VOYELLES
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Par ce moyen on trouve que la résonnance de la bouche, pour l’OU, est un fat, encore plus facilement et plus sûrement qu’avec le secours des diapasons. Par conséquent, nous pouvons représenter par les notes suivantes les résonnances de la bouche correspondant aux diverses voyelles :
OU O A AI É I EU r
L’influence que ces résonnances exercent sur le timbre de la voix, est exactement la même que celle que nous avons déjà appris à reconnaître dans les instruments à anche artificielle. Elles renforcent tous ceux des harmoniques qui coïncident avec l’un des sons propres de la cavité buccale, ou qui en sont tout au moins assez voisins, tandis qu’elles étouffent plus ou moins les autres. L’extinction des sons non renforcés est d’autant plus frappante que la cavité de la bouche est plus resserrée, soit entre les lèvres comme dans l'OU, soit entre la langue et le palais comme dans l’I et l’U.
Ces différences entre les harmoniques des différentes voyelles peuvent être très-facilement et très-nettement appréciées au moyen des résonnateurs, au moins toutes les fois qu’il s’agit des sons de l’octave d’indice 2 ou 3. Prenons, par exemple, un résonnatcur accordé en s/hj, et faisons chanter les voyelles, avec la même force, sur l’un des sous-harmoniques du si]?,, sur lesj]?,, le mij?,, le sij?0, le sol !?0, le w?ij?0, selon la série, par une voix de basse exercée à bien tenir le son à sa hauteur, et à bien prononcer les voyelles. Nous trouverons que, pour un O bien pur et bien plein, le si[?2 du résonnatcur éclatera énergiquement dans l’oreille. Le même harmonique se produira encore avec beaucoup de force pour un AT mordant, et pour une voyelle intermédiaire entre PA et PEU, plus faiblement pour l’A, l’É, PEU, et, aussi faiblement que possible, dans POU et PI. On trouve aussi facilement, que la résonnance de PO s’affaiblit sensiblement, soit qu’on l’émette plus sourd, se rapprochant de POU, soit qu’on l’ouvre davantage, le rapprochant de PEU. Si on prend au contraire le résonnateur accordé une octave plus haut en si'[?3, c’est la voyelle A qui fait maintenant vibrer le résonnateur avec le plus de force, tandis que PO n'exerce plus ici qu’une faible action.
Pour les harmoniques aigus de l’AI, l’É, PI, on ne peut plus faire de résonnateurs capables de les renforcer d’une manière notable. Ici il
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a fallu généralement avoir recours à l’observation au moyen de l’oreille seule. Aussi ai-je eu beaucoup de peine h découvrir ces sons prépondérants dans la voix, et, ail moment de mes dernières publications, je ne connaissais pas encore ces harmoniques aigus (i).
Pour cette observation il vaut mieux faire chanter dans le haut des voix de femme, ou des voix d’homme en fausset. Les harmoniques des notes aiguës ne sont pas aussi voisins les uns des autres, dans la région considérée de la gamme, que ceux des notes graves; aussi estil plus facile de les distinguer. Sur le par exemple, les femmes peuvent donner encore facilement toutes les voyelles à pleine voix; plus haut, le choix est plus restreint. On entend alors nettement la douzième fnx pour un A ouvert, la double octave si\?x pour PÉ, et la tierce aigue rés pour 1*1; cette dernière note est même souvent trèsperçante.
En faisant ces expériences il faut avoir égard à ce fait que certaines \oyelles se prononcent beaucoup mieux que d’autres dans certaines régions de la gamme (2). D’après mes propres observations, d’ailleurs peu étendues sous ce rapport, les voyelles qui conviennent le mieux, sont d’abord celles dont le son caractéristique est un peu plus haut que la note chantée, puis celles dont le son caractéristique est le deuxième ou le troisième son partiel de la note chantée. Je trouve que, chez les hommes, l’OU dont le son caractéristique est /a,, convient le mieux pour le ré,, le mi{, 1 e/a,, puis pour le/a0, d’une octave au-dessous. L’É, dont la note caractéristique est /«,, convient d’abord aux sons aigus de la basse rés, mi2 et fa.2, puis aux sous-harmoniques du fa2, surtout au /«, et au si^. Aux limites de ma voix de tôte, je ne peux chanter sur le «},, que l’O, l’Al ou l’A”, dont le sil,, est le son caractéristique. C'est précisément pour les notes qu’il est difficile d’atteindre, placées aux limites de la voix, que l'influence des voyelles est le plus frappante. Audessous delVa, les voix de femme ont toutes une tendance à chanter sur un 0 sourd ou un 00U, dont les sons propres sont à cette hauteur. Dans leurs notes aiguës, au-dessus du mi3 ou du fa3, c’est l’A dont le son caractéristique est sij,3 qui est lè meilleur ; au-dessus du si3, c’est l’I dont le son propre est d’une octave plus haut, et qui est plus éclatant que l’AI placé à la môme hauteur.
Si, dans l’observation des harmoniques, on choisit pour chanter une note, sur laquelle certaines voyelles sortent particulièrement fort, on entend aussi les harmoniques de cette note avec une intensité re-
(1) Gtlchrte Anzeigen der Bayerischen Akademie der Wistenschnflrn, 18 juin 1819.
(2) Ces différences évidemment si importantes pour te chant ont été étudiées è fond par E. Seiler, Allez und Se uct ttlter die Aushildvng des Gesangorgans, Leipzig, 1861, p. 52.
lativement trop forte. Dans les \oix d’homme graves, cela a peu d'influence, parce que, dans le grave, l'OU et l’I seuls ont leurs résonnances, et que ces voix occupent la région moyenne de la gamme, la plus commode, celle où on peut émettre facilement les différentes voyelles avec la même force. En revanche, cette influence est beaucoup plus grande dans les voix de femme. En particulier, les notes aiguës qui tombent dans la région de résonnance de la voyelle A, sortent tellement mieux sur l’A que sur toute autre voyelle, que les harmoniques de cet A, dans la moitié supérieure de l’octave d’indice 4, présentent une énergie très-supérieure à celle des sons caractéristiques de l'É et de l’I, situés dans le voisinage de ces notes. On doit donc toujours choisir, parmi les sous-harmoniques du résonnateur, la note sur laquelle le chanteur peut donner facilement, avec la môme force, les voyelles qu’il s’agit de comparer, ou l’inviter à modérer le son le plus facile de manière à le rendre égal aux autres. Au reste, par les observations au'moyen des résonnateurs, comme par celles au moyen des diapasons, j’ai trouvé chez plusieurs voix de femmes, la môme hauteur de résonnance que pour les voix d’hommes; seulement les résonnances trop graves de l’OU et de I I ne peuvent y apparaître.
Je dois encore mentionner ici une circonstance particulière, qui distingue la voix humaine des autres instruments de musique, et révèle un rapport particulier avec l’oreille humaine. Au-dessus des résonnances aiguës de l’I, dans la région qui va du mii au so/,, les sons du piano ont un timbre particulièrement mordant, et on serait facilement porté à croire que les marteaux sont trop durs, ou que le mécanisme n’est pas le même que pour les sons voisins. Cependant les choses sont les mêmes pour toute l’étendue du piano, et si on met à l’oreille un tout petit tube, ou une toute petite sphère en verre, les sons mordants de tout à l’heure deviennent doux et faibles comme les autres, tandis qu’une autre série de sons plus graves sortent maintenant plus forts et plus mordants. Il suit de là, que l’oreille humaine ellemême favorise, par sa résonnance, les sons placés entre le mis et le so/5, et est elle-même accordée pour l’un d’eux. Ces sons affectent douloureusement une oreille sensible. Par conséquent, les harmoniques, dans cette région, sortiront aîec une intensité particulière, et produiront sur l’oreille une impression très-forte. C’est ce qui arrive en général dans la voix humaine, quand elle est émise avec effort, de manière à prendre un caractère éclatant. Dans les puissantes voix d’hommes chantant fort , on entend ces harmoniques résonner en même temps comme une sorte de bruissement; mais c’est surtout frappant dans les chœurs, quand les voix crient un peu. Chaque voix
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d’homme, à cette hauteur, présente déjà des harmoniques dissonnants. Quand les basses dpnnent leur mii aigu, le septième son partiel est le ré5, le huitième est le miit le neuvième le /«&,, le dixième le so/#s. Si on entend simultanément le mis et le fa sfs résonner avec force, le re5 et le solfia étant plus faibles, il y a naturellement une aigre dissonnance. Quand beaucoup de voix chantent ensemble, donnant les sons dont il s’agit avec de petites différences de hauteurs, il se produit un bruissement d’une nature particulière, qu’on distingue très-facilement lorsque l’attention a été une fois appelée là-dessus.
Je n’ai pu apprécier de différence dans les voyelles, mais le bruissement cesse quand les voix chantent piano , quoique, même dans ce cas, l’intensité totale du son pour un chœur soit encore assez notable. Cette •nature de bruissement est une particularité de la voix humaine, que les instruments d’orchestre ne présentent pas de la même manière, avec le même degré de netteté et d’intensité. Sur aucun instrument, je n'ai entendu cet effet aussi nettement que dans la voix humaine.
On entend aussi les mêmes harmoniques dans les voix de soprano chantant fort ; dans les voix aigres et peu sûres, ils produisent un tremblement, ce qui donne quelque analogie avec le bruissement formé dans les voix d’homme. Mais, dans des voix de femme bien sûres et harmonieuses, ainsi que dans de bonnes voix de ténor, j’ai pu entendre ces harmoniques très-purs et résonnant avec calme. Dans la marche mélodique de la partie chantante, j’entends ces sons aigus de l’octave d’indice S, tantôt plus bas, tantôt plus haut, dans l’étendue d’une tierce mineure, à mesure que les divers harmoniques de la note chantée arrivent dans la région pour laquelle notre oreille est si sensible. Mais il est surprenant que la voix humaine soit si abondamment pourvue des harmoniques pour lesquels l’oreille humaine est si sensible. Au reste, M"* E. Seiler a remarqué aussi que les chiens sont très-sensibles au mi aigu du violon.
Ce renforcement des sons situés au milieu de l’octave d’indice S n’a d’ailleurs rien à voir avec la caractéristique des voyelles. Si j’en ai parlé ici, c’était seulement parce qu’il est facile de distinguer les sons dont il s’agit dans les recherches sur le timbre des voyelles, et on ne doit pas se laisser aller à croire qu’il faut y chercher un caractère particulier à certaines voyelles. Ils caractérisent seulement la voix émise avec force. .
A l’OU, il faut joindre encore le grognement qui prend naissance lorsqu’on chante la bouche fermée. Ce son de grognement se donne sur les consonnes M, N et GN. Les fosses nasales, qui servent ici à laisser passer le courant d’air, présentent, sous le rapport des dimen- » sions, un orifice encore plus étroit que la cavité de la bouche dans
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l'OU. Un son grogné présente par conséquent, à un degré encore plus élevé, les propriétés de l’GU. Mais, quoiqu’il y ait ici des harmoniques, se prolongeant même assez haut, leur intensité diminue avec leur hauteur, encore beaucoup plus rapidement que dans l’OU. L’octave du son fondamental a encore une certaine intensité ; tous les autre harmoniques sont faibles. Dans le grognement sur l’M et sur l’N, le timbre varie encore un peu, parce que sur l’N, les harmoniques sont un peu moins étouffés que sur l'M. Mais ces consonnes ne se distinguent neitement qu’au moment où l’on ouvre ou qu’qn ferme la bouche. Quant à la composition du son dans les autres consonnes, nous ne pouvons pas l’étudier plus à fond, parce que ce sont des bruits d’une hauteur variable, n’ayant aucun rapport avec les sons musicaux ; et c’est à l’étude de ces derniers que nous devons nous borner ici.
La théorie des voyelles que je viens d’exposer ici, est confirmée par des expériences faites au moyen d’instruments à anche artificiels, munis de caisses résonnantes appropriées. C’est ce que fit en premier lieu Willis, qui associait des tuyaux à anche à des tubes résonnants de longueur variable, et produisait différents sons par l’allongement du tube résonnant. Les tubes les plus courts lui donnaient l’I, puis l’É, l’A, l’O, et enfin l’OU, correspondant au tube d’un quart de longueur d’onde. Pour une plus grande longueur, les voyelles se représentaient dans l’ordre inverse.
Les déterminations ainsi opérées de la hauteur des tuyaux résonnants concordent bien avec les miennes pour les voyelles graves. Pour les voyelles aiguës, Willis a trouvé des sons relativement trop élevés, parce que les longueurs d’onde deviennent plus petites que le diamètre des tubes, et que, par conséquent, le calcul ordinaire de la hauteur, d’après la longueur du tuyau, n’est plus applicable. De plus, les voyelles É et I, artificiellement produites, différaient assez des voyelles naturelles, à cause de l’absence de la seconde résonnance, et par conséquent, comme le reconnaît Willis lui-même, ne se distinguaient pas bien l’une de l’autre.
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