GOGUENARDE
Puisque Monseigneur vôtre père, 0 Princesse, que je révère, Quand il a très-bien du loizir, Lit quelquefois avec plaizir
I Les Gazettes que je grifonne Pour vôtre trés-diene personne, Je souhaiterois aroamment, Pour son plus grand contantement, Aussi bien comme pour le vôtre,
10 Que la simple muzette nôtre Efit des grâces et des apas Mille fois plus qu'elle n'a pas :
Car, cet illustre personnage Etant spirituel et sage ,
15 Courtois, généreux et charmant, Et chef dans le Pais-Normand , Ma chère et natale patrie, Si j'avois été d'industrie Pour pouvoir plaire à tel seigneur,
»o Ce me serait un grand honneur, 4
Sue pourtant espérer je n'oze.
ais parlons un peu d'autre choze.
Mardy, messieurs du Parlement,
Examinans exactement 25 Ceux qui par arest ou sentence
Etoient allez en diligence
Sur les pistes du Cardinal,
Virent aans le procez-verbal
Quantité de chozes atroces, ?o Dont en voicy deux des plus grosses
(Ce fat de deux clercs d'avocats,
Dont , à peu prés , j'ay sceu le cas) :
Sçavoir, qu'un homme de village
A dépozé par témoignage j5 Que Jules, s'êtant retiré
CRez un bon-homme de curé,
Avoit quité cette chaumière
Sans donner à la chambrière.
Autre manant, sur le chemin, 40 A déclaré que Mazarin ,
Qui marchoit de nuit, sans lanterne,
Ayant bû, dans une taverne,
Du vin à seize sols le pot,
Quand ce vint à payer l'ècot,
4$ Qui ne consistoit, pour tous vivres. Qu'à la somme de quatre livres, On ne pût tirer de ses mains Qu'un êcu léger de trois grains, Dont il se fit rendre le reste,
50 Et que le tavernier proteste Qu'A perdit sur ledit êcu Pour le moins demy-auart-d'ècu.
Hè bien, sont-ce pas-là des crimes Dignes de foudres ou d'abîmes?
55 Son exil ou banissement
N'a-t'ilpas un grand fondement?
0 vous qui de Son Eminence Prônez sans cesse l'innocence Et qui luy servez d'avocats,
éo Que rêpondrez-vous sur ce cas ?
A la fin, monseigneur le Prince A , dit-on , chance de province ; Cela fut fait lunay dernier.
Ainsi ce redouté guerrier
«5 Préfère au bon vin de Bourgongne Le vin fumeux delà Gascongne, Et , par un sort un peu cruel , D'Espernon, le grand colonel, A oui la cité Bordeloize
70 Et la belle nimphe Agenoize Ont tant soit peu porté guignon, Aura le pais Bourguignon.
On dit que ledit seigneur Prince Va bien-tôt dans cette province 75 Dont il a le gouvernement ;
Et, pour prendre plus promptement Possession de ce beau poste, Qu'il y doit mesme aller en poste.
On dit aussi que , maintenant , 80 II demande pour lieutenant Le sieur Maréchal de Tureine, Et au'il a suplié la Reine De luy faire ce noble don , Pour recompense et pour guerdon
May i6$i. — Livre II
15 Des grands services d'importance
Quête Roy, la Reine et la France
Ont receus de ce maréchal ,
Qui veut, au prochain Carnaval,
Epouzer, d'amour ou de force, 90 Mademoizelle de la Force.
La Clermont^ dés mardy matin , Eût épouzé le sieur Marsin , Mais, étant d'étrange lignage, Il faut avant le manage
9( Obtenir de Sa Majesté Lettre de naturalité, Qui lui sera tôt acordée ; Amsi la chose retardée Au premier jour s'acomplira,
100 Dont Marsin bien-heureux sera, Car on dit que la demoizelle Est prudente , spirituelle , Pleine d'honneur et de raizon , Et fille de bonne maizon ,
105 Ayant de bien , que je ne mente , Seize mille livres de rente.
Marsin, outre qu'il est vaillant, A cinq cens mille francs vaillant , Assez Dien fait de sa personne.
no Ainsi Pafaire est belle et bonne.
Le combat de monsieur d'Elbeuf (Qui fit grand bruit sur le Pont-Neuf) Contre la maizon de Vandôme S'est évanoûy comme un fantôme;
11$ Leur diférant plein de rigueur, Qui leur tenoit si fort au cœur, Se doit vuider dans la balance, Et non pas à grands coups de lance, lcy, Mars le cède à Thémis ,
120 Car tous ces messieurs ont remis Leurs intérêts en arbitrage , Pour éviter sang et carnage.
Un duc qui de Sa Majesté
N'avoit pas serviteur été , iij Jeudy, faizant avec décence
A la Reine humble révérence ,
Cette princesse le gronda ,
D'un œil fâché le regarda ,
Et presque luy dit , hors d'haleine :
ijo « Vôtre forte fiévre-quarteine!
Je hay bien ces gens, par ma-foy,
Qui n'obéissent pas au Roy. »
Cet infortuné personnage ,
Oyant un si rude langage, •?j En demeura tout interdit ,
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. Lettre XX. 119
Et pas un mot ne répondit*
Un des jours de cette semeine, Quelques esprits prirent la peine , Esprits sans doute un peu folets, De faire courir des billets Sur le débat des Molinistes Avecque les Augustinistes.
Je ne suis pas assez profond Pour en pouvoir parier à fond ; Mais cecy n'a point de réplique, Que le fils de sainte Monique Abien plus d'esprit que n'en a Le pauvre monsieur Molina.
Deux dames assez joviales Ont célébré les Bacanales , Et tant pris de ce jus divin Vulgairement nommé du vin, Que , ma-foy, les nobles cervelles De l'une et l'autre de ces belles Tournèrent c'en-dessus dessous, Jusques à dire : « Où sommes-nous? »
Jusqu'à dire : « Veillay-je, ou dors- je?» Et mesme jusqu'à rendre gorge.
L'une en eut le teint tout blèmy.
L'autre l'esprit tout endormy ; L'une faizoït saut et gambade, L'autre dhoït : « Je suis malade. »
L'une bredouilloït en parlant, L'autre parloit en bredouillant; L'une cassa deux ou trois verres, L'autre fit tjuatre ou cinq parterres; L'une dizoit : « J'en tiens, mafoy, »
L'autre dizoit : « Soûtenez-moy, »
L'une prenoit Margot pour Anne, Et l'autre prenoit Jean pour Jeanne; L'une perdit ses afiquets.
Et l'autre fit cinq cens hoquets.
Enfin l'histoire est assez bonne > Mais il ne faut nommer personne.
S'il court encor quelqu'autre bruit, Je n'en suis nulement instruit.
Et quand on n'a plus rien à dire, Princesse, il faut cesser d'écrire ; Ma lettre donc je finiray, Et , s'il plaît à Dieu , j'en feray Une plus belle et plus entière Lors-que j'auray plus de matière.
J'ay fait cette narration Trois jours après l'Ascension.
La Muzfi historique. — May i6ji.
LETTRE VINT-UNIÊME
Du [dimanche] 28 May.