Le casque de Pluton rendait invisible
HECTOR. 705
Mais avant de jiailir il veut dire adieu à sa femme et à son enfant, et va chercher Andromaque. « Quand Andromaque se présente à son époux, une seule femme raccompagne, portant sur son sein leur jeune fils : cet unique rejeton d'Hector était aussi beau que les astres qui brillent au ciel ; son père le nommait Scamandrc, mais tous les Troyens l'appelaient Astyanax, roi de la ville, parce qu'Hector seul protégeait la cité dlliou. Eu apercevant son fils, le vaillant héros sourit en silence. Andromaque s'approche de son époux en versant des
Fig. GG9. — Combats des Grecs et des Troyens i d'après un vase peint).
larmes ; elle lui prend la main et lui parle en ces termes : « Infortuné, « ton courage finira par te perdre ! Tu n'as donc pas pitié de ce jeune «enfant, ni de moi, malheureuse femme, qui serai bientôt veu>e? « Sans doute les Achéens t'arracheront la vie en se précipitant sur « toi ! Hector, si je devais te perdre, il vaudrait mieux pour moi que « je descendisse dans les profondeurs de la terre ; car, lorsque tu auras <' cessé de vivre, rien ne pourra me consoler, et il ne me restera plus
LA GUEIUU-: Di: T1M>1E.
t< que la douleur! J'ai perdu mou père et uia véuérable mère... Hector, « tu es tout pour moi, père et frère, puisque tu es mou jeune époux! « Prends donc pitié de moi, et reste au sommet de cette tour, si tu ne « veux point rendre ton épouse veuve et ton enfant orphelin ! Place tes .< soldats surla colline des Figuiers. C'est là que la ville est accessible à <( rennemi, et que nos renqtarts peuvent être aisément franchis. Les plus (( braves des Achéens, les deux Ajax, l'illustre Idoménée, les Atrides et <( le vaillant fils de Tydée, ont déjà tenté trois fois d'escalader ces murs, (( soit par les conseils de quelques devins, soit qu'ils y aient été poussés <( par leur propre courage. » Hector lui répond aussitôt : « Andromaque, <( je partage toutes tes craintes; mais j'honore trop les défenseurs d'Ilion « et les Troyennes au long voile, pour abandonner, comme un lâche, « les combats meurtriers. Mon courage me défend de fuir devant nos (. ennemis. J"ai appris à être brave, à combattre au premier rang des « Tro\ens, et à soutenir vaillamment la gloire de mon père et la mienne. « Je le sens au fond de mon àme, un jour viendra où périront à la fois « et la ville sacrée de Troie, et Priam, et le peuple courageux du vaillant « Priam! Mais ni les malheurs réservés aux Trovens et à Hécube elle- (( même ni la mort du roi et de mes frères, qui, braves et nombreux, « tomberont dans la [)Oussi(M'(\ domptés par des bras ennemis, ne m'af-
ï"ig. G70. — Hector voulant incendier les vaisseaux grecs ((Vaprès une pierre gravée antique).
« lligent autant que cette affreuse pensée, qu'un jour un Grec t'entraî- <• nera tout en pleurs dans sa patrie, après l'avoir ravi la liberté ; que « dans Argos tu tisseras la toile sous les ordres d'une femme étrangère, « et que, contrainte par la dure nécessité, tu porteras malgré toi 1-eau « des fontaines de Messéide ou d'Ilypérée ! Alors en voyant couler tes « larmes, on dira : Voici l'épouse d'Hector, de ce vaillant héros qui l'em- « porfnit sur tous les Troyens, lorsqu'ils coml)attaient autour des mu- « railles d'Ilion ! C'est ainsi qu'on parlera. Ces mots réveilleront ta « douleur et te feront regretter de n'avoir plus ton (q>oux près de toi,
HECTOR
« pour briser les liens de la servitude ! Mais que des monceaux de terre « couvrent mon corps inanimé avant que j'entende les cris et les gémis- « sements de mon épouse réduite à l'esclavage ! »
L'illustre Hector, après avoir prononcé ces paroles, tend ses bras vers son fils ; mais à la vue de son père, l'enfant efîrayé par le vif éclat de l'airain et par la crinière qui flottait d'une manière menaçante sur le sommet du casque, se jette en criant sur le sein de sa nourrice. Le père et la mère se mettent à sourire. Aussitôt Hector ôte le casque brillant qui couvrait sa tète et le dépose à ses pieds ; puis, il embrasse son fils chéri, le balance dans ses bras et il implore en ces termes Jupiter et les autres dieux : « Jupiter, et vous tous, dieux immortels, faites « que mon enfant soit, ainsi que moi, illustre parmi les Troyens ! Ren- « dez-le fort et courageux pour qu'il règne et commande dans Ilion : « afin qu'un jour chacun s'écrie en le voyant revenir du combat : — H « est encore plus brave que son père ! — faites qu'il paraisse chargé (( des dépouilles sanglantes de l'ennemi qu'il aura tué, pour que le « cœur de sa mère en tressaille de joie ! » H dit, et remet son enfant dans les bras de son épouse chérie, qui le presse contre son sein avec un sourire mêlé de larmes. » (Homère.)
Hector et Ajax. — Hector part, et sa proposition de combat singulier est acceptée par les chefs grecs. Le vieux Nestor propose de
Fig. 671. — Ajax défendant ses vaisseaux (d'après des pierres gravées antiques).
tirer au sort parmi les plus vaillants guerriers, pour savoir celui qui va se mesurer avec Hector. Le sort désigne Ajax fils de Télamon. Les deux héros combattent tout un jour, mais ni l'un ni l'autre ne peut parvenir à vaincre son adversaire. Ils se séparent en emportant l'un pour l'autre la plus vive estime et se fout l'un à l'autre des présents qui devaient être funestes à tous les deux.
LA GUERRE DE TROIE
Les d(Mi\ aimées se retrouvèrent l)ient(M en présence et la guerre reeoniineuea plus aehai'uée ({ue jamais. Les Grecs, pour garantir leur Hotte (les incursions de renneiui, avaient élevé un reuii>art, qui protégeait à la fois leur caïup et les vaisseaux amarrés le long du rivage. C'est de ce côté qu'Hector a résolu de porter ses coups. Le héros troyen s'avance suivi de ses soldats et les Grecs tombent en foule sous ses coups. Hector s'approche des vaisseaux qu'il veut incendier et qu'Ajax défend jusqu'à la dernière extrémité (fig. 671). Les pierres gravées nous montrent, en effet, Hector la torche à la main et s'approchant des navires qu'il s'apprête a brûler (fig. 070).
L'alarme est au camp des Grecs et on parle déjà de renoncer à une entreprise que les dieux ne veulent pas favoriser.
Ambassade auprès d'Achille. — Cependant, on songe à Achille dont la présence serait si utile. Agamemnon consent à lui rendre Briséis et lui propose de magnifiques présents. Une ambassade se rend près de la tente d'Achille et trouve le héros occupé à jouer de la lyre, comme Ingres nous le montre dans son tableau de l'Ecole des beaux arts (fig. G74).
Le vieux Phénix, le père nourricier d'Achille, cherche à lléchir le
Fig. G7"2. — Acliille au repos. Fig. C73. — Acliille jouant tlo la lyre,
(d'après des pierres gravées antiques).
héros par ses larmes : « C'est moi, divin Achille, qui t'ai rendu tel que tu es; car je t'ai toujours chéri. Tu ne voulais jamais prendre tes repas avant que je t'eusse placé sur mes genoux, avant que j'eusse coupé tes viandes et porté ta tes lèvres le vin délicieux. Combien de fois, dans ces temps d'une pénible enfance, n'as-tu pas souillé ma tunique en rejetant le vin de ta bouche! Pour toi, noble Achille, j'ai beaucoup souffert et j'ai supporté des maux sans nombre. Je pensais que si les dieux ne m'avaient point accordé d'enfants, ils m'avaient du moins donné en toi un fils adoptif pour me garantir d'une destinée cruelle. Achille, dompte ton cœur orgueilleux ; car il ne faut pas être impitoyable. Les dieux eux-mêmes se laissent fléchir, et cependant^ ils l'emportent sur nous en force, en gloire, en puissance ! Les hommes suppliants apaisent les immortels par des sacrifices, des libations, des
HECTOR
prières agréables el par la fumée des autels lorsqu'un coupable les a offensés. Les Prières sont filles du grand Jupiter; boiteuses, le front ridé, levant à peine un humble regard, elles marchent sur les pas de la Faute, qui, puissante et agile, les devance de beaucoup, parcourt toute la terre et jette l'égarement parmi les humains ; mais les Prières
l'ig. G74. — Achille refusant de combattre (d"après le tableau d'Ingres).
viennent ensuite apporter un remède aux maux qu'elle a faits. Celui qui révère ces filles de Jupiter, lorsqu'elles s'approchent des mortels, en reçoit un puissant secours, et elles exaucent toujours ses vœux. Mais quand on les repousse avec dureté, les Prières se rendent auprès du fils de Saturne et l'implorent pour que la faute s'attache aux pas de celui qui les a dédaignées et les venge en le punissant. » Malgré tout, Achille est impitoyable dans son ressentiment et le désespoir s'empare des chefs grecs, qui ne savent pas vaincre sans lui.
Patrocle et Sarpédon. — Patrocle, l'inséparable compagnon d'Achille, regardait de loin la bataille et la confusion qui augmentait parmi les Grecs. Il voit Diomède, Ulysse, Agamemnon, blessés tour à tour; il voit Hector franchir le rempart élevé par les Grecs, porter la flamme sur leurs vaisseaux qu'Ajax défend sans espoir.
Convaincu que la vue des armes d'Achille suffira pour épouvanter les Troyens elles faire reculer, il supplie son ami de les lui prêter, et s'élance bientôt dans la mêlée. Sarpédon, fils de Jupiter et roi puis-
LA GUl^HUE DE TUOIK.
saut allié do l*naiii, périt le premier sous ses coups. A celle vue, les Troyens croient que c'est le grand Achille qui prend part au combat, et inquiets commencent à se replier vers Ilion. Hector, pour ranimer leur courage, s'avance vers Patrocle, et le héros grec, frappé une première fois par Euphorbe, tombe sous les cou[ts d'Hector.
Combat autour du corps de Patrocle. — Alors s'engage autour du corps de Patrocle un combat terrible, auquel une foule de héros prennent part tour à tour, car les Grecs veulent ravoir le corps pour le ramènera Achille et l'ensevelir magnifiquement, tandis que les Troyens, maîtres déjà de sa brillante armure, font tous leurs efi'orts pour l'entraîner triomphalement vers Ilion.
« Les défenseurs d'Hion repoussent d'abord les Grecs aux terribles regards : ceux-ci, remplis d'effroi, abandonnent le corps de Patrocle. Les Troyens, malgré leur désir, n'immolent aucun guerrier; ils se hâtaient trop d'entraîner le corps de Patrocle. Les Grecs, qui ne devaient pas être longtemps éloignés du cadavre de leur brave compagnon, reviennent aussitôt, conduits par Ajax, qui, par sa taille et par sa force, l'emportait sur les Danaëns, après l'irréprochable fils de Pelée. Ajax s'élance aux premiers rangs des combattants, semblable au sanglier furieux qui, sur une montagne, dissipe aisément une troupe de chiens
Fig. 675. — Le corps de Patrocle est attaché par Hippothoiis et défendu par Hector coiitrt les Grecs (d'après une pierre gravée antiqueK
et de jeunes chasseurs en se précipitant à travers les vallons. Tel Ajax, fils illustre de Télamon, attaque et dissipe facilement les Troyens qui, entourant le corps de Patrocle, espéraient l'emporter dans leur ville et se couvrir de gloire. Déjà le fils du Pélasgc Léthus, Hippothoiis, entraînait Patrocle par les pieds loin de cette mêlée terrible, après
HECÏOH,
lui avoir lié les jainbos pics des chevilles au moyeu d'une courroie. Hippothoiis voulait plaire à Hector ainsi qu'aux Troyens ; mais le malheur fond aussitôt sur lui, et nul, malgré son désir, ne peut l'en préserver. Le fils de Télamon sort de la foule, marche contre Hippothoiis et lui brise son casque d'airain à l'épaisse crinière : la pointe de la lance le traverse entièrement, car ce casque venait d'être percé par un énorme javelot lancé par un bras vigoureux ; la cervelle sanglante jaillit le long de la lance. Les forces abandonnent ce guerrier, ses mains laissent échapper les jambes de Patrocle ; et le malheureux
I^io-. G17. — Combat autour du corps de Patrocle (d'après une peinture de vase).
Hippothoiis tombe le front sur le cadavre, loin des plaines fertiles de Larisse. Hélas ! il ne put rendre à ses parents chéris tous les soins qu'ils lui avaient prodigués ; sa vie fut de courte durée : il mourut jeune encore dompté par la lance du magnanime Ajax ! — Hector dirige aussitôt contre le fils de Télamon un brillant javelot ; mais \ja\, qui l'aperçoit, se détourne un peu, et le trait va frapper le fils du valeureux Iphite, Schédius, le plus brave des Phocéens (Schédius habitait un palais superbe dans la célèbre Panopée, et il léguait sur des peuples nombreux). Hector l'atteint à la clavicule ; le trait s'enfonce dans
714 LA GUERRE DE TMOIK
la ^orgc, cl la pointe (raiiaiii lessoit au bas do rôpaulo. Schédiiis tombe sur la terre, et autour de lui ses armes retentissent. Ajav se précipite sur le vaillant (ils de Phénops, Phorcys, qui défendait ilippotboiis ; il \e frappe au milieu du ventre, et l'arme, en brisant la cavité de la cuirasse, pénètre jusque dans les entrailles. Pliorcys roule sur le sol et presse la terre de ses mains. Hector et les premiers d'entre les Troyens reculent en voyant cet exploit. Alors les Argiens, en poussantde vives clameurs, entraînent les cadavres de Phorcys, d'riii)pothous et ils les dépouillent. » (Homère )
Cette scène est figurée sur une pierre gravée antique (fig.OTo) : on voit Hector, secondé j)ar Pliorcys, qui repousse vigoureusement les Grecs et donne à HipjKtlhoiis le temps d'attacher une corde au bras de Patro-
Fig. ()7S. — Ménélas soulevant la corps de Patrocle ^d'après un f^ioupe antique).
cle pour le traîner au camp des Troyens. Le combat autour de Patrocle apparaît également sur les vases peints (fig-. 677) et forme dans l'art moderne le sujet d'une composition importante de Jules Romain (fig. 676). Un superbe groupe antique représente Ménélas soulevant le corps de- Patrocle (tig. 678).