‹ La muze historique;Chapitre 59 sur 221 · INÉGALE · texte numérisé non relu

INÉGALE

Princesse qui, depuis huit jours, N'avez plus de sombres atours , Mais qui faites au deuil la nique Dans un carosse magnifique

t De velours rouge cramoizi, Riche, luizant et bien choizi, Plain de dames et demoizelles Qui sont vos trés-humbles ancelles, Pour satisfaire à mon devoir,

!• Cette lettre je vous fais voir, Ecrite avec un peu d'étude , Mais bien moins que de promptitude.

Ainsi, je ne puis garantir

Si'elle soit propre à divertir; àis enfin, je vous l'abandonne, ' Soit qu'elle soit mauvaize ou bonne.

Monseigneur le duc de Bouillon, Pour la goûte, mal très-félon^

S'êtant fahfroter d'eau-de-vie, *> En a pensé perdre la vie ; Car, le feu prenant au drapeau Couzu dessus sa noble peau , Toute sa couche en fut brûlée, Sa cuisse en fut demy grillée, ij Et, sans le secours qui vint tôt, Tout son corps eût senty le rôt.

Jadis, Charles, roy de Navarre, En un semblable tintamarre, Y laissa chausses et bonnet , *• Et fat cuit et rôti tout net.

L'autre-jour, faute de mémoire Tavois oublié cette histoire.

Monsieur lé marquis de Nonant , Gentil-homme assez avenant, il Possesseur d'un grand héritage , Et fils d'une mère trés-sage*

May i6$i. — Livre II. Lettre XVIII.

if5

Epouza, l'autre samedy,

Une heure ou deux avant midy,

Une agréable jouvencelle,

40 Uneroze, une fleur nouvelle, Un tendron de quinze à seize ans, L'objet de piuzieurs courtizans , Qu'on dizoït être, ce me semble, Fille et Lyonne tout ensemble;

45 Mais, pour mieux expliquer cecy, C'est qu'on nomme son père ainsy.

L'alliance est tout-à-fait bonne, Cette aimable et jeune mignonne Ayant, sans en rabatre rien,

jo Sept cens mille livres de bien , Et d'esprit aussi bien pourvue Que d'apas à charmer la vûë.

Oh hymen fut un coup fatal A certain généreux rival ,

f 5 Sçavoir le sieur comte de Selle,

Sui lorçnoit aussi la pucelle; àis vamement il la forgnoit, Car sur son cœur rien ne gaignoit.

Selle s'est fait tenir à quatre ,

éo Voulant contre Nonant se batre ; Mais tous leurs amis et parens, Pour le moins les plus aparens , Ont fait donner un. si bon ordre , Qu'ils n'ont pu juscju'icy se mordre,

es Et ce mal-heur point n'aviendra , Car je croy qu'on acordera Cette querelle d'importance Devant les maréchaux de France.

Un certain grand monsieur de Cour 70 Faillit à mourir, l'autre jour, Faute de déclarer et dire Quel étoit son cruel martire, Ce bon monsieur étant honteux D'avouer qu'il étoit goûteux.

7j Mardy, dans le lieu des spectacles, Piuzieurs virent, non sans obstacles, Danser le beau balet du Roy; Mais , mal-heureuzement pour moy, Je ne vis point la mascarade,

te Car j'êtois ce soir-là malade.

On dit qu'il y faizoit bien chaud , Aussi bien en bas comme en haut, Et que plus de trois cens et saize N'étoient pas-là trop à leur aize,

15 On y fut chifonné, pressé, Incommodé , foulé , poussé j Les Filles mesmes de la Reme N'y trouvèrent place qu'à peine;

Piuzieurs y suèrent d'ahan.

90 La princesse de Carignan

Fut d'humeur un peu querelleuze

Contre madame de Fosseuze;

La Reine mesme la gronda,

Btaâs sagement elle céda.

95 Illec êtoit Mademoizelle,

Qui rit très-fort de la querelle,

Jusqu'à dire trois fois : « Ha ! Ha ! »

Puis on entra cahy, caha

(Car ce fat dans la eallerie 100 Qu'ariva cette brouMerie)*

On commença bien-tôt après ,

Car tous les acteurs êtoient prêts.

Certes, de la façon qu'en parle

Monsieur de Schonberg, nommé Charle, 105 Le balet étoit plus royal

Que le dernier du Carnaval.

Les vers êtoient de Bensserade ,

Plus beaux que ceux de VI Iliade;

Les récits furent merveilleux, no D'autres dizent miraculeux.

On y vit d'admirables masques ,

Des danseurs plus dispos que Basques,

D'étranges habits et colets ;

On y joua des gobelets , 115 Et Pon dit chozes non-pareilles

D'une guenon qui fit merveilles.

Mais , n'ayant rien vu de cela,

C'est à moy d'en demeurer-Là.

J'ay mainte choze encore à dire, 120 Et n'ay pas trop de temps d'écrire : Ainsi , je croy qu'il vaudra mieux , De peur mesme d'être ennuyeux Par une longueur importune, Ne dire qu'un mot de chacune, u$ Et ? par pure nécessité , Eviter la prolixité.

Le comte d'Harcourt, non sans peine, Par Pentremize de la Reine , Fut Pautre-jour racommodé

ijo Avec le prince de Condé, Lequel sieur prince fit en suite Au premier prézident vizite ; Mais Amarante , avec ennuy, Se plaint toujours un peu de luy.

ils Vers la fin de cette semaine Il a senty quelque migraine Du souvenir de sa pnzon, Dont il a gardé la raaizon.

Mémac, arcbevesque de Bourges,

l\6 LA MUZB HISTORIQUE

140 Qui n'a d'autre rime que courges,

Fut sacré dimanche au matin , i il®

Quoy qu'il ne soit pas grand latin.

Le sieur Maréchal de Tureine

Salua, mercredy, la Reine.

i4{ Le Telier n'est plus si transy, 16$

Ny monsieur de Lyonne aussy.

L*Archiduc , dit-on , renouvelle

Son dessein pour Mademoizelle.

On parle fort peu de Beaufort, ijo Ny de Corinte plus si fort,

Ny du chancelier de Montrouge. 17®

Jules d'auprès du Rhin ne bouge.

D'autres dizent que, travesty,

Il en est nuitamment party, 15; Mais la marche qu'il a tenue

N'est que de peu de gens connue.

Seguier, comme bien entendu, 171

Recompence le temps perdu.

, — May *6ji.

La Fronde, ce semble, a fait gile ; Le Parlement parolt tranquile ; Gaston n'est plus embarassé Comme il ètoit le temps passé.

Les Partizans à toute outrance Ont choqué la Sur-Intendance, Et de beaux ordres propozez ; Mais, las ! on les a mêprizez.

C'est ce aue je sçay de nouvelles , Princesse, de toutes lesquelles Je ne suis nulement garant, Tant du passé que du courant ; Je vous les ay toujours écrites De mesme Qu'on me les a dites, Et vous les baille, en vérité, Pour le prix qu'elles m'ont coûté.

J'ay fait ces vers pour Vôtre Altesse En may, le sept, après la messe.

LETTRE DIX-NEUFIËME

Du [dimanche] 14 May.

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