‹ La muze historique;Chapitre 33 sur 221 · PRÉCIPITÉE · texte numérisé non relu

PRÉCIPITÉE

Voicy ce qu'aujourd'huy ma plume , En suivant sa bonne coutume, Vous écrit de contes nouveaux , Soit au'ils soient vrais , ou qu'ils soient s Aux dehors de vôtre demeure [faux. J'arrive toujours à mesme heure; De vous voir, je ne vous voy point, Et ma volonté , sur ce point, Se voit rarement acomplie:

10 Vous êtes toujours à Compile.

En passant, on doit remarquer Que j'aysceu bien équivoquer, Et que cette rime ingénue Est en ce lieu très-bien venue.

ij Mais il faut changer de propos, Et de Paris dire deux mots.

Samedy, par grande disgrâce , Gens inconnus et pleins d'audace, Le soir, tout tard , mirent à mort

» Un suivant du duc de Beaufort, Comme il alloit quérir son maître , Qui , ce soir mesme , alla repaître cEez la duchesse de Nemours,' N'ayant pas trouvé ses amours.

i$ Cela fit bien crier du monde, Et surtout messieurs de la Fronde , Jusques-là que monsieur Coulon, Du parlement le plus félon , Fut dire à l'Altesse Royale

p Que cette action déloyale, Qui rendoit tout Paris chagrin, Ne venoit aue du Mazarin; Et, redoublant la hardiesse Dont il parloit à cette Altesse ,

is S'écria que sans doute, un jour, On luy leroit semblable tour.

Pluzieurs dizent que ce langage Est plein d'insolence et d'outrage ; Toutesfois, le Coulon susdit,

40 Ayant ainsi dit et prédit

Et fait une telle incartade, Ne receut point de bâtonnade.

Multitude de lanterniers, De vrais nigauts , de safraniers

4$ Et de crieurs d'huître à l'écaillé (0 la ridicule canaille!) Ont envoyé des députez (La peste soit des éfrontez!) Au duc de Beaufort , pour luy dire

$o (Sans mesme excepter nôtre Sire) Qu'ils le serviroient contre tous.

Mais ces gens-là sont-ils pas fous?

Conseil, Minorité, Régence, Que direz-vous de cette engeance?

n Sainte-majesté de nos rois, Justice, obéissance, lois, Aujourd'huv si peu maintenues, Hélasl qu'êtes-vous devenues?

Un peu d'indisposition , 60 De langueur et d'émotion

Ataquérent, l'autre semeine,

L'individu de nôtre Reine;

Son corps, pour être exempt de mal ,

N'est pas, aussi, fait de métal, 6$ Mais de chair délicate et belle ,

Qui pourtant n'est point immortelle.

Pouroh-elle se bien porter,

Après qu'on l'a tant fait troter?

Et comment n'être point malade 70 D'une si longue cavalcade,

Et de tant d'ennuis et de soins !

Certes, on l'est souvent à moins.

Dieu veuille garder sa personne,

Et, des conseils que Ton luy donne,

Ne luy faire uzer que des bons, 7f Pour le plus grand bien des Bourbons.

Madame la Princesse mère, Qui soufre une douleur amére De ce que messieurs ses enfans ,

La Muze historique. — Novembre i6$o.

So Loin d'être heureux et triomfans , Sont, comme dans une spélonque, Sans joye et liberté quelconque , Etoit malade à Châtiilon.

Par jour ne prenant qu'un bouillon;

8f Mais on m'a nouvelle aportée Que la fièvre l'avoit quitée , Dont je suis certain qu'en maint lieu On a Sien dit : « Loué soit. Dieu ! »

Monsieur le comte de Brienne, 90 Mary d'une grande chrestienne,

S'est vu méprizer comme fient

A l'égard de monsieur Servient;

Auquel Servient Son Eminence

A donné toute préférence * j Touchant un logement de cour

Qu'ils se contestoient l'autre-jour.

Brienne avoit meilleure cauze;

Mais, l'autre étant tout autre choze

Pour servir en cette saizon , too II l'emporta sur la raizon.

[Le jeune comte de Vivonne, Quoy qu'aimable et bonne personne , Est fort mal dans l'esprit du Roy, Mais je ne sçay pas bien pourquoy.]

ioj On dit icy parmy la ville Que madame de Longueville A vu l'archi-duc Léopol, Qui , s'il n'est insensible ou M, Après avoir vu tant de charmes ,

1 to Ne doit plus employer ses armes Que pour protéger et servir C?t objet qui peut tout ravir.

A Paris , durant qu'il fait sombre , Bien souvent il arive encombre.

ut Jeudy, la nuit, quelques badauts Atacnérent à des poteaux , En assez vilaine posture , Du Cardinal la pourtraiture.

Cet acte, avec impunité,

120 Témoigne bien, en vérité, Un régne impuissant et débile.

Je ne suis pas assez habile Pour sçavoir s'ils ont droit ou tort ; Mais je hay l'insolence à mort.

1 if L'autre-soir, le brave Rouville Allant assez tard par la ville, Son carosse fut arête , Et son manteau fut emporté.

Il avoit lors pour camarade

iio Le beau monsieur de Bensserade, Qu'on prit peine aussi de voler, Dont il ne se peut consoler.

A la clairté de la bougie Il avoit fait une élégie,

1 n Oue l'on tira de son gousset, — S'il en fut fâché , Dieu le sçait ; Plus, une ode toute divine Sur le sujet d'une blondine.

On luy prit aussi tout de gob

140 Son ravissant sonnet sur Job , Que , par raizon ou par manie, Pluzieurs aimoient mieux qu'Uranie ; Quelques vers pour la Saint-Mégrin, D'autres pour monsieur Mazarin ;

14$ Item , une heureuze anagramme Finie en pointe d'épigramme , Deux ou trois chansons pour Philis, Des stances pour Amarius , Des paroles pour Amarante

i$o Faites sur l'air d'une courante, Un beau sixain de quatre vers,' Dix ou douze fracmens divers, Et des pièces, enfin , si belles, Qu'il en eut des douleurs mortelles.

t ; 5 Quand il fut arivé chez-luy , Plain d'inquiétude et d'ennuy, Il dit , fouillant dans sa pochette :

<c Grands Dieux ! quelle perte ay-je faite t Que mon mal-heur est sans égal 1

160 Qu'on m'a pris un beau madngal!

Las ! je voy que je suis moins riche Que je n'ètois d'un acrostiche!

0 mes triolets bien-aimez I 0 chers et subtils bouts-rimez!

t*s Que je vous plains et vous regrette ! Grands Dieux ! quelle perte ajr-je faite ! [Mes vers pour l'aimable Brégis, Ceux de madame de Congis, La lettre que je fis expresse

170 Pour la chienne de ma maltresse. . . Las ! vous m'êtes donc echapez , Et vous avez été grippez Par cette canaille indiscrète!

Grands Dieux ! quelle perte ay-je faite ! »]

17J « Pourtant, dit-il à ses valets.

On ne m'a point pris mes poulets ; Cela tant soit peu me console. »

Enfin , après cette parole, Il déboutonna son pourpoint,

180 Se deshabilla de tout point, Mit de la cire à ses moustaches, Mangea dix ou douze pistaches ,

Novembre i6jo. — Livri I. Littri XXVI.

Prit son mouchoir et se moucha , Et puis après il se coucha.

185 Princesse en tous lieux honorée , Qui , du monde étant séparée , Employez dedans un saint-lieu Trés-ken du temps à prier Dieu ,

Voicy donc les vers que j'aporte, 190 Ntfh à vous , mais à vôtre porte.

Il est tard , et le jour s'enfuit:

Adieu , bon-soir et bonne-nuit.

J'ay fait cecy tout de nouveau Deux jours après la Saint-Marceau.

LETTRE VINT-SIXIÉME

Du [samedi] 12 Novembre.

ASSAJZONÉE.

Samedy dernier, ma gazette Etant achevée et complette, Et toute prête de partir, On ne pouvoh presque sortir,

5 Tant la pluye êtoit grande et grosse; Je n'avois chaire ny carosse , Mes pauvres petits revenus Etans trop courts et trop menus Pour pouvoir rayer le louage

10 De l'un ou de Vautre équipage ; Il pleuvoit donc terriblement (Diable puisse emporter gui ment!), Toutesfbis, malgré les rivières Qui tomboient du haut des goutiéres,

i) Avec mes botes de Roussy (Car i'ètois bote , Dieu-mercy), [gre, Marchant du pied comme un chat mai- Couvert d'un manteau de vinaigre, Oui méfait enrûmer souvent,

» rallay jusqu'à vôtre convent, Pour montrer l'ardeur et le zèle Que j'ay pour vous, Mademoizelle , Et que rien ne me peut ravir La passion de vous servir.

jj Je vous portay donc des nouvelles ; Mais en voicy de plus nouvelles De ce qui s'est passé depuis , Que j'aporte encore à vôtre huis.

De Chftteau-neuf et la Chevreuze,

p Qu'on tient assez officieuze, Fuient , comme amis familiers , Dtner chez la Brétonviliers, Qui d'une façon assez franche Les receut chez elle dimanche,

K Et leur dit, en mots ingénus :

« Vous soyez les très-bien venus. »

La Chevreuze , qui n'est pas bègue, Parla fort de monsieur de Lègue, Qu'avec eux ils avoient mené ,

40 Et dont , durant tout le dîné , Ils firent le panégirique, Afin d'obliger cette antique, En luy donnant son pauvre corps, De luy partager ses trézors ;

4t C'est-à-dire, en autre langage, Faire d'eux-deux le mariage ; A quoy ledit Lègue est porté, N'étant pas riche en quantité.

Cette Dame est fàcheuze et rude,

jo Corinne on est en décrépitude; On peut, sans être méoizant, La nommer objet déplaizant.

Enfin , c'est une vieille veuve ; Mais sa maizon est toute neuve ,

u Et belle jusqu'aux galetas; Puis elle a des écus à tas, Et les écus, en toutes chozes, Valent bien des lys et des rozes.

D'Ambrun, l'illustre député, 60 Ne se tient point pour rebuté .

De ce qu'on luy Ha la langue Quand il voulut faire harangue

-__ . „ , , „ donnance

De son corps , le premier de France , Sans s'éfirayer et s'étonner, A la charge encor retourner ; Dequoy les principaux ministres 70 Font des conjectures sinistres, Dizans que messieurs du clergé Entreprennent trop sans congé >

La Muze historique. — Novembre 1650.

iîj Car j'aime bien l'humeur docile; Mais j'en connois parmy la ville Qui, renvoyant ce Jean Gipon, Eussent dit : « Tarare Pompon. »

Et qu'il n'est pas très-nécessaire De presser si tort cette afaire ;

7j Qu'ils feroient bien mieux pour l'Estat , Et pour le bien du Potentat, Dont ils sont toute la ressource, S'ils ouvraient largement leur bource ; Qu'en ce cas-là leur député

80 Seroit volontiers écouté, Sans aucunement le reprendre, Quand mesme il diroit pis que pendre.

Au pais du Vexin normand, Par manière de remûmant ,

8; Un corps de noblesse s'assemble, Et sont plus de cinq cens ensemble, Qui, pour les ministres morguer, Voudf oient bien aussi se liguer; Mais de leur faction nouvelle

90 L'intention n'est pas si belle Que de messeigneurs les prélats, Qui, comme de sacrez Atlas, Veulent soutenir l'innocence ; Et ceux-cy prennent la licence

95 De protéger des faux-sauniers , Qui ne sont que des safraniers, Nation trés-vile et trés-orde, Et tous gens de sac et de corde.

Vers Bordeaux, certain vieux blondin

100 A fait un acte assez badin,

Dont la Cour, et mesme la Reine, En ont ry toute une semeine.

Le lit sur lequel il gizoit Etant au camp luy déplaizoit,

io; Et n'y dormoit pas à son aize.

Je n'ay point sceu (par parantaize) S'il étoit trop dur ou trop mou ; Tant-y-a qu'il fut assez fou Pour envoyer prier sa belle

no Qu'il changeât de lit avec elle; A quoy la belle consentit, Dont grande joye il ressentit D'avoir fait un si rare échange Sans aller sur le Pont-au-Change.

1 1 j Le trait est assez familier.

Pour un amant et chevalier.

Autrefois, Amadis de Gaule Eût mieux aimé cent coups de gaule Que d'avoir fait un pareil tour

120 Au cher objet de son amour.

Je trouve aussi la demoizelle Du moins aussi bonne que belle, Et commode au plus haut degré , Dont pourtant je luy sçay bon gré ,

La veuve du feu duc dé Chaune,

1 $0 Dont le teint est tant soit peu jaune, L'autre année avoit assemblé En ses greniers beaucoup de blé, Dont (étant assez obligeante) Elle fit prest à la Régente,

1 3 $ Que Mazarin cautionna , Et sa parole luy donna.

En jurant foy de gentil-homme, Que l'on luy fourniroit la somme Où ledit blé pouroit monter,

140 Quand on l'auroit fait suputer.

Six mois après, cette duchesse, Voyant avec quelque tristesse Que l'on ne se soucioit point De la contenter sur ce point ,

14Ï Alla suplier l'Eminence De luy faire toucher finance ; Lequel luy répondit soudain^ D'un ton de voix assez humain :

« Madame, on vous a satisfaite. r>

1 jo L'autre : « L'afaire n'est point faite », Dit-elle, en avançant un pas.

— « Elle l'est. — Elle ne l'est oas!»

Puis, se démentans de plus belle :

«Si-fait, dit-il. — Non-fait», dit-elle.

ijj Adonc, la voulant açaizer, Et tant soit peu l'aprivoizer, Il luy dit, avéque tendresse :

« Madame , pour une duchesse , Vous avez-là de chétifc gands ;

iéo J'en ay de noirs, j'en ay de blancs: Je vous en veux donner un paire, Dune senteur extr'ordinaire, Et qui valent tout un trézor ; Et, déplus, vous aurez encor

16 j Deux ou trois fioles d'essence, Excellentes par excellence. »

Elle, d'un repart diligent, Luy dit : « J'aime mieux de l'argent. » A ce mot il quita la place ,

170 Et s'en alla froid comme glace ; Et l'autre , sans luy dire adieu , Sortit aussi-tôt duait lieu , Très-couroucée et mal contente Contre la personne éminente.

175 Depuis , elle a cent fois pesté , Et mesme l'on m'a récité (Etant femme qui ne s'enqueste)

Novembre 1650. — Livre I. Lettre XXVII.

Qu'elle veut prézenter requeste A nosseigneurs du parlement , 180 Pour obtenir un règlement, A la charge , s'ils sont propices , De payer très-bien les épices.

Monsieur d'Orléans , l'autre jour. Alla complimenter la Cour1 .

185 Une lieuë avant , l'Eminence Luy vînt faire la révérence ; Et le Roy jusqu'au bois alla, Qui du moins deux fois l'acola , Pour ses soins et bonne conduite.

190 Et nouvelle est venue, en suite.

Qu'enfin Mouzon étoit perdu , Et qu'on l'avoit pris ou rendu.

De Condé l'illustre douairière,

Quoy qu'on ait fait mainte prière 19$ Pour le retour de sa santé ,

Est encor dans l'infirmité.

La fièvre , qui l'avoit laissée ;

Dans son sang s'est encor glissée ;

Et c'est pourcjuoy monsieur Vautier aoo Partit de Paris avant-hier,

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