RÉGLÉE
Muzb qui gouvernes ma lire > Aproche-toy, vien , et m'inspire T Mais sans aucun retardement; Dépêche-toy donc vltement ,
s Le temps extrêmement me presse De travailler pour ma Princesse.
O Dieux! que j'en ay mal-uzél Où diable me suis-je arauzé?
J'ay joué, durant deux nuitées ,
10 Jusques à quatre heures comptées.
Hâ! j'avoue icy aue j'ay tort; Et, certes, j'apréhende fort (Non sans faire laide grimasse) Que les vers qu'il faut que je fasse
15 Dans deux ou trois heures au plus Ne vallent pas un karolus.
Dimanche, j'oubliay d'écrire Une histoire qu'on me vint dire, Scavoir, que neuf ou dix pendards ,
20 C'est-à-dire de ces gaillards Qui voilent de nuit par la ville, Rencontrans monsieur de Rouville, Il faillit d'en être tué Prés la Fontaine-Maubûé,
25 Et la cauze et raizon fut pour ce Qu'il n'avoitmontre, anneau, ni bource, Pistole, écu ny ducaton, Pas seulement demy-teston.
Ce n'est pas qu'il ne soit très-riche,
io Ny que ses terres soient en friche ; Ce n'est pas qu'il n'ait des moulins, Des bois, des près, des blés, des vins, Des maizons et de bonnes fermes,
Dont il est payé tous les tenues ;
$$ Mais c'est qu'il est très-diligent De disperser son bel argent; Ce bon seigneur ne coimolt mie Mademoizeue Economie, Oûy bien dame Profusion,
40 Aimant mieux, par complexion (Vertu, ce me semble, assez rare), Etre incommodé qu'être avare.
Certes, les êcus sont bons, mais Les généreux n'en ont jamais;
45 Or est-il qu'il est de ce nombre, Et cju'il met peu d'argent à l'ombre.
Mais revenons à nos filoux :
Ces gens , afamez comme loups, Ne trouvans rien dans ses pochettes,
50 Luy prirent ses belles manchettes, Ses gans , son rabat , son chapeau; Mais ils respectèrent sa peau, Croyans qu'en quelqu'autre rencontre Il auroit or, argent ou montre.
55 Mardy dernier, deux ou trois cens Hommes, dit-on, d'assez bon sens, Que, pourtant, ailleurs on apelle Gens sans esprit et sans cervelle; Mais quoy qu'ils en eussent, ou non,
60 Ces deux ou trois cens, tout-de-bon, Au Palais-Royal s'assemblèrent, Où quelques-uns d'entr'eux parlèrent, A ce qu'on dit , en gens-de-bien, Et raizonnérent assez bien
6j Touchant les dézordres de France Et la fidelle obéissance
Septembre 1652. —Livre III, Lettre XXXVIII.
(Quand on auroit le cœur d'airain) Que Ton dpit à son souverain.
Ensuite, toute cette bande,
70 Témoignant une ferveur grande , Et portant des brins de papiers, Allèrent en pluzieurs quartiers Convier veuves, femmes, filles, Bourgeois , cavaliers et soudrilles,
7f D'imiter leur zélé et leur foy, Et de crier : « Vive le Roy !»
Ce que fit lors mainte personne; Mais quand il fut l'heure de Nonne, Cette troupe se sépara ,
Bo Chacun chez soy se retira Pour aller manger du potage, Et je n'en sçay pas davantage.
Dans Paris , grand et vaste corps > Si remply d'infâmes discords,
85 La fièvre ardante et continue Aucunement ne diminue ; Elle régne quazi par tout, Et pousse pluzieurs gens à bout.
Les médecins font bien leurs orges , >
90 Car les maux de teste et de gorges Sont en nombre presque infiny.
Madame (mesmes) de Rony, Au grand regret de sa famille , Et sur tout Je sa chère fille,
95 Qu'on ne sçauroit aimer assés, Pensa mourir ces jours passés.
Monsieur le marquis de Fosseuze, Qu'une infirmité périlleuze A cruellement rudoyé ,
100 Faillit d'être aussy fossoyé , C'est-à-dire mis dans la fosse, Tant sa fièvre ètoit grande et grosse; Mais à prézent, grâces aux dieux, L'un et l'autre se porte mieux.
105 Jeudy dernier, d'icy sortirent (Dont pluzieurs gens se réjouirent) Deux eschevins, mais deux des vieux, Dont l'un étoit monsieur le Vieux , Pour aller au Roy se soumettre ,
no Et (dit-on aussi) luy remettre De la part du duc de Beaufort (A qui Paris est un beau fort) Le gouvernement de la ville, Dont , grâce à la guerre civile,
f t f II étoit pourvu, bien ou mal, A la place de l'Hôpital; Ce sénateur à barbe claire, Broussel le septuagénaire,
Remétant à Sa Majesté
120 Pareillement sa prevosté.
Quantité d'autres personnages Bien intentionnez et sages, Députez des corps des marchands, Avec eux se mirent aux champs,
iaj Pour, après maintes révérences, Manifester leurs déférences, Comme bons et loyaux sujets , Aux deux plus augustes objets Qui soient dans tout ce grand empire ,
130 Assavoir le Roy nôtre sire
(Des bons François le cher soucy) Et la Reine sa mère aussy, Dont, certes, Paris recommence De souhaiter fort la prézence.
in Le mesme jour, aux Jacobins, Des chantres, prés de quatre-vinjgts, Compozans trois chœurs de muzique, Firent un concert angelique, Qui fit de tous ses auditeurs
140 De très-profonds admirateurs.
Violons, violes, vielles, Basse-contres et chanterelles, Flûteurs, harpeurs, guitériens, Téorbiens, lutériens,
145 Des lutériens, c'est-à-dire Joueurs de luts, et non de lire, Clavessins, trompettes, haut-bois, Et, bref, tant instrumens que voix, Ayans en ce lieu réunies
150 Mille charmantes harmonies, Mille et mille accens délicats, Dont mesme Orphée eût fait grand cas, Enchantèrent de leurs merveilles Plus de douze cens trente oreilles.
1 5 5 Enfin, cet amas d'Arions, D'Amrfrions, de Psaltérions, Ravit Hautement et d'emblée Tous le» esprits de l'assemblée.
Chacun dizoit : « Voilà qu'est beau ! »
160 Mais, comme souvent mon cerveau Est fantasque comme une mule, Je trouvois un peu ridicule Que ces acords mélodieux Ne se fissent point pour les dieux,
16$ Pour des puissances souveraines, Ny pour des rois, ny pour des reines, Mais pour régaler seulement Un certain pifre d'Alemand, Très-médiocre personnage ,
170 Et lequel n'est, pour tout potage (Hâ 1 cela me met en fureur),
La Muzb historique. «—Septembre 1652.
Qu'organiste de l'Empereur, Et, pour le plus, homme de solde Du sieur arcni-duc Léopolde , 17s Que depuis quelque-temps il sert.
Mais, à propos de ce concert, Mademoizelle de la Barre, Dopt la voix si nette et si rare Passoit en douceur le gozier
180 D'un rossignol sur un rozier, S'en va porter dans la Suéde Ce beau talent qu'elle possède, Dont elle enchantoit tour-à-tour Tantôt Paris, tantôt la Cour.
185 O fille excélente et divine, Dont la voix et la grande mine Te feront aimer en tout lieu, Je te dis mille fois adieu !
Je croy qu'aux climats de Neptune
190 Tu ne courras nulle fortune, Car, si les vents ou flots mutins Voûtaient faire illec les badins, Tes chants, tes apas. ton vizage, Auraient bien-tôt calmé l'orage.
19 $ Condé , dont le nom jour et nuit , Malade ou sain , fait tant de bruit , N'est plus si vif, si dru , si mièvre : Car à prézent il a la fièvre , Et l'on a tiré quatre fois
aoo De son sang, qui vient de nos rois; Mais il faut pourtant que je die Que cette sienne maladie , Dont l'on s'entretient en tout lieu , Ne sera rien, s'il plaît à Dieu.
*>s La Cour, aucunement crotée , S'est à Pontoize enfin postée; Mais elle en part, dit-on, demain, Et vient camper à Saint-Germain.
Poster et camper, si je n'eire,
no C'est parler en termes de guerre, Métier que pas trdp je n'entens; Mais faut s'acommoder au temps.
Rare Princesse, à oui ftia rime Témoigne une éternelle estime,
11 j Et que jusqu'au point de ma mort J'honoreray toujours très-fort, Cette lettre , en hâte brochée , Et que je n'ay point retouchée, N'a sans doute rien de poly,
aao Ny mesmement rien de joly,
Son stile est sans fard et sans pompe; Mais pourtant, si je ne me trompe, Pluzieurs lecteurs seront témoins Que j'en ay fait qui valent moins.
aaj Fait avec promptitude étrange Le jour monsieur saint Michel l'ange.