‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 27 sur 77 · FUREURS DE MÉDÉE · texte numérisé non relu

FUREURS DE MÉDÉE

Où suis-je, malheureuse? où porté-je mes pas?

Qu'ai-je vu? qu'ai-je ouï? Je ne me connais pas.

Furieuse , je cours , et doute si je veille.

Quel bruit, quels chants d'hymen ont frappé mon oreille?

Corinthe retentit de cris et de concerts,

Ses autels sont parés , ses temples sont ouverts ;

Tout à l'envi prépare une odieuse pompe ,

Tout vante ma rivale, et l'ingrat qui me trompe.

Jason honteusement me chasse de son lit,

Jason , il est donc vrai , jusque-là me trahit !

Il m'ôte tout espoir! Épouse infortunée!

Que dis-je, épouse? Hélas! pour nous plus d'hyménée.

L'ingrat en rompt les nœuds. . . Dieux justes, dieux vengeurs,

De la foi conjugale augustes protecteurs ,

Garants de ses serments , témoins de ses parjures ,

Punissez son forfait et vengez nos injures!

Toi surtout, ô Soleil! j'implore ton secours!

Toi qui donnas naissance à Tauteur de mes jours,

Tu vois, du haut des deux, Taffront qu'on me destine!

Et Corinthe jouit de ta clarté divine !

Retourne sur tes pas, et dans Tobscurité

Plonge tout Tunivers privé de ta clarté ;

Ou plutôt donne-moi tes chevaux à conduire.

En poudre dans ces lieux je saurai tout réduire;

Je tomberai sur Tisthme avec ton char brûlant ;

J'abtmerai Ck)rinthe et son peuple insolent;

J'écraserai ses rois, et ma fureur barbare

Unira les deux mers que Corinthe sépare. .

Mais où vont mes transports! Est-ce donc dans les cioux

Que j'espère trouver du secours et des dieux !

Déités de Médée, affreuses Euménides,

Venez laver ma honte et me servir de guides ;

Annons-nous, de notre art déployons la noirceur;

Que toute pitié meure et s'éteigne en mon cœur.

Que de sang altéré , que de meurtres avide ,

A l'isthme il fasse voir ce qu'a vu la Colchide.

Que di&-je ! de bien loin surpassons ces forfaits ;

De ma tendre jeunesse ils furent les essais.

J'étais et faible et simple, et de plus innocente;

L'amour seul animait ma main encor tremblante.

La haine avec l'amour, le courroux , la douleur.

M'embrasent à présent d'une juste fureur.

Que n'enfantera point cette fureur barbare?

Le cnme nous unit, il faut qu'il nous sépare.

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