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SONS DES CORDES

impairs sont renforcés. L’absence des sons pairs donne à une corde, frappée ainsi par le milieu, un timbre particulier qui diffère essentiellement du timbre habituel des cordes : le son est en quelque sorte creux et nasillard. L’expérience est facile à faire sur un piano ouvert dont on a soulevé les étouffoirs. On trouve assez vite le milieu exact de la corde en cherchant avec le doigt le point à partir duquel le deuxième harmonique est obtenu pur et sonore.

Si l’on frappe une corde au tiers de sa longueur, on élimine les sons 3, 6, 9, etc. Le son de la corde a quelque chose de creux, quoique à un degré moins prononcé que dans le cas précédent. Si l’on éloigne le point d’attaque de la corde jusque dans le voisinage d’une de ses extrémités, on favorise des harmoniques très-élevés aux dépens d 'harmoniques plus graves et du son fondamental : le son de la corde est vide et tintant.

Dans le piano, le marteau frappe les cordes du médium en des points situés à 1/7 et jusqu’à 1/9 de leur longueur ; nous devons supposer que ces points ont été choisis principalement parce que, d’après l’expérience, ils correspondent aux sons musicaux les plus agréables et les plus appropriés aux combinaisons harmoniques. Ce résultat n’a été fondé sur aucune théorie, mais il a été amené par suite d’une éducation plus perfectionnée de l’oreille et d’une expérience pratique de deux siècles. Aussi la recherche de la composition du son, suivant la position du point frappé, présente-t-elle ici un intérêt particulier. L’avantage essentiel qui paraît avoir déterminé le choix de ce point dans le piano, consiste dans l’élimination, ou du moins, dans l’affaiblissement considérable du septième et du neuv ième son partiel. Ces notes sont, dans le cortège harmonique, les premières qui n’appartiennent pas à l’accord parfait majeur du son principal. Les premiers intervalles sont l’octave, la quinte et la tierce majeure ; le septième son donne» très peu près une septième mineure, le neuvième une seconde majeure. Ces deux derniers intervalles ne se trouvent donc pas compris dans l’accord parfait majeur. On peut aisément se convaincre, en effet, à l’aide d’un piano, que s’il est facile de bien percevoir les six premiers sons partiels, au moins dans les cordes graves et moyennes que l’on touche aux points nodaux convenables, on ne parvient pas à obtenir les sons 7, 8 et 9 ; tout au plus les entend-on faiblement et d’une manière imparfaite. La difficulté ne provient pas ici de l’inaptitude de la corde à se subdiviser en parties v ibrantes aussi petites, car si, au lieu de la frapper en abaissant la touche, on la pince avec le doigt plus près de son extrémité qu’on ne l’a indiqué plus haut, on entend très-distinctement les sons partiels 7, 8, 9, et même 10 et 1 1 , en rendant immobiles les nœuds qui leur correspondent. Ce n’est que

dans les octaves plus élevées, que les cordes deviennent trop courtes et trop rigides, pour pouvoir donner des harmoniques d’une certaine hauteur. Quelques facteurs font frapper les cordes de cette région dans le voisinage de leur extrémité, afin d’obtenir un son plus clair et plus pénétrant. Les notes supérieures qui, dans ce cas, sont déjà difficiles à produire, par suite de la rigidité de la corde, se trouvent ici favorisées aux dépens du son fondamental. On obtient pareillement un son plus clair, mais aussi plus grêle et plus vide, en installant un petit chevalet tout près et en arrière du point d’attaque d'une corde grave, de telle sorte que le marteau frappe en un point qui soit à une distance de l’extrémité de la corde un peu moindre que l/l de sa longueur.

Si l'on peut rendre le son plus tintant et plus perçant, en frappant la corde avec un corps dur, on peut aussi le rendre plus sourd, c'està-dire donner au son principal la prédominance sur ses harmoniques, en employant un marteau plus mou et d’un plus grand poids, par exemple un petit marteau en bois recouvert de caoutchouc. Ce sont principalement les cordes graves qui rendent un son plein, mais sourd. Afin de pouvoir comparer ici les différents sons que rendent les cordes, suivant les marteaux mis en usage, on doit toujours s’attacher à frapper la corde à la même distance de l’une de ses extrémités, comme dans le piano, sans quoi les variations de sonorité, qui dépendent de la position du point d’attaque, interviendraient pour troubler la sensation. Toutes ces circonstances sont naturellement connues des facteurs d’instruments, qui ont adopté, dans une, certaine mesure, des marteaux plus pesants et plus mous pour les octaves graves que pour les octaves élevées. S’ils n’ont pas dépassé une certaine masse pour leurs marteaux, et, si ces derniers n’ont pas été modifiés davantage en vue de limiter l’intensité des harmoniques, c’est qu’une oreille musicale éprouve de la préférence pour les harmoniques élevés d’une certaine intensité, lorsqu’il s’agit d’un instrument qui est destiné à faire entendre de riches combinaisons d’harmonie. Sous ce rapport, la composition du son dans les cordes de piano présente un grand intérêt pour la théorie de la musique. Aucun autre instrument n’offre à un tel degré une pareille variabilité du timbre; dans aucun autre, par conséquent, une oreille musicale n’est aussi libre de choisir les timbres qui lui conviennent.

J’ai déjà fait remarquer précédemmentque,parl’actiondes touches, on peut, en général, très-bien discerner, dans les cordes graves et moyennes du piano, les six premiers sons partiels ; que les trois premiers se manifestent avec une certaine intensité, et que le cinquième et le sixième, quoique très-distincts, sont beaucoup plus faibles. Les

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