V. Lettre XVIII. 49J
Montèrent sur de bons chevaux, 70 Et, piquans par monts et par vaux,
Ils poussèrent de telle sorte
Le ravisseur et son escorte
Jusqu'aux portes de Montdidier
Que maint bourgeois hallebardier, 75 Touché des cris de la pucelle,
Se mit en défense pour elle;
Ce qui fit que de prime-abord
Son party devint le plus fort ;
De sorte que d'un pas agile 80 Le ravisseur soudain fit gile,
Et sa troupe pareillement
Se sauva, je ne sçay comment,
De crainte des estafilades,
Horsmis trois de ses camarades , 8$ Lesquels, avec un pié de nez,
Furent illec emprizonnez,
Et ceux qui menoient le carosse,
Qui, bien loin de se voir de nopce,
Traversans un afreux guichet, 90 Se virent pris au trébuchet.
Romanet, homme trés-habille,
Majeur de la susdite ville,
Pour exciter le citoyen,
Agit admirablement bien; 9$ Et la jeune fille ravie
Dit qu'elle aura toute sa vie
Une extrême obligation
A sa généreuze action.
Dans Montdidier, chaque famille 100 Estime fort ladite fille
Et loue avantageuzement
Sa pudeur et son jugement,
Sa glorieuze rézistance,
Et sur-tout sa rare constance 105 Contre l'hipocrite douceur
De son mal-heureux ravisseur.
Enfin, Dieu luy fit cette grâce;
Que soumission ni menace
N'ébranlèrent sa fermeté; no Et c'est la pure vérité
Que cette aimable trionfante,
Avec chevaux plus de soixante,
Revint à Paris mercredy,
A six heures après midy.
115 La Reine, qui, trés-couroucée,
S'êtoit pour elle intéressée,
Ayant sceu qu'on avoit recous
De ces gens pires que des loups
Cette innocente et chère proye, iao En eut au cœur bien de la joye.
Un flamand , nommé maître Adam ,
La Muze historique. — May 1654.
A mandé que, dans Amsterdam ,
Quelques dames spirituelles ,
Tant veuves , femmes, que pucelles,
us Par une noble intention, Avoient pris rézolution Trés-solide et trés-afennie De créer une académie Pour instruire le genre humain
ijo (En public, et non pas sous main) A bien comprendre toutes chozes Sans lire les Métamorphozes , Sans étudier Cicéron , Plaute, Térence ny Varron,
■il Sans Platon et sans Aristote, Sans Béze, Marotny Marote, Sans Passerat, sans Turnébus, Sans courtizer monsieur Phébus, Bref, sans le secours de Sénéque
140 Ny d'aucune bibliotéque.
Biles prenoient donc le soucy D'établir leur école ainsy.
Mais les sieurs docteurs de Léide, Dizans qu'une femme pour guide
i4* N'est pas un phanal assuré Dont on soit trop bien éclairé, N'ont le dessein aprouvé mie De la susdite Académie ; Ains d'un commun consentement
iso S'y sont opozez vertement, Par raizons , discours et missives , Allégans leurs prérogatives , Leurs privilèges, leurs statuts, Et tout ce qu'ils ont d'instituts.
iss Ainsf, ces aimables pédantes, Ces belles dames, ces sçavantes , Ces demoizelles d'esprit fort, Ces nouvelles Muzes du nord , Bref, ces philozofes femelles,
160 Ne dogmatizeront qu'entr'elles.
Cette docte reine des Gots , Qui vaut d'or cent mille lingots, Et qui se dégage elle-mesrae Des embaras du diadesme,
u$ Avant son abdication (Pour ne pas dire cession), Fait danser un balet chez elle , D'invention toute nouvelle , Dans la grande sale d'Ypsal ,
170 Balet (quoy que de sens moral) Nommé le Balet des Fadaizes , Où , par des postures niaizes, Les brillantes mondanitez Passeront pour des vannez ,
17s Voulant montrer par cette dance Son esprit, conduite et prudance , Touchant son grand détachement, Dont on parie diversement.
Pluzieurs gens du haut et bas monde ,
180 Dont chacun en son sens abonde, N'ont pour cette démission Que murmure et qu'aversion ; Mais combien de grands philozofes Et d'esprits de toutes êtofes
i8f Ont-ils jadis y bien à propros , Quité l'éclat pour le repos ?
Repos , ennemy des alarmes, Le plus charmant de tous les charmes, Le remède de tous les maux
190 Et la fin de tous les travaux.
Pour moy, dont l'esprit doux et calme, N'afecte ny laurier ny palme, Je révère rang et grandeur, J'aime la pompe et la splendeur,
19s Rien de beau ne me peut déplaire ; Mais j'aime fort à ne rien fane.
Illustre sujet de mes soins, Dont tant de vers sont les témoins !
Princesse à qui je sacrifie ,
200 Ma burlesque philozofie!
Malgré les falcificateurs, Les imprimeurs et col-porteurs , Oui comblent mon cœur d'amertume, J i*iy si bien joué de la plume ,
20 j Métant tout chagrin en oubly, Que voilà mon œuvre acompty.
Le neuf du mois, pour vôtre Ahesse Ces vers furent mis sous la presse.