‹ La muze historique;Chapitre 35 sur 221 · AMPHIBOLOGIQUE · texte numérisé non relu

AMPHIBOLOGIQUE

Aimable et sage solitaire , Délices d'un saint monastère , Il étoit entre nuit et jour, Samedy, lors qu'à vôtre tour

s J'aportay ma lettre dernière , Et, malgré le peu de lumière, J'aperceus une blanche main A qui je la donnay soudain.

Je croy qu'elle vous fut rendue,

10 Car voix de moy fut entendue, Ayant presque autant de douceur due la main avoit de blancheur, Qui «Je vais la porter, dh~eHe, Tout-à-l'heure à Mademoizelle. »

1$ Vous la lûtes: lizez aussy, SU vous plaît donc, cette autre-cy.

La Guerchy, comme bonne fille,

Allant vizher sa famille

Dans le pals des Bourguignons ,

Je crov que, sans uzer d'oignons , 20 Son bfondin répandra des larmes

En ne voyant plus tant de charmes:

Car les cnevaheft anciens

Qu'Amour mettoh au rang des siens , as En l'absence de leur maîtresse

Pratiquoient tous cette finesse, 1 Et devenoientsi langoureux,

Qu'on les noramoit Beaux-ténébreux.

On dit que la Brégis postule jo Pour obtenir arest ou bule Qui la dispense absolument

6o La Muze historique

D'obéir à ce sacrement

Qui fait qu'avec regret on couche

Quelquefois deux en mesme couche. 8$

*s Dans d'autres vers venans de moy J'ay déjà déclaré pourquoy, Sçavoir la grossesse ennemie Qui rend sa face un peu blêmie, Ses apas moins beaux et brillans,

40 Et ses yeux moins êtincelans.

On dit encore que Pépouze De ce monsieur crhumeur jalouze Qu'on nomme Saint-Germain-Beaupré Dézire aussi , bon-eré , mal-gré , 9 $

4 s Que tout-à-fait on la sépare De son mary , certes barbare , Puis qu'il traite avec cruauté Cette douce et jeune beauté.

D'autres dizem que c'est luy-mesme

jo Qui, blessé d'un dégoût extresme, Sans qu'elle ait fait aucun délit La veut exclure de son lit ; Mais, comme elle est belle et mignonne, Voyez-vous bien f cela m'étonne. io$

n Pour la trés-charmante Saint-Loup,

Elle a repris encore un coup

Ce cœur friand d'amour nouvelle

Qui se vouloit échaper d'elle.

Dés qu'ils se virent à Poitiers > 60 II se remit trés-volontiers

Dans son délicieux servage,

Comme un jeune oiseau dans sa cage ,

Estimant sa captivité

Une grande félicité. 1 1 $

*s Lundy, les Princes, en cacheté, Sans flûte, tambour, ny trompeté, Ayans , je croy, 4e cœur transy, Délogèrent de Marcoussy, Pour aller en une autre place,

70 Assavoir au Havre-de-Grace, [Séjour pourtant peu gracieux Pour des personnages comme eux.

Princesse , le jour qu'ils partirent Mille baize-mains ils vous firent ,

71 Et Cressac , qui de tout son cœur Est leur trés-zélé serviteur, Eut de Monseigneur votre père Une commission si chère , 1 j© Et mesme aussi des deux germains,

80 Ce précieux couple d'humains.

Hélas 1 de tous trois les mérites Sont sans bornes et sans limites,

- Novembre 1650.

Et toutesfois dedans des tours Ils passent tristement leurs jours.

Oh! que leur patience est forte!

Ha! c'est ici que je m'emporte!

Je n'augure plus rien de bon D'un ministère si félon.

Depuis ce jour , je vous proteste , J'ay juré cent fois male-peste, Et mille fois dit et pensé Que l'Estat êtoit fn cassé.]

La Cour, plus fiére et plus hupée Après ce vaillant coup-d'épée, A Paris mardy retourna, Et depuis ce temps elle n'a Fait choze , que j'aye en mémoire , Qui soit digne de nôtre histoire ; Sinon au'on me dit avant-hier (Et c'étoit le bruit du quartier) Que la Reine, encor harassée , Et de soucis embarassèe , Avok montré grande froideur Au blondissime et grand frondeur, Qui , croyant tirer avantage Du funeste et cruel carnage Qu'on avoit fait de son suivant , Est plus haï qu'auparavant ; Les voleurs, mis à la torture, Ayans avoué l'avanture , Et dit tout haut , en plein sénat , Qu'ils avoient fait l'assassinat, Mais de cette action félonne N'ayans chargé nulle personne.

D'ailleurs, chez Monsieur d'Orléans, L'autre-soir, arivant léans , Soudain Son Altesse Royale Dit à son épouze loyale :

« Madame, il est tard , couchons-nous.

Bon-soir, Messieurs, retirez-vous» ; Son cœur, alors plus dur que roche, Ne voulant permettre l'aproche A celuy-là que depuis peu Il nommoit toujours Mon neveu.

Ce n'est plus ainsi qu'il le nomme :

Car une femme, ou trien un homme, Qui des deux je ne sçay vray'ment; Hà! si-fay! c'étoit justement La mère de messieurs de Vardes , Qui, prés de sa sale des gardes , Le trouvant, luy dit l'autre jour :

« Ferez-vous point un petit tour Dans cette anti-chambre procheine?

— Non, dit-il, Beaufort s'y promeine. »

Novembre 1650. — Livre I. — Lettre XXVI L

Mais sa sotte similitude

1 h De ce changement si subit On Eut partout un grand débit ; Ce n'est plus la Fronde qui gronde , Mais on gronde à prézent la Fronde , [Et la Haie, jusques icy,

14» Ne s'en met pas fort en soucy .

Mazarin va dans la Champagne Passer ce reste de campagne ; Et j'ay su de monsieur un Tel Que c'est pour assiéger Rethel ; 14$ Mais, soit qu'il fasse des miracles, Ou qu'il cède aux moindres obstacles , Je gagerois bien mes deux yeux Qu'on ne l'en aimera pas mieux.

L'autre jour, ledit seigneur Jule

Mo Fît un assez beau préambule.

Fut-ce à monsieur de Schonberg ? Non, Mais au fils du duc d'Espernon, Autrement monsieur de Candale, Et ceci sok dit sans scandale.

15 j Son chapeau sur son chef prenant Il luy dit donc , en le tenant : - « Monsieur, je prends le chapeau vôtre ; Mais si je vous en donne un autre, Encor qu'il ne soit pas si beau ,

1(0 Ce sera toujours un chapeau. »

L'autre repart à l'Eminence :

« Monsieur, sauf votre révérence, Quand mesme il seroit bien plus beau, Ce seroit toujours un chapeau ;

i<s Mais , n'étant pas au mien conforme , Il ne seroit pas à ma forme. »

Or la vraye explication De cette conversation Est que la susdite Eminence

170 Luy proposoh qu'en conséquence De son gouvernement perdu Un autre luy seroit rendu ;

Fut trouvée étrangement rude.

i7î Le beau blondin, un peu défait, N'en fut nullement satisfait, Et j'oze bien encor vous dire Qu'on en pensa crever de rire. ]

Les trois Princes, conduits ailleurs,

180 En renouvellant vos douleurs, O sage et pieuze Marie , Vous ont, dit-on, fort atendrie.

Vôtre cœur, par maint gros soupir, En a montré son déplaizir;

18 j Vos pleurs, pour ce nouvel outrage, Ont mouillé vôtre blanc vizage , Et vôtre bouche a proféré (Mais, pourtant, a'un ton modéré) Mille regrets et mille plaintes,

190 Où vos tristesses étoient peintes.

Il faut vous consoler, pourtant , Et d'un esprit toujours constant, Après tant de noires journées, Atendre les belles années

195 Dont le ciel, en autre saizon, Doit régaler vôtre maizon.

Le mal-neur toujours n'importune, Et l'on voit des gens de fortune En un rang bien considéré ,

*>o Mais garde le revertere.

Quelques-uns, ne leur en déplaize, -Sont maintenant bien à leur aize, Qui, peut-être, n*y seront plus.

Le monde a son flux et reflux,

ao j Inconstant comme Pair et Tonde:

Fol qui s'y fie et qui s'y fonde !

Hors Dieu, tout n'est que vanité.

Excuzez ma moralité.

En novembre ; pour le quantième , aïo Je croy que c'est te dix-neufiéme.

La Muze historique. — Novembre i6jo.

LETTRE VINT-HUITIÉME

Du [samedi] 26 Novembre.

NIAIZE.

Les complimens et préambules, Êtans trop longs , sont ridicules :

Je trouve donc fort à propos D'abréger cet avant-propos, 5 Et de façon toute naïve Commencer nôtre narative.

D'A vaux est mort, le bon seigneur,

Qui jadis posséda l'honneur

Irêtre plénipotentiaire to Avec Monseigneur vôtre père.

L'Estat en cet homme a perdu

Un ministre bien entendu.

Certes, si messieurs ses confrères

Au gouvernement des afaires if Etoient aussi sages que luy,

La France seroit aujourd'huy.

Belle, paizible et florissante,

Et non pas triste et languissante,

Ny pleine de tous les cotez so D'élroyables cafemitez.

La nouvelle n'est que trop vraye Que le seigneur de la Moussaye Est trépassé dans son grabat.

Et non point en rendant combat.

aj II s'étoit toujours fait paraître Pour son incomparable maître Plein d'ardeur et d'afection ; Et depuis sa détention, Qu'il trouvoit un peu trop barbare,

;o Ce serviteur fidelle et rare, Sans se réjouir un seul brin , Avoit toujours quelque chagrin.

Et cela , comme on conjecture , L'a fait aller en sépulture.

H La Reine , en son Palais-Royal, Nuit et jour se trouve un peu mal, Et toujours à la fièvre presque ; Mais ce sujet n'est pas burlesque ,

Ainsi j'agiray prudemment 40 De n'en parler que sobrement.

Chandenierbien souvent acoste Mademoizelle de la Coste ; Et plusieurs veulent parier Qu'il se va bien-tôt marier 4$ Avec cette grande pucelle, Autrefois fort jeune et fort belle.

Entre le Coudray-Montpensier, Ayant en main un t>ranc d'acier, Et Durescu de Normandie,

$0 D'humeur assez prompte et hardie, Se fit l'autre jour un ctûel , Mais qui ne fut pas trop cruel.

Coudray-Montpensier eut du pire, Car à quelqu'un j'entendis dire

5f Que son second y fut vaincu Par celuy du sieur Durescu, Qui le fit choir à la renverse, Encorque sa partie averse Fût adroit comme un Fierabras

60 Et l'ût blessé mesmes au bras; Enfin , il saizit son épée , Qu'en son sang l'autre avoit trempée, Et les chefs alla séparer, Qui faizoient rage de parer.

es Ce fut dans le bois de Boullogne Que se passa cette bézogne ; Puis revmdrent vifs à Paris, Dont tous deux n'étoient pas maris.

Dimanche , la nuit , l'Eminence

70 Faillit à perdre patience.

Un certain grand homme bote Et jusqu'au cul presque croté (Non sans des frayeurs intestines) Entra dans la Court des cuizines

7j A deux heures après minuit; Et dit, faizant beaucoup de bruit,

Novembre 1650 — Livre I. Lettre XXVIII.

Qu'il arrivoit en diligence Pour parier à Son Eminence.

On luy dit : « Monsieur mon amy, So Ledit Seigneur est endormy :

Parlez plus bas, à la pareille. »

« Il faut, dit-il , qu'il se réveille, Et qu'il daigne un peu m'écouter.

Des chozes je luy viens conter t* De haute et grande conséquence. »

On éveille donc l'Eminence , Et cet homme, étant devant luy, Feignant avoir beaucoup d'ennuy , Dit que dans le pais des pommes

9e Les gens êtoient d'étranges hommes ; Qu'on n'y voyoit de tous cotez Que des hobereaux révoltez ; Qu'une embuscade crosse et forte Avoit mis en pièces T'escorte

9f Qui les trois princes conduizoit , Dont de Bart fort se déplaizoit ; Que d'Harcourt, le grand capitaine, Ivavoit échapé qu'avec peine, Et que ledit monsieur de Bart,

100 Ayant essuyé maint hazart Et fait merveilles de combatre, Blessures ayant trois ou quatre, L'avoit dépêché tout soudain , Afin de courir comme undain,

io( Pour venir dire la nouvelle De cette action si rebelle.

Jule, commençant à trembler, Fit en mesme temps assembler Ses valets, ses gardes, ses braves,

no Et tous ses trés-humbles esclaves.

Lors le courier, sans dire mot (Autrement il eût été sot), Profitant de ce plaizant trouble, Et la nuit étant assez trouble ,

11 1 Trés-légérement s'évada, Et remonta sur son dada.

Son Eminence, un peu penaude D'une camisade si chaude, Ne s'aperceut que le lundy,

iao A l'heure environ de midy, Que cette fàcheuze avanturé N'était qu'une fausseté pure.

Ce fut dans n6tre carrefour Qu'on me conta ce joly tour,

u$ Et je dis, oyant la nouvelle :

« S'il n'est pas vray, la bourde est belle.»

Depuis peu le susdit Seigneur A dans le jeu tant de bon-heur, Qa'il épuize jusqu'à la source

il;

Mainte pécunieuze bource, Dont Roquelaure en pleine cour, Murmurant très-fort l'autre-jour, Dizoit : « Peste ! quelle aparance De jouer contre l'Eminence !

Il nous met tous au breluquet, Aussi bien au hoc qu'au piquet.

Jadis, aussi bien qu'un autre homme, Il perdoit mainte grosse somme ; Mais il gaiene tout aujourd'huy, Et je pers d'argent contre luy Quatre fois mes pochettes pleines, Depuis trois ou quatre semeines Que ce général prétendu A de la corde de pendu. »

Nonobstant quelques sœur et frères, Au mariage un peu contraires, A Beaumont,. lundy justement, A son très-grand contentement , Le maréchal duc de Cardonne Epouza la chère mignonne Dont les adorables apas Avoient missafranchize à bas; Après avoir rendu les armes A tant de grâces et de charmes , Il se voit enfin le vainqueur Des afections et du cœur De cette fille de naissance , Des plus agréables de France, Qui porte mesme à ce vaillant Plus de cent mille écus vaillant.

C'est cette vivante merveille Qui n'a presque point de pareille, C'est ce brillant astre-d'amour Adoré des grands de la cour:

C'est de madame de Bonnelle La cadette charmante et belle , Dont les beautez n'ont point de si ; Enfin , c'est l'aimable Toussi, Qui, chassant toute humeur farotçhe, A de sa belle et propre bouche , Et d'un cœur chaste et réjoûy, Prononcé modestement Oûy, Oyant chanter la mesme note A son maréchal de la Mothe , Dont j'ay toujours fait de l'état Comme d'un des grands de l'Estat.

J 'a vois amitié pour la fille , Mesmes pour toute sa famille , Et suis certainement ravy Qu'elle ait ce grand homme asservy.

J'honore une illustre pucelle:

La Muze historique. — Décembre 1650.

Puissay-je encore voir icelle

Dans les beaux nœuds d'un juste hymen,

Et que ce soit bien-tôt ! Anun.

i8j J'ay fait ces vers , d'un sens rassis. En novembre le vingt-et-six.

LETTRE VINT-NEUFIÉME

Du [dimanche] 4 Décembre.

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