M. le prince TJwnui
Octobre 165 1. — Livre IL Lettre XLL
C'est-à-dire prés de Cologne, Ces jours passez un gros yvrogne Juroit Satnan et Lucifer,
ifs Et tous les grands diables d'enfer, Que Ton l'avoit receu par grâce Dans le convent du Val-de-Grace, Et que ledit sieur Mazarin Chantoit tous les jours au lutrin En habit de religieuze.
ife La nouvelle est un peu joyeuze, Mais sote en un si haut degré, Et si ridicule , à mon gré , qu'en ce lieu je n'oze l'écrire , Sinon pour vous faire un peu rire.
ié; Or, je ne manquois pas d'esprit,
Quand j'ay commencé cet écrit, De vous dire que dans ma lettre Je ne sçavois quazi que mettre.
Princesse , ayez donc la bonté
170 D'excuser sa stérilité.
Comme ce n'est pas la première, Ce n'est pas aussi la dernière :
Car, si je puis»continuer Ce travail, qui me fait suer,
17$ Il faut, lizant les rimes nôtres , Que vous en excuziez bien d'autres.
Cette lettre le huit du mois Fut écrite, entre deux et trois.
LETTRE QUARANTE-UNIÈME
Du [dimanche] 1 5 Octobre.
INGÉN1EUZE.
Puis-que le discours qui recrée Est celuy qui plus vous agrée, Princesse , que ne sommes-nous En un temps plus calme et plus doux,
j Pour n'écrire dans mes gazettes Que joyeuzes historiettes, Qui seroit sans doute un prézant Mille et mille fois plus plaizant Que quand quelquefois je me pique
10 lyêtaler de la politique, Où je ne suis pas trop grand clerc (Ce dit madame de Schonberg) ?
C'est dequoy nôtre simple Muze Vous fait trés-humblement excuze
15 Dans ce préambule un peu long.
Princesse, contentez-vous donc De mon ordinaire ramage, Car je n'en sçay pas davantage.
Le bruit commun est que la Cour
30 Fait encor maintenant séjour Dans la belle cité de Bourges, Terroir fertile en grosses courges, Où Guépean est prizonnier, A qui Ton a pris maint denier,
n Car ceux qui de luy firent prize Trouvèrent dedans sa valize
Trois ou quatre mille écus d'or ; Puis à d'autres l'on prit encor Quelque butin, proye et bagage ; io Mais je n'en sçay pas davantage.
Monseigneur d'Orléans, Gaston, Et nôtre Parlement, dit-on, Ne sont pas bien d'acord ensemble, Et quana j'entens cela je tremble,
? j Car tous nos maux ne sont cauzez Que des grands hommes divizez; Leurs diférentes politiques Font les calamitez publiques; Et j'ay toujours opinion
40 Qu'avec un peu plus d'union, On pouroit dissiper Forage; Mais je n'en sçay pas davantage.
Le Prince est sorty de Bordeaux
Avec quantité de chevaux , 45 Et va par villes et villages
Pour s'aquerir cœurs et courages.
Dudit Bordeaux les citadins
(Vrayment ce sont de grands badins),
A la nonte de leur contrée, jo Firent l'autre jour une entrée
A certain grand mangeur d'oignon ,
La Muze historique. — Octobre 1651,
Avec harangues et canon, Maire, jurats , et bien deux mille Des plus francs Gascons de la ville,
n Tant nobles, marchands, qu'avocats.
Lors que l'on m'écrivit ce cas , Je crûs, de loin, voir une farce.
Et pourauoy crûs-je cela? Parce Que, ledit grand mangeur d'oignon
60 Notant qu'un petit compagnon
Sansdaix, cordorf-bleu , ny ballustre, Et sans avoir rien fait d'illustre, C'est agir ridiculement Que l'acueillir trionfamment.
65 Bon cela pour monsieur le Prince, Le capital de la province , Et qui tient la place et le rang D'un des plus hauts princes du sang; Ce grand abateur de murailles,
70 Ce vainqueur dans tant de batailles, Qui fut autrefois la téreur De l'Empire et de l'Empereur, Ce preux oui , dans mainte campagne , A fait trembler toute l'Espagne;
7j Prince qui, dés ses jeunes ans, A charmé Cour et courtizans; Ce vaillant du plus haut étage, Ce grand esprit, ce grand courage, A qui rien ne manque, ma foy,
80 Sinon d'être auprès de son Roy, Et , bref, dont les faicts héroïques Passent tous les beaux faits antiques.
C'est à tels et pareils seigneurs Qu'on doit de trionfans honneurs.
8s Mais de ce brave dont l'épée S'est rarement vûë ocupée Pour servir l'Estat, ny le Roy, Je voudrais bien scavoir pourquoy On luy fait cette déférence,
90 Jusau'à le traiter d'Excélence, Et de tiltres encor plus beaux , Dont le parlement de Bordeaux, Soit qu'il fût fou , soit qu'il fût sage , Régala ledit personnage.
9t II fut nommé, par pluzieurs fois, L'allié des sieurs Bordelois, Le régent de l'humide plaine , Le grand Neptune d'Aquitaine; Enfin , tout le peuple Gascon,
ioo De mâle autres tels mots, dit-on, Flata ce galand personnage; Mais je n'en sçay pas davantage.
Un richard a prêté comptans Environ six cens mille francs
105 A Richelieu, dont on peut dire Qu'il a maintenant dequoy frire, Moyennant le susdit argent :
Car ce duc, assez indigent Auparavant ladite somme ,
1 10 Vivoit sur foy de gentilhomme.
Icy, je n'êclairciray point Si ce prêt, venu tout à point, Est fait sur garant ou sur gage , Car je n'en sçay pas davantage.
11$ On dit qu'il lève des soldats , Tant à pied que sur des dadas , En Xaintonge et d'autres provinces, Comme étant du party des princes.
Peut-être qu'il réussira
tao Aux nouveaux exploits qu'il fera :
Il porte un nom ae fort grand lustre; Mais on craint que la gloire illustre D'un nom si fameux et si beau Spît pour jamais dans le tombeau.
îaj II est vray que de sa personne L'aparence en est assez bonne; De sa femme il est fort au gré, Et se pique en un haut degré D'être constant en mariage ;
no Mais je n'en sçay pas davantage.
Les jeunes Forces , ou forçats, Ont pns de l'argent plein trois sacs Pour lever autour de leur terre Des manans, faits en gens de guerre,
ijj Sans ordre et mandement du Roy, Acte trés-criminel de soy,' Dont l'illustre vieillard leur père A témoigné grande colère.
Quantité d'autres nobilis,
140 De la malle-faim acueillis,
Assemblent aussi quelques troupes Pour des paisans manger les soupes.
Quelques uns de ces révoltez Ont, ce dit-on , été frotez
145 En traversant quelque passage ; Mais je n'en sçay pas davantage.
Certain étranger déloyal , Dézerteur du party royal, A fait une belle bezogne
ijo D'abandonner la Catalogne.
Hé quoy! tant d'illustres guerriers, Dignes chacun de cent lauriers, A la gloire de nôtre Prince, Ont conservé cette province ,
1 jj Le grand Condé, le brave Harcourt,
Octobre 1651. — Livre II. Lettre XLI.
Schonberg et la Mote-Oudancourt,
Et ce beau capitan de baie,
Par sa défection brutale ,
La laisse périr maintenant !
160 La peste soit du gros manant ,
Et les fortes fiévres-quartaines
A de si lâches capitaines !
Chacun jette du feu grégeois
Contre ce perfide Albigeois ; i*s A Paris , tant hommes que femmes
Le métent au ranc des infâmes ;
A Toulouze , on ra condamné
D'être pendu, roué, traîné;
En tous les endroits de la France 170 Chacun crie hautement vengeance
Contre sa vilaine action ,
Qui blesse nôtre nation.
Je voudrois bien, dans cette lettre,
La moitié tant seulement mettre 17$ Des injures et des brocards
Que l'on vomit de toutes parts
Contre ce félon personnage;
Mais je n'en sçay pas davantage.
Un bourgeois me dit , l'autre jour,
iio Que Chàteauneuf , qui suit la Cour, Encor qu'il soit plus vieil qu'Hérodes, Permet à madame de Rhoctes (Dont il estime , à ce au'on dit, La beauté, la grâce et l'esprit)
18$ D'ocuper, dans son beau Monrouge, Sale, cabinet, chambre et bouge, Ofices , court, cave et grenier, Sans qu'il luy coûte un seul denier ; Et veut le susdit seigneur tant que
190 Elle y sera, rien ne luy manque, Sinon la viande et la enair Qu'ailleurs il faut aller chercher :
Car, tant le jour gras cjue le maigre, On luy fournit sel et vin-aigre ,
»9s Huile, bois, pain, fruit, sucre, vin, Et jusques aux choux du jardin. Cette aimable et charmante blonde Ne sçait pas que je suis au monde ;
J'ay l'honneur de sçavoir pourtant aoo Qu'elle est un objet éclatant, Une belle ame, un beau vizage; Mais je n'en sçay pas davantage.
Quelques gens , jusqu'à plus de neuf, Dizent que ledit Châteauneuf ,
ao j Par des adresses non-pareilles, Dedans Bourges à fait merveilles, Pour graver aux cœurs des bourgeois Le respect que l'on doit aux rois , Et qu'avec douceur et saeesse
210 II a mesme induit la Noblesse De garder à Sa Majesté Eternelle fidélité; Il a plus fait encor, je gage, Mais je n'en sçay pas davantage.
21 5 Princesse de très-rare esprit , Si dans ce mien chifon d'écrit Vous n'êtes pas bien informée De ce que dit la Renommée, Quelqu'un qui plus sçavant sera
220 Possible vous en instruira Par écriture ou par langage, Car je n'en sçay pas davantage.
Fait, apuyé contre un lambris , Dies quindecun octobris.
Apostille.
22f Hier s'assembla le Parlement, Où fut proclamé hautement Que monsieur l'Altesse Royale, Ayant Pâme bonne et loyale, En l'absence du souverain
2)0 Auroit pouvoir entier et plain D'agir à Paris, tant-que-terre, Tant pour la paix que pour la guerre.
Il se nt infailliblement Encor maint autre règlement Dans ce Sénat sçavant et sage ; Mais je n'en sçay pas davantage.
La Muze historique. — Octobre 1651.
LETTRE QUARANTE-DEUXIÈME
Du [dimanche] 22 Octobre. ;
GRACIEUZE.
Princesse de très-rare prix, A qui, sans 7 manquer, j'écris Une lettre tous les dimanches, Que vous prenez de vos mains blanches ,
5 Ces vers que je viens d'enfanter A vos yeux se vont prézenter.
Je ne sçaurois pas bien vous dire Si quelqu'un d'eux vous fera rire, Je ne puis deviner cela;
10 Mais, plaizans ou non, les voilà.
Quantité de porte-rapiéres, Gens à mousquet et bandoliéres , Ne trouvant pas l'air trop charmant De Mont-rond ny de Saint-Amand ,
15 II en est sorty prés de mille; Et dans Bourges, la noble ville, On a fait un très-mauvais tour A la grosse et maîtresse tour, Dont, par des maximes de guerre ,
20 On a mis le grand corps par terre , Qui, trébuchant par gros plâtrats , Fit horiblement patatras.
De Condé la sœur et le frère, Et Nemours, êtans en colère
aj De sentir la Cour si près d'eux, Par un voyage hazardeux Vers la Gascogne ont fait retraite, Chaque jour faizans grande traite, D'autant cjue le sieur de Paluau
?o Les suivoit par terre et par eau , Avec deux ou trois cens gens-d'annes, Pour leur faire quiter les armes, Ou les prendre en les poursuivant; Mais il n'a rien pris que du vant,
*s Hors-mis quelque peu de bagage, Dont les soldats firent partage.
Ladite dame , à ce qu'on dit, Avoit un masculin habit, Et calopoit par la campagne
40 Un beau joly cheval d'Espagne, Mais cjue la "beauté du fardeau Rendit encor cent fois plus beau.
Je croy que la belle guerrière Eût mieux aimé coche ou litière ;
4$ Mais on n'a pas ce que l'on veut Quand on joue à Sauye-qui-peut.
Nouvelle, toutefois, j'ay sceue Qu'elle étoit par-tout bien receue.
Elle avoit un just'au-corps noir,
$0 PréS lequel il faizoit beau voir L'extrême blancheur du vizage, A qui chacun rendoit hommage, Et par-tout ses charmes vainqueurs Ouvroient les portes et les cœurs.
$s Saint-Gerraain-Beaupré, dit l'histoire, Eut chez luy l'honneur et la gloire De recevoir ledit Conty, Elle et tous ceux de leur party, Et fêtoya toute la bande
60 Avec une chère si grande, Que, quand chacun s'en frit allé Et qu'on eut bien tout calculé;, Le maître-d'hôtel sur ses livres Trouva trois mil trois cens trois livres,
6$ Sans compter les verres cassez , Ny dix muids de vin défoncez, Dont les soldats firent des blindes, En mangeant cent trente coqs-d'Indes Et pour plus de cina cens testons
70 Tant de-brébis que ae moutons, Sans comprendre mesme audit compte (Lequel àéjà bien haut se monte) Bois, mârons, paille, avoine et foin, Dont ledit sieur Beaupré dit : « Foin ! »
7$ Car on tient pour choze certeine Qu'on ne trouve plus qu'avec peine Ny de pigeons ny de poulets, Ny de dindons ny d'oeufs molets , Ny pas une poule qui ponde,
80 A trois villages à la ronde.
Arnaud est mort, ce cavalier Qui fut jadis poète et guerrier, Et les déesses du Parnasse, Pour pleurer de cette disgrâce ,
Octobre i6ji. — Livre II. Lettre XL^Î.
t) N'eurent aucun bézoin d'oignons , Car c'était un de leurs mignons.
La Mort dit pareillement : « Halte ! » A la Rochefoucaut de Malte, Ou , pour mieux parler comme il faut,
90 Au chevalier Rochefoucaut ;
D'ailleurs, on craint aue Persan tombe Aussi bien qu'eux dedans la tombe », Car il est , ait-on , alité , Et malade à l'extrémité.
9$ Monseigneur le Prince , leur maître, Trés-infailliblemeni doit être Outre-percé de part-en-part De leur funeste et prompt départ , Nuizible à ses nouvelles armes ;
100 Sans doute , il a donné des larmes A ces trois héros de Mont-rond; Et voilà tout ce qu'ils auront.
Monsieur l'abé Sillery, comme Il pensoit voyager à Rome ,
ioj Fut arête chemm-faizant, Dont il en fut fort déplaizant :
Car on le mit , après sa prize , Dans le château de Pierre- Ancize, Qui n'est pas trop laide maizon ,
110 Mais c'est pourtant une prizon.
Épernon mande qu'en Bourgogne On lu y taille tant de bézogne, Qu'il voudroit en être bien loin , Et que la Province a bézoin
115 Que la Cour y fit un voyage, Pour que le peuple devint sage.
La Cour iroit très-volontiers ; Mais il faut aller à Poitiers , Car du Daugnon dedans Brouage
1» Menace tout le voizinage De feu , de sang , d'extorsions, Et de grosses concussions :
Et mesme on dit que ce rebelle Veut fortifier la Rochelle ,
i2j Qui seroit un diable de tour, Dont , certes , je croy que la Cour En enrageroit toute vive.
Dieu veuille que cela n'arive !
Saint-Maigrin souhaiterait fort 150 Qu'on luy livrât un passe-port De la part du party contrére , Pour aller voir monsieur son père ,