ÉPILOGUE
sidenles envièrent le bonheur d'une demoiselle, fille de la noblesse, osant s'abandonner à un « doux ami », croquant de la roture. La Nouvelle Héloïse, applaudie en un délire d'admiration, nous montre l'état d'âme d'un vieux monde qui va finir; elle est la messagère annonçant l'approche d'une révolution... Le succès d'enthousiasme obtenu, plus tard, par la mystique et perverse Valérie nous apprend ce qu'était la femme aux temps des « cœurs sensibles », des prétentieuses mélancolies : une créature d'égoïsme et d'impudeur, sans autre idéal que sa vanité. Pourtant, cette Valérie fut trouvée adorable; l'effrontée confession devint un catéchisme enseignant la décence; la trop aimable Mme de Kriidener se trouva soudain professeur de vertu; même un tsar de toutes les Russies lui voulut confier l'éducation de sa conscience impériale!... Oui, la morahté d'une époque apparaît dans l'œuvre de ses écrivains, et cette morahté n'est pas toujours de la morale. Aussi, des actes passionnels qu'un philosophe jugeant en l'absolu de son éthique peut déclarer coupables, le romancier et le dramaturge dépeignant une société nous les font absoudre. Vérité dans un temps, erreur dans un autre, ce qu'on appelle ^c vertu » n'est, après tout, qu'une convention. . .
Ayant observé, nous avons cherché à décrire. Explorant le passé et interrogeant la tombe, nous avons tenté d y découvrir des hommes, de les rendre, un instant, à leurs croyances, leurs pré-
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jugés, leurs travers d'esprit, leurs habitndes, leur parler même; de montrer une âme et une chair obéissant aux lois inéluctables de la chair et de l'âme; d'interpréter la créature humaine, de faire passer dans la mort les palpitations de la vie. Entreprise périlleuse où sans doute a échoué notre insuffisance!... Et cependant, nous avons cru voir, fantôme hantant notre labeur, l'aïeul apparaître à nos yeux, l'entendrecon verser en sa langue pompeuse ou triviale, et nous exphquer la raison de ses actes par l'exposé de ses passions.