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CHAPITRE

VÉNUS

Naissance de Vénus. — Typo et attrilniLsclc Vénus. — Vénus Céleste. — Vénus Vulgaire. — Pygmalion et sa slatuo. — Vénus de Cnide. — La Vénus Marine. — I.a toilette de Vénus. — Venus (ienitrix. — Vénus Victorieuse.

Naissance de Vénus. — Do rôciimo do la mor, fôcondôo par lo sangdUramis (lo Ciol), naquit iino joiinofillo qui fut d'abord portôo vers

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Fig. 3(>7. — La nalssaiicf dp Venus ((faiirès un tableau de neuclicr).

l'île de Cythère et parvint ensuite à (Miypro. Bientôt, déesse ravissante, elle s'élanea sur la rive, et les fleurs naissaient sous ses pieds dolieats. On la nomme Aplii'odite (Vénus), ou hien Cytliérée, à cause de l'île

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où elle aborda, on bien (Micore Cypris, du nom de l'ile on elle ost honorée. Telle est dn moins la tradition la pins répandue, car des fables différentes sont venues se confondre dans Vénus qui apparaît aussi quelquefois comme fille de Jupiter et de Dionée. C'est aussi celle que nous devons adopter, car les artistes qui ont représenté la naissance de Vénus, montrent toujours la déesse au moment où elle sort des (lots.

Dans les peintures antiques, Vénus est souvent représentée couchée sur une simple coquille ; sur les monnaies, nous la voyons sur un char traîné par les Tritons et les Tritonides. Enfin de nombreux bas-reliefs nous montrent la déesse, escortée des hippocampes, ou centaures marins. Dans le dix-huitième siècle, les peintres français, et notamment Boucher, ont vu dans la naissance de Vénus un sujet infiniment gracieux et prêtant à la décoration (fig. 367). Une multitude de petits amours voltigent dans les airs ou font escorte à la déesse. Au reste, les peintres français ont suivi en cela les traditions qu'ils avaient puisées en Italie.

Se conformant au récit des poètes, l'Albane a placé la déesse sur un char

Fig. 368. — Vomis abordant h Cythèrc (d'après un tableau dn l'Albane).

attelé de chevaux marins. C'est ainsi qu'elle aborde à Cythère, où l'attend Peitho (la Persuasion), qui, placée sur le rivage, tend les bras a la jeune voyageuse. Cupidon est assis près de la mer; les Néréides et les amours montés sur des dauphins forment le cortège de la déesse. Des amours joyeux fêtent Tarrivée de Vénus, et d'autres voltigent dans l'air en .semant des fleurs sur son passage (fig, 308).

Dans un tableau inouï de fraîcheur et d'éclat qui fait partie du mu- .sée de Vienne, Rid>ens a [)eint la fête de Vénus à Cythère. Des nymphes.

41i MARS ET VKNUS.

(If's satyres et des raiincs danscnl autour de sa statue, tandis (jne les amours tressent des guirlandes de Heurs, s'éhattent sur les luanchesdes arbres, et remplissent les airs de leurs joyeuses eacienees. Au fond le peintre a montri' le temple de la déesse.

La toilette de Vénus est un sujet que l'art et la poésie ont dépeint à l'envi. Tandis que les Heures étaient eharo^ées de l'éducation de la déesse, les Grâces présidaient aux soins de sa toilette. Une multitude de tableaux ont re])roduit cette ravissante scène, et les peintres n'ont pas mamjué dy ajouter tous les (h'tails (pui bmr a suj::géi'és leur imagination. Quand Boucher mourut, il a\ail sui- le chevalet un tableau l'eprésentantla toilette de Vénus. Prudhon a t'ait Vénus étendue sur un lit antique et servie par les amours qui parfiunent ses cheveux, lui tendent un miroir, brûlent des parfums autour de la déesse, lui apportent des bijoux et lui tressent des guirlandes de fleurs. Rubens fait aussi intervenir Cupidon qui tient un miroir où sa mère se regarde ; malheureusement c'est une vieille femme qui lui arrange les cheveux. La vieillesse morose et ridée ne doit jamais approcher de Vénus.

L'Albane, qui est loin d'être un artiste de premier ordre, est pourtant celui (pii rappelle le jdus, par la nature de ses compositions, les gracieuses fictions de l'antiquité sur Vénus. La ToilfftP do Yihuiî^, tableau qui a malheureusement jioussé au noir, est peut-ètr<' son chef-d'œuvn^ comme conception mythologique. Sur une terrasse au bord de la mer, Vénus se regarde dans un miroir que l'Amour lui présente, tandis que les Grâces parfinnent sa belle chevelure, et arrang-ent sa toilette. Devant elle est une fontaine jaillissante où un amour fait désaltérer deux colombes. Un palais aérien, comme il convient à Vénus, apparaît au fond dune pièce d'eau, tandis que, dans les nuages, des amours ailés attellent des cygnes blancs au char d'or qui va promener la déesse, et réjouissent les airs de leurs mélodieux concerts.

Type et attributs de Vénus. — « Le culte syrien d'Astarté, dit Ottfried Millier, semble, en rencontrant en Grèce quelques commencements indigènes, avoir donné naissance au culte célèbre et répandu partout de Vénus Aphrodite. L'idée fondamentale de la grande déesse iNature, sur laquelle il reposait, ne se perdit jamais entièrement; l'élément humide qui formait en Orient l'empire réservé à cette divinité continua à être soumis à la puissance de Vénus Aphrodite sur les côtes et dans les ports où elle était révérée; la mer surtout, la mer tranquille et calme, réfléchissant le ciel dans le miroir uni de ses ondes, semblait, aux yeux des Grecs, une expression de sa divine nature. Lorsque l'art, dans le cycle d'Aphrodite, eut laissé loin de lui les pierres grossières et les idoles informes du culte jtrimitif, l'idée d'une déesse dont la puissance s'étend partout et à la([uelle rien ne peut résister, anima ses

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créations ; on aimait à la représenter assise sur un troue, tenant dans ses mains les signes symboliques d'une nature pleine de jeunesse et d'éclat, d'une luxuriante abondance ; la déesse était entièrement enveloppée dans les plis de ses vêtements (à peine si le chiton laissait voir une partie du sein gauche) qui se distinguaient par leur élégance, car précisément dans les images de Vénus, la grâce alîec-

Fig. :jt>9. — \cnus niariiie (d'après une statue aiiticiue}.

tée des draperies et des mouvements semblait appartenir au caractère même de la déesse. Dans les œuvres sorties de l'école de Phidias, ou produites sous l'influence de cette école, l'art représente dans Aphrodite le principe féminin et l'union <les sexes dans toute leur sainteté et leur grandeur. On y voit plutôt une union durable torniée dans le but du bien général, qu'un rapprochement passager qui doit finir avec les plaisirs sensuels qu'il procure. Le nou\el art attique fut le

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premier qui traita le sujet d'Aphrodite avec uu enthousiasme purement sensuel, et qui divinisa, dans les représentations figurées de cette déesse, non plus seuh'nient une |»uissance a hiquelle le niond(; entier obéissait, mais plutôl liiidiN i(hialité de hi beauté féminine.»

Vénus donn(; des h)is au ciel, à la terre, aux ondes et à tcuites les créatures vivantes. « C'est elle qui fournit le germe des plantes et des arbres, c'est elle qui a rassemblé dans les liens de la société, les premiers lionunes, esj)rits féroces et barbares , c'est elle (pii apprit à chaque être à s'unir à une conipagiu'. C'est à elle qu'on doit U)s noml)rcuses espèces d'oiseaux et la multij)lication des troupeaux. Le bélier furieux

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Fig. 370. — Médaille d'Al)lll•odi^sias en Carie, avec les attributs de Venus (composition de Gabriel de Saint-Aubin).

lutte de la corne avec le bélier: mais il craint de blesser la brebis. Le taureau dont les longs mugissements faisaient retentir les vallons et les bois, dépose sa férocité quand il aperçoit la génisse. La même puissance entretient tout" ce qui vit sous les vastes mers et peuple les eaux de poissons sans nombre. La première, Vénus dépouilla les hommes de leur aspect farouche. C'est d'elle (pie sont venus la parure et le soin de soi-même. (Ovide.)

Vénus Céleste et Vénus Vulgaire. — Pausanias dans sa description de Thèbes signale plusieurs statues de Vénus, qui étaient

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de la i>his haute antiquité, puisqu'elles avaient été faites avec le bois des vaisseaux de (ladnius, et consacrées par Harmonie elle-même. <( La première, dit-il, est Vénus Céleste, la seconde Vénus la Vulgaire, et la troisième est surnommée Préservatrice. Ce fut Harmonie elle-même qui leur imposa ces noms pour distinguer ces trois sortes d'amours: l'un céleste, c'est-à-dire chaste, l'autre vulg^aire, cestà-dire attaché au corps, le troisième désordonné, qui porte les hommes aux unions incestueuses et abominables. C'est à la Vénus Préserva-

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Venus Céleste (d'après une peinture antique du musée de Xaples).

trice que l'on adressait ses vœux pour être préservé des désirs coupables. » (Pausanias.)

Nous avons un curieux exemple de ce dernier aspect de Vénus, dans une décision du sénat romain, qui, d'après les livres Sibyllins consultés par les décemvirs, avait ordonné qu'il serait dédié une statue à Vénus Verticordia (convertissante), comme un moyen de ramener les filles débauchées à la pudeur de k'ur sexe.

(Valère Maxime.)

La tortue, emblenie (h; la chasteté des fenunes, était consacrée à Vénus Céleste, et le bouc, symbole contraire, était consacre à la Vénus Vulgaire.

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Les images de la déesse, qui se troiiN aient dans toutes* les maisons, étaient en outre aeeompagnées dinsei-iptions ([ui en indiquaient le earaetére. En Aoiei une qui nous est parvenue: u Cette Vénus n'est point la Vénus Populaire, c'est la Vénus Uranie. La chaste Chr\sogone l'a placée dans la maison d'Ampliiclès, à qui elle a donné plusieurs enfants, gages touchants de sa tendresse et de sa lidélité. Tous lés ans, le premier soin de ces heureux éj)0u\ est de vous invoquer, puissante déesse, et en récompense de leur ])iété, tous les ans vous ajoute/ à leur bonheur, ils prospèrent toujours, les mortels qui honorent les iJieu.v. ><

(Théocrite.) Vénus Céleste est caractérisée par la rohe étoilée : nous la Noyons ligurée sur une peinture de Pompéi où elle est représentée debout avec un diadème sur la tète et un sceptre à la main (tig. 371). Le i'ameu.v

Fig. ;n2. — Voiuiri Vulgaire (d'après une pierre gravée antique, cornaline).

sculpteur Scopas avait l'ait pour la ville d'Élis une Vénus Vulgaire qu'il avait montrée assise sur un bouc : une ligure analogue se trouve sur une pierre gra\ée anti(pie ilig. 372). De nos jours, le peintre Glexre a l'ait u\i charmant tableau sur la même donnée. Cette Vénus était surtout honorée àCorinthe, ville maritime (pii fut de tout temps célèbre par ses courtisaïu's. C'est là qu'habitait la fameuse La'is, sur laquelle on lit l'épigranune suivant*' dans VA/if/fo/of/if : « M(m. cette lière Laïs, dont la Gi'èce était le jouet et ([iii a\aisa ma poite un essaim déjeunes amants, je consacre a Vénus ce miroir, parce (pie je ne veux pas me voir telle (pie je suis, et (pie je ne peux plus nu' voir telle (pie j'étais. <>

On trouve dans le même recueil une aulrepiece encore plus curieuse :

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« Mieai'èto, qui naguère tendait à son métier les lîls de la trame et sans relâche y faisait résonner la navette de Minerve, vient de consacrer à Vénus son panier à ouvrage, ses laines et ses fuseaux, tous ses instruments de travail, en les brûlant sur son autel : « Disparaissez, s'écriat-elle, outils qui laissez mourir de faim les pauvres femmes et flétrissez la beauté des jeunes filles ! » Puis, elle prit des couronnes, un luth et se mit à mener une vie joyeuse dans les fêtes et dans les banquets. « 0 Vénus, dit-elle à la déesse, je t'apporterai la dîme de mes bénétices, procure moi de l'ouvrage dans ton intérêt et dans le mien. » (Anth.)

Pygmalion et sa statue. — L ilede Chypre était particulièrement renommée par ses courtisanes. Le sculpteur Pygmalion qui y habitait

l'"ig. o'-i. ■- Pygniulioii animant sa statue (d'après un tableau de Girodet).

fut si choqué de l'effronterie des femmes de ce pays, qu'il résolut de vivre dans le célibat. Mais comme son imagination rêvait toujours une beauté d'un caractère dilYérent, il fit une statue d'ivoire, représentant une femme ([ui joignait la chasteté de l'expression à la pureté des formes. L'image qu'il avait fabriquée était tellement à son goût, qu'il en devint amoureux ; malheureusement la vie manquait à cette beauté juidique, et si Pygmalion regardait les femmes vivantes, il y trouvait bien la beauté, mais alors la pudeur manquait. Quand arriva le jour de la fête de Vénus, ce jour qu'on célèbre avec tant de magnificence

'il 8 MAHS ET VENUS.

dans l'île de Ghypic, Pygmalion se rendit au temple de la déesse, qu'il trouva tout parfumé de leneens qu'on y brûlait, et entouré de j2:énisscs blanches dont on a\ait doré les cornes avant de les immoler, « Grande déesse, s'écria-t-il^ en embrassant l'autel, fais que je devienne l'époux d'une femme aussi accomplie que ma statue ! »

Il paraît ([u'il n'était pas au pouvoir de la déesses de trouver dans Chypre une femme pour\ue de la chaste beauté que l'artiste rêvait, car Vénus, pour l'exaucer, préféra avoir recours au miracle. En effet, ({uand le scul[)teur fut de retour, il alla embrasser sa statue, et vit SCS joues rougir ({uand elle se sentit embrasser : l'ivoire s'amollit et la statue s'anima. Pygmalion, ravi, remercia la déesse, qui voulut assister en personne à son hymen.

L'histoire de Pygmalion forme le sujet du dernier tableau peint par Girodet. Il a figuré au salon de 1819. On n'imagine pas la quantité de brochures qui parurent alors pour louer ou critiquer le peintre. Le plus curieux, c'est que les médecins ont cru devoir se mêler à la discussion, et e\aminer, avec un sérieux comique, la question de savoir si l'artiste avait eu raison d'animer d'abord la tête de sa statue, dont les jambes sont encore en ivoire, et s'il n'eut pas été plus convenable de faire commencer la vie par la poitrine, qui renferme le cœur et les poumons.

La statue animée par Pygmalion, étant devenue sa femme, lui doqna un fils qui fut le fondateur de Paphos, ville de Chypre, célèbre par le culte ({u'on y rendait à Vénus.

Vénus de Gnide. — On n'avait pas dans l'origine l'habitude de représenter Vénus, au moment oi^i elle sort de l'écume de la mer, c'est-tà-dire entièrement nue. Aussi l'œuvre de Praxitèle fut regardée ' comme une nouveauté et la déesse elle-même témoigne, par la bouche (Vun auteur ancien, l'étonnement oùelle est de se voir ainsi dépourvue de ses vêtements : « Je me suis fait voira Paris, à Anchise et à Adonis : mais Pratixèlc, oii m'a-t-il vue? » [Anthologio .)

Pline raconte que Pralixèle, à qui les habitants de Cos avaient commandé une Vénus, leur donna le choix entre deux statues, dont l'une était vêtue, tandis que l'autre était nue. Ils préférèrent la première, et Pratixèle vendit la seconde aux habitants de Cnide qui se félicitèrent de l'avoir achetée, car elle fit la réputation et la fortune du pays. La Vénus de Cnide paraît avoir été le type de la plupart des statues de la déesse, (piand on la représentait au moment de sa naissance. Le Jupiter de Phidias et la Vénus de Cnide par Praxitèle étaient regardés, dans des genres ditîérents, comme les deux productions les plus parfaites de la statuaire. On connaît ce mot de Pline: « De toutes les parties de la terre, on navigue sers Cnide, pour y voir la statue de Vénus. » Le roi Nicomède oflVit aux Cuidiens, s'ils voulaient la lui céder, d'acquitter

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en échange la totalité de leurs dettes, qui élaient considérables. Ils refusèrent cette proposition et avec raison, ajoute Pline, car ce chef-d'œuvre fait la splendeur de leur ville. Une foule d'écrivains de rantiquité nous ont laissé des marques de l'admiration que leur inspir;iitce chef-d'œuvre pour lequel on avait fait cette inscription : « A l'aspect de la Vénus de Cnide^ Minerve et Junon se dirent l'une à l'autre: N'accusons plus Paris. »

Fig. 374. — Médailles de Cnide (composition de Gabriel de Saint-Aubin).

Dans un de ses dialogues, Lucien met les paroles suiNantes daus la bouche d'un des interlocuteurs: «Après avoir considéré kmgte.mjts et avec plaisir les plantes et les arbustes qui bordent les avenues du temple de Cnide, nous y sommes entrés; au milieu s'élève la statue de la déesse, ouvrage admirable, exécuté en marbre de Paros; un douv sourire est sur ses lèvres; nul vêtement ne voile ses charmes, ils sont tous à découvert; seulement elle cache d'une main par un mouvement naturel ce que la pudeur ne permet ni de montrer ni de nommer. L'art a fait disparaître la dureté de la matière; dans toutes les parties de ce i)eau corps, le marbre a la souplesse et le sentiment de la chair. »

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Si nous insistons si lon;.iiieni(Mit sur la W'mius do C.mâo, c'est que ce clief-d'œuM'c, qu'a tant admiré l'antiquité, et qui nexistc plus, a servi de modèle à la plupart des Vénus nues dont on voit tant de reproductions dans nos musées. Mais le document le plus important que nous connaissions est la figure représentée sur les monnaies des Cnidiens, qui rap[telait très-certainement, bien qu'avec de légères variantes, la statue originale. Un médaillon de Caracalla IVajqM'' à (Inide. o\ hih' monnaie

Fig. ."îT.'j. — Médaille de Titus avec les attributs de Venus et l'Anioui' .'composition de Gabriel de Saint- \ubiii).

(le la même ville, où la déesse est associée à Esculape, nous montrent une femme nue, tournant légèrement la tcte de côté, et tenant d'une main une légère draperie élevée au-dessus d'un vase. Ces deux monuments ont été réunis dans un gracieux cul-de-lampe de Gabriel de Saint- Aubin (fig. 374). L'artiste a suspendu le médaillon au-dessus d'une table couverte de fleurs, de pierreries, d'ornements précieux, de vases de formes différentes et de divers instruments du luxe le plus recherché. Il a voulu par ces objets de toilette faire allusion à la ccdèbre courtisane Phryné qui avait, dit on, servi de modèle à Praxitèle.

On comprend toutefois que la gravure en médaille a des exigences différentes de celles de la statuaire, et qu'il serait difficile d'admettre qu'une monnaie pût être la reproduction littérale d'une statue. Ainsi le bras qui soutient la draperie au-dessus du vase, produit par son éloignement du corps un vide très-acceptable dans un bas-relief, mais qui serait pitoyable dans une statue. Aussi, dans la plupart des statues qui passent pour des imitations de la Vénus de Cnide, nous voyons le

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inouvemenf des membres supérieurs différer sensiblement de celui qu'offrent les monnaies : presque toujours un des deux bras est replié SU!' la poitrine de manière que la main se trouve reportée devant le sein. Dans la Venus du C apitoie , par exemple, ce mouvement est très-accenlué et le vase à parfums recouvert d'une draperie qui est placé près de la déesse, est complètement séparé du bras, mais plus ra])proché de la statue de manière à la consolider.

Fig. 37(). — \ émis du Capilul

Parmi les statues fort nombreuses qui peuvent se rattacher à la même série, la plus célèbre est la Vénus de Médicis; qui est placée dans la tribune de la Galerie de Florence. Voici la description qu'en donnait le catalogue du Louvre où elle a ligure pendant quinze ans : « La déesse des amours vient de sortir de l'écume de la mer, où elle a pris naissance ; sa beauté virginale paraît, sur le rivage enchanté de Cythère, sans autre \oile que l'attitude de la pudeur. Si sa chevelure n'est pas flottante sur ses épaules divines, ce sont les Heures qui, de leurs mains célestes, viennent de l'arranger (Hymne homérique). Un dauphin groupé avec une coquille est à ses ))ieds : ce sont des symboles de la mer, élément natal de Véiuis. Les deu\ amours qui le surmontent ne sont [)as les enfants

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de la déesse : Tiin d'eux est cet Amour primitif (Eros) qui débrouilla le Chaos: l'autre est le Désir (Iliméros), qui avait paru dans le monde en même temps que le premier des èlies sensibles. Tous les deux la virent naître et ils ne s'écartèrent jamais de ses pas (Théogonie dTlÉsioDE). La Vénus de Médicis a les oreilles percées, comme on l'a déjà observé sur d'autres statues de la luéme déesse ; sans doute des boucles précieuses y

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Fig. 377. — Vénus accroupie (d'après une statue antique, musée du Louvi'e\

étaient suspendues. Son bras gauche conserve dans le haut la marque évidente du bracelet dit spinlJier, représenté en sculpture sur plusieurs de ses images. Une inscription placée sur la plinthe nous apprend que l'auteur de la Vénus de iMédicis est Gléoméne, athénien, lils d'Apollodore. »

Vénus n'est pas toujours debout lorsqu'elle sort de l'eau, et une nombreuse série de statues (tig. 377), qu'on désigne ordinairement sous le nom de Vénus accroupies, nous montre la déesse posant un genou en terre pour se relever. Le nom de Vénus au bain leur est également iittribué. Quand la déesse presse sa chevelure humide, on l'appelle Vénus Anadyomène. Apelles avait fait une Vénus Anadyomène dont

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les anciens vantaient beaucoup la beauté. Les babitants de Ces demandèrent une autre Vénus senibial)le au même artiste, mais il mourut laissant son œuvre inacbovée.

La Vénus d'Apelles a été célébrée plusieurs fois dans l'Anthologie : «Cette Vénus([ui soit du sein maternel des (lots, c'est l'œuvre du jtinceau

Fig. .381. — Vénus Aiiadyomène (cVaprès une statue aiiti(|UL' en bronze).

d'A|)elles. Vois comme, ayant saisi de sa main sa chevelure ruisselante, elle en exprime l'écume des Ilots. Maintenant Junon et Minerve ellesmêmes diront : « Nous ne voulons plus te disputer le })ri\ de la beauté. » [Anthologie.)

Une statue de bronze représentant Vénus sortant de la mer et exprimant l'eau dont ses cheveux sont imbibés, passe en raison de l'analogie du sujet pour être une imitation de la Vénus peinte par Appelles (fig. 381).

Un assez grand nombre de monuments représentent \énus Anadyo-

Fig. n82. — Venus et les tritons (d'après une médaille antique).

Fig. 38-3. — Vénus sur un clieval marin (d'après une médaille antique).

mène, voguant sur les eaux avec son escorte de tritons, de néréides ou de centaures marins. Sur une médaille d'Agrippine frappée à Corinthe

Fig. -38'». — Vénus gcnitri\ ^d'aprùs uiu^ statue antiqun, musût' du Louvre}.

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(lig-. 382), la déesse apparaît sur un char traîné par un triton portant une conque et une néréide sonnant de la trompette. Une monnaie des Bruttiens la montre assise sur un hippocampe ou cheval marin : elle étend le bras vers l'amour, qui est posé sur la queue de l'animal et décoche une flèche (fig. 383). Mais parmi les représentations de ce genre, la plus célèbre est un bas-relief antique, dont on voit la répétition dans plusieurs collections. Vénus est soutenue sur les eaux par des centaures marins : les tritons sonnent de la conque, les amours et les néréides s'ébattent joyeusement autour de la déesse : une des néréides tient un miroir à côté d'elle, une autre embrasse un amour (fig. 378).

Beaucoup de tableaux modernes représentent Vénus Anadyomène : celui du Titien est le plus célèbre.

Vénus génitrix. — Considérée comme génératrice du genre humain, Vénus est toujours vêtue. Dans les statues, les plis de sa robe indiquent souvent qu'elle est mouillée, et elle a quelquefois un sein découvert parce qu'elle est la nourrice universelle. Les médailles la montrent vêtue et avec les deux seins couverts, mais elle est souvent accompagnée d'un enfant : la déesse, dans ce cas, reçoit le nom de Venus génitrix. Nous avons au Louvre une belle statue de Vénus génitrix avec un sein découvert (tig. 384) ; au reste le même type se trouve à peu près idenliciue dans plusieurs musées.

Vénus victorieuse. — On donne ce nom à Vénus quand elle porte

Fig. 385. — ^OJUls victorieuse 'd'après une pierre gravée antique, agate-onyx),

les armes de Mars. En effet, on voit, sur plusieurs pierres gravées, une

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figure de Vénus tenant en main un casque (fig'. 385). Quelquefois elle est encore accompagnée d'un bouclier ou de trophées d'armes. Dans d'autres, elle tient d'une main le casque, et de l'autre une palme (fig. 386). Ces figures nous montrent toujours Vénus triomphante de Mars, par suite de la mèuie idée ([ui a donné naissance à la fable d'Hercule filant aux pieds d'Omphale. C'est toujours la beauté doni]»tant la force.

l''ig. ^SC. — Vénus victorieuse (pierre gravée anti(jue,.

L'association de Mars et Vénus est également figurée dans deux peintures d'Herculanum, où l'on voit des amours préparant le trône de ces deux divinités. Un casque est figuré sur le trône de Mars et une colombe sur celui de Vénus. La colombe est en effet l'attribut spécial de Vénus, comme le casque est l'attribut de Mars (fig. 379 380).

On range aussi parmi les Vénus victorieuses une série de statues qui n'ont de vêtement que pour couvrir les membres inférieurs, et ont pour caractère déterminant la pose d'un pied sur une petite élévation. Cette posture implique l'idée de la domination sur iMars, si c'est un casque qui supporte le pied, sur le monde s'il pose simplement sur un rocher. Dans ce caractère, la déesse n'a pas la grâce qu'on lui donne comme Vénus naissante, et prend au contraire les allures d'une héroïne. Les formes du corps sont pleines de vigueur et de puissance, et les traits ont une expression de brutalité dédaigneuse fort éloignée du sourire. La Vénus de Milo est considérée comme le type le plus complet de cette classe de statues (fig. 387). La beauté grave et sans afféterie de cette figure n'a rien des coquetteries aimables que la plupart des modernes considèrent comme l'apanage essentiel de la femme. C'est au mois de février 1820, qu'un pauvre paysan grec en fit la découverte en fouillant dans son jardin. Cette statue, en marbre de Paros, est formée de deux blocs dont la réunion est cachée par les plis de la draperie.

Fig. 387. — La Vernis de Milo (au musée du Louvre).

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