SCÈNE V ARMIDE, RENAUD endormi
ARMIDE, tenant un dard à la main.
Enfin il est en ma puissance, Ce fatal ennemi, ce superbe vainqueur.
Le charme du sommeil le livre à ma vengeance.
Je vais percer son invincible cœur.
Par lui tous mes captifs sont sortis d'esclavage. Qu'il éprouve toute ma rage...
{Armide va frapper Renaud, et ne peut exécuter le dessein qu'elle a de lui ôter la vie.) Quel trouble me saisit ! qui me fait hésiter ! Qu'est-ce qu'en sa faveur la pitié me veut dire? Frappons... Ciel! qui peut m' arrêter!
Achevons... je frémis! Vengeons-nous... je soupire! Est-ce ainsi que je dois me venger aujourd'hui? Ma colère s'éteint quand j'approche de lui. Plus je le vois, plus ma fureur est vaine, Mon bras tremblant se refuse à ma haine, Ah ! quelle cruauté de lui ravir le jom' ! A ce jeune héros tout cède sur la terre. Qui croirait qu'il fût né seulement pour la guerre?
n semble être fait pour l'Amour.
Ne puis-je me. venger à moins qu'il ne périsse? Hé, ne sufïit-il pas que l'aniom* le punisse? Puisqu'il n'a pu trouver mes yeux assez charmants ; Qu'il m'aime au moins par mes enchantements. Que s'il se peut, je le haïsse. Venez, secondez mes désirs.
Démons, transformez-vous en d'aimables zéplrirs. Je cède à ce vainqueur, la pitié me surmonte ; Cachez ma faiblesse et ma honte
= QUINAI'LT. — ARMIDE = 31
Dans les plus reculés déserts ; Volez, conduisez-nous au bout de l'univers. {Les démons transformés en zéphirs, enlèvent Renaud, et Armide.)