‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 89 sur 151 · DES DIEUX DE LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

DES DIEUX DE LA MÉDECINE

Le nom d'Esculape , que les Grecs appelaient Asclépios , paraît étranger, et semble tiré des langues de l'Orient. 11 est certain qu'Esculape était connu dans la Phénicie , avant de l'être dans la Grèce. Sanchoniaton, le plus ancien des auteurs phéniciens , nomme un Esculape , fils de Sjdic ou le Juste , et d'une princesse de la famille des Tit.ins. Le célèbre Marsham , dont 1 opinion est une véritable autorité pour les savans, nomme un Esculape, roi de Memphis : il était frère du premier Mercure, et vivait deux cents ans avant le déluge, plus de mille ans avant l'Esculape grec. Eusèbe parle aussi d'un Esculape égyptien, célèbre médecin , qui contribua beaucoup à répandre en Egypte lusage des lettres que Mercure avait inventées.

C'est donc dans la Phénicie et dans l'Egypte qu'il faut chercher le véritahle Esculape. Honoré comme un dieu dans ces deux pays , son culte passa dans la Grèce, et fut apporté par des colonies. On l'étahlit d'abord dans Epidaure , ville du Péloponèse , et bientôt les Grecs prétendirent qu'il était originaire de leur pays ; mais , comme leur mythologie ^tait fort incertaine, ils racontaient diiiéremment son histoire. Les poètes lui donnaient pour père Apollon, et pour mère Coronis, fille de Phlégyas. Esculape , au moment de sa naissance, fut exposé sur une montagne, et allaité par une chèvre. Le berger du troupeau crut voir cet enfant environné de lumière. Retiré de ce lieu , il fut élevé par Trigone , femme du berger qui l'avait découverte , et dès qu'il commença à parler, on l'envoya à l'école du célèbre centaure Chiron. Son esprit , très-vif et très-subtil , lui fît faire de grands progrès dans la connaissance des simples , et dans la composition des remèdes. Suivant l'usage de ces temps, il joigTiit la chirurgie à la médecine, et devint si habile, qu'il passa pour l'inventeur et ensuite le dieu de la médecine.

Esculape, contemporain d'Hercule .et de Jason, les accompagna dans le voyage des Argonautes, et leur fut extrêmement utile.

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Peu de temps après sa mort , on lui rendit les honneurs divins. On le plaça dans le ciel; il forme le signe appelé le Serpentaire. Ses descendans régnèrent dans une partie de la Messénie. C'est de là que Machaon et Podalyre, ses deux fils , allèrent à la guerre de Troie.

Les poëtes publièrent dans leurs fables que la science d'Esculape allait jusquà ressusciter des morts ; que Pluton se plaigTiit à Jupiter de ce qu'il rendait son royaume désert , et que ce dieu , pour apaiser le dieu des enfers , foudroya le médecin. Nous avons déjà dit qu'Apollon tua les Cyclopes à coups de flèches , pour venger la mort de son fils.

A Épidaure , on honorait Esculape sous la forme d'un serpent. On le représentait aussi sous la figure d'un homme. Sa statue, ouvrage de Thrasymèdede Paros , était d'or et d'ivoire, comme celle de Jupiter Olympien à Athènes , mais plus petite de moitié. Il est représenté sur un trône, tenant d'une main un bâton, et appuyant l'autre sur la tête d'un serpent. ( Fig. 67 ). On voyait autour du temple grand nombre de colonnes , sur lesquelles étaient écrits les noms de ceux qui se disaient guéris par lui. Le coq et le serpent étaient spécialement consacrés à ce dieu.

La fable publie qu'Esculape était sorti d'un œuf de corneille sous la forme d'un

serpent. Un avenlurier ayant trouvé moyen d'introduire un de ces reptiles dans un œuf de corneille, et l'ayant mis dans les fondations d'un temj)le qu'on élevait en l'honneur d'Esculape , publia qu'il avait trouvé cet œuf, et que c'était Esculape lui-même qui s'était ainsi déguisé. Cette fable fut crue par le peuple , et la foule venait adorer cette divinité de la santé. Les prêtres , habiles médecins , et possesseurs des secrets d'Escidape, faisaient prendre des remèdes aux malades , et laissaient à leur dieu tout l'honneur de la guérison.

Le serpent devint le symbole d'Esculape ; il l'est en même temps de la prudence, qualité si nécessaire aux médecins. Tite-Live rapporte c[ue les Romains , attaqués de la peste , apprirent dans les livres sacrés qu'il fallait aller chercher Esculape à Epidaure. On députa des ambassadeurs. Les prêtres leur donnèrent une couleuvre privée , cju ils assurèrent être Esculape lui-même. Elle fut embarquée solennellement, et, le vaisseau étant parvenu jusqu'à l'île du Tibre , elle en sortit , et se cacha dans les roseaux. On crut cjue le dieu avait choisi ce lieu pour demeure; on lui bâtit un temple superbe sur ce lieu même , et Ion fit revêtir d'un beau marbre blanc tous les bords de 1 île , en lui

donnant la forme, ou plutôt le dessin d'un çrand vaisseau. Ce fut ainsi que , l'an de Rome 462 , le culte d Esculape fut établi parmi les Romains.

Nous ne terminerons pas l'article des divinités particulières , sans dire que les Grecs et les R^omains accordaient à l'amitié les honneurs divins. Les Grecs la nommaient Philia , et les Romains la peignaient {F''g- 68) sous la forme d'une jeune femme , la tête découverte, et vêtue d'un habit très-simple, avec ces mots écrits au bas du vêtement : La mort et la uie. Sur son front on lisait: L'hiver et l'été. Une de ses mains tenait une légende , sur laquelle était écrit : De loin et de près. Ces paroles et ces symboles signifiaient que l'Amitié ne vieillit point ; qu'elle est égale dans toutes les saisons , pendant l'absence comme pendant la présence , à la vie et à la mort ; qu'elle s'expose à tout pour servir un ami, et qu'elle n'a rien de cacbé pour lui. Cette dernière pensée était exprimée par l'une de ses mains appuyée sur son cceur. Cette peinture , toute éloquente qu'elle est , n'égale point les expressions de Montaigne j, lorsqu'il dit , en pleurant la mort de son ami :

« Depuis que je 1 ai perdu , tout devient » pour moi douleur et regret. Nous étions à

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» moitié de tout , nous unissions nos larmes : » nos plaisirs étaient doublés ; maintenant » j'unis à mes maux les pleurs de sa perle , » et , si quelque plaisir vient me surprendre , » je me le reproche , il me semble que je lui » dérobe sa part. »

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