens des XVI^ et XVI^ siècles, et qui prouvent surabondamment que le musicographe n'a pas connu la majeure partie des productions de ces maîtres, et qu'il fonde ses assertions sur quelques exemples isolés.
Pour nous, nous persistons à croire que la fameuse dissonnance, comme la plupart des innovations phénoménales, n'a pas d'inventeur proprement dit, et qu'elle est le produit lent et successif de l'expérience des artistes.
Il était important de savoir si, dans le genre du madrigal et dans celui de la chanson proprement dite, la modification transmise par l'Italie avait déjà pénétré aux Pays-Bas, au premier quart du XVII° siècle (2). Or, la question peut se résoudre négativement par l'examen de la composition de l'organiste harlémois, Corneille Helmbreker.
(1) Elude sur Voriginc et la forme de l'air, pendant la première période de Vopéra italien {de 1609 à 1730), insérée dans les Bulletins de la Société des compositeurs; Paris, 1865, l^c année, p. 13.
(2) Les Pays-Bas avaient des relations artistiques très-suivies avec rilalie, et, au milieu duXVMI^ siècle, peut-être même avant, les œuvres des maîtres italiens y étaient parfaitement connues, comme le prouve une inspection attentive du catalogue de la bibliothèque musicale de Joan-Bapllste Dande- Icu, publié au £ VII de ce travail.
Le musicieû se sert encore d'une sorte de style osservato, qui était celui du XVP siècle. Il prend la chanson : « 0 nuit, jalouse nuit ! » pour thème unique, et il Tencadre dans des imitations plus ou moins régulières, plus ou moins ingénieuses. Le ténor entre en matière; le premier soprano le suit de près; puis apparaît le deuxième soprano, et enfin la hasse s'annonce également. Toutes les cadences s'opèrent sans l'intervention du quatrième ni du septième degré. Toutefois l'allure générale du morceau fait pressentir un prochain affranchissement des barrières qui entravaient l'essor de l'imagination et qui l'asservissaient à des manœuvres puériles. Le contrepoint de la chanson n'est dépourvu ni d'expression ni de grâce.
On fut longtemps à se dégager complètement de la routine, car, plus d'un siècle après, c'est-à-dire en 17o2, nous trouvons la même roideur de formes dans une chanson anonyme appelée : les Cris de la rue, et publiée par M. Snellaert, dans la deuxième édition de ses Onde en nieitwe Liedjens (i).
Corneille Helmbreker se servit du thème du Welkomlied d'une façon plus régulière et plus développée, dans une Gelukwenschinge faite, le 1" janvier 1629, au nouveau recteur Van Nieuwenhuyzen. Cette composition, également à quatre parties, est supérieure à la première, par un agencement plus heureux des parties vocales. On sent que le
(1; Gand, 1864. Écrit à trois voix dans le style fugué, ce morceau offre une peinture vive et originale de l'agitation bruyante des rues de Gand, au XVIIIe siècle, dans le genre de celle que George Kastner a essayé de retracer symphoniquement pour la ville de Paris actuelle. A part certaine roideur dans les mouvements, roideur qui annonce peut-être un musicien d'église, le morceau est d'une facture remarquable et qui atteste des études solides, ce qui eût paru paradoxal, il y a quelques années, où Ton était convenu d'envisager le XVIII« siècle comme une époque dépourvue de compositeurs éminents, en Belgique s'entend. Il se termine par le chant du couvre-feu , ce chant qui ennuyait tant Voltaire, quand il dut faire un relai dans la grande cité flamande.
musicien, qui se trouvait à l'étroit dans le cadre d'une simple chanson, a pris ici un élan plus spontané dès qu'il a pu se mouvoir avec moins de gène. C'est d'ailleurs une sorte de motet d'église, plus le mouvement et la franchise indiqués dans le thème même.
Il faudrait recueillir soigneusement toutes les productions musicales qui forment l'intermédiaire entre le motet d'église et la chanson. Jusqu'ici, on semble n'avoir eu en vue que ces deux genres, et l'histoire, pour être complète, doit tenir compte de toutes les manifestations de l'art, n'importe la forme qu'elles ont revêtue. D'ailleurs, l'ancienne musique de solennité, que nous appelons aujourd'hui cantates, a laissé peu de traces. Toutes les pièces, nées de circonstances particulières, ont disparu avec elles. A ce titre, le morceau de 1629 mérite également de fixer l'attention.
Le Welkomlied et la Gelukwensching sont imprimés sur des feuilles volantes, en format in-4° oblong, jointes deux à deux. De petits cahiers, perdus maintenant, en auront été formés. Sorties des presses d'Adrien Roman, en 1629, qui s'est servi, à cet effet, des notes mobiles de D.-V. Horenbeeck, ces pièces ont été réunies à l'opuscule qui surgit à l'occasion de la cérémonie indiquée plus haut. Elles doivent être aujourd'hui d'une rareté excessive (i).
En voici le titre exact : Oratio de scholastici mimens diffîcidtate, habita à Guilhelmo de Nieiiwenhiiysio, in primario Harlemensis gymnasii auditorio, sùv6e^xal é-rt'ayae^Tuy^, susceptâ illiîis i^egendi provincia, ixkal. novenib. cididcxxux (1628). Harlemi, Adrianus Roman, 1628, in-4% de 91 p.
M. Fétis et, ce qui est plus surprenant, le biographe Vander Aa, ne disent mot de Corneille Helmbreker. Gérard Havingha, dans son opuscule : Oorspronk en voortgang der orgelen (2), le cite au nombre des organistes qui furent
(1) Nous en devons la communication à M. Cuypers-Van Velthovea.
(2) Alkraaer, 1727, in-12, p 15)7.
appelés, en 1645, à expertiser le grand orgue d'Alkmaer. Havingha ajoute qu'il était en même temps carillonneur d'Harlem.
Ci*éqiiilIoii (Tboiuasi),
Célèbre musicien du XVI« siècle. — Reclificalion à son sujel. — II est composileurdela grande chapelle musicale de Charles-Quinl en 1347 et 1548. — Musiciens attachés à cette chapelle. — Motets de Thomas Créquillon, de Jean Lestainier et de Nicolas Payen. — Gaspard Payen, violiste de Charles- Quint et de Philippe II. — Instruclion, donnée à Gand, aux enfants de la chapelle musicale de Bruxelles.
M. Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, dit que Thomas Créquillon a été attaché à la grande chapelle musicale de l'empereur Charles-Quint. Il cite, à l'appui de son assertion, et en renvoyant aux Trophées de Brabant, un état de la maison de ce souverain, dressé, dit-il, en 1 545 ou 1547. Puis, deux lignes plus loin, il donne, d'après le même document, la composition de la « grande chapelle » de Charles-Quinl, « à une époque qui n'est pas déterminée, » selon lui, et il y fait figurer Thomas Créquillon en qualité de « chantre et componiste de la musique. »
On ne saurait être ni plus inexact ni plus diffus.
D'abord, l'état de la maison de Charles-Quint figure dans Butkens, non à la page 103, mais aux pages 106 et 107. En second lieu, cet état est positivement des années 1547 et 1548, d'après le même auteur. Enfin, il ne comprend pas seulement le nombre des voix, mais le nom même de chaque musicien.
Comme cette liste offre de rintérêt, nous allons la reproduire intégralement, d'abord d'après la source latine à laquelle Butkens a puisé, puis d'après la traduction que
l'historien en a faite. Les deux listes se compléteront mutuellement.
La liste latine, nous l'extrayons d'un opuscule fort rare, dont le titre est : Catalogiis familiae tothis aulae Caesareae per expeditionem adversus inobedientes itsqiie Aiigiistam Rheticam omniumqite pmidpum, baromim, etc. ibidem in comiliis anno 1547 et 1548 praesentium, per Nicolaiim Mameranum. Coloniae, 1550, in-12. La voici :
a Sacellum. Sacellum duplex est : majus nimirùrn ac minus. Majus vocant, in quo solennis, et summa, quam vocant, missa per cantores cantu ac modulatu figurative decanitur. Minus, in quo inferioris missae sacrificium legeiulo lantum poragitur.
» Sacellum majus. Magister Cornélius Ganis, praefectus sacelli. — Jacobus Panierus, sacellanus. — Simon Albus Gallus, sacellanus. — Petrus Payenus, sacellanus. — Petrus Hoyerus, sacellanus, mortuus Angustae, 9decembr. anno [15]47. — Magister Thomas Crequillon, cantor et cantionum conditor, quem vulgô componistam vocant.
D Cantores. Foa; /presser; Eassus : Malhias Rudumel. — Johannes Hermannus. — Petrus Musteaus. — Antonius Coquus. — Vox média; Ténor : Michael Lupus. — Victor ab Harlemio, mortuus Ulraae, 2 martii anno [15]47. — Petrus Brabantius. — Nicolans Lenglesius, jàm demissus. — Hupertus Hauteletus. — Joannes Berlaus. — Vox alla; Allns : Carolus Bursa. — Antonius Cauvenbergus. — Egidius à Molendino. — Natalis Tonnequinus. — Vox acula; Discantus : Johannes Custodis. — Pueri decem.
» Magister Adrianus Lovius, sacristaet puerorum sacelli praeceptor. — Magister Johannes Lestannier, organista. »
La liste, traduite par Bulkens, est celle-ci :
« La chapelle. Il y avait la grande et la petite chapelle. On appelle la grande chapelle celle où Ton chante la grand'messe avec musique, et la petite où l'on disait les messes basses.
» De la grande chapelle. Maître Corneille De Hont, prévost de la chapelle. — Jacques Panier, chapelain. — Simon Le Blanc,
chapelain. — Pierre Payen, chapelain. — Pierre Hoyer, chapelain. Il mourut à Augsbourg, le 9 décembre 1547. — Maître Thomas Gréquillon, chantre et componiste de la musique.
» Chantres. — Basse : Mathieu Rudimel. — Jean Hermans. — Pierre Hermans. — Pierre Musteaux. — Antoine Le Queux. — Ténor : Michel Loup. — Victor de Haerlem, mort à Ulric, le 2 mars 1547. — Pierre le Brabançon. — Nicolas Langles, renvoyé. — Hubert Hautelet. — Jean Berthaut. — Haute-conlre : Charles Bursa. — Antoine Cauwenberg. — Égide Du Molin. — Noël Tonnequin. — Dessus : Jean Custode. — Dix enfants. — Maître Adrien Lovius, sacristain et maître des enfants de la chapelle. — Maître Jean Lestannier, organiste. »
Nous ne répondons pas de la traduction de Butkens. Dans celte double version (du français ou du flamand en latin, et du latin en français), beaucoup d'inexactitudes ont dû être commises. Elles ne pourront être redressées qu'à Taide de pièces où les noms ont conservé leur forme primitive. Nous aurons l'occasion de faire ces rectifications, au fur et à mesure que les noms se présenteront dans le cours de ce travail.
Comme on le voit au titre de l'opuscule de Mameranus, tous ces musiciens accompagnèrent Charles-Quint dans son expédition d'Allemagne contre les rebelles. Outre Thomas Créquillon, nous y remarquons deux autres artistes moins connus : Corneille Canis et Jean Lestainier ou Lestannier. De Corneille Canis, il a été dit un mot au I ÏX de ces recherches. Quant à Lestainier, il est cité pour avoir composé deux motets, qui ont été insérés dans un recueil imprimé à Augsbourg, en 1548. Le compositeur Nicolas Payen, de Soignies, figure au même recueil, avec le titre de musicien de la chapelle de Charles-Quint. C'est sans doute un frère du chapelain Pierre Payen.
Un frère bien avéré de Nicolas Payen, à savoir Gaspard Payen, fut violiste de Charles-Quint et de Philippe If,
ainsi que chanlre de ce dernier souverain, comme le démontre un document espagnol de 1559, que nous tenons à reproduire. C'est une requête de Gaspard Payen à Philippe If, dans laquelle il dit avoir accompagné Charles- Quint, comme joueur de viole, musico de vihuda d'arco (i), dans de nombreux voyages, sans avoir été suffisamment rétribué. Il ajoute qu'il remplit encore le même emploi, concuremment avec celui de chantre de Sa Majesté, sans loucher d'autres gages que ceux qui proviennent de ces dernières fonctions; que, chargé de dettes, il désirerait obtenir la prébende de l'écolastrie de Bruxelles, vacante par la mort de maître Philippe d'Atrick, et, à défaut de ce bénéfice, l'office de concierge de la chambre des comptes à Lille, également vacant, ou toutes autres fonctions convenables à un laïc. Il fait valoir les grands services rendus par deux de ses frères, l'un comme archer de Charles-Quint, et l'autre comme maître de chapelle de Sa Majesté, ce dernier a étant souffrant au lit, avec bien peu d'espoir de se relever. » La prédiction de Gaspard Payen s'accomplit bientôt après, car Nicolas Payen mourut la même année, c'est-àdire en 1559. Le pétitionnaire fut-il heureux dans sa démarche? C'est ce que nous n'avons pu vérifier. Voici le document espagnol :
« Gaspar Payen, cantor de Vuestra Magestad, hermano del maestro de la capilla, dize que ha servido muchos anos a Su
(1) L'expression vihuela d'arco peut paraître singulière, la viole n'étant jouée qu'au moyen d'un archet. Mais, comme dit Brossard, il en est qui ont confondu l'ancienne viola avec la lyre, le luth, la cithare ou rote, instruments à cordes pincées, et dès-lors cette expression revêt un sens logique. Elle a peut-être la même signification que viola di braccio, qui s'applique à toutes les violes répondant à l'ancienne haute-contre, taille et quinte, et dont la basse s'appelait viola di gamba. Elle permet de supposer enfin que les instruments à cordes pincées, du genre de ceux que nous venons de nommer, étaient en grande vogue en Espagne, du temps de Gaspard Payen, et que la vihuela d'arco dont il jouait, était pour ainsi dire une nouveauté.
iMageslad Caesarea de gloiiosa niemoria, de musico de vihuela (l'arco, havicndole seguido por los viajes que en agi tiempo hizo con harto irabajo gastando mas de lo que monlavan sus gajes, y agora sirve a Vuestra Magcstad de cantor de la capilla, allende le quai todas las vezes que ha sido menester, ha servido tambien de musico de vihuela d'arco, sin llevar mas gajes que los de cautor, y hastagora nunca se le ha hecho merced ninguna. Porlo quai se halla empenâdo y muy necessidado, suplica por lanto a Vuestra Magestad que en esta consulta de los beneficios y officios sea servido, proveerle de Tofficio ecclesiastico de l'escolastrie de aqui de Brusselles, que vaca por muerte de maestre Phelippe d'Artrick, el quai officio ha sido en el rotulo de los cantores de la capilla de Vuestra Magestad, y si en esto no huviesse lugar, suplica a Vuestra Magestad que, por respetto de lo suso dicho y teniendo tambien consideracion a los buenos servicios del maestro de capilla, su querido hermano, el quai esta en la cama doliente con muy poca esperança de salud, y tambien a otro hermano suyoque murio e nel servicio de Su Magestad Caesarea, haviendole servido ochoo diez anos de archer, Vuestra Magestad le haga merced del officio de porlero délia caméra de cuentes de Lille, que vaca a présente, o de algun otro officio o pension, que hombre layco pueda tener. Para que con ello pueda remediarse y entretenerse y continuar e nel servicio de Vuestra Magestad, como lo dessea hazer hasta la muerte (i). »
On trouve aussi des compositions de Thomas Créquillon, de Corneille Canis, de Jean Lestainier et de Nicolas Payen dans le recueil : Evangelica Dominicorum et Feslonim dieriim musicis numeris pukherrimi comprehensa et ornata, imprimé à Nuremberg de 1354 à 1556 (2).
On verra, au paragraphe suivant, que les enfants de la chapelle musicale d'Espagne étaient instruits dans les belles-lettres à Alcala. Nous avons sous les yeux un extrait qui prouve que les sopranisles de la chapelle de Bruxelles
(1) Archives générales du royaume, Conseil privé, liasse n» 20.
(2) Nous Tavons déjà mcnlionnc au § IX de ce (ravail.
recevaienl, pendant Tépoque de la mue, une inslruclion pareille à Gand. Le voici :
« Au recleur des Fralres (i) à Gand, pour entrelcnir, nourrir, et apprendre cinq enffans de la chappelle du Roy, l'espace de trois ans, durant qu'ilz muent de voix, à xxxvj lib. par an.
c iiij " lib. »
Cet extrait est emprunté à un registre de la chambre des comptes, aux Archives générales du royaume, intitulé : État général des domaines de tout le Pays-Bas depuis 1551, f« 59.
Tnrnhont (Jean),
Compositeur du XVI^ siècle. — Son nom el ses fonctions. — 11 sollicite cl obtient du gouverneur des Pays-Bas un subside supplémentaire pour Tentretien de six enfants de chœur de la chapelle royale de Bruxelles. — Sa requête el l'apostille qui l'accompagne. — Philibert Van Tournoult, enfant de la grande chapelle de Philippe II. — Pierre de Manchicourt, Pierre Maillarl el George De le Helle, musiciens éminenls, cités au rôle de 1363. — Liste, arrangée par ordre alphabétique, de tous les autres musiciens des Pays-Bas, mentionnés dans le même document.
Turnhout, de Turhout ou Van Turnhout nous semblent des noms de famille. M. Fétis prétend que Gérard et Jean Turnhout, deux compositeurs belges, empruntent leur nom à la petite ville de Turnhout, dans la province d'Anvers. Si le cas s'est présenté pour leurs ancêtres, il ne s'est plus reproduit, croyons-nous, pour des artistes vivant à une époque où la plupart des appellations, tirées de localités, étaient devenues patronymiques, comme l'attestent les noms de Van Aelst, Van Wetler, Van Audenarde, Van
(1) Il s'agit ici, croyons-nous, des frères de l'ordre de G. Groole, dont l'historique a été fuit par Delprat.
Meenen, Van Assche, Van Damme, Van Gheeraerdsberglie, et ceux d'une foule de familles encore existantes, mentionnées dans les anciens papiers publics.
Jean Turnhout remplissait les fonctions de maître de chapelle de Philippe II et du cardinal Albert, archiduc d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas. Il parvint au premier de ces emplois en 1586. Il avait dans ses attributions rinstruction et l'alimentation de six enfants de chœur, pour lesquelles on lui allouait dix-huit écus par mois.
En 1596, la cherté des subsistances le contraignit de solliciter une augmentation d'appointements, ou plutôt un subside supplémentaire, pour être à même de suffire aux frais que nécessitait l'entretien de ses élèves.
S'étant adressé, dans ce but, au gouverneur des Pays- Bas, il en reçut une réponse favorable avec la concession, par forme de gratification, d'une somme deux cents livres.
Sa requête est conservée aux Archives générales du royaume (i). Nous la donnons ici textuellement :
« A Son Excellence,
» Remonstre très-hiimblemeiit Joan Turnhout, maistre de la chapelle du Roy et de Vostre Excellence, comme pour la chierté du temps qui court au bled et de toutes sortes de vivres, estant chargé de six enfants de cœur, qui chantent à la dicte chappelle, avecq seuUement trois escuz pour chascun par mois, pour leur alimentation, qu'est fort peu, au moyen de quoy il luy est fort mal possible de les nourrir plus avant sur lesdicts trois escuz par mois, sans avoir quelque avantaige ou adjouda de costa de la très-noble libéralité de Vostre Excellence. Pourquoy supplie très-humblement icelle estre servie en considération de ce que dessus et ses bons et loyaulx services par luy faictz à Sa Majesté l'espace de dix ans, d'ordonner que luy soit donné quelque adjouda de costa, soit sur les licentes en Anvers, ou ailleurs où icelle trouvera convenir. Quoy faisant, etc. »
(1) Dans la collection des papiers d'Élatel de Taudience, liasse n» 1248.
L'apostille qui accompagne la requête est ainsi conçue :
€ Son Excellence aiant oy le rapport du contenu en ceste requeste, et, le tout considéré, a, pour et au nom de Sa Majesté, donné et accordé au suppliant, par forme de mercède et adjouda de costttj la somme de deux cens livres, du pris de quarante groz monnoye de Flandres la livre, une foiz à en estre payé par les mains du receveur général des finances, Christopie Godin, ordonnant lettres patentes en estre dépeschées. Faict à Bruxelles, le premier de febvrier xv*= quatre-vingtz-seise.
» Jehan de Fuentes, Charles d'Arenberg, » J. de Drencwairt, d'Overroepe, g. de Mérode. »
L'orthographe de la requête, en ce qui concerne le nom du musicien, est-elle la seule qu'il faille adopter définitivement, et l'omission de la particule de ou van est-elle rigoureuse? Nous ne le croyons pas, et un document, également officiel, vient confirmer nos doutes. Nous trouvons au rôle de 1565, un Philibert Van Tournoult, désigné, en qualité de sopraniste de la chapelle royale, pour jouir, à tour d'ordre, de certains bénéfices provenant « de chapelles de » Hollande. » Si, comme on peut le supposer, le jeune chantre était parent de Gérard et de JeanTuruhout, il y a lieu de pencher pour l'adjonction de la particule van, qui d'ailleurs serait conforme à l'origine flamande de la famille (i).
Le nom de Philibert Van Tournoult se trouve perdu au milieu d'une foule d'autres dont il est important de faire le dépouillement, au point de vue de l'histoire de la musique aux Pays-Bas. Nous allons nous livrer à cette opération, dans l'espoir de pouvoir apporter quelques lumières nouvelles dans cette branche si imparfaitement connue. Don-
(1) En nous servant, au § XVI, de la particule de, nous ne connaissions point encore le document de 1596, auquel nous nous rallions provisoirement. Constatons encore qu'un Jacques de Turnhoudt fut commis et receveur des vivres et munitions à Luxembourg, en 1562.
nous d'abord renlèlc complet de la pièce qui a pour litre Le rolle de F année X V" LXIIl :
« S'ensuit la déclaration des dignités, canonies, pré- » bendes, cures, cousteries et scbolasteries, hospitaulx et » aultres bénéfices du palronaige du Roy des Espagnes et » archiduc d'Austrice, duc et comte de Bourgogne, de » Brabant, etc. nostre souverain seigneur, estants à la col- » lalion et disposition en les Pays d'Embas et de Bour- » gogne, auxquelles, par ordonnance de Sa Majesté, sont » subscriples et dénominées les personnes qu'elle veult et » entend estre pourveues des dicts bénéfices, chascun à son » tour selon l'ordre et par la manière cy-après déclarée... »
Les premiers musiciens qui s'offrent au regard, sont : Pierre deManésicourt, Pierre et Charles Maillart et George De le Helle. Arrêtons-nous un instant à ces noms :
Manésicourt (Pierre de), ou plutôt de Manchicourt, maître de chapelle, est désigné pour la prébende de Cour- Irai « pour Adrien Le Febure, son nepveu. » On ignore l'époque précise de sa mort, mais on sait, par un document officiel, daté du mois de juillet 1564, qu'il avait cessé de vivre alors. Comme il se trouve encore au rôle de 1S63, sou décès doit avoir eu lieu à Pune de ces deux années.
M. Fétis le fait naître vers 1510, tandis que pour le moins il a dû voir le jour dès 1500. Ce qui corrobore noire opinion, c'est un passage cité par M. de la Fons-Mélicocq, dans un livre fort peu connu (i), et d'où il résulte que Pierre de iManchicourt organisait, en 1525, des ébattements pour la a grande école » de Béthune, dont il était directeur. M. de la Fons-Mélicocq résume ainsi son extrait : « En 1525,
(1) Les ar listes et les ouvriers du nord de la France et du midi de la Belgique, aux XI V^, XV^ et XVf^ siècles. Bétlmne, 1848, in-8o, p. 228. A la page 246, se trouve un « M-^ Vaspalien Clément, Me de la grande escolle de cesle » dicte ville [Béthune]. » Serait-ce un parent du fameux compositeur, Jacques Clément, dit non papa?
» m^ Pierre de Mancliicouil, maislre de la granle escole, » recevait xx% pour certains jus et esbatemenls par lui et » ses escolliers, faits au-devant de la halle, le jour du di- » manche gras, xi^ de février. »
Ce n'est pas apparemment de Tccole chapitrale de Béthune qu'il s'agit ici. En tout cas, la musique n'aura pas été étrangère aux branches de renseignement du jeune artiste, et l'exemple que nous avons produit de Jean Caron (i), écolàtre d'Oudenbourg, qui, outre ses fonctions de directeur des ébattements de cette petite cité, enseignait le latin, le flamand et le plain-chant, peut nous servir de guide à ce sujet. La musique d'ailleurs faisait partie de l'instruction populaire au moyen-âge, comme nous le démontrerons plus loin.
Remarquons encore que le scribe de Bélhune, qui a du connaître parfaitement l'orthographe du nom du jeune magister, fait précéder ce nom de la particule de, que les biographes ont retranchée unanimement. Nous la lui restituons, pour plus d'exactitude.
Des motets de Pierre de Manchicourt ont été insérés dans le recueil : Evangeiica Dominkoriim, etc., imprimé à Nuremberg, de i 534 à \ 556, et cité au § IX de ce travail.
Maillaut (Pierre), enfant de la chapelle, « désigné aux » chapelles et personnats de Haynault » , devenu ensuite chanoine-chantre, et l'auteur d'un livre de théorie musicale fort curieux, imprimé à Tournai, sa ville natale, en 1610. Contrairement à ce que prétend M. Félis, qui veut que Pierre Maillart n'ait pas quitté le pays et « fit son éducation » musicale à la maîtrise de Cambrai, en qualité d'enfant de » chœur, » voici ce même Pierre Maillart installé en 1563, à la chapelle flamande de Philippe II, en Espagne, en la même qualité. Des motets de Pierre Maillart ont été pu-
(1) Voyez au S XXVIII de ces recherches.
bliés dans le recueil imprimé à Nuremberg, mentionné quelques lignes plus haut.
Charles Maillarl, son frère sans doute, figure aussi dans le même rôle, comme enfant de la chapelle, avec la désignation des « chapelles de Valenciennes » pour bénéfice.
Helle (George) ou mieux De le Helle, enfant de la chapelle, désigné comme prébendaire pour « les chapelles » d'Artois, » devenu ensuite maître de chapelle de Philippe JI, à la mort de Gérard Turnhout, arrivée en 1580. A peine investi de ces dernières fonctions, George De le Helle eut à soutenir un procès contre un certain maître Noël Listeville, qui avait su se faire donner et qui prétendait conserver le bénéfice de la chapelle caslrale de Lens, en dépit des droits que George De le Helle avait à Fobtenir par tour de rôle. L'affaire était en suspens devant le conseil d'Artois, lorsque George De le Helle résolut de s'adresser au conseil privé du souverain, où il envoya une requête qui débute en ces termes :
« Au Roy,
» Remonstre, en touite humilité, George De la Hèle, maislre de la chapelle de Vostre Majesté, en court d'Espaigne, comme il est tiré en justice par devant ceulx du conseil en Arthois, par maistre Noël F^isteville, prétendant droict en la chapelle castrale de Lens, en vertu de certaine prétendue permutation qu'il prétend avoir faict par l'adveu et Taggréalion de l'archiducq Matthias, avec feu Tarchidiacre Rosa, à une aultre chappelle, et nonobstant que aultre conseil n'est juge compétent en matière de bénéfices du droict patronage de Vostre Majesté (comme est la dicte chappelle castrale) , que Vostre Conseil privé, à l'exclusion de tous aultres, etc. »
Le conseil privé, par lettre du 31 octobre 1581, opina que le droit de revendiquer «< des bénéfices jà auparavant » acquis et affectez à ceux dénommés au rôle, » ne pouvait lui être ôté par personne. Muni de celte décision, George
De le Helle revint à la charge, pour démontrer que, comme « depuis la confection dudict rolle, y eslant icelluy de la ») Helle inscripl, il y auroit droict acquis audict bénéGce » litigieux dépendant dudict patronaige de Sa Majesté, de » manière que, à son préjudice, ledict archiducq n'en au- » roit peu disposer; i> et il demanda lettres de provision in forma.
Les pièces subsidiaires du débat manquent, mais il y a lieu de croire que gain de cause fut donné à notre musicien. Nous avons rapporté ces détails, pour ne rien laisser ignorer en ce qui concerne un artiste de la valeur de George De le Helle.
Nous laissons suivre, dans Tordre alphabétique, les autres noms de musiciens cités dans le rôle de 1563, en les accompagnant de toutes les particularités qu'il nous a été possible de recueillir sur eux. La désignation des bénéfices qui devaient leur être affectés n'étant pas inutile à plusieurs égards, nous avons cru devoir la joindre à notre liste, en y comprenant certains chapelains sur le compte desquels il y a doute quant aux fonctions précises qu'ils remplissaient. Disons toutefois que le chapelain des hautes messes était un musicien instruit, qui parvenait souvent à rem|)!oi de maître de chapelle.
Bavais (Michel), enfant de la chapelle. « Aux chapelles «de Mons. »
BoNTFLOUR (George), basse-contre. « Aux prébendes de » S^'^-Veerle (Sainte-Pharaïlde) ou chapelle du chasteau de 5) Gandj aux prébendes de Zierickzee. »
BovEN (S'"'' Jean) ou Booven, basse-contre. « Aux prc- » bendes de Zierickzee et de la Haye. »
BuLTEAu (M'^^ Jean), chapelain. « Aux prébendes de la » halle à Valenciennes. »
Bus (Thomas), enfant de la chapelle. « Aux chapelles » de Mons. »
~ Ui —
BuYs (Nicolas), haïUe-coiUre. «Aux prébendes d'Arschot » et d'Eindhove. »
Carlier (S''« Jean), chapelain des hautes messes, c'est-àdire chantre en chappe des messes solennelles. « Aux pré- » bendes de Lyere (Lierre) et de Gorcum. »
Caudron (S*"^ Jean), basse-contre « de Sa Majesté. » « Aux » prébendes de Geerviiet et du vieil chasteau de Hesdin. »
Clermortier (Gilles), taille. « Aux prébendes d'Ander- » lecht et de Becke (Beeck?). »
Cloot (Martin), haule-conlre. « Aux prébendes d'An- » derlecht. »
Clouwain (M" Pierre), basse-contre, marié. « Aux cous- » teries d'Artois, et aux cousleries d'Artois pour son fils. »
De BiETERE (Chrétien), enfant de la chapelle, étudiant à Alcala. « Aux chapelles de Bryele et de Oostvoorne. »
De Bouck (Michel), De Boucq ou De Bock, organiste, marié. « Aux cousteries de Flandres, aux chapelles de Bra- » bant, d'Oultremeuse et d'Artois; aux cousteries du comté » de Namur, réservées au Roy; aux personnats, cousterijes, » hospitaulx de Brabant et Oullremeuse. »
Un musicien, pour être ainsi favorisé par la munificence royale, devait posséder un talent remarquable. Aussi le nom de Michel De Bouck apparaît-il souvent dans le récit des solennités publiques. L'artiste se trouvait à Termonde le 15 avril 1568, où on lui offrit quatre lots de vins, comme l'attestent les comptes de cette ville, qui l'appellent « orga- » niste de la Majesté royale d'Espagne, » c'est-à-dire de Philippe II :
« Geschoncken ten selven daghe (XV*" april) aen M'"* Maichiel de Bocq, organist van de C. M' van Spaingin, iiij kannen wyns vij s. par. »
Michel de Bouck serait-il orginaire de Termonde? Il vivait encore en 1585.
DiEST (Antoine), enfant de la chapelle. « Aux chapelles » de Flandres. »
Du ïIoT (Pierre), ou mieux Du Hotz, « maître de la » chapelle de Son Allèze (Marguerite de Parme). » « Aux » prébendes de Lens. » En 1560, il avait demandé et obtenu la prébende de Condé, vacante par la mort de Robert De la Porte, chantre de Philippe II (i).
DuQUESNE (M" François), chapelain des hautes messes. « Aux prébendes d'Aire. »
Eyse (M^^ Oudard), chantre et chapelain de Philippe II. « A Tune des prébendes de S'^-Veerle et chapelle au chas- » teau de Gand. »
Gandi (Brice), enfant, étudiant à Alcala. «Aux chapelles » et personnats de Haynault. »
Gérard (Jean), haute-contre. « Aux prébendes de Ni- » velles; aux cousteries de Flandres; aux personnats, cous- » leries et hospilaulx de Brabant et Oultremeuse. »
GuEDiFER (M'^ Guillaume), haute-contre, marié. « Aux » prébendes de Nivelles; aux cousteries de Bryele (Brille) et » Oostvoorne. »
Haultoir (Nicolas), taille, a Aux prébendes de la halle » à Valenciennes. »
Haynault (S'^ Grégoire), chapelain des hautes messes, a Aux prébendes du Tholle(Tollen)eldeHoignies(Oignies). »
HouGUENET (M" Louis), chapelain des hautes messes. « Aux prébendes de Lens. »
HousART (M" Nicaise), chantre de la chapelle de Philippe II. «Aux prébendes de Termonde. »
La Murette (Michel de), enfant, étudiant à Alcala. « Aux chapelles de Brabant et Oultremeuse. »
(1) PiNCHART, Archives des Arts, elc, t. II, p. 234.
Lx OuLTRE (M""^), chanlre-cliapelaiti des hautes messes. 4 Aux prébendes d'Aires et de Condé. »
Larrenois (Baudouin), haule-conlre. « Aux prébendes » du vieil chasteau de Hesdin. »
La Vallée (De), enfant de la chapelle. « Aux chapelles » de Mons; aux chapelles et personnats de Haynault. »
LocQUEMBOURG (Frauçois de), haule-conlre. « Aux pré- »♦ bendes d'Anderlecht. »
LocQUEMBOuRG (Gaspard), enfant de la chapelle. « Aux » chapelles de Valenciennes. »
LocQUEMBOURG (Mclchior de), enfant de la chapelle. « Aux chapelles de Mons, de Brabanl et d'Oullremeuse. »
Malines (Jean de), taille. « Aux prébendes d'Eindhove; » aux prébendes de premier de Bois-le-Duc, dont il est » fustré par Téveschié. » Un recueil anonyme de chanls spirituels, à deux parties : Den boeck der geestelijcke sangen, publié d'abord à Anvers en 1 631 , puis réimprimé à Gand, a pour auteur véritable un capucin appelé Luc de Malines.
Mennecourt (S""® Gérard), chapelain du conseil d'État. « Aux prébendes de Condé; à l'une des prébendes de » S*^ Veerle et chapelle du chasteau de Gand. »
Marchant (S""^ Géry), basse-contre. « Aux prébendes de » Lens. »
MoREL (M""^ Jean), basse-contre de la chapelle de Philippe IL « Aux prébendes de Bélhune et du viel chasteau » de Hesdin. » Peut-être est-ce le père de Nicolas Morel, maître de chant de la cathédrale de Rouen.
Nepotes (George), chapelain de Philippe IL « Aux pré- » bendes de S' Martin, à Middelbourg. »
NicAiSE (M'"^), taille. « Aux dignetés d'Arthois. »
Padbrouck (David), enfant de la chapelle. « Aux cha- » pelles de Hollande; aux chapelles de Bryele et Oost-
» Veurne. » Est-ce un parent de Corneille Padbrué, célèbre musicien de Haerlem, auquel Vondel a adressé une strophe louangeuse?
Pevernaige (Antoine), enfant de la chapelle. « Aux cha- » pitres d'Arlhois et de Flandres. » Aucun renseignement ne nous est parvenu sur cet homonyme et contemporain d'un grand compositeur belge. Est-ce un fils d'André Pevernage? On a vu, au | XXIX, deux Pevernage comme maîtres de chant à Ypres.
Renard (Charles), enfant de la chapelle. « Aux chapelles » de Valenciennes et du comté de Namur. »
Reys (François), chapelain du conseil privé. « Aux cha- » pelles du comté de Namur. »
RiCHARDi (Folcard), enfant de la chapelle. « Aux cha- » pelles de Mons. »
RoDART (Antoine), enfant de la chapelle. « Aux cha- » pelles et personnats de Haynault. »
RoiGNART (M""^ Jean), haute-contre. « Aux prébendes de » Poligny et aux chapelles du comté de Bourgogne. »
Saultoir (Nicolas), taille. « Aux prébendes de Dinoix » (Luxembourg). »
Van Brabant (Jean), enfant de la chapelle. « Aux chaj> pelles de Flandres. » Au § précédent nous avons cité un Brabantius, que Bulkens traduit par le Brabançon»
Van Couwenhove (Adrien), taille, marié. « Aux cha- » pelles de Hollande, et, pour son nepveu, aux prébendes » de S*-Martin, à Middelbourg. » En 1568, une lettre patente lui est dépêchée, à l'efTct de « recouvrer certain nom- » bre des enfans de cœur. »
Van Couwenhove (Paul), enfant de la chapelle. « Aux » chapelles de Hollande. »
Van Loo (Mathias), basse-contre, marié. « Aux cous-
» leries de Hollande et de Zélande; aux prébendes de » Lyere. »
Le rôle qui nous a fourni ces renseignements, existe en copie du temps aux archives de la ville d'Ulrecht. Il a été reproduit textuellement au tome 11 de Fintéressant recueil : Archief voor kerkelîjke en wereldsche geschiedenissen , inzonderheid van Utrecht, publié par le savant M. Dodt van Flensburg.
Willaert (âdrien),
Illustre compositeur belge du XVfe siècle. — Extension de sa famille le long des côtes maritimes de la Flandre. — Le lieu de sa naissance. — Valeur du témoignage de Jacques De Meyerc, son compatriote et contemporain, qui le dit originaire de Roulers. — Le témoignage de Zarlino, élève de Willaert, qui le fait naître à Bruges, n'existe pas. — Analyse des Dimostrationi harmoniche de Zarlino invoquées, à ce sujet, par M. Fétis. — Autres preuves en faveur de la ville de Roulers. — Le portrait d'Adrien Willaert. — Jugement contradictoire porté sur ses oeuvres par M. Félis et Zarlino — La vraie anecdote concernant le séjour de Willaert à Rome.
Les Willaert abondent le long des côtes maritimes de la Flandre. Des centaines de noms de cette famille ont été rencontrées par nous dans les vieux comptes d'Ostende, de Nieuport et d'Oudenbourg (i). Que résulte-t-il de la gé-
(1) Citons quelques exemples. Ostende, i^i9 : Arnoud Willaert. ouvrier. — NiEUPORT, 1461 : Pierre Willaert, prêtre, dit sa première messe le 20 janvier; 1461 : Vincent Willaert, bourgeois aisé, mort vers 1464; 1463 : Péronne Willaert, mariée à Roger Van Craynest; Michel Willaert, député par le magistrat, près les états de Flandres à Ypres et à Bruges; 1482-1490: Jean Willaert, bourgeois pauvre; 1499: Arnoud Willaert, ouvrier; 1485-1489 : Chrétien Willaert, bourgeois aisé; 1489 : Richard Willaerds, tavernier; sa veuve, retirée à Leffinghe, paie, en 1310, comme droit d'issue, la somme de 18 livres, 8 sous; 1523-1524 : Michel Willaerd; 1541 : Chrélien Willaert, « dinare van den vrycn, binder juridictie ende buyten vander heerlicheyt » van Lombaerlzyde. » — Oudenbourg, 1525 : Éloi Willaert, ouvrier, etc.
néologie produite par M. Félis, d'après des renseignements dus à M. de Burbure, ou plutôt àM.Weale? Rien assurément, si ce n'est une homonomie fortuite et sans la moindre utilité pour l'histoire du grand musicien. Toutes les cités en peuvent fournir de semblables, et les prénoms d'Adrien étaient aussi communs alors qu'ils sont rares aujourd'hui.
A l'égard des témoignages, nous nous en référerons toujours plus volontiers à ceux qui émanent d'un compatriote, qu'à ceux que nous apporte un étranger, fùt-il de la meilleure foi du monde. Ainsi Zarlino disant qu'Adrien Willaert était né à Bruges, même en invoquant la déposition de Willaert lui-même, ne me semble guère plus croyable qu'un Parisien de nos jours, qui ferait naître Gevaert à Gand, comme le cas s'est déjà offert plus d'une fois.
Il convient donc, jusqu'à meilleure information, de s'en tenir purement et simplement à la déclaration de l'historien Jacques De Meyere, qui écrivait à l'époque où Willaert était au début de sa carrière (1531), et qui, généralement bien informé en ce qui concerne ses contemporains, n'avait aucun intérêt à dépouiller Bruges d'une illustration qui aurait pu lui appartenir (i).
M. l'abbé Carton est de notre avis, et nous aimons à
(1) Transcrivons en entier le passage de Meyerus où il est question d'Adrien Willaert : « Fecunda insuper genetrix est Flandria laudatissimorum Mcanlorum. Siquidem vocum nobilitate quâcumvis chrisliani orbis gente » cerlare potest. Testes sunl Alexander, nuper Philippi principis cantor, » Pelrus Vicanus, cantor maximi principis Caroli, Adrianus Vuillardus, Rosi- » laria oriundus, cantor régis Ungariae, Thomas Marlinus , cum fratribus » Petro ac Joanne, patriâ Armentarius, monachus nunc, ut audio, Carthu- » siensis in Ambianis. Vulgus in faclitandis patrio sermone ritbraicis canlile- » nis mirum se praestat arlifîcem, licet non injuria quidam ab Erasmo taxen- » tur, qui lasciviam illis intermiscere soient. Inter hydraulas verô, dictos vulgo » organistas, celeberrimam obtinet famam Brugis ad Virginis Jacobus Cœcus, » ab oculorum labe cognomen sortilus. » Bes Flandricae, Brugis, 1531, pet. in-4o, fo 43. Nous reviendrons sur les autres musiciens cités par rhistorien.
consigner ici son opinion judicieuse et impartiale :«Quel- » ques historiens, dit-il, font naître Willaert à Bruges sur » l'autorité de Zarlino, qui écrivait dans un pays étran- » ger, et pour qui Roulers devait être une commune in- » connue. L'historien De Meyere, son contemporain, et qui » écrivait du vivant de notre musicien, assure qu'il est né » à Roulers (i). » M. de Coussemaker, l'érudit musicographe, partage également notre manière de voir (s).
Mais qui, le premier, a invoqué le témoignage de Zarlino? C'est M. Fétis. Or, comme l'autorité du musicologue est loin d'être infaillible, — on a pu s'en convaincre abondamment, — il nous a plu de vérifier à la lettre son assertion, et, nous n'hésilons pas à le dire, M. Fétis, en ce point comme en bien d'autres, a mystifié le lecteur de la façon la plus audacieuse.
Nous allons, à l'aide d'un dépouillement exact et consciencieux, fournir la preuve péremptoire de ce que nous avançons. Précisons d'abord les termes dont M. Fétis se sert pour soutenir son allégation.
L'auteur de la Biographie universelle des musiciens dit, dans la première édition de son livre, que Willaert « na- ') quit à Bruges, en Flandre, vers 1490, suivant les divers » renseignements que Zarlino, son élève, nous a conservés » dans ses écrits. « En note, il rejette l'opinion de M. de Reiffenberg qui, dans sa Lettre à M. Fétis, donne Roulers comme lieu de naissance de Willaert, d'après Jacques De Meyere s'entend. Puis il affirme que c'est dans un entretien que Willaert eut avec Zarlino, son élève, avec François
(1) Biographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale^ t. IV, p. 312. La biographie d'Adrien Willaert a été tirée à part sous le titre de : Notice sur Adrien Willaert, précédée de quelques détails sur les musiciens de la Flandre occidentale. Bruges, 184-9, in-S».
(2) Notice sur les collections musicales de la Bibliothèque de Cambrai, clc. Paris, 1843, p. 82.
Viola, maître de chapelle du duc de Ferrare, également son élève, et Claude Merulo, organiste de Saint-Marc, à Venise, que le premier « conta les événements de sa vie » rapportés par Zarlino (dans ses Raggionamenli). d
A ces lignes, M. Fétis ajoute, dans la deuxième édition de son dictionnaire biographique : « Zarlino, élève de ce » grand musicien, tenait de lui-même qu'il était né à Bruges, » D'ailleurs, plusieurs documents authentiques, au nombre » desquels sont les testaments du maître, prouvent invinci- » blement qu'il avait vu le jour dans cette ville (i). Suivant » les renseignements fournis par le même Zarlino, l'époque » de la naissance de Willaert devrait être environ 1490; » mais Caffî recule cette date jusqu'en 1480. »
En ouvrant les Dimostrationi harmoniche d^ Zarlino, voici, en résumé, ce que nous lisons au début du premier Raggionamento :
Au mois d'avril 1S62, Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, se rendit à Venise, soit pour contempler la noble et riche cité, soit pour y traiter de quelques affaires d'importance. Il y fut reçu avec les honneurs dus à son rang. Les
(1) Pourquoi ne point citer les textes qui établissent le fait? C'eût été chose si simple. Le grand compositeur pouvait avoir des parents à Bruges : on vient de voir que les côtes maritimes de la Flandre foisonnent de familles portant son nom. M. Fétis préfère aligner pompeusement un arbre généalogique, où se voit un Adrien Willaert, prêtre, et ajouter à sa labelle celte naïveté : « Adrien, » prêtre, n'est pas le compositeur, qui fut marié; mais les prénoms identiques » indiquent que ce maître fut parent de ceux dont on voit ici la généalogie! » Charmant! D'après M. Fétis lui-même, le père du musicien se nommait Denis, et le père de l'ecclésiastique mourut en 1335.
Un autre ecclésiastique, du nom de David Willart, et qui vécut dans la première moitié du XVIe siècle, est le collaborateur d'un livre de voyages conservé en manuscrit à la Bibliothèque publique de Valenciennes, et dont le titre est : « Le sainct voyage de Jérusalem, faict par Pierre le Boucq, filz de » Pierre et de Jenne Vastare, valenciennois. 1348. Recoeillé par sire David » Willart, prestre aiant servi de chapelain audit Pierre durant le volage. » J. Mangeart, Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la Bihliolhhque de Vaknciennes. Paris, 1860, p. 416.
meilleurs musiciens de sa cour l'accompagnaient, et, entre autres, François Viola, son maître de chapelle et mon ami intime. Nous étant rencontrés un jour, nous nous acheminâmes vers la place de Saint-Marc, et voyant la cathédrale ouverte, nous y entrâmes précisément à l'heure des vêpres. Nous nous prîmes à admirer et la somptueuse richesse de l'édifice et la magnificence éblouissante des chefs-d'œuvre de peinture qui le décorent. Entretemps les vêpres se terminèrent, et nous vîmes venir à nous l'aimable et excellent organiste, Claude Merulo, de Correggio, lequel avisa Viola et le reconnut. La conversation ne s'interrompit point, et, en quittant l'église, nous nous dirigeâmes vers la demeure du célèbre Adrien Willaert, maître de chapelle de Saint- Marc, et alors souffrant de la goutte. Il avait reçu la visite du susdit seigneur en société de plusieurs gentilshommes Il put entendre combien ses compositions étaient appré ciées, quoique la vogue en eût cessé pour ainsi dire. Et pendant que la conversation roulait tantôt sur la musique tantôt sur les liens sympathiques qui existaient dans le petit groupe, survint un ami de maître Willaert, nommé Désiré, et natif de Pavie, en Lombardie. Mon vif désir était d'entendre raisonner de la musique, soit comme art, soit comme science. Aussi bien, après l'échange de quelques communications concernant le nom, la patrie et la profession de chacun de nous, de façon à être renseignés immédiatement sur la condition du nouvel arrivé, celui-ci, s'étant tourné vers nous, s'expliqua en ces termes... (i).
(1) « Gli anni di nostra salute erano gia pervenuti al numéro di MDLXII, » et era il mese di Aprile, quando Tilluslrissimo sign. Donno Alfonso d'Esté, »duca di Ferrara, per cagione di videra una bella, nobile e ricca città, non » solamente gloria, splendore e ripulatione della bella Italia, ma anco di » tulto '1 christianesimo, e forse per altri suoi negolii d'importanza, vene à » Vinegia , onde dalli uostri sign. illuslrissimi Venetiani con solennissima » pompa e regali apparali , si corne è lore costume di riceverc tultc quelle » persone, che sono di alto affare, fù ricevulo. Havea queslo sig. scco mcnato
Ce n'est point ici que VVillaert a déclaré à son élève Zarlino le lieu de sa naissance. Évidemment, les derniers
») i migliori musici, clie appresso di lui si ritrovavano, Ira i quali (iasciando » gli allri, per non esser lungo) era Francesco Viola suo maestro di capelia, » e mio singolare amico. Qucsli venutomi un giorno à rilrovare, e prcsomi » in sua compagnia, si aviassimo verso la bellissima piazza di S. Marco. La » onde vedendo aperlo il suo famoso e ricco tempio, che di belli e finissinii » marmi, con una gran copia di colonne, è fabricalo, percioche gia era l'hora » del vespero, entrammo in esso, e pascendo la vista per un buon pezzo di » tempo, con belle pitture, che ivi si ritrovano da buoni e cccellenti maestri » di mosaico aniico e moderno lavorate, insieme andavano ragionando délia » lor bellezza e délia richezza del detto tempio, e délia spesa grande, che in 0 esso fanno li nominati signori illustrissiroi, corne quelli, che sono stati » sempre religiosi e à Dio devoli, per adornarlo di quelle cose, che vedono » esser necessarie e convenevoli, e portino bellezza, decoro e maestà al cullo » divino. Mamenlre che noi, con sommo placera andavamo moite cose dis- » correndo, cssendo gia finilo il vespero, eccoti comparere il gentilissimo » M. Claudio Merulo da Corregio, soavissimo organista del detto tempio, il » quale vedutoci, accostato che si hebbe à noi, e conosciulo il Viola : dopo » gli abbracciamenti fattisi l'uno air altro, si ponemrao à sedere. 11 perche » essendosi tra noi di moite cosi degne e honorate, si corne il luogo richie- » deva, per un pezzo ragionato, fatio dissegno di parlirsi, tutti insieme di » un parère prendessimo il camino verso M. Adriano Vuilaert, allora maestro M di cappella délia illustrissima signoria; il quale poco lontano dimorava, » per conto di visilarlo, percioche molestato dalle podagre, non si partiva » di casa; à fine che la presenza di lanti suoi amici amore voli e carissimi, » gli apportasse qualche sollevamento. Arrivati adunque che noi fussemo, » e ritrovato che il sopra nominato sig. poco innanzi era stato à vederlo con » una bella, dcgna e honorata copia di signori e genlir huoraini, dopo molti » ragionamcnti havuli da una parte e Taltra; i quali commemoravano le «cortesie, che questo sig. excellente moite volte usalo gl' havea, et quanto »> care gli erano le sue compositioni, e come per lui erano venute à luce una » grandissima parle di quelle cose, che egli havea composto, le quali stavano » quasi sepolte. Et insieme havendo con buon proposito discorso molle cose » délia musica e délia noslra amicilia , à caso arrivuô un degno et honerato » gentil' huomo forastiero, amico di M. Adriano, venuto simigliautemente » per cagione di visitarlo. Questi grandemente si dilettava délia musica; ma » sopra ogni altra cosa desiderava udir ragionare délie cose deir arte et délia » scienza : percioche per molli anni inna;izi studialo havea nella filosofia, »e havea lelto molti aulori greci e lalini, i quali di musica Irattavano. Di M questo il nome era Desiderio, et era di natione Lombardo, da Pavia. Hora, » dopo un lungo ragionamenlo di varie cose insieme falto, havendo esso da » quelio, che detto si havea compreso, chi eravamo, il nome di ciascheduno » di noi, il cognome, la patria e la parlicolare noslra professione; cosi an-
mois de Texorde contiennent l'indication d'une confidence de Willaert, mais la confidence elle-même reste un mystère.
Le théoricien n'a imaginé celte sorte de mise en scène, que pour introduire ses divers interlocuteurs, qui sont au nombre de cinq, comme nous venons de voir : Désiré le Lombard, oublié par M. Fétis, Adrien (Willaerl), Fnuiçois (Viola), Claude (Merulo) et Joseph (Zarlino). L'entrelien, quoi qu'en dise M. Fétis, se fait de la façon la plus simple et la plus naturelle. La matière, il est vrai, roule sur des choses pédantesques et tout-à-fait dans le goût de l'époque; mais le Ion est constamment vrai et dépouillé de tout artifice.
De temps en temps, Zarlino ménage une éclaircie au milieu du dialogue, pour soulager l'altenlion du lecteur, et pour lui rappeler les titres de ses interlocuteurs, s'il était venu à les perdre de vue.
Ainsi, Willaert répondant à Viola, déclare ne pouvoir se rappeler exactement les détails de l'entrelien qui eut lieu entre Maggio et Pigna. Il l'engage à s'y prendre de diverses façons, pour préciser ses souvenirs. Bien jeune encore, Willaert se rendit à Paris pour y étudier le droit romain. Mais Dieu en décida autrement, et, à peine eut-il commencé ses études, qu'il les quitta résolument pour s'adonner à la musique (i).
» cora noi à pieno conosciulolo e informatoci délie sue qualilà e conditioni, » vollatosi qiieslo genlirhuomo verso di noi, in co'tal guisa inconiinciô un » nuovo ragionamenlo... » — Dimoslralioni harmoniche,\enezidLf 1571, in-f», pp. 1 et 2.
(1) « Francesco... Se bene puô essere che io habbia udilo aile fîate quello » che sia dimostralione, da i colloquij del Maggio e del Pigna noslri, grandi » huomini nelle letere, havuti spesse fiate col noslro sig. Duca, e con altre » persone segnalale, tuttavia, per non esser mia professione, non me ne » posso cosi à pieno ricordare. La onde facendo quello, che delto havele, non » polra à essere à noi senon di grande ulililà. Adp.iano. Lo dovete fare per ogni I) modo : perche ancora io non mi ricordo troppo bene quesle cose, se bene » essendo giovane le udi nel studio di Pariggi, quando mi diedi al studio délie » leggi imperiali. » /rf., p. 8.
Selon Zarliiio, le monde avail besoin d'un pareil maîlre, et ceux qui se délectent de Tari et de la science de la musique, lui doivent d'avoir dévoilé bien des mystères. Ensuite Zarlino, dans des termes un peu enthousiastes, exprime sa satisfaction que Willaert ait abandonné les sciences pour embrasser une carrière dans laquelle il devait un jour occuper un si haut rang (i).
Ici, rien encore touchant le lieu natal de Willaert. Serons-nous plus heureux dans la suite?
Zarlino, après avoir complimenté Willaert sur son excellente mémoire (le musicien flamand venait de citer par cœur quatre versets d'Horace) : «Des gens malicieux, dit-il, » blâmaient beaucoup mon maître, en louant outre mesure » Josquin Desprès, car ces éloges étaient faits sans bonne » intention. En définitive, ajoule-t-il, ils n'aident nullement » la cause de Desprès, tandis que, sans le vouloir, ils ser- » vent celle de Willaert (2). »
(1) « Desiderio. Voi siete stalo in Pariggi, M. Adriano, per quello che lia- » vêle gia detlo. Adriano. Fui, e incominciai à studiare, ma Iddio lia volulo, » che io insegni musica aile fine. Gioseffo. Messer Donicnedio mollo bene » sapea, che il mondo havea dibisogno di un pari vostro, perô ci diede voi » à fine che haveste ad illuminai' quelli, che si dilcllano di quesla arte cosi » nobile, el dira anco di quesla scienza, percioche se non fosle slalo voi, non » mi sarei posto à vedere cosi inlresecamenle , corne io ho fallo, e cosi » minulamenle le cose della musica, ma mi sarei riportato, corne hanno fallo » molli, al giudicio di altri, e mi sarei allenulo à quello, che io havessi » rilrovalo scrillo da allri scrillori, credendoli e persuadendomi, che cosi » fusse, comc hanno scrillo. Perô fu ben fallo, che lasciaste Io sludio della » leggi e allendesli alla musica, essendo che in quesla lenele hora '1 primo » luogo, el Iddio Io fa sebene non siete senza giudicio, se in quella profes- » sione havesti lenulo il lerzo. Adriano. Cosi ha piaciulo à Dio, e me non »conlenlo. Francesco. Ve ne polele conlentare, Mosserc, ma lasciamo da un » canlo quesle cose... » Dimoslrationi liarmouichc, p. 11.
(2) « GiusEPPO. Yeramenle, Messere, che voi sciele un buon scolare, perche » vi havete lenulo mollo bene à memoria la Icllione, che io gia vi lessi sopra » quesli versi, a proposito di quel maligni, che canlando le voslre cose, biasin mavano mollo voi, lodando fuori d'ogni proposilo grandemenle Giosquino » con parole, ma con i falti, ad loro dispello lodano voi, e venivano a bia-
Où est-il question ici du berceau de l'artiste flamand?
A propos de la place que doit occuper une voix, dans un ensemble harmonique de voix mêlées, Willaert invoque l'exemple de certains anciens musiciens, et cite en particulier Josquin Desprès, Jean Okeghem, le maître de Josquin, Gascogne, et Jean Mouton, son maître à lui, Willaert (i).
Ce n'est pas ici, à coup sur, que des révélations ont été faites sur l'origine du musicien.
Plus loin, le chapitre des talents innovateurs fournil à Willaert ces réflexions : « Je me rappelle, dit-il, une belle » sentence écrite au jurisconsulte Tribonien. Je l'ai lue à » Paris, quand j'y faisais mes études de droit romain. Elle » est conçue en ces termes : — Celui qui améliore une chose » non encore arrivée à un certain degré de perfection, mé- » rite plus d'éloges que celui qui en est le premier in- » venteur (2). »
Le livre est scruté d'un bout à l'autre. Consultez-le à votre tour, lecteur, et vous pourrez contrôler par vousmême notre opération. En attendant, nous défions quiconque d'y trouver autre chose touchant la vie de Willaert, que ce que nous venons de résumer, ou que dit le texte original
» simare il lôdalo ; perchîoche ne i conserli loro non adoperano cosa al- » cuna di Giosquino, ne di alcuna sua cosa se ne servono ; ma si bcne » délie vostre, il che vi è di somma laude... » Dimoslralioni harmonichcy p. 82. Zarlino fait peut-être ici allusion à l'anecdote que nous relatons plus loin.
(1) « Adruno. Questi ch'lianno questa opinione sono în errore. Et mi ri- » cordo che innanzi di noi quei buoni antichi Giosquino, il suo maestro » Gio. Ocheghem, Gascogne, et il mio precettore Gio. Molone, in molli luoghi » délie loro compositioni l'haiino posta nella parle grave, senza aggiungerle « altro intervallo. » /</., p. 88.
(2) « Adria>o... El mi soviene liora una bella sentenza, lasciata scrilta da » Giustiniano imperalore à Triboniano giureconsulto, in una epistola nel » principio délie Pandete, la quale vidi, quando mi dava al studio délie leggi » imperiali in Pariggi, che dice in quesia maniera : Colui che emenda una » cosa che non sia slata fatta con sotlililà, è piu da lodare che colui che la » ritrovô prima... » Id., p. 212.
rejeté en noie. C'est à dessein que noiis avons placé ici ces pièces justificatives, un peu trop abondamment peutêtre (i).
Notre mobile est la recherclie de la vérité. Si nous nous trompons, comme cela pourrait se faire, il ne nous en coûtera guère d'avouer notre erreur. M. Félis, au contraire, après avoir dit dans plusieurs de ses écrits, et notamment dans la première édition de son dictionnaire biographique, que Willaert était natif de Bruges, sans tenir compte de l'aulorilé de Jacques De Mcyere, invoquée par M. de Reiffenbcrg, n'a pas voulu se donner un démenti dans ses écrits postérieurs, el, loin de produire une preuve qui vaille, il soutient, encore une fois, ses affirmations avec une nouvelle opiniâtreté.
Or, nous ne sommes pas à bout d'arguments.
Pour savoir si on rencontre des traces de la famille d'Adrien Willaert dans les archives relatives à Roulers, nous afons compulsé d'abord les comptes de cette ville, dont on possède une série de doubles aux Archives du royaume, el, en ouvrant le premier registre, qui malheureusement ne commence qu'en 1688, nous y avons avisé un Nicolas Willaert, cité comme tuteur des enfants d'un certain Gilles Levy. L'inventaire des archives de Roulers, dressé en 1836 par la magistrature de celle cité, ne renfermant que l'indication de deux registres du XV^ siècle « presque usés el » indéchiffrables, /> nous crûmes d'abord ne point devoir y recourir, la mention qui précède nous paraissant sufiisanle jusqu'à la découverte d'un document directement en rapport avec notre musicien. Les autres papiers conservés à l'hôlel-de-ville de Roulers, tels que l'inventaire les enregistre, nous semblaient d'ailleurs insignifiants.
(Ij Les deux autres ouvrages de Zarlino, à savoir les Istituzioni harmoniche (Venezia, 1558, in-fo), el les SoppUmenli micsicali (Vcnezia, 1588, in-f»), ont élé inutilement interrogés par nous à celle même fin.
Vérification faite de ces papiers, il se trouve que le dépôt d'archives de la ville de Roulers est loin d'être dénué d'intérêt pour l'histoire. Nous avons pu parcourir, entre autres, une série de comptes communaux qui s'étend de 1499 jusqu'en 1576, sauf quelques lacunes. La série de registres de la mense des pauvres, quoique moins riche, remonte plus haut que 1499. Aux années 1450, 1455, 1456, le chapitre des droits perçus sur les baux et rentes, nous a révélé une Catherine Willaerds, propriétaire à Beveren, village contigu à Roulers. Serait-ce une tante de notre glorieux compatriote? Toujours est-il que, en croire des traditions locales méritant une entière confiance, une famille Willaert a occupé, de temps immémorial, une vieille maison située dans la rue des Religieuses (Nonnestraet), Aujourd'hui cette famille est dispersée, bien que Roulers compte encore maint habitant portant le nomdeWillaert(i).
Le superbe portrait original d'Adrien Willaert, que nous donnons eu regard de cette page, porte l'inscription^: Adriani Willaert Flandri effigies. Pourquoi Flandri et non Brugensis? Avouons qu'il n'en coulait guère de mettre cette dernière épilhète en place de l'autre, si Bruges, ville parfaitement connue à Venise, avait été le lieu de naissance du compositeur flamand; tandis qu'il eût dû en coûter beaucoup pour échanger Pépithète de Rosiliarensis contre celle de Flandri, Roulers étant une petite ville obscure et perlant un nom qui ne pouvait être que malsonnant aux oreilles italiennes.
Adrien Willaert, tel qu'il est reproduit ici, accuse au
(1) M nous est exlrêmeracnt agréable de rendre ici hommage à l'intelligence et au dévoûment du secrétaire communal de Roulers, M. Van Eeckhoute. Avec une bonté prévenante dont nous ne saurions trop faire l'éloge, M. Van Eeckhoute a mis à notre disposition tous les vieux registres conservés à rhôtel-de-ville de Roulers, et il s'est prêté, de la façon la plus courtoise, à toutes les demandes qne nous lui avons faites relativement à l'objet de nos recherches.
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Imp.Simonau âc Toovey dtxxx.
moins soixanledix ans. Le portrait a été gravé en 1559; il en résulte que le musicien a dû naître vers 1490, date que les biographes assignent provisoirement à cette naissance. Sa physionomie est bien flamande, et, quoique labourée par les souffrances (i) et les travaux, il est facile d'y voir des identités frappantes avec la race qui habile les côtes maritimes de la Flandre.
Au-dessus du portrait se trouve inscription : a Con gra- » tia et privilegio délia Illustrissima Signoria di Venelia e »di tutti il Principi christiani, come ne i loro privilegi » appare. » Au-dessous on lit: «In Venetia, appresso di An- » tonio Gardano, 15o9. »
Notre planche, comme celle qui représente Josquin Desprès au § XIV, a été exécutée par le procédé phololilhographique de MM. Simoneau etTovey, à Bruxelles. C'est donc la gravure même que le lecteur a sous les yeux (2). Le peintre Hauman parait avoir utilisé un croquis de ce portrait pour son tableau : Adrien Willaert faisant exécuter devant le doge de Venise une messe de sa composition, tableau dont il a été fait une superbe lithographie. Mais, comparaison faite, il est facile de voir que les traits exécutés par le peintre sont purement fantaisistes.
Des œuvres du maître sont contenues dans le recueil de Jean Berg : Evangelica Dominicoriim et Festorum, imprimé à Nuremberg, de 1534 à 1556 (3).
Parlant des compositions en général de Willaert, M. Fétis dit : « Son style a de la sécheresse dans la plus grande » partie de ses ouvrages. Il écrit avec pureté et a des re-
(1) On a vu plus haut que le maîlre était affligé de la goutte.
(2) Grâce à Tobligeant intermédiaire de iM. De Coussemaker, nous avons pu obtenir le cliché même qui a servi au transport sur pierre. M. De Coussemaker possède, dans sa précieuse bibliothèque musicale, un superbe exemplaire de la Musica nova de Willaert, où se trouve, au verso du frontispice, le portrait en question.
(3) Il a déjà été cité plusieurs fois ici, notamment au ^ IX.
» cherches habiles dans l'agencement des parties; mais on » y aperçoit toujours l'effort du travail. » A cette appréciaciation, opposons celle de Zarlino lui-même, qui a joui non seulement du commerce du maître, mais qui a vécu dans l'intimité de ses œuvres : «Chaque jour, dit-il, on voit » beaucoup d'autres compositions, dues au très-excellent » Adrien Willaert, lesquelles abondent en inventions char- » mantes et gracieuses, outre qu'elles sont savamment et » élégamment tournées (i). » Comment des productions qui passent pour lourdes et arides aux yeux de M. Fétis, ontelles pu paraître jolies et avenantes au plus fameux théoricien du XVl^ siècle? D'autres que moi se chargeront d'expliquer cette énigme (2).
L'anecdote suivante, rapportée par M. Fétis, démontre l'inanité d'un pareil jugement : « Zarlino, dit-il, nous ap- » prend, dans ses Institutions harmo7iiqîies([\b. IV, c. 35), » que Willaert arriva à Rome en 1Si6, sous le pontificat » de Léon X, et qu'il entendit le 1S août, jour de la fête » de la Vierge, exécuter, sous le nom de Josquin Desprès, » le motet de sa composition : Verbiim bomtm et suave. Le » maître se plaignit de la malveillance des chanteurs de la » chapelle pontificale, qui, après avoir été informés du nom »de l'auteur de ce motet, ne voulurent plus le chanter. »
Outre que cette anecdote réfute les appréciations de M. Fétis, elle prouve, une fois de plus, sa manie d'arranger les faits, car la moitié de l'historiette est de l'invention
(1) « Ma per non esser lungo furô fina, massimamente perche ogni giorno » si veggono molle altre corapositioni , composte dallo excellenlissimo » Adriano Vuillaert, le quali, oltra che sono piene di mille belle e leggiadri » inventioni, sono anche dollamenle et elegantemente composte. » Islilutioni harmoniche, p. 327.
(2) Parmi les musicographes allemands qui font Téloge de Willaert, nous ne pouvons nous dispenser de citer le savant Reissmann, qui, dans son bel ouvrage : AUgemeine Geschickte der Musik (Munich, 1863-1 864, 3 vol. in-S»), consacre plusieurs pages, appuyées d'exemples, au célèbre musicien flamand.
de Taulcur de la Biographie universelle des musiciens, lequel s'est inspiré, il est vrai, de Gerber (i).
La voici dans toute son intégrité, d'après les Istituzioni harmoniche, invoquées par i\I. Fétis : « LnGn, pour mon- » Irer encore jusqu'où peut aller la malignité et l'ineptie » des hommes, je vais citer un exemple qui me vient à la » mémoire. L'excellentissime Adrien Willaert est le héros » d'une aventure qui eut lieu à la chapelle du Souverain » Pontife. C'était au temps de Léon X, lorsque Willaert » arriva de Flandre en Italie. On chantait, sous le nom de » Josquin (Desprès), le motet : Verbum bonum et suave, » une des plus brillantes compositions de l'époque. L'artiste » affirma, comme c'était la vérité, que cette composition «émanait de lui. Eh bien! l'ignorance et la méchanceté » prévalurent au point que les chantres renoncèrent à chan- » ter le morceau dans la suite (2). »
(1) Gerber dit : « Hier (zu Rom) wurde er nicht wenig ûberrascht, als er » fand, dass die Pâbslliche Kapelle am Maricnlage seine Molelle : Verbum bo- » num, nicht nur gewôhnllch , aber unter Josquin's Namen, aufzufûhren » pflegle, sondern ihm selbige auch aïs eins der besten Stûcke dièses Mcislers » bekannt machen woUte. Aber kaum halte er ihnen versichert, dass nichl Jos- » quin, sondern er der wahre Verfasser dieser Komposition sey, als sie selbige » aus Neid zurûcklegten und nie wieder auffùhrlen. i>Neiis hist.-biogr. Lexikon der Tonkûnstler; Leipzig, 1814, t. IV, p. 578. Ce qui peut se traduire ainsi: « Là (à Rome), il ne fut pas peu surpris d'apprendre que la chapelle papale » avait l'habitude d'exécuter, le jour de la Vierge, son motet: Verbum bonum, » mais sous le nom de Desprès, et comme un des meilleurs de ce maître. A » peine eut-il certifié que lui-même était l'auteur de celte composition, que, «par envie, ils la mirent de côté et ne la chantèrent plus. «
(2) « Ma per mostrare anco quanto possa alcuna voila la malignita e la » ignoranza insieme de gli huomini, mi sovicne hora alla memoria quello » intravenne ail' excellenlissimo Adriano Yuillaerte, in Roma nella capella del »Ponlefice, quando vene di Fiandra in Ilalia al tempo di Leone decimo, che M canlandosi sotlo '1 nome di Giosquino il motetlo : Verbum bonum et suave, » il quale si soleva cantare ogni festa di nostra Donna; et era tenulo per una » dclle belle composilioni, che a quei tempi si canlasse, dicendo lui che era » il suo, come era veramenle, lanlo valse la ignoranza, ovcro (dirô più modes- » tamenle) la malignita di quei cantori, che mai più lo volsero cantare. •> P. 428. Le livre IV et le chapitre 55 sont erronément indiqués par M. Fétis.
Il n'est question ici ni du IS août, ni de l'année 1516, ni des plaintes formulées par Willaert contre la malveillance des chanteurs de la chapelle pontificale. Malgré la mésaventure qui lui arriva quand la supercherie fut dévoilée, Willaert a dû être flatté, ce nous semble, de la vogue dont jouit longtemps, grâce à un nom célèbre, sa composition, car un motet de Desprès, au rapport de Zarlino, était regardé alors comme chose précieuse, cosa rara.
Avions-nous tort de dire, au début de ce paragraphe, que M. Félis avait mystifié ses lecteurs?
XF..
Grassi (Bernardino) ,
Musicien de l'Infanle Isabelle, gouvernante des Pays-Bas. — A la demande de l'archiduc Léopold, il se rend à Vienne, en 1631, pour y composer les divertissements exécutés à l'occasion du mariage de Ferdinand lll, roi de Bohême el de Hongrie, avec Marie-Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne. — Ballet-comédie exécuté dans une circonstance semblable, au palais de Bruxelles, eu 1650. — Félicitations que l'Infante Isabelle reçoit sur le talent déployé par Bernardino Grassi à Vienne.
De grandes fêtes se préparaient à Vienne en 1651 . Ferdinand III, roi de Bohême et de Hongrie, allait épouser Marie-Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne. Dès le mois de novembre 1630, on était occupé, dans la famille impériale, à prendre les arrangements nécessaires pour la solennité.
L'embarras était grand en ce qui concernait l'organisation de la musique. François Compagnolo, de Modène, l'habile maître de chapelle de l'archiduc Léopold, venait de mourir. Il fallait un artiste d'un talent éprouvé comme le sien pour présider aux exécutions musicales et pour composer les morceaux de circonstance.
L'archiduc eut recours à Tinfanle Isabelle, gouvernante des Pays-Bas. Il lui écrivit d'Inspruck, le 24 novembre 1 630, pour lui demander le concours de Bernardino Grassi, attaché à la chapelle de cette princesse. Il donnait pour motif de cette préférence, l'éloge qui lui avait été fait de ce compositeur, pendant son séjour à Ratisbonne, et l'expérience toute particulière qui lui était attribuée pour l'arrangement de toutes sortes de divertissements musicaux (m Zuerichting allerhandt Kiirzweilen sonderbare gitete experiens tragen sollen).
La lettre de l'archiduc n'entre pas dans d'autres détails^ mais il est permis de supposer que le terme Kiirzweilen, amusements, s'applique moins à des danses pures et simples, qu'à ces pièces de comédie, mêlées de danses, qu'à l'imitation de la France, on exhibait alors dans toutes les cours de l'Europe.
Nous avons sous les yeux le livret d'une d^ ces pièces («).. Il porte pour titre : Le balet du mondes accompagné d\ine comédie en musique, l'un et l'autre donnez à la resjouyssance publique sur le sujet de l'heureux mariage de Leurs Majeslez, en présence et par ordre de Son Altesse Sérénissime l'Archiduc Léopolde, etc., au palais de Bruxelles, le dernier jeudy du carneval 1650. Bruxelles, Hubert- Anthoine Velpius, I6S0, in-4°, de 18 pages.
Il s'agit là sans doute du mariage de Philippe IV, roi d'Espagne et des Indes, avec Marie-Anne d'Autriche, mariage qui eut lieu le 8 novembre 1649, et, dans ce cas, le prince par ordre de qui le spectacle eut lieu, n'est autre que le fils de Tempereur Ferdinand II, qui gouverna les Pays-Bas de 1647 à 1662.
Rien de plus plat ni de plus inepte que ce livret. Les plus basses flatteries et les plus fades allusions y coudoient
(1) Il est conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, section II, no 14318.
les pantomimes les plus burlesques et les plus grossières. C'est vraiment à n'en pas croire ses yeux. Deux sujets, l'un purement mythologique, l'autre allégorique, y marchent de front, sans la moindre intrigue qui vaille, sans le moindre art dramatique dont il faille tenir compte. La musique a dû y remplir un rôle non-interrompu, et la parlie descriptive, comme le chœur des vents, n'en aura pas formé la page la moins intéressante. Dans le ballet, c'est l'orchestre qui aura prédominé; dans la comédie, c'est au chant qu'aura été dévolu le rôle principal.
Le scénario est court. C'est un motif qui nous porte à le reproduire ici en entier, comme spécimen de l'art scénique et chorégraphique du temps. Le voici :