LE CONSERVATOIRE
un personnel administratif, à la tête duquel est placé M. Emile Réty, chef du secrétariat; austère gardien du règlement, fonctionnaire impeccable et d'un dévouement sans bornes, M. Réty est de plus un fin lettré musical, possédant toutes les compétences techniques, et il n'y a rien d'exagéré à voir en lui Ydme actuelle du Conservatoire, où d'ailleurs il est né, en 1833, et où son père exerçait déjà des fonctions administratives.
Les services signalés qu'il a rendus à notre école nationale, comme à l'art musical français, ne se comptent pas, et seront mieux appréciés dans l'avenir.
Le sous-chef du secrétariat est aussi un véritable musicien :
Lhôte (Albert) (1828), né à Paris.
Elève d'Alard, Elwart, Mozin et Leborne, a produit des œuvres estimées, notamment une Messe à 3 voix (Saint-Eustache, 1857), un Trioy piano, violon et violoncelle, un assez grand nombre de mélodies pour violon ou pour chant, des morceaux de piano, etc.
11 a renoncé à la composition pour entrer, en 1872, dans l'administration du Conservatoire, à l'enseignement duquel il a donné un excellent recueil de Leçons de solfège.
Le Bibliothécaire actuel, qui a eu pour principaux prédécesseurs : l'abbé Roze (de 1807 à 1819); Fétis, bibliothécaire honoraire (de 1828 à 1823) ; Bottée de Toulmon, bibliothécaire bénévole (de 1832 à 1850) ; Berlioz (d'abord bibliothécaire adjoint en 1839, puis avec le titre de con~ servateur de 1840 à 1869) ; enfin Félicien David (de 1869 à 1876) ; c'est l'aimable et obligeant Weckerlin qui par le fait exerce ces fonctions depuis 1869; jusqu'en 1876, il était censé adjoint, mais en vérité portait toute la charge ; depuis cette époque, il est le titulaire officiel.
Weckerlin (Jean-Baptiste-Théodore (1821), né à Guebwiller
(Alsace).
Elève d'Elwart pour l'harmonie, d'Halévy pour la composition et de Ponchard pour le chant, aussi délicat musicien qu'érudit bibliophile, il a beaucoup produit dans tous les genres.
Œuvres principales : Messe de Sainte-Cécile ; Messe à 4 voix d'hommes ; Messe à 3 voix de femmes ; Messe à 2 voix égales ; 75 pièces d'Eglise, O salutaris j Offertoires, etc.; 14 Opéras , et 14 Pièces de salon; 8 Odes-symphonies, dont les Poèmes de la mer, l'Inde, Samson, la Fête d'Alexandre; Symphonie de la forêt y Petite symphonie en mi [^, des Suites d'orchestre, 3 Ouvertures, une grande quantité de Pièces à 2 mains ou de Suites à 4 mains pour piano; environ 400 Mélodies, 43 Chœurs pour jeunes filles, 39 Chœurs et Scènes avec orchestre : la Caravane, Prométhée, Eisa, etc.
Le Conservateur du musée instrumental, fondé en 1861 parTacquisition de la collection personnelle de Clapisson, est, depuis 1886 :
Pillaut (Léon) (1833), né à Lagny.
Son prédécesseur, Gustave Chouquet (conservateur de 1871 à 1886), avait dressé un Catalogue de cette belle collection ; il l'a complété par un petit ouvrage intitulé : i^** Supplément au catalogue de i88(àt avec une préface expliquant l'intérêt qui s'attache aux systèmes exotiques; il a aussi publié un livre intitulé : Instruments et musiciens t et collaboré à l'Exposition des sciences anthropologiques en 1889.
Dans des fonctions plus modestes, nous avons encore des érudits, des travailleurs sérieux :
Pierre (Constant) (1855), commis principal, né à Passy.
Auteur d'un nombre déjà considérable d'ouvrages documentaires concernant la facture instrumentale et l'histoire de la musique sous la Révolution française ; du recueil des Noëls populaires; de la Marseillaise (comparaison des différentes versions) ; de l'Histoire de l'orchestre de l'Opéra et de beaucoup d'article» pleins de recherches publiés dans divers journaux de musique.
Tiersot (Julien) (1857), bibliothécaire adjoint, né à Bourg.
En dehors de plusieurs œuvres orchestrales ou vocales, il a fourni à la littérature musicale : l'Histoire de la Chanson populaire en France; Rouget de Liste, son œuvre, sa vie; Musiques pittoresques ; et de nombreux articles sur l'histoire de la musique dans divers journaux ou revues ; comme aussi plusieurs recueils des Mélodies populaires des provinces de France, harmonisées par lui.
Le seul personnage étranger à l'art est M. Lamy, un ancien militaire, chargé de la surveillance des classes, du maintien de l'ordre et du respect de la discipline, ce qui n'est pas toujours une sinécure, bien que l'élève du Conservatoire soit en général moins turbulent que beaucoup d'autres étudiants.
Tel est ce qu'on pourrait appeler V état^major administratif du directeur du Conservatoire.
Après cette longue parenthèse, revenons aux membres actuels de la section de musique de l'Institut.
Reyer (Emesl) (1823), né à Marseille.
Les principales grandes œuvres de Reyer sont, dans leur ordre de production : le Sélam (1850) , Maître Wolfram^ Sacountaluy ballet, /a Statue , Erostrate, Sigurd, Salammbô , toutes de grande envergure, de haute et imposante allure, portant l'empreinte d'une sincère et respectable conviction artistique, dans lesquelles on retrouve à chaque page la signature de l'auteur.
Son seul professeur paraît avoir été sa tante. M"* Farrenc*, une grande musicienne qui n'a jamais été appréciée à sa véritable valeur, et qui est absolument oubliée aujourd'hui; elle a pourtant laissé un nombre considérable d'œuvres importantes, symphoniques ou instrumentales, de la musique de chambre surtout, et il est facile de concevoir qu'elle ait pu mener à bien, à elle seule, l'éducation musicale la plus élevée.
Toutefois, on ne retrouve rien de sa manière rigoureusement classique dans le style de son illustre élève et neveu, qui parait plutôt se rattacher à l'école de Berlioz, avec lequel il vécut dans la plus grande intimité, et pour lequel il a toujours professé la plus haute admiration. C'est en ce dernier qu'il doit lui-même reconnaître son véritable initiateur.
Membre de l'Institut en 1876.
Massenet (Jules) (1842), né à Montaud (Loire).
Cet infatigable et fécond producteur, l'une des gloires les plus éclatantes et les plus universelles de l'École française, obtint le grand prix de Rome en 1863, dans la classe d'Ambr. Thomas, après avoir eu Reber pour professeur d'harmonie.
Depuis cette époque, et pour ainsi dire sans désemparer, il a
1. M"* Farrenc a été professeur de piano au Conservatoire, de iS42 à 1872.
produit la merveilleuse série d'ouvrages que l'on sait, dont je ne puis nommer ici que les plus saillants, en m'efforçant toutefois de suivre l'ordre chronologique :
Don César de Bazan^ op.-c., 3 actes (1872). — Marie-Magdeleine, drame sacré (1873). — Les Erynnies (pour la tragédie de Leconte de Lisle) (1873). — Eve, mystère (1875). — Le Roi de Lahore, grand op., 5 actes (1877). — La Vierge (1880). — Hérodiade, grand op., 3 actes (1881). — Manon, op.-c. , 5 actes (1884). — Le Cidf grand op., 4 actes (1885). — Esdarmonde^ op. romanesque, 4 actes (1889). — Le Mage, gr.-op., 5 actes (1891). — Werther, drame lyrique^ 4 actes (1892). — Thaïs, comédie lyrique, 3 actes (1894). — Le Portrait de Manon (1894). — La Navarraise (1894).
Plus : 7 suites d'orchestre, Biblis, Narcisse (pour soli, chœurs et orchestre), plusieurs recueils de Mélodies presque toutes célèbres : Poèmes d'amour, d'Avril, du Souvenir, d'Octobre, Pastoral, d'Hiver, et une infinité d'autres jolies ou belles choses.
11 a été nommé professeur de composition au Conservatoire et membre de l'Instilut au cours de la même année, en 1878.
Saint-Saëns (Camille) (1835), né à Paris.
Eut pour maîtres Stamaty pour le piano, Maleden et Halévy pour l'harmonie et la composition, Benoist pour l'orgue.
Ses premiers succès furent des triomphes de pianiste, puis il acquit rapidement une haute réputation de savant organiste. C'est avant tout un prodigieux et incomparable improvisateur.
Il a écrit dans tous les genres avec une égale facilité; j'énumérerai seulement ici ses œuvres les plus célèbres :
Musique de chambre : 2 Trios; un Quatuor; un Quintette; un Septuor (avec trompette) ; œuvres symphoniques : 3 Symphonies, dont la troisième, en u^min., est peut-être le chef-d'œuvre d'orchestration le plus parfait qui existe ; 4 Poèmes symphoniques : le Rouet d'Omphale, Phaéton, la Danse macabre, la Jeunesse d'Hercule; Marche héroïque à la mémoire de Henry Regnault (qui fut écrite pendant le siège de Paris et s'appela d'abord : la Délivrance) ; 4 Concertos pour piano, 3 Concertos pour violon, 1 Concerto pour violoncelle ; Tarentelle pour flûte, clarinette et orchestre ; Suite algérienne.
Pour l'Eglise : Messe de Requiem, Messe solennelle, Ave verum, chœur à 4 voix; psaume Cœli enarrant.
Dans le genre oratorio ou cantate : Oratorio de Noël, les Noces de Prométhée (pour l'Exposition de 1867); le Déluge; la Lyre et la Harpe.
Pour le théâtre enfin : la Princesse Jaune (1872); Samson et Dalila (1876); le Timbre d'Argent (1877); Etienne Marcel (1879); Henry VIIÏ (\8S3); Proserpine {\9iSl); Ascanio [IS^O); Phryné (1893).
Je ne parle même pas d'une quantité prodigieuse de morceaux
de piano, ou à deux pianos, de ses recueils de mélodies. Sa facilité d'écriture tient du prodige.
Il est membre de l'Institut depuis 1881.
Paladilhe (Emile) (1844), né aux environs de Montpellier.
Grand prix de Rome à seize ans, en 1860, fait sans exemple, après avoir eu pour professeur, d'abord son père et dom Sébastien Boixet, organiste de la cathédrale de Montpellier, puis Marmontel, Benoist et Halévy, au Conservatoire de Paris.
Son bagage musical se compose principalement de : 1 Messe, avec orchestre; deux Symphonies; le Passant, 1 acte (1872); rAmour africain, 2 actes (1875) ; Suzanne, 3 actes (1879) ; Diana^ 3 actes (1885); Patrie, 5 actes (1886); les Saintes Maries de la mer, légende sacrée en 4 parties ; et une centaine de mélodies.
Il convient d'y ajouter Vanina, 4 actes, œuvre entièrement terminée, mais encore inédite.
Membre de l'Institut en 1892.
Dubois (Théodore) (1837), né à Rosnay (Marne).
Après avoir fait toutes ses études au Conservatoire, sous la direction de Marmontel , Bazin , Benoist et Ambr. Thomas , il obtint en 1861 le grand prix de Rome.
En 1871, il est nommé professeur d'harm.onie au Conservatoire, et en 1891, professeur de fugue et composition. Il cumule ces importantes fonctions avec celles d'organiste de la Madeleine, où il a succédé à C. Saint-Saëns, après y avoir été plusieurs années maître de chapelle.
Ses œuvres les plus importantes sont :
Les Sept Paroles du Christ (1867); Messe des Morts (1874); la Guzla de Vémir (1873); le Pain bis (1879); la Farandole (1883); Aben-Hamet (1884); Suite villageoise pour orchestre (1877); Ouverture symphonique (1878); ouverture de Frithiof{lS79); le Paradis perdu (1878); V Enlèvement de Proserpine (1879); 3 Petites Pièces d'orchestre (1883) ; Fantaisie triomphale pour orgue et orchestre (1889); Hylas, scène lyrique (1890); Concerto pour piano (1876) ; 2 recueils de Pièces d'orgue (1886-1890) ; 2 recueils de 20 Mélodies chacun (1883-1886); Poèmes sylvestres pour piano (1893) ; Notes et Études d'harmonie (1889); 87 Leçons d'harmonie (1891), plus deux opéras inédits, Circé et Xavière,
Membre de l'Institut en 1894.
Enfin, je crois devoir faire figurer ici, quoiqu'il ne porte pas l'habit à palmes vertes, mais parce qu'il partage avec deux membres de l'Illustre Société (Massenet et
Lavignag. — La Musique. 32
Th. Dubois) l'honneur et la lourde responsabilité de renseignement de la composition au Conservatoire :
Lenepveu (Charles) (18'iO), né à Rouen.
Élève de Savard pour le solfège et l'harmonie, d'Ambr. Thomas et de Chauvet pour la fugue, le contrepoint et la composition ; 1" prix de Rome en 1865.
Professeur d'harmonie au Conservatoire en 1881, et professeur de composition en 1893.
Œuvres principales : le Florentin, op.-c, 3 actes, écrit en 1868, représenté à Paris en 1874; Velleda^ opéra, 4 actes (Londres, Covent^Garden, 1882, avec Adelina Patti pour principale interprète); Jeanne d'Arc, drame lyrique (Rouen, 1886); Iphigénie, grande scène lyrique; Méditation^ soli, chœurs, orchestre (Société des concerts, 1886); Hymne funèbre et triomphal (Rouen, 1889) ; Ode triomphale à Jeanne d'Arc (Rouen, 1892) ; Messe de Requiem, un beau Laudate et un grand nombre de Mélodies ou de Scènes lyriques, dont quelques-unes ont une juste notoriété.
Telles sont les personnalités les plus en vue de Técole française actuelle, en la vitalité de laquelle on peut avoir la plus légitime confiance.
K. — L'école russe.
Si nous avons cru pouvoir, en raison de leurs affinités et par esprit de simplification, confondre Técole belge avec l'école française ; si nous avons laissé dans Tombre Fécole espagnole, qui à vrai dire n'existe pas, et négligé quelques compositeurs anglais peu connus en France, à considérer plutôt comme des faits isolés^, il est nécessaire de procéder différemment en ce qui concerne V école russe, car elle préseate une caractéristique distincte résultant de son origine même, et ne saurait être confondue avec aucune autre.
Cette école est toute jeune; elle n'a pas cent ans d'exis-
1. Balfe (1808), Macfarren (1813), Wallace (1814), et plus récemment Mackensie.
tence; et dès sa naissance, pour ainsi dire, elle s*est trouvée en possession de la puissante technique créée, au moyen d'efforts séculaires, par les trois grandes écoles européennes, avec leurs immenses ressources toutes mo dernes et leur puissante orchestration. Elle n'a donc pas eu à procéder par tâtonnements comme ses sœurs aînées, et a du premier jour conquis son outillage complet.
De plus, ses maîtres ne sont pas, en général du moins, comme nous l'avons vu en France, en Allemagne ou en Italie, de véritables professionnels; ce sont plutôt des érudits, des savants, des hommes du monde qui font de l'art d'abord en amateurs, puis se laissent entraîner dans le tourbillon artistique ; ce qui chez nous est l'exception (rare, mais souvent heureuse).
On conçoit que des hommes appartenant à un niveau intellectuel élevé, instruits de tout ce qui s'est fait ailleurs en musique, possédant d'autre part une littérature, une religion et des mœurs très différentes de celles de l'Europe centrale, ont dû créer un art national tout autre et plus précoce que ceux dont nous avons étudié la genèse et le pénible développement.
Le chant populaire a toujours existé en Russie, par ce seul fait que nous avons établi au début, que le chant est aussi naturel à l'homme que la parole; là, comme partout ailleurs, il a acquis, par la force des choses et en dehors de toute intervention artistique voulue, un caractère particulier. De là les mélodies ou mélopées slaves, sans auteur, vrais chants du peuple, et de là aussi le côté typique, parfois rude et parfois langoureux, de la musique russe, qui en fait le charme principal, la véritable originalité pittoresque. Quant aux procédés d'exécution, d'écriture, ils ne peuvent être différents de ceux que nous avons déjà étudiés; sans quoi, l'école russe serait en retard, ce qui n'est pas. Elle a pris rang dès à présent parmi les écoles distinctes, et, quoique manquant de racines, elle paraît
des plus viables. Il est facile de s'en rendre compte par la valeur de ses représentants, dont nous allons faire connaître quelques-uns des plus importants, par rang de date. Bien entendu, il n'y a pas à chercher de classiques russes; nous tombons de suite en plein romantisme; el jusqu'à la venue de Glinka, le vrai père de cette jeune école, la Russie était tributaire, musicalement parlant, de l'Italie et de la France.
Glinka (Michel) (1804-1-1857), né à Nowospask (gouvernement
de Smolensk).
Après avoir reçu au pensionnat de la noblesse une forte instruction littéraire et scientifique, il travailla le piano avec Field et Ch. Mayer, il apprit l'harmonie en Allemagne (avec Dehn, qui eut aussi pour élèves les deux Ruhinstein et joua ainsi un rôle important dans le développement de l'art musical slave) et étudia le chant avec un maître italien, le violon aussi.
Dans les deux sens du mot, c^est le premier des musiciens russes. Son chef-d'œuvre le plus connu est la Vie pour le Tsar (1836), mais le plus complet épanouissement de son talent se montre dans Rousslan et Loudmilla. On connaît aussi de lui une Jota Aragonesa et Une Nuit à Madridy souvenir d'un voyage en Espagne, et construits sur des motifs espagnols; Kamarinskaïa, sur des airs populaires russes, etc.
Ses œuvres sont riches d'harmonie, habilement orchestrées pour l'époque, et l'emploi fréquent et systématique des motifs populaires accentue heureusement la couleur locale et le caractère essentiellement national.
En dehors de la musique, il cultivait avec grand intérêt l'histoire naturelle et la géographie.
Dargomijsky (1813 -|- 1867), né dans un village du gouvernement de Toula.
Œuvres principales : la Roussalka, Esmeralâuj le Triomphe de Bacchus (opéra-ballet), morceaux de piano, danses, mélodies, etc. ; le Convive de pierre, opéra posthume, dont l'orchestration fut achevée par Rimsky-Korsakoff.
Il est considéré, en Russie, comme un chef d'école.
En France, il est quasiment inconnu, et j'ai le regret de n'en pouvoir parler que par ouï-dire. Sa famille était riche, et il avait reçu une instruction générale dtune éducation des plus soignées.
Rubinstein (Antoine) (1829 f 1894), né à Wechwotynez (Moldavie). Parmi ses œuvres théâtrales, je puis citer : Dimitri-Donskoi
(1852): Tom le Fou; la Vengeance; les Sept Chasseurs sibériens; les Enfants des Landes ; Feramors ; le Démon; les Macchabées ^ Néron; le Marchand Kalachnihoff; la Vigne, ballet en 3 actes; te Perroquet ; Entre voleurs; la SulamitCf opéra biblique; Moïse, opéra religieux (1894).
Deux oratorios, la Tour de Babel elle Paradis perdu; la grande symphonie l'Océan et six autres Symphonies, qui le placent au premier rang des symphonistes.
De grandes et belles œuvres de musique de chambre, des mélodies vocales, des concertos.
Ses professeurs furent Yilloing, à Moscou, pour le piano, et Dehn, à Berlin, pour la composition. Les conseils de Liszt ne furent pas étrangers à son développement.
Le plus inspiré, comme le plus merveilleux et le plus profond des pianistes modernes, Rubinstein, se rattache, au moins par la nature de sa virtuosité, à la grande école allemande, et évoque le souvenir de Beethoven, avec lequel il n'était pas sans une certaine ressemblance physique. C'est un artiste colossal, un génie de la plus haute envergure, mais peut-être plus Russe de naissance que par ses tendances artistiques.
Depuis 1862. il dirigeait le Conservatoire de Saint-Pétersbourg, qu'il avait fondé.
Il a eu un jeune frère :
Rubinstein (Nicolas) (1835 f 1881), né à Moscou.
Reçut à peu de chose près la même éducation musicale que son aine, avec les mêmes maîtres, et paraissait dans sa jeunesse avoir plus de facilité que lui (selon Antoine lui-même) ; toutefois sa trop courte carrière brilla d'un moins vif éclat.
Tout en pratiquant honorablement la composition, il se livra fort jeune à l'enseignement, qui finit par l'absorber entièrement, malgré ses grands succès de virtuose dans son pays ; ù. l'inverse de son frère, il voyageait peu en dehors de la Russie ; pourtant Paris l'a connu comme chef d'orchestre, comme pianiste et comme compositeur en 1878, où il vint diriger les concerts russes à l'Exposition.
En 1859, il a fondé les concerts symphoniques de Moscou, et en 1864 le Conservatoire.
BOTOdine (1834 f 1887), né à Saint-Pétersbourg.
A laissé deux ou trois symphonies pleines d'intérêt, d'ingéniosité et d'élégance, richement orchestrées, plus un opéra, le Prince J^:^or, oeuvre posthume, achevée par Rimsky-Korsakofif et Glazounoif.
Cui (César) (1835), né à Yîlna.
Plusieurs opéras : le Prisonnier du Caucase, William Ratcli/f, AngelOf le Flibustier ; beaucoup de musique de piano, des mélodies, le tout d'un style très original et bien personnel, énergique et fort distingué.
Avec Rubinstein et Tchaïkowsky, c'est l'un des trois musiciens russes les mieux connus en France.
Particularité à signaler : ses mélodies sont de véritables modèles de prosodie française.
Il a rang de général, et professe Tart de la fortification à l'Ecole militaire d'artillerie et de génie de Saint-Pétersbourg.
BalakirefF (Mily Alezélivitcb) (1836), né à Nidjni-NoYgorod.
Continuateur direct de Glinka, avec le même parti pris de l'emploi des cbants populaires nationaux.
Œuvres principales : Ouverture sur des thèmes russes; Mille ans, sorte de cantate ou ode-symphonie écrite et exécutée en 1862, à l'occasion du millième anniversaire de la fondation de l'empire russe; Ouverture et entr*actes pour le Aoi Lear; Islamey, fantaisie orientale pour piano, etc.
Plus encore peut-être que Glinka, il est l'apêtre de la musique patriotique russe, mais il est venu après lui, n'a été que son disciple, et Glinka reste le chef de file incontesté de l'école russe.
Il n'a pas écrit pour le théâtre.
Moussorgsky (1839 f 1881), né à Toropetz.
Un charmant et fécond mélodiste, chez lequel l'habileté d'harmonisation est remplacée par une hardiesse d'un goût parfois douteux, a produit des mélodies, de la musique de piano en petite quantité, et un opéra, Boris Godounoff.
Tchaïkowsky (Pierre) (1840f 1893), né à Voltkinsk, province
de Viatka.
Puissant producteur, puisque ses œuvres sont au moins au nombre de 280, dit-on, parmi lesquelles six opéras : Voyevode, Yakoula le Forgeron, Jeanne d'Arc, Mazeppa, Eugène Oneguine, le Caprice d'Oksâne. Beaucoup d'oeuvres symphoniques, des messes russes ; de la musique de chambre aussi, quatuors, trios, concertos, etc.
Avant d'entreprendre sérieusement l'étude de la musique, sous la direction de Rubinstein et Zaremba, il avait parachevé ses études de droit, et passé trois ans au ministère de la justice, en qualité d'attaché. Ce n'est donc que vers vingt et un ans qu'il embrassa la carrière de compositeur.
Kimsky-Korsakoff (1844), né à Tichwine.
La Pshouitaine^laNuitde maiy Snegourotchka, opéra fantastique, plusieurs remarquables symphonies, Sadko^ Antary etc.
Il a été officier de marine. Actuellement il est le chef de toutes les musiques de la marine russe.
GlazounofF (Alexandre) (1865), né à Saint-Pétersbourg.
Élèye de Rimsky-KorsakofiP. Tout jeune encore, a produit plusieurs remarquables symphonies, dont la première, écrite en 1885, a pour titre Stenha Razine, fort intéressante d'orchestration ,* puis la Mer, la Forêt, et beaucoup de musique de chambre.
Je ne crois pas que, jusqu'à présent, il se soit essayé au théâtre, mais il a terminé le Prince Igor de Borodine, en collaboration avec Rimsky-Korsakoff.
Beaucoup le considèrent comme le plus brillant champion de la jeune école russe, dans sa forme la plus nouyelle.
En finissant, signalons ce fait que l'auteur de Y Hymne russe est un officier supérieur, le général Lvoff, qui a aussi écrit un opéra : Ondine.
Les virtuoses russes connus et appréciés en France sont nombreux. Devons-nous rappeler les succès passés ou présents de Jean et Edouard de Reské à l'Opéra, de M^^ Essipoff, des ^idimsies Sape Inikoff, Ziloti, Paderewsky, des frères Wieniawsky, du jeune violoniste Petchnlkoff, de Davidoff el Brandoukojf, violoncellistes, comme aussi les auditions de la curieuse Chapelle de Wladiniir Sla^ viansky d'Agrenef, et du petit Orchestre de balalaïklstes^ de B. Andreef?
La musique religieuse russe mérite aussi l'attention, et diffère totalement de la nôtre ; elle se compose uniquement de chœurs sans accompagnement, rapidement prosodies, une sorte de chuchotement, de papotage mystérieux, d'un charme étrange.
Nous ne saurions trop recommander aux dilettantes
1. JjBl balalaïka, c'est la guitare populaire russe; son corps est triangrulaire, et ses trois cordes sont ainsi accordées n n —
dans di£férents tons, ce qui permet des effets particuliers, souvent très heureux. (Fig. 94, au verso.)
parisiens d'entrer quelquefois, aux heures d'ofBc
l'église de la rue Daru, et de se rendre compte de la curieuse disposition des voix: les hommes chantent à qua-
tre parties ; les enfants les doublent à l'octave supérieure, pendant que les voix de contrebasse, produits exclusifs des races slaves, renforcent la basse à l'octave grave. Il en résulte une sonorité diffuse, parfaitement égale, qui imite celle de l'orgue avec des jeux de huit et quatre pieds au clavier et pédale de seize pieds ; si bien que beaucoup de personnes croient qu'il y a un orgue caché. Un détail à noter : les voix de contrebasses, qui descendent jusqu'au la bémol sous-grave, réservent ces notes solennelles pour les grandes cérémonies ! ! !
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Sopr.
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Ténor.
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L'officiant. *>' ■
Basses.
Contre-basses. 3
(vocales)