‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 150 sur 151 · DES DRUIDESSES · texte numérisé non relu

DES DRUIDESSES

Nous avons déjà dit que toute la morale des druides se réduisait à trois points principaux : Honorez les dieux, ne nuisez à personne, et soyez courageux. Comment concilier avec ces maximes sublimes celle qui donne aux pères de famille droit de vie et de mort sur leurs femmes, leurs enfans et leurs esclaves? «L'autorité paternelle et domestique,» dit l'abbé Banier , « n'était fondée sur aucune loi » positive , mais seulement sur le respect et

» l'amour. >, Jules César et Tacite se plaisem sans cesse à peindre le respect que les Gaulois et les Gern.ains avaient pour leu femmes; celles des druides partageaient lV,u-

danl ' r' 'P'r' '"^^ étaient consultées dans les afiaires politiques et dans celles de la religion; il y avait même dans les Gaules des temples élevés depuis les conquêtes des Romains, dans lesquels les druidesses seules ordonuaient et réglaient tout ce qui concernait a religion , et dont l'entrée était interdite aux hommes.

Les Celtes et les Gaulois, dit M. Mallet dans son excellente Introduction à l'histoire de Danemarck, s'étaient montrés bien supéneursaux Orientaux, qui passent de l'adoration au mépris, et des sentimens d'un amour Idolâtre à ceux d'une jalousie inhumaine, ou a ceux d'une indifférence plus insultante encore que la jalousie. Les Celtes regardaient leurs femmes comme des égales et des compagnes dont l'estime et la tendresse ne pouvaient être glorieusement acquises que par des égards, des procédés généreux et des eltorts de courage et de vertu.

Les poésies d'Ossian prouvent que les habitans des îles Britanniques ont toujours porté ce respect et ces égards aussi loin qu'aucune autre nation du monde. Fidèles à la heaufé

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que leur cœur avait choisie , ils n'eurent jamais plusieurs femmes à la fois, et souvent les épouses déguisées suivaient le héros à la guerre.

Dans les temps brillans de la chevalerie, nous trouvons sans cesse les tableaux de ces mêmes mœurs et de ce même respect pour les femmes : la reconnaissance' venait encore y ajouter ; car , dès qu'un chevîilier était blessé , les dames s'empressaient à le servir , et presque toutes connaissaient l'art de panser les blessures. Elles ne se bornaient pas à ces soins : pendant le temps de la convalescence , le charme de leur conversation servait à modérer le courage bouil ant des chevaliers ; et, pour mieux rappeler leurs travaux à leur souvenir, elles leur lisaient les poëmes et les romans dans lesquels on mettait en action tout ce que l'héroïsme peut produire.

Nous croyons donc pouvoir douter de la vérité de la maxime atroce qui donnait aux druides l'horrible droit d'abuser de la force pour opprimer et même quelquefois égorger l'innocence et la faiblesse. Ces pontifes étaient jaloux de leur autorité ; mais elle était si grande et si bien reconnue, que, pour la maintenir, ils n'avaient pas besoin d'être cruels dans leurs familles. Tous les peuples tombaient à leurs pieds , rien n'élnit au-dessus

de leur puissance; comment auraient-ils pu se plaire à remplir de terreur les compagnes qui seules pouvaient donner des charmes à leur solitude , les enfans qui devaient j^erpétuer leur mémoire, et les esclaves qui veillaient à prévoir et à satisfaire tous leurs besoins ? Cette maxime, si elle est vraie, ne peut appartenir qu'au temps de la plus grande dégradation des druides et des Gaulois.

Il existait trois sortes de druidesses : les premières vivaient dans le célibat ; les secondes, quoique mariées, demeuraient dans les tenqjles qu'elles desservaient, et ne voyaient leurs maris que pendant un seul jour de l'année; enfin les troisièmes ne quittaient point leurs époux, et prenaient soin de l'intérieur de la famille.

Malgré ces différences, les druidesses ne formaient véritablement que deux classes. La première était composée de prêtresses , et les femmes de la seconde classe n'étaient que les ministres des prêtresses, dont elles devaient exécuter les ordres.

La demeure la plus ordinaire des druidesses était dans les îles qui bordent les côtes des Gaules et de l'Angleterre. Les druides en habitaient aussi quelques-unes ; mais alors on n'y rencontrait point de druidesses. C'était dans ces îles que les druides , ou les druidesses ,

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s'exerçaient le plus à la magie. Les peuples des Gaules et de l'Angleterre croyaient généralement qu'ils pouvaient exciter à leur gré les orages et les tempêtes.

L'inquiète curiosité des hommes place le jiouvoir de lire dans l'avenir au-dessus de tous les autres. Les druides, après avoir persuadé aux peuples qu'ils connaissaient les influences des astres et les événemens futurs , abandonnèrent presque entièrement à leurs femmes cette portion de leur ministère.

Témoins du respect presque idolâtre que les Gaulois et les Germains avaient pour des femmes , ils sentirent qu'elles auraient bien plus qu'eux le don de persuader et de faire croire à leurs prédictions. Ils leur renvoyèrent toutes les questions sur l'avenir; elles, firent des réponses sihabdes, que leur réputation se répandit dans tout l'univers ; on venait les consulter de toutes parts, et leurs décisions inspiraient infiniment plus de confiance que les oracles de la Grèce et de l'Italie. Les empereurs les firent souvent consulter lorsqu'ils furent les maîtres des Gaules. L'histoire a conservé grand nombre de leurs réponses, et ne fait aucune mention particulière de celles des druides.

Nous terminerons cet article en citant ce que l'on connaît de plus certain sur le mo-

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ment où les druides et' les druidesses furent entièrement abolis.

Suétone, Aurélius Victor etSénècjue, soutiennent que ce fut sous l'empire de Claude ; mais comme ils subsistèrent beaucoup plus long-temps , il paraît qu'ils n'ont voulu parler que des sacrifices humains dont cet empereur leur interdit absolument l'usage. On trouvait encore des druides dans' le pays Cbartrain jusqu'au mibeu du cinquième siècle. Il paraît certain que leur ordre ne cessa d'exister qu'au temps où le christianisme triompha entièrement des superstitions des Gaulois; et ce triomphe n'arriva que très-tard dans quelques provinces

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