FRANCHE
Princesse dont bien plus souvent Que quant vous étiez au convent On peut voir l'illustre vizage, Des vertus la vivante image,
s Je n'ay rien sceu de surprenant Depuis le caresme-prenant, N7 qui soit fort digne de mettre Dans la mienne burlesque lettre ; Mais , comme étant vôtre écrivain ,
10 J'ay mis pourtant la plume en main, Et voicy, Princesse excélente, Ce qu'aujourd'huy je vous prézente.
Mademoizelle de Nueîllan Ayant été depuis un an
15 Infirme, landore et débile, Et pleine d'humeurs et de bile, Encor qu'elle eût soir et matin , Par les ordres du médecin .
Essayé de pluzieurs racines,
» Drogues , juleps et médecines , Sans que cette diversité Ah pu rétablir sa santé , Cela luy fit l'autre-jour dire, Mais non point simplement pour rire
25 (Car on m'a juré les grands-Dieux Qu'elle partait tout de son mieux), Que sans doute le mariage,
Pour récolorer son vizage,
Agirait plus utilement 30 Qu'aucun autre médicament.
Ce discours fait sans simagrée ,
Sans mentir, me plaît et m'agrée ;
Je n'ay que de l'aversion
Pour la dissimulation, j j Et ne voy rien que plus je prize
Sue quand on parle avec franchize.
aintenant la Délie verra Si l'hymen luy réussira, Car d'elle et du sieur de Navailles
40 On fit lundy les épouzailles; Mais ce fut si secrètement Qu'on ne peut encor nettement Dire si la chose est certeine.
Tant-y-a que, pour prendre haleine,
45 Nonobstant son ardant amour, Il partit dés le second jour, Comme pour quelque bonne afaire, Afin d'aller en hâte faire Ses adieux , d'un ton dézolé,
(o Au sieur Cardinal exilé.
Pour mieux réunir les courages , On parle d'autres mariages.
Monsieur le prince de Conty, Digne d'un très-rare party,
La Muze historique. — Février 165 1.
55 A choizi pour son amoureuze Mademoizelle de Chevreuze :
En sortant de captivité , Il a remis sa liberté Dans la prizon douce et charmante
60 De cette aimable et jeune amante , Qui rendra tous ses vœux contens Par les douceurs de son printemps.
Mardy, Son Altesse Royale Donna le grand bal dans sa sale,
éj Où brillèrent fort aux flambeaux Pluzieurs teints délicats et beaux.
Le vôtre, de couleur de nége, Eût en ce lieu le privilège De tenir un des premiers rangs
70 Entre les parfaitement blancs ; Et l'on remarqua , par vous-mesme, Que c'est un agrément extresme Lors que l'éclat de la beauté * Est joint à la principauté.
7j Un nobilis , homme colère Quand on fait payer son beau-pére, Pensa recevoir un afront, Pour s'être un peu montré trop prompt Dans la raaizon et rézidance
•0 De Schonberg, maréchal de France , Où, faizant par trop l'entendu, Et le respect ayant perdu , S'il ne fut , comme il devoit être, Jeté du haut d'une fenêtre,
t; Je puis dire en mots bien exprés Qu'il en fut du moins aussi prés Que le calson l'est de la fesse , Et que Robin fut de confesse.
Un certain courtizan, jeudy, 90 D'autres cens dizent vendredy, Enfin ce fut cette seraeine , Par un ordre exprés de la Reine!
Qui le rendit un peu confus , Mais dont il ne fit point refus, 95 Partit, en grande diligence , Pour aller dire à l'Emmence
S le, sans aucun retardement, ût à vuider promptement (De peur d'exciter quelque noize) 100 Hors de la région Françoize, Et que, pour le commun repos, Le Roy le trouvoit à-propos.
Depuis Lyon jusques à Rome On ne pouvoit rencontrer d'homme , 105 Ny dans tous les pais du Roy,
Plus capable de cet empioy ; On n'ût sceu pour si froid message Choizir un plus glacé vizage.
Il est homme d'entendement,
uo Mais il n'acit que froidement.
L'ambassade est assez cruelle , Et quand à luy, sa mine est telle , Que l'on tient égaux en froideur L'ambassade et l'ambassadeur.
11$ Si sa commission succède, On la croid pourtant un remède Pour de nos maux cauzer la fin :
Car, quand monseigneur Mazarin Ne sera plus dans le royaume,
tao Jean, Martin, Pierre, André, Guillaume, Et nos autres badauts hardis , Se tenans cois dans leurs taudis , N'iront plus, à grandes cohortes, Tous les soirs lanterner aux Portes.
125 On croit que ledit Mazarin A dessein d'aller à Turin, Jugeant que Madame Royale , Princesse en bonté sans égale , Au fort de son aversité ,
130 Le recevra dans sa cité.
D'autres dizent qu'il a la trogne De s'en aller dans la Pologne Pour servir la Reyne et le Roy, Que l'on tient en grand dezaroy, 13; Par ces grands pendarts de Cozaques Qui tournent si souvent cazacjues Contre leurs princes souverains, Qu'on leur devrait rompre les rains.
La duchesse de Longueville,
140 Belle, spirituelle, habille, A dans son cœur déterminé De ne point sortir de Sténé Que la paix ne soit commencée, Et mesme un peu bien avancée ;
u$ Elle employé, à ce que l'on dit , Son éloauence et son crédit, Et tous les charmes nécessaires, Pour dispozer nos aversaires A ce grand acommodement,
i)o Déziré généralement, Et qui couronnera la belle D'honneur et de gloire immortelle.
Princesse, je suis tout chagrin Quand j'aproche un peu de la fin; Ht J'étendrais, dans cette missive,
Mars 1651. — Livre II. Lettre X.
Davantage ma narrative,
Mais , quoy que fort vôtre valet ,
Je suis au "bout de mon rolet.
En février, le vingts .~*cine , 160 Autrement, l'anti-pénultiéme.
LETTRE DIXIÈME
Du [dimanche] 5 Mars.
SUCC1NTE.
Chaque bruit et chaque nouvelle, Princesse, que je vous revelle , Vous la sçavez assurément, J'en ferois bien un grand serment ;
t Mais vous dézirez voir la choze Aussi bien pn rime qu'en proze. • Voicy donc ce que j'ay rimé, Comme un tribut acoûtumé , Dont Vôtre Altesse est régalée
10 Quand la semaine est écoulée.
Ces jours passez , le grand Condé A la Régente a demandé
Son consentement et licence
Pour travailler en diligence if A marier son frère Armand
A celle dont il est l'amant,
Et dont il voudroit être l'homme,
Que la belle Chévreuze on nomme.
La Reine aprouve cet hymen, x> Et, dizant volontiers Amen,
Donne les mains sans répugnance
A cette future alliance ;
Elle a mesme encor acordé
Audit brave et vaillant Condé 25 De faire aussi le mariage
(Quoy que tous deux trés-jeunes d'âge)
Du duc d'Anguien, son premier né,
Un vray petit déterminé ,
Avec la petite Gastonne , jo Aimable et première mignonne
Que Gaston eut du lict second ,
Depuis devenu trés-fécond.
Si l'on traite ces alliances
Sous des bénignes inflûances >s (Caries astres, à ce qu'on dit,
Ont icy-bas bien du crédit),
Nos afaires d'Etat, sans doute, Prendront une meilleure route, Et les fiers peuples bazannez 40 Qui pour nostre mal-heur sont nez, Au heu d'y bien trouver leur compte, Y trouveront plutôt leur honte.
Mardy, par un bruit qui survint, J'entendis dire à plus de vingt
4j Que le maréchal de Tureine, Poursuivant à perte d'haleine Monseigneur Jules Mazarin, Qui tâchoit de gaigner le Rhin, Avoit mis dessus luy la grife ;
(o Mais ce bruit ètoit apocrife , Et le plus véritable est tel , Qu'il est arivé dans Rhétel, Mais sans bagage, bardes , ny linge.
Bellinçant l'a dit à Comminge ,
jj Comminge l'a dit à Guitaut, Gui tau t l'a dit à Guenegaut, Guenegaut au bon Père Faure , Le Père Faure à Roquelaure , Roquelaure à monsieur Coquet,
60 Coauet au chevalier du Guet , Ledit du Guet à Bensserade, Bensserade au sieur Caminade, Caminade à monsieur Montglas, Montglas l'a dit à Vaucelas,
6 s Vaucelas l'a dit à Leu ville , Leuville l'a dit à Rouville, Rouville l'a dit à Saubeuf , Saubeuf l'a dit sur le Pont-neuf, Et moy, je l'ay sceu de plus d'onze
70 Des courtizans du Roy-de-Bronze.
Jeudy, messieurs du Parlement,
La Muze historique. — Mars i6jr.
Toujours brillante et signallée, Où grand diantre êtes-vous allée l Noblesse du temps des Valois, Par qui l'authoriré des rois 8f Se voyoit si bien maintenue , Hélas! qu'êtes-vous devenue!
Ces jours passez, monsieur Janin, Pour les beaux yeux de Saint-Maigrin, Qui dans son cœur font incendie ,
90 Donna chez-luy la comédie.
Force beau monde s'y rendit; Mais trés-lonc-temps on atendh Une certaine blonde altesse , Qui , par dessein ou par paresse,
9f Ne quita que tard le fauteuil Chez madame de Pommereûil.
Tidas, confesseur de Madame, Jeudy rendit à Dieu son ame; De ce monde en l'autre il passa, 100 Ou, pour mieux dire, il trépassa.
Madame , jusqu'à la soirée, En parût très-fort êplorée ; Et j'ay sceu de ceux de léans
Se dans le Palais-d'Orléans avoient souvent conférence Touchant les cas de conscience, Et s'entretenoient de discours Six heures durant tous les jours.
Aussi cette grande Princesse,
1 10 Ayant au cœur grande détresse (Soit qu'il eût rudesse ou douceur) De la mort de ce confesseur, Dans la mesme et propre journée Qui termina sa destinée
nj (Afin de se mieux divertir Du deuil que luy faizoit sentir Ce pauvre homme réduit en cendre) Alla voir danser la Cassandre , Autrement le balet-royal ,
!M Trés-plaizant et trés-jovial, Et qui de cette illustre Altesse Apaiza si bien la tristesse , Que son beau front, ny peu, nybrin, Depuis ne parût plus chagrin.
is; J'ay vu de Jules à la Reine Une lettre de douleur pleine, Qu'on a fait voir, maleré leurs dents , A conseillers et prézidents.
Il exagère ses services
ijo Pour se rendre les cœurs propices, Mais , encor que son triste esprit
Fasse dans ce piteux écrit
Parfaitement le Jérémie,
Le Parlement ne le plaint mie.
1 j j Vendredy , qu'il faizoit fort brun , Soucariére , autrement Montbrun , Dansa, dans la petite salle De la noble maizon royale, Un certain genre de balet
140 Que l'on dit qui n'êtoit pas laid. Ily parût quelque machine Et quelque bonnet de la Chine ; Mais je n'en vis rien, car ce jour Je revins fort tard du faux-tour :
145 Ainsi je ne sçaurois vous dire S'il fit pleurer ou s'il fit rire.
Depuis peu la Parque a finy Les jours du sieur de SaBgny «; Etant mort d'une fièvre grosse, ijo II est dêcendu dans la fosse, Dont Miossens luy sçak bon gré, Car il est monté d'un degré.
On m'a dit pour choze certeine Qu'on a tant mit envers la Reine
1 jj Qu'elle a vu le Coadjuteur; Gaston en fut l'entreméteur, Qui luy protesta que pour elle Ilest plein d'ardeur et de zélé, Et aue bien il la servira ,
160 Ou le diantre l'emportera.
Si cecy , comme l'on espère , Quelque bien pour l'Etat opère, Je suis très-humble serviteur De monsieur le Coadjuteur,
ié$ A sa santé je boiray pinte,
Et nous dirons : « Vive Corinte ! »
Taizant maint autre bruit qui court, Aujourd'huy je tranche un peu court J'en ay quelque regret moy-mesme; 170 Mais maintenant qu'il est caresme, 0 Princesse , il faut un petit Vous laisser sur v6tre apetit.
A Paris , et non à Toulouze , Au mois de mars, l'onze ou le douze.
175 Hier , la Reine au cercle étant, De lumière alors éclatant,