SCÈNE II HIDRAOT, suîTE d'Hidraot, ARMIDE, PHÉNICE, SIDONIE
HIDRAOT
Armide, que le sang qui m" unit avec vous,
Me rend sensible aux soins que Ton prend pour vous plaire !
Que votre triomphe m'est doux !
Que j"aime à voir briller le beau jorn* qui réclaire !
Je n'aurais plus de vœux à faire
Si vous choisissiez un époux.
Je vois de près la mort qui me menace,
Et bientôt l'âge qui me glace Va m'accabler sous son pesant fardeau :
C'est le dernier bien où j'aspire, Que de voir votre hymen promettre à cet empire
Des rois, formés d'un sang si beau ; Sans me plaindre du sort je cesserai de viviT,
Si ce doux espoir peut me suivre
Dans l'affreuse nuit du tombeau.
ARJUDE
La chaîne de l'hymen m'étonne. Je crains les plus aimables nœuds.
Ah ! qu'un cœnr devient malheureux Quand la liberté l'abandonne !
HIDRAOT
Pour vous, quand il vous plaît, tout l'enfer est armé ; Vous êtes plus savante en mon art que moi-même :
= gUlNAULT. — AIUIIDE == 23
De grands rois à vos pieds mettent leur diadème, Qui vous voit un moment, est pour jamais charmé. Pouvez-vous mieux goûter votre bonheur extrême
Qu'avec un époux qui vous aime,
Et qui soit digne d'être aimé?
ARMIDE
Contre mes ennemis à mon gré je déchaîne
Le noir Empire des enfers,
L'Amour met des rois dans mes fers, Je suis, de mille amants, maîtresse souveraine ;
Mais je fais mon plus grand bonheur
D'être maîtresse de mon cœur.
HIDRAOT
Bornez-vous vos désirs à la gloire cruelle
Des maux que fait votre beauté?
Ne ferez-vous jamais votre féhcité
Du bonheur d'un amant fidèle?
ARMIDE
Si je dois m' engager un jour.
Au moins vous devez croire Qu'il faudra que ce soit la gloire Qui livi'e mon cœur à l'Amour.
Pour devenir mon maître,
Ce n'est point assez d'être roi.
Ce sera la valeur qui me fera connaître
Celui qui mérite ma foi.
Le vainqueur de Renaud, si quelqu'un le peut être.
Sera dig-ne de moi.