CONTREPOINT
En harmonie, comme on l'a vu précédemment, on trouve un matériel tout fait, des accords; on les combine, on les modifie, on les enchaîne entre eux, mais ce sont toujours des accords.
Le contrepoint, lui, ne connaît pas d'accords; sa matière première, c'est la note; il associe une note à une autre note, ou à plusieurs notes, sans souci de l'accord que cela formera, et en ne tenant compte que du rapport existant entre ces notes, c'est-à-dire de l'intervalle. La combinaison des notes entre elles, voilà son essence et son but; on y trouve aussi l'explication de son nom : note contre note, point contre point, punctum contra punctum. Les contrapunctistes ne font pas une personnalité de l'accord; ils ignorent son nom et son existence, et n'envisagent les sons qu'aux points de vue de leurs distances réciproques, de leur degré de consonance ou dissonance, et de leurs affinités.
Si donc dans les pages qui suivent nous employons parfois quelques noms d'accords, ce sera uniquement pour nous faire mieux comprendre de ceux qui sont déjà initiés aux choses de l'harmonie.
L'attention du lecteur attirée sur ce point, l'exposé sommaire de quelques règles fera comprendre l'ensemble de ce système primitif, mais essentiellement robuste.
On peut écrire en contrepoint depuis deux jusqu'à huit parties.
Deux ou plusieurs parties disposées de façon à pouvoir être exécutées simultanément, et à produire ainsi un ensemble satisfaisant pour l'oreille, constituent le contre^ point simple, à deux, trois, quatre... parties.
Lorsque ces parties sont combinées de telle sorte qu'on puisse sans inconvénient les intervertir, le contrepoint est double, ou triple, ou quadruple, etc , on l'appelle aussi renversable.
3^4 GRAMMAIRE DE LA MUSIQUE
Quand les diverses parties reproduisent Tune après l'autre le même contour mélodique, soit à l'unisson, soit à Foctave, à la quinte, à la quarte..., c'est le contrepoint en imitation. Cette imitation peut être régulière ou irrégulière; pour être dite régulière, elle doit respecter la place des tons et demi-tons, et la ressemblance doit être complète entre Vantécédent, qui propose le contour mélodique, et le ou les conséquents qui l'imitent; irrégulière, elle copie moins servilement le modèle, se bornant à parcourir le même nombre de degrés que lui, sans égard à la qualification de l'intervalle ; le dessin général seul subsiste.
L'imitation peut aussi avoir lieu par augmentation ou par diminution, c'est-à-dire en valeurs plus longues ou plus courtes que celles du modèle proposé; elle peut être renversée ou par mouvement contraire, le conséquent descendant quand l'antécédent monte, et vice versa; il y a encore {'imitation rétrograde, qui reproduit son modèle à reculons, en commençant par la dernière note et finissant par la première, etc.; ce sont là les jeux du contrepoint, qui parfois dégénèrent en chinoiseries.
La plupart de ces exercices se font sur une partie donnée qu'on nomme plain-chant ou chant donné; on transporte successivement ce plain-chant dans les différentes voix, et on s'ingénie à créer des parties d'accompagnement, en nombre toujours croissant, et en s'astreignant rigoureusement aux conditions suivantes :