‹ La muze historique;Chapitre 63 sur 221 · II. Lettre XXL · texte numérisé non relu

II. Lettre XXL

Se sont montrez si furieux Et fah tant et tant d'insolences, Dezordres, vols et violences,

«is Que, pour tant de maux suprimer, Le Parlement fait informer Contre ces infâmes soudrilles, Opresseurs de femmes et filles, Enragez, boureaux, fanfarons,

140 Et bien moins soldats que larons.

Entre les nouvelles bourués Qui se dizent^army les rués , On cite celle-cy tout haut , Qu'au duc de la Rochefoucaut,

145 Par une soudaine tempeste, On a voulu casser la teste ; Mais qu'il s'est si bien conservé Que cela n'est point arivé.

D'autres dizent, tout au contraire,

t (o Que ce bruit n'est qu'un bruit vulgaire, Un vray conte à dormir debout, Une chimère , et puis c'est tout.

Le sieur abé de la Rivière , Qui languit d'étrange manière

ijj Dans le solitaire réduit

Où son mauvais sort Ta conduit, Ces jours passez espéroit d'être Remis avec monsieur son maître , Et dans le grand-monde et la Cour

téo Faire un honorable retour ;

Mais plus qu'un rocher ou qu'un terme Monsieur Gaston a tenu ferme, Et son cœur pour ce favory Ne s'est nulement atendry,

téj Dontcét abé, grant politique, En est plus que mélancolique; Mais ce prélat devroit songer Que tout est sujet à changer.

Monsieur le duc de Longueville,

170 Hier, partit de cette ville Pour retourner avec honneur Aux lieux dont il est gouverneur, Assavoir dans la Normandie, Province qui, quoy que l'on die,

175 Se peut nommer certainement Un bel et grand apartement, Abondante en femmes fort belles , Villes , citez et citadelles , Rivières à porter bateaux ,

180 Tours ♦ pavillons, dômes, châteaux; En ports de mer pour le commerse , D'où l'on peut aller jusqu'en Perse ,

La Muze historique. — Juin i6$i.

En bons esprits , en bons soldats, Chèvres , boeufs , moutons et dadas ,

185 En toiles pour draps et chemizes, En hauts clochers , temples , églizes , Gens facétieux et plaizans, Prestres, magistrats, artizans, Miel, lins, gibier, beures et laines,

190 Prez , bois , forêts , campagnes , plaines, En pages , laquais , estafiers , Procureurs, avocats, grefiers, Oizeaux de mer, poissons, anguilles, Des roauailles et des toquilles,

19 j Des arcners, sergens et prévôts, Des gens d'honneur, des gens dévots, Bref des milliers de gentils-hommes

Et des mille-millions de pommes.

Sans dire des mots superflus!

aoo Je parlerais encor bien plus

De ce beau climat normanique ;

Mais trêve de panégirique*

Si je me suis plus étendu

Sur ce sujet que je n'ay dû , 20 j Princesse, excuzez, je vous prie,

L'amour qu'on a pour la patrie.

C'est un pâïs où je n'ay rien,

Et toutefois je l'aime bien.

Ecrit le jour de Pentecoste, 210 ChezmonsieurdeSchonberg,monhoste.

LETTRE VINT-DEUXIÉME

Du [dimanche] 5 Juin.

PLATB.

Quand la planette de Saturne , Déhé sombre et taciturne , A, dans le céleste contour, Sur nous ascendant à son tour,

$ On à beau faire , on a beau dire, Rêver, songer, rimer, écrire , Quand ce seroit au mois de may, On n'a jamais l'esprit bien gay, Tant l'influence est trés-maligne

10 De ce dieu qui toujours rechigne.

Je croy que je tiens aujourd'huy De l'humeur qui domine en luy , Car je sens bien que de ma veine Cette Lettre ne sort qu'à peine ,

15 Et j'ajr peur que son entretien Ne soit un peu saturnien ; Mais , à bonne et sage Princesse !

Puisque moy-mesme je confesse Que ce discours n'est pas trop bon ,

20 Je mérite un peu de pardon.

La Reine et le Roy, de leur grâce , Se trouvèrent au Val-de-Grace Mardy dernier, prédzémant ,

Où madame de Saint-Amand 2j Fut par grande cérémonie Consacrée abesse et bénie ; Ses parens l'avoient fait venir Pour illec la faire bénir, D'autant que , par un soit funeste , ?o Rouan est infecté de peste,

Et ces gens-là , craignans leur peau, N'eussent nulement trouvé beau Pour un pur intérêt de crosse, D'aller gaigner la male-bosse.

u L'épouze du roy Polonois, Qui , selon la publique voix , Est une fort aimable reine , A fait un don à sa germeine De toutes les prétentions ,

40 Biens , rentes , droits, possessions, Que , par son illustre naissance , Elle pou voit avoir en France, Sans quoy que ce soit retenir, Pour le prézent ny l'avenir, Action vrayment libérale ,

45 Et digne crune aine royale ,

Juin i6$i. — Livre IL Lettre XXII.

nj

Dont sa sœur, ayant peu de bien, Se trouvera grandement bien; Car il est vrajr gu'une princesse {o A toujours bezoin de richesse.

Cette semaine, Caumartin A fait un somptueux festin Aux deux Chévreuzes mère et fille , Où l'on mangea mainte morille, H Des tourtes pleines de pignons , De beaux grands plats ae champignons, Et deux mille autres friandizes , Sans les fraizes et les cerizes.

On dit que le prince François,

fe Du sang lorain , et non françois, Qui devoit en face d'Eglize Se joindre à la maizon de Guize , Sent un autre feu dans son sein, Et qu'à prézent il a dessein,

*s Pour se voir père de famille, D'épouzer Chévreuze la fille.

On croid que monsieur Château-neuf, Rentrant en grâce tout de neuf, Va reprendre , non sans mistére ,

7» Les fonctions du ministère , Qu'il y sera, bon gré malgré, Dans peu de temps réintégré , Dont des dames , pour le moins saize , En ont le cœur transporté d'aize ,

7j Car il est facile et bénin Envers le sexe féminin ; Quand quelqu'une luy semblant belle Luydit: « Je suis vôtre humble ancelle», Quoy que d'âge assez continent ,

«o Son cœur se rend incontinent A cet amiable prélude.

Aux masculins il est bien rude , Nonobstant leur soumission ; Mais c'est sa constélation.

*s Certaine dame , bonne et belle, Me dit l'autre-jour pour nouvelle Que l'heureux monsieur de Rohan Avoh quhé , non sans ahan , Sa belle et charmante compagne

90 Et les estats de la Bretagne, Afin de venir à la Cour Pour expozer et mètre au jour Les justes raizons qu'il avance Touchant le point de presceance

9) Par qui sont brouillez, aujourd'huy, Le pnnce de Tarente et luy.

On dit que la Cour se partage

Pour l'un et l'autre personnage, Et qu'ils ont des amis, tous oeux, too Qui rendent le cas bien douteux.

Ores cjue la saizon nouvelle Estseraine, riante et beHe , Et que les fleurs pleines d'apas Semblent naître dessous nos pas 105 Dans les jardins et les prairies D'un gracieux émail fleuries, Il prend à chacun un dézir De courtizer Flore et Zéfir, Et respirer leur douce haleine,

i io Tant dans le bois que dans la pleine. Le Roy fut à Rûel jeudy, Et Gaston revint vendredy De Limours, maizon rare et belle, Où fut aussi Mademoizelle ,

115 Pour humer l'air délicieux Qui régne en ces aimables lieux.

L'une et l'autre mignonne Loupe Etoient de cette illustre troupe , Plus fraîches et belles cent fois

iao Que les fleurs des champs et des bois. En cet endroii publier j'oze Que Loupe est une laide choze , Et qu'outre sa diformité , Elle cauze incommodité;

i3) Mais il faut pourtant que l'on die Que ces anges de Normandie , Ces deux incomparables sœurs, Riches d'attraits et de douceurs, Feroient bien changer de langage ;

Uo Et qu'il n'est point de personnage, Voyant ce couple précieux , Quand ce serait mesme un des Dieux De la haute et céleste troupe, Qui ne souhaitât une Loupe.

135 Mademoizelle, de retour, Sans faire à Paris de séjour, En carosse soudain remonte Pour aller â Bois-le-Vicomte , Autre lieu tout-à-fait charmant,

i4o Où tout son divertissemant

N'est que d'avoir bien dequoy frire, Que de courir, cauzer et rire , Que de prendre de bons bouillons , Que d'exercer des violons ,

145 Dancer un peu de chaque dance , Et les Tricotets d'importance.

Princesse pour qui mainte fois Je me mors bien serré les doigts Pour mieux rencontrer quelque rime

La Muzc historique. —Juin 1651.

150 Qui soh digne de vôtre estime , Enfin , j'ay tant et tant rêvé Que cet ouvrage est achevé; Lors-que j'ay commencé d'écrire, Je ne pensois pas en tant dire.

155 A la huitaine, l'on verra

Ce que Phébus m'inspirera , Car j'ay toujours entendu dire # Que c'est ce Dieu qui nous inspire.

Fait le jour et solennité 160 De la très-sainte Trinité.

LETTRE VINT-TROIZIÊME

Du [samedi] 1 1 Juin.

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