INDIGESTE
Quand pour vous j'exerce ma veine, Mon pauvre esprit est fort en peine Si ma lettre et mon compliment Auront pour vous de l'agrément.
$ 0 Princesse tout-à-fait prude, J'ay toujours cette inquiétude , Et crains d'y métré quelque mot Qui me fasse passer pour sot ; Mais , nonobstant ma défiance,
10 Et mesme aussi ma prévoyance, Dans un si grand nombre ae vers Qui métent l'esprit à l'envers, une se peut que je ne dize Le plus souvent quelque sotize:
1$ Mais comme vôtre entendement Scait faire le discernement, Vôtre Altesse est d'ailleurs si bonne ,
Qu'à mes défauts elle pardonne.
Princesse, excusez donc aussy 20 Ceux que vous trouverez icy.
Le bruit commun m'avoit fait mettre Dans mon autre et dernière lettre Que le Pape ètoit décédé ; Mais, depuis, on nous a mandé 2$ Par un courier venu de Rome [me; Qu'il mange et boit comme un autre hom- Qu'il est très-certain , toutefois, Que l'on l'a vu presque aux abois, Par ce chien de mal nommé goûte, jo Où le médecin ne voit goûte.
« Gaston , depuis cinq ou six jours , Est dans sa maizon de Limours,
Septembre 165 1. — Liv
Où son illustre fille ainée
L'alla voir une apresdinée, 15 Pour le convier au retour,
De la part , dit-on , de la Cour ;
Mais ce prince donna parole
Au seigneur prézident Viole ,
Qui survint presque au mesme instant , 40 Qu'il n'iroit point si-tôt , pourtant ,
Dont la princesse , un peu confuze ,
En vint taire à la Reine excuze.
Les sieurs de Chaumont et Boïer
Se bâtirent lundy dernier, 4$ Et chacun d'eux vit son êpée
Au sang de son rival trempée;
Je les nomme rivaux icy,
Car ils se navrèrent ainsy
A grands coups d'êpée ou de lame $0 Pour l'amour, dit-on , d'une dame.
Ledit sieur Boïer fat blessé
A la cuisse , mais je ne sçay
Si ce fut à la cuisse dextre
Ou si ce fut à la senestre ; 55 Et Chaumont , quov que fort adroit ,
Eut un coup dans fe côté droit.
Après ces deux coups d'estocade , - Dont chacun fut un peu malade ,
Chez le barbier on les porta, *> Lequel les médicamenta,
Protestant que dans la huitaine
Leur guérizon étoit certaine.
Les Cozaques, devers le Nort, Qui s'étoient soulevez à tort
6$ Contre la puissance royale, Aux factieux toujours fatale, Commencent fort à sucomber, Et sont quazi prêts de tomber Dans ces transes plus que mortelles
70 Ordinaires fléaux des rebelles , Lesquels courent toujours hazard De se repentir tôt ou tard.
De jours il y a plus de douze Que l'archévesque de Toulouse
75 Est allé de vie à trépas,
Dont pluzieurs gens ont dit hélas !
Car certainement c'est dommage De la mort d'un tel personnage, Qui fut toujours, de son vivant,
So Sage, vertueux et sçavant,
Bon François, bon prélat, bon prestre, Et tel enfin qu'il devoitestre, Tant en ses faits comme en ses dits, Pour aller droit en paradis.
re II. Lettre XXXV. 153
8$ On tient pour choze assez certeine Que c'est le dézir de la Reine De voir Condé justifié Par arest bien vérifié.
S'il est ainsi, toute la France
90 Doit avoir encor espérance De voir revenir le bon-temps , Qui rendra tous nos cœurs contens.
L'autre-iour, une demoizelle , Jeune, aimable, charmante et belle,
95 Non sans se faire un peu de mal , En chassant tomba de cheval, Et Zéphir, la prenant pour Flore, Hors-mis qu'elle est plus fraîche encore, Luy souleva, quand elle chût ,
100 Chemize et cotillon ; mais chut ! Je suis si simple et si modeste Que j'ay peine à dire le reste.
On ne vit qu'un beau cul, pourtant, Admirablement éclatant ,
105 Et dont la blancheur sans-pareille Des autres culs est la merveille, Cul royal et des plus polis, Puis qu'il est tout semé de Us; Cul qui , cette-fois , sans obstacle ,
1 10 Fit voir un prodige ou miracle :
Car c'est la pure vérité Que dans un des chauds jours d'esté, Quand il fit ce plaizant parterre , On vit de la nége sur terre.
1 1 j Pluzieurs se trouvans vis-à-vis De cet objet, furent ravis, Le nommant , en cette avanture, Un chef-d'œuvre de la Nature; ' Et mesme un auteur incertain
120 Compoza ce joly huitain :
Trézor caché, beauté jumelle, Brillant séjour de l'en-bon-point, Ta splendeur a paru si belle , Et mis ta gloire à si haut point, us Qu'il faut qu'incessamment l'on prône, 0 cul qui les dieux charmeret!
Que, si tu n'es diene du trône, Tu l'es au moins du tabouret.
L'agréable épouze d'un homme 1)0 Que monsieur ae Cominge on nomme , En chassant aussi, vendredy, Non, je croy que ce fut jeudy, Elle èchapa , ce dit-on , Délie , Car la monture de la belle t?5 Trois fois àprement regimba, Mais toutefois point ne tomba.
La Muze historique. — Septembre 1651.
Je me suis mesmes laissé dire Que le cheval de nôtre Sire Prit aussi la peine de choir :
140 Jugez un peu quel dezespoir S'il se fût blessé par mégarde !
Mais le bon ange qui le garde Avec tant d'heur le prézerva , Que sans blessure il se trouva.
145 Princesse digne de louange , Je prie aussi vôtre bon ange De vous assister au bézoin , Et prendre de vous tant de soin Que le bon-heur toujours vous suive
150 Et?qu'aucun éézastre n'arive, Soit en veillant, soit en dormant, A vôtre individu charmant, Qui mérite, je'le proteste, Une protection céleste.
1 5 5 Ces vers un peu précipitez Du trois de ce mois sont datez.
Apostille*
Ces deux sénateurs équitables, Ces deux esprits considérables, Messieurs Doujat et Ménardeau ,
160 Qu'on charge toujours du fardeau D'aller vers l'Altesse Royale, Sont partis sans crainte du hâle, Par un ordre du Parlement, Pour la suplier humblement
i6; De revenir en cette ville Avéque toute sa famille , Et se ranger auprès du Roy , Ou, s'il ne veut, dire pourquoy.
LETTRE TRENTE-SIXIÈME
Du [samedi] 10 Septembre.