‹ La musiqueChapitre 18 sur 181 · SCÈNE II ARMIDE, PHÉNICE, SIDONIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II ARMIDE, PHÉNICE, SIDONIE

PHÉ\ICE

Que ne peut point votre art? La force en est extrême. Quel prodige ! Quel changement !

Renaud qui fut si fier, vous aimo.

On n'a iamais aimé si tendrement.

32 == LA MISIQI E. — I .\ Tli (H) I CT 1 0 N

SIDONIE

Montrez-vous à ses yeux, soj^ez témoin vous-mêm ■ Du merveilleux effet de votre enchantement.

ARMIDE

L'Enfer n'a pas encor rempli mon espérance ;

Il faut qu'un nouveau charme assure ma vengeance.

SIDONIE

Sur des bords séparés du séjour des humains, Qui ])eut arracher de vos mains Un ennemi qui vous adore?

Vous enchantez Renaud, que craignez- vous encore?

ARMIDK

Hélas ! C'est mon cœur que je crains.

Votre amitié dans mon sort s'intéresse : Je vous ai fait conduire avec moi dans ces lieux. Au reste des mortels je cache ma faiblesse,

Je n'en veux rougir qu'à vos yeux.

De mes plus doux regards Renaud sut se défendre. Je ne pus engager ce cœur fier à se rendre,

Il m'échappa malgré mes soins.

Sous le nom de dépit l'Amour vint me surprendre

Lorsque je m'en gardais, le moins.

Plus Renaud m'aimera, moins je serai tranquille ;

J'ai résolu de le haïr, Je n'ai tenté jamais rien de si difficile : Je crains que, pour forcer mon cœur à m'obéir.

Tout mon art ne soit inutile.

PHÉNICE

Que votre art serait beau ! Qu'il serait admiré ! S'il savait garantir des troubles de la vie !

Heureux qui peut être assuré De disposer de son cœur à son gré !

C'est un secret digne d'envie, Mais de tous les secrets c'est le plus ignoré.'

SIDONIE

La haine est affreuse et barbare ; L'Amour contraint les cœurs dont il s'empare

A souffrir des maux rigoureux.

Si votre sort est en voLre puissanc?,

-^ OLINAULT. — AUMIDE - 33

Faites choix de l'indifférence, Elle assure un repos heureux.

' ARMIDE

Non, non, il ne m'est plus possible De passer de mon trouble en un état paisible,

Mon cœur ne se peut plus calmer.

Kenaud m'offense trop, il n'est que trop aimable, C'est pour moi désormais un choix indispensable

De le haïr ou de l'aimer.

PHÉNICE

Vous n'avez pu haïr ce héros invincible, Lorsqu'il était le plus terrible

De tous vos ennemis :

Il vous aime, l'Amour l'enchaîne.

Garderiez-vous mieux votre haine Contre un amant si tendre et si soumis?

ARMIDE

H m'aime? Quel amour ! ma honte s'en augmente. Dois-je être aimée ainsi? Puis-je en être contente? C'est un vain triomphe, un faux bien.

Hélas ! que son amour est différent du mien ! J'ai recours aux enfers pour allumer sa flamme. C'est l'effort de mon art qui peut tout sur son âme,

Ma faible beauté n'y peut rien.

Par son propre mérite il suspend ma vengeance ; Sans secours, sans effort, même sans qu'il y pense, n enchaîne mon cœur d'un trop charmant lien. Hélas ! que mon amour est différent du sien !

Quelle vengeance ai-je à prétendre Si je le veux aimer toujours?

Quoi, céder sans rien entreprendre?

Non, il faut appeler la Haine à mon secours.

L'horreur de ces lieux solitaires

Par mon art va se redoubler.

Détournez vos regards de ces affreux mystères ; Et surtout, empêchez Renaud de me troubler.

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