‹ La muze historique;Chapitre 99 sur 221 · TRISTE · texte numérisé non relu

TRISTE

Voicy la centiesme Gazette, Princesse, que pour vous j'ay faite, Où j'ay peu de choze oublié De tout ce qu'on a publié 5 Depuis environ deux années Que mes heureuzes destinées M*atachérent à vous servir, .Dont je ne sçaurois m 'assouvir, Car je voudrois toute ma vie

10 Que de moy vous fussiez servie; Mais, parmy cet empressement Où faut que nécessairement L'intellect tout-à-fait travaille, Je crains que la force me faille

ij Et que de l'esprit la vigueur N'êcale pas celle du cœur; Et d'ailleurs la saizon est telle Qu'on n'entend aucune nouvelle Qui soit fort propre à divertir ,

*> Et c'est ce qui fait, sans mentir, Si le Ciel ne me fortifie, Qu'incessamment je me défie De pouvoir réussir toujours En cette sorte de discours.

a; Mais ce prélude est très-prolixe ; Il faut icy que je le fixe, De peur de me faire tancer.

Voicy donc pour recommencer :

Le Jeudy saint, Mademoizelle io Entra, dit-on, par une échelle, Dedans la cité d'Orléans;

Et, Son Altesse étant leans, Les bourgeois et la populace Admirèrent sa belle face,

j$ Qui se laissa regarder d'eux

Durant demy-quart d'heure ou deux.

A quelque dame de sa suite Qui monta l'échelle trop vîte Ariva certain accident ;

40 Mais Renaudot, homme prudent Et dont l'âme est assez aiscrette, N'en a rien dit dans sa Gazette; Et, quoy qu'on l'ait écrit icy, Je n'en diray donc rien aussy.

45 0 bourgeois de ladite ville !

Vôtre action fut incivile, Et ce fat d'abord trop ozer Que de vouloir vous opozer A cette belle et noble entrée,

50 Honorable à vôtre contrée.

Vous deviez, mes pauvres amis , Etre plus doux et plus soumis ; Vôtre cœur fat un peu barbare Pour une princesse si rare;

jj Vous deviez vous mètre en couroux Contre les gonds et les verroux, Et plutôt abatre les portes A coups de grandes naches fortes Que de ne vous soûmetre pas

60 A tant de glorieux apas.

Mais , chose êpouventable à dire !

On dit que le Roy, nôtre Sire, Fut aussi par vous refuzé.

Avril 1652. — Livre

0 peuple un peu trop divisé!

6$ Superbe ville orléanoize !

Pour éviter mal-heur et noize , Soyez plus sage une autrefois ?

Ou bien vous aurez sur les doigts.

J'ay sceu depuis que cette ville , 70 Devenant beaucoup plus docile ,

A cette princesse a montré ,

Non de force, mais de bon-gré,

Une afection singulière

Et soumission toute entière 7$ Par de grands radoucissemens,

Discours , harangues, complimens,

Et quantité de confitures

Pour elle et pour ses créatures.

Mais , 6 trop heureuze cité !

80 Qui retenez cette beauté

Que dans tout Paris on adore ,

Puis qu'enfin nous sommes encore

Dans un temps de dévotion,

Faites-nous restitution.

8j Assez et trop long-temps la Loire

Ravit à la Seine sa gloire ;

Elle en murmure tous les jours,

S'en plaint, passant auprès du Cours,

Et dit à ses rives dézertes 90 Que vous trionfez de ses pertes ;

C*est trop l'arêter par de-là :

Orléans, restituez-la!

Retenez l'antique pucelle,

Mais redonnez-nous la nouvelle.

95 Monsieur le prince de Condé , Encor qu'on ne l'ût point mandé, Icy, lundy, se devok rendre Et se fit trés-lonç-temps atendre ; Mais on atendit jusqu'au soir

100 Sans que l'on eût l'honneur de voir Sa personne tant renommée , Qui maintenant est dans l'armée.

Sur le Pont-Neuf, ces jours passez, Quantité de gens ramassez,

105 Avec des cris et des tumultes, Firent à pluzieurs des insultes, Et mesmes madame de Rieux Vid illec de ses propres yeux, Par une violence atroce ,

no Mètre en pièces son beau caresse, Qui fut rompu, brizé, volé, Et trés-indignement pillé ; A Pescuyer, laquais et pages On fit de trés-cruëls outrages ,

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