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« Je ne me présente pas. À quoi bon ? Tout homme qui a écrit une page en sa vie est naturellement présenté par cette page s’il y a mis sa conscience et son cœur.
« Mon nom et mes travaux ne sont peut-être pas absolument inconnus de mes concitoyens. Si mes concitoyens jugent à propos, dans leur . liberté et dans leur souveraineté, de m'appeler à siéger, comme leur représentant, dans l’assemblée qui va tenir en ses mains les destinées de la France et de l’Europe, j'accepterai avec recueillement cet austère mandat. Je le remplirai avec tout ce que j'ai en moi de dévouement, de désintéressement et de courage.
« S'ils ne me désignent pas, je remercierai le ciel, comme ce Spartiate, qu’il se soit trouvé dans ma patrie neuf cents citoyens meilleurs que moi.
« En ce moment, je me tais, j'attends et j'admire les grandes actions que fait la Providence,
« Je suis prêt,
« Si mes concitoyens songent à moi, et:æ’imposent ce grand devoir public, à rentrer dans la wie politique ;
« Sinon, à rester dans.la vie Littéraire,
« Dans les deux cas, et quel que soit le-résultat, je continuerai à donner, comme je le fais depuis vingt-cinq ans, mon cœur, Ma pensée, Ma vie et mon. âme à mon pays:
« Recevez, messieurs, l’assurance fraternelle de.mon dévouement et de ma cordialité, *
PLANTATION DE L'ARRRE DE LA LIBRRTÉ PLACE DHS VOSGES.
« C'est avec jaie que je me xends à l'appel de mes concitoyens et que je viens saluer au-miliau d’eux:touies les espérances d’émancipation, d'ordre et de paix, qui vont germer, mèlées aux racines de cet arbre de la liberté. C’est un beau et vrai symbole pour la liberté qu’un arbre! La liberté a ses racines dans le cœur du peuple, comme l’arhre dans le-cœur ide la terre ; comme l'arbre elle élève et déploie ses rameaux dans le .ciel ; comme l'arbre, elle grandit sans. cesse .et couvre les générations de san-onbre. (A{cciamations.)
« Le premier arbre de la liberté a été planté, il y a dix-huit cents aus, par :Dieu même sur.le Golgotha. (Aeclemations.) Le premier arbre de la liberté, .c'est cette craix sax laquelle Jésus-Christ s’est offert en sacrifice pour la liberté, l'égalité et la fraternité du genre humain. (Bravos et longs applaudissements.)
« Lasignification de cet arbre -n’a point changé de-
puis dix-huit siècles ; seulement, ne l’oublions pas, à temps nouveaux devoirs nouveaux ; la révolution que nos pères ont faite, il y a soixante ans, a été grande par la guerre ; la révolution que vous faites aujourd’hui doit être grande par la paix. La première a détruit, la seconde doit organiser. L'œuvre d'organisation est le complément nécessaire de l’œuvre de destruction; c'est là ce qui rattache intimement 1848 à 1789. Fonder, créer, produire, pacifer ; satisfaire à tous les droits, développer tous les grands instincts de l’homme, pourvoir à tous les besoins des sociétés ; voilà la tâche de l'avenir. Or, dans les temps où nous sommes, l'avenir vient vite. (4pplaudissements.) °
« On pourrait presque dire que l’avenir n’est plus demain, il commence dès aujourd’hui, (Bravo!) A l’œuvre donc, à l’œuvre, travailleurs par le bras, travailleurs par l’intelligence, vous tous qui m’écoutez et qui m’entourez : mettez à fin cette grande œuvre de l’organisation fraternelle de tous les peuples, conduits au même but, rattachés à la même idée, et vivant du même cœur. Soyons tous des hommes de bonne volonté, ne ménageons ni notre peine ni nos sueurs. Répandons sur le peuple qui nous entoure, et de là sur le monde entier, la sympathie, la charité et la fraternité. Depuis trois siècles, le monde imite la France. Depuis trois siècles la France est la première des nations. Et savez-vous ce que veut dire ce mot, la première des nations ? Ce mot veut dire la plus grande ; ce mot veut dire aussi la meilleure. (4cc/amations.)
« Mes amis, mes frères, mes concitoyens, établissons dans le monde entier, par la grandeur de nos exemples, l’empire de nos idées françaises ! Que chaque nation soit heureuse et fière de ressembler à la France. (Bravo /)
« Unissons-nous dans une pensée commune, et répétez avec moi ce cri : Vive la liberté universelle ! Vive la république universelle ! » (Five la République ! Vive Victor Hugo! — Longues acclamations !)