CHAPITRE I
Après l'affaire de Mai 1839, où MM. Barbes, Blanqui et Martin Bernard livrèrent bataille au gouvernement, les débris de leur société secrète, appelée Société des Saisons, se rejoignirent comme les tronçons d'un serpent, et ne tardèrent pas à se réorganiser. On comptait un millier d'hommes au moment de l'échaufiburée ; une cinquantaine furent tués, vingt-cinq à trente condamnés ; le reste, presque sans exception, rentra dans l'association. L'an-* cien.comi'é était sous les verroux; on n'en cré* pas un nouveau, faute d'hommes qui inspirassent assez de confiance; seulement, trois individus | MM. N. Gallois et Dubosc, rédacteurs du Journal du Peuple, et Noyer, un de leurs amis, ressaisirent les fils de la conspiration. Bientôt arriva à Paris un ancien libraire ruiné, M. Dourille, qui prit le commandement des groupes. C'était un beau parleur,
infatué des traditions de 01 et rêvant une dictature populaire. II avait pour principale qualité une vigueur de locomotion sans pareille et, pour principal défaut, une démangeaison de langue qui faisait de lui un, conspirateur assez singulier. Tenant à passer pour artiste dans sa partie il arrêtait les gens pour leur exposer toutes sortes de belles combinaisons révolutionnaires. Grâce à ce travers, la police n'ignorait pas un mot de ses projets, et les sociétaires eux-mêmes finirent par déclarer insolite sa manière de conspirer. II. Dourille, qui battait bravement le pavé depuis deux ans, vivant de raccrocs et laissant mourir de faim sa femme et sa petite fille, comprit un jour que, pour récompense de son grand zèle, on allait se débarrasser de lui ; il prévint le coup et résigna ses fonctions, passablement dégoûté de son rôle de chef qui, outre la misère, lui avait valu de faire connaissance plusieurs fois avec Sainte-Pélagie.
La société n'avait qu'une organisation fort incomplète : un chef suprême, quatre principaux lieutenants, prenant le nom d'agents révolutionnaires; des chefs de groupes sous les ordres de ces lieutenants et de simples membres. Depuis la Société des Familles, l'association se recrutait uniquement dans les basfonds de la classe ouvrière. Les conspirateurs bourgeois des Amis du Peuple et des Droits de l'Homme, dont je ferai bientôt l'histoire tout au long, avaient abandonné la lutte, comprenant; les uns qu'elle était impossible, les autres qu'elle était impie; les
soutiens de la République se composaient alors de bohèmes, d'ivrognes, de fainéants et de quelques pauvres hères séduits par les hâbleries démocratiques. Ce personnel n'a guère changé depuis.
Les quatre agents révolutionnaires prirent le commandement de cette armée ; voici leurs noms : H M. Louis Gueret , Dutertre, Boivin et de la Hodde. De leurs professions ils étaient, II. Gueret, ébéniste; tf. Dutertre, doreur; H. Boivin, tourneur sur cuivre ; quant à moi, je collaborais au Charivari. Par suite d'un compromis passé par H. Dutacq, ce journal évitait toute attaque contre le parti légitimiste qui lui rendait sa galanterie en bons abonnements. M. Félix Pyat, propriétaire d'une part, subissait cet état de choses et avait ainsi la douleur, quand venait le dividende, d'empocher le produit d'un marché suspect; mais l'argent n'a pas d'odeur.
Jusqu'en 1842, la société resta sous notre gouvernement; à cette époque, M. Flocon qui s'ennuyait de trôner obscurément à l'estaminet de Mulhouse, entra en pourparlers avec nous. On décida de l'adjoindre au comité, non sans lui avoir fait prendre des engagements frisant un peu l'insolence, celui entre autres d'agir sur un pied d'égalité avec ses collègues. La Réforme se créa sur ces entrefaites, et comme H. Flocon cherchait depuis longtemps un journal qui voulût bien de sa prose, et se dépitait le n'avoir pas l'autorité suprême dans la société secrète, il saisit avec empressement la rédaction de la nouvelle feuille. Il n'avait pas été mêlé aux hom-
igesj n'était connu d'eux que très-imparfaitement, et ne laissa clans la société aucune trace de son pas* sage.
Des changements, causés par différents motifs» eurent lieu dans le comité, j'y conservai mon poste, et vers 1846, je restai investi de la direction avec M. Boivin et M. Albert, l'ex-membre du Gouvernement provisoire. C'est à cette époque que M. Gaussidière se présenta et fut admis avec ses deux compagnons, MM. Grandménil et Leoutre, puis un troisième, M. Leroux, paillassonnier de son état et poète par fantaisie.
. M. Gaussidière n'apportait pas une grande force à l'association ; dans la classe où il vivait, c'est-àdire dans la Bohême démocratique, on ne se souciait guère des sociétés secrètes à cause du danger et aussi par le peu de succès qu'on s'en promettait. Je montrerai effectivement qu'avec les sociétés secrètes on fait des émeutes où les imbéciles se font assommer et jamais des révolutions. Dans le peuple, il n'était connu que par le souvenir vague de son nom. Son entrée ne fut donc rien moins qu'un événement. Je conseillai son admission, parce que j'étais bien aise d'avoir sous la main tout ce qui avait une réputation révolutionnaire. Après tout, |I. Gaussidière, dans le groupe des patriotes bachiques dont il faisait partie, groupe qui comptait dans Paris une cinquantaine d'individus, jouissait d'une assez belle popularité. Dans de certains moments, et surtout après dîner, il faisait des discours démp-
cratiques émaillés de coqs-à-i'âne qui excitaient l'enthousiasme, grâce surtout aux coups de poing dont il les appuyait. Ses confrères le tenaient pour un bon et avaient grand espoir en lui. Il se peut bien que la grande taille et les largos épaules de H. Caussidière contribuassent beaucoup à donner de lui cette bonne opinion.
Ainsi renforcé, le comité se mit à l'ouvrage et parut décidé à y apporter un zèle qui faisait dé&ut depifls longtemps. Les quatre grands groupes dont j'ai parié et qui, par leurs subdivisions régulières» formaient un corps compact et discipliné , n'existaient plus. Le faisceau s'était rompu, ne laissant que des débris isolés. Seulement on avait sous la main une trentaine de chefs qui commandaient à des fractions d'un chiffre indéterminé et renfermant à peu près tous les révolutionnaires actifs.
Cette espèce de désorganisation entrait dans les plans du Gouvernement. Tout en rassemblant dans un réseau les éléments d'anarchie de la capitale, fl fallait éviter de leur donner trop de force par la co Lésion.
Les ordres étaient communiqués par H. Albert qui connaissait personnellement leschefs de groupes; quelquefois par moi. Je frayais de temps en temps avec les sectionnaires et, à l'occasion, je me char* geais de les haranguer. Mes discours ne contenaient pas de fougueuses provocations, eomroê on se ttmègfatoj tout en failaat la part aux sentiments de l'auditoire et aux exigences du rôle , je concluais
toujours par d'instantes recommandations à la modération et à la patience. D'accord avec M. Albert , j'avais fait abolir les ordres du jour comme trop compromettants et, par le même motif, prohibé les déçois d'armes et de munitions.
Ces instructions étant suivies, et elles l'étaient , on devine quel devait être le résultat. Tous ces lions d# l'émeute se rognaient eux-mêmes les ongles sans le savoir; leur fougue était contenue par un motif autre que celui qu'ils imaginaient, et leur sécurité assurée au profit d'un intérêt dont ils ne se doutaient pas. Il est certain que, pendant quatre à cinq années, les groupes non-seulement ne jetèrent aucun trouble dans le pays, mais se tinrent dans un tel état de défiance que les arrestations y furent nulles.
Le nouveau comité voulant resserrer l'association , élabora un plan d'organisation qu'on essaya de mettre en pratique; la tentative ne réussit pas. M* Albert, le plus consciencieux de la troupe, y apportait tout son zèle ; mais j'avais soin de miner sourdement le travail. Quant à M. Gaussidière, son dévouement était généralement entravé par des obstacles que M. Chenu a fait connaître. La conspiration lui souriait , mais un souper lui plaisait mieux, et les séances du congrès révolutionnaire étaient souvent privées de sa présence.
Dans ses mémoires, M. Gaussidière déclare qu'à partir de 1846 les associations prirent un grand développement; il fait naturellement concorder cette «tension avec son entrée dans le comité. La vérité
est que sa présente ne changea rien aux conditions de la société. Il n'y joua qu'un rôle médiocre, primé par celui de M. Albert et contrebalancé par le mien. Bientôt, au reste , son entrée à ta Réforme, comme placeur d'actions et chercheur d'abonnés, l'éloigna de Paris et ne lui permit plus de rapports suivis avec l'association.
Quant au chiffre de cette société, la seule un peu sérieuse par le prestige que lui donnait le patronage fictif de la Réforme , il pouvait se monter à six cents hommes. Non pas six cents soldats disciplinés comme l'étaient ceux de M. Blanqui ; c'étaient des groupes de vieux conspirateurs continuant leur métier par habitude et ne comptant plus que très-médiocrement sur la République. Leurs chefs les réunissaient de temps en temps chez les marchands de vins, un peu pour causer république, beaucoup pour chanter et boire. Quelques-uns de ces chefs étaient de mauvais garnements cherchant des occasions de désordre; d'autres n'attachaient aucune importance à leur râle; un certain nombre était de la police. Le comité, à son tour, les rassemblait à intervalles indéterminés ; leur faisait un discours sur la circonstance, puis les laissait à leur bouteille et à leurs chansons. Les discussions de doctrines étaient interdites, et je n'oubliais pas de rappeler cette recommandation, en la donnant comme garantie d'union et de force. Les espérances de succès étaient alors si efficaces qu'on acceptait sans difficulté cette mesure qui pétait autre chose qu'une interdiction de propagande.
Outre cette association principale , Paris avait vu surgir, vers 1840, deux sociétés fondées sur les principes du communisme. L'une, adoptant à la lettre la formule de M. Cabet, déclarait attendre du progrès seul la réalisation de ses principes ; elle avait pour adhérents un noyau d'estropiés de cervelle, tirés des échoppes, d'Illuminés prétentieux, de docteurs niais, dont le maître avait fait des esclaves serviles. Leur métier consistait à répandre l'adoration du cabétisme et à placer les brochures, livres et journaux du pontife; celui-ci ne plaisantait pas sur ce dernier article : tout disciple convaincu de mollesse dans le placement de la denrée icarienne était rudement gourmande; s'il faisait perdre un sou, c'était un homme suspect; s'il parlait mal de la marchandise, c'était un traître. Quand le chef prenait la plume, c'était toujours pour prêcher rentière soumission à son culte et un redoublement d'ardeur dans la vente. M. Cabet empochait gravement les bénéfices et donnait sa bénédiction aux courtiers.
On sait comment s'est terminée la misérable comédie de cet homme qui, après avoir berné des imbéciles, a eu l'effronterie de les envoyer mourir au fond de l'Amérique. C'est un digne échantillon de la jonglerie appelée aujourd'hui socialisme et à laquelle il faudrait conserver son titre significatif de communisme. A quoi tendent, en effet, tous les plans de nivellement de conditions e;t.de fortunes, si ce n'est* à un état de choses dont h vie commune, l'existence
en caserne, le parquage en grands troupeaux, est la conséquence forcée?
M. Gabet s'était créé quelques centaines de créatures à Paris; avec les sftnqnes qu'il arracha à leur sottise, il expédia des agents et réussit à former des groupes de partisans à Lyon, Marseille, Toulouse, Agen, Saint-Quentin et autres centres de population ouvrière. C'est vers 1842 et 1843 que ses manœuvres eurent le plus de succès ; en 1847, beaucoup de ses dupes avaient ouvert les yeux, et sans Février, 11 ne serait plus question aujourd'hui de cette secte idiote et abominable.
La seconde société de communistes qui se forme en 1840, procède des doctrines de quelques rêvecreux sauvages dont les principaux ont noms : Charassin, J.-J. May, Desamy, etc. Au physique, ce dernier est quelque chose de hideux ; dans une figure anguleuse, dénudée et d'un ton cadavéreux» il offre une expression de crétinisme féroce et d'avidité cynique. Au moral , un fait le peindra : un jour, à Sainte-Pélagie, devant l'auteur de ce livre, il se vantait que, la révolution faite, son premier soin serait d'aller à la banque Rotschild et d'y emplir ses poches. J.-J. May est mort; le dieu du communisme garde son ame !
Quant à M. Charassin, il promène depuis deux ans sa candidature égalitaire par toute la France ; si la protection de saint Babeuf, son patron, l'amène à la Chambre, il soutiendra sans doute l'exposition de principes suivants, publiée dans son bon
temps et à laquelle il adhérait avec enthousiasme : c La communauté nationale doit d'abord se com- » poser : 1° des biens déclarés nationaux; 2° des » biens des ennemis de la révolution; 3° des biens » communaux ; 4° des biens des hospices y 5° des loge- » ments occupés par les citoyens pauvres chez les » riches; 6° des biens de ceux qui se sont enrichis » dans les fonctions publiques. Le droit de succession » ab intestat est aboli. Abolition des dettes et des » monnaies.
» Rapport des communistes français de Londres 1840. • Au reste, cette pièce ne contenait pas le dernier mot de la doctrine. Les amis de M. Charassin, parmi lesquels comptait M. Savary, également candidat perpétuel du communisme, firent bientôt paraître, comme programme du journal l'Humanitaire, le bel exposé qu'on va lire :
c 1° Nous devons dire toute la vérité ; 2° il a été adopté que le journal serait en principe matérialiste; 3° nous demandons l'abolition de la famille ; 4° nous demandons l'abolition du mariage ; 5° nous adoptons les arts, non comme délassement, mais comme fonctions; 6° nous proscrivons le luxe; 7° nous voulons l'abolition des capitales ou centres de direction; 8°. nous voulons la distribution des corps d'état dans les communautés d'après les localités et les besoins. » Colporté dans le public sans commentaire, cela fit dire à M. de Lamennais que les communistes, en demandant l'abolition de la famille et du mariage, n'étaient pas des hommes mais des
têtesj n'avaient pas d'enfants mais des petits. Pauvre abbé de Lamennais ! depuis il est allé vivre au milieu de ces bêtes et de leurs petits.
La beauté de ces maximes frappa d'admiration quelques énergumèrres , qui s'en firent immédiatement les apôtres. M- Lionne, coiffeur ; H. Vellicus, tailleur ; M* Rozier , mécanicien ; M* Vigny, tailleur de pierres , furent les principaux. M. Vellicus avait d'abord été un cabetiste fervent, mais il eut le malheur de ne pas pousser assez chaudement au commerce des petits livres ; M. Gabet, jaloux et colérique comme un dieu , le foudroya : le pauvre M. Vellicus avait eu l'accident pendant son séjour à Londres, d'être condamné pour attentat aux mœurs , le maître placarda le fait tout en grand dans une brochure. Naturellement le disciple devint un fougueux ennemi, et comme l'école humanitaire faisait concurrence à l'icarianisme, il s'y lança à corps perdu.
Ces quatre chefs principaux, que patronaient Mlf. Charassin, Savary et Desamy, sans compter d'autres humanitaires de nuances différentes, tels que MM. Pillot, Lahautière, etc., formèrent une association secrète pour centraliser leurs efforts et préparer le triomphe <le Vidée : ils pratiquèrent l'embauchage dans les nouvelles Saisons , et y recrutèrent un certain nombre de bavards qu'impatientaient la discipline aveugle et surtout le défaut de discussions. M. Dourille, alors chef de la grande association , eut fort à faire avec eux. Toutefois , leurs ef-
forts n'eurent qu'un maigre résultat. Leur acte le plus grave est la formation de la grève générale de 1940» formidable avalanche qui resta suspendue sur Paris pendant une semaine.
La société Rozier, Vellicus, etc., que l'on appelait la Société communiste révolutionnaire > n'eut jamais plus de cent cinquante à deux cents membres. Elle était au convoi de M. Garnier Pages aîné, avec oelle de M. Dourille. H. Rozier, petit homme, cassant et horriblement nerveux, avait déclaré que, si on ne profitait pas de l'occasion pour se battre, il se battrait tout seul. Il tint parole ; ses amis le retenaient, il leur échappa et alla décharger un pistolet dans un groupe de sergents de ville. Il fut pris et jeté en prison. L'escapade de ce furieux tua sa société.
Vers 1846, prit naissance la fameuse société matérialiste, qui poussa à ses plus belles conséquences les principes de communisme. MM. Goffineau, marchand de vins, et Javelot, cordonnier, en étaient les chefs. Ce ne fut qu'une section de quelques douzaines d'individus, mais qui rachetait le nombre par la qualité. Ces honnêtes gens, voyant que le bonheur de l'humanité , contenu dans leurs mains, ne pouvait s'en échapper faute de quelques sacs d'é~> eus, imaginèrent de se faire voleurs pour avoir l'argent qui leur manquait. Malheureusement ils se firent prendre la main dans le sac du premier coup. Il y eut un procès fort édifiant où le communisme brilla de tout son éclat. Malgré la défense humani-
taire 4es prévenus» le Tribunal les envoya rejoindre leurs confrères de la tire, de Yflméricaine, etc.
A la même époque, un démembrement avait lieu dans les Saisons. Des apôtres incompris , des chefs sans troupes, des orateurs de cabaret , avaient mis le désordre dans la vieille association qu'ils tentèrent de dissoudre pour accaparer ses débris. Une douzaine d'individus avaient ourdi cette trame : MM. Lacambre, médecin sans clientèle ; M. Turjnel, marchand de vins; Culot, paillassonnier ; Barbast, tailleur ; -Vitou père et Vitou fils ; Ferey dit Moustache ; Champagne ; Potier ; Tellicus ; Chenu, etc., etc., tous communistes enragés. Ils reprochaient au comité la tiédeur de ses principes, et lui appliquaient la fameuse épi thète d'endormeur qui se rapprochait fort de celle de traître. Ces menées eurent leur effet * une partie des groupes, voyant des braves à trois poils qui s'engageaient à manger le Gouvernement d'une bouchée, désertèrent et se joignirent aux dissidents. Il se forma ainsi, en dehors du vieux noyau, un corps de routiers, sans cohésion , sans discipline , sans moyen d'exécution , mais qui s'apprêtèrent résolument à dévorer la monarchie. Il est bon de savoir que, parmi les chefs de cette fière armée, il y avait la moitié d'hommes de police. M. Albert, communiste lui-même, et qui s'impatientait souvent du frein que je lui imposais, avait bonne envie de s'entendre avec eux et de donner le signal de l'insurrection , cependant il céda aux raisons de bon sens que je fis valoir ; je
finis même par le déterminer à joindre ses efforts aux miens pour faire avorter le mouvement. J'écrivis un ordre du jour, où la sotte entreprise était traitée comme elle le méritait, et nous le fîmes répandre parmi les dissidents. H. Chenu, un des lieutenants de M. Albert, était revenu au bercail ; il fut chargé, avec d'autres, de Étire entendre raison à ses camarades. Grâce à ces mesures, l'armée insurrectionnelle se trouva frappée d'impuissance, et le projet fut abandonné.
Gela se passait au milieu de 1847. Cette belle équipée, favoysée par la police, eut certainement empêché la révolution de 1848. L'ancien Gouvernement, comme celui-ci , était cependant chaque jour accusé de provocation.
Peu de temps après, l'affaire des bombes mit la dissolution dans la nouvelle société. En 1848, ses débris existaient encore, mais disséminés, perdus dans les bouges les plus infects des barrières.
Voilà le dénombrement de ces fameuses armées secrètes dont chaque imagination est frappée et que les républicains, par ignorance ou fanfaronnade, transforment en légions immenses et toutes puissantes. H. Proudhon , au moment de la loi sur les associations, s'écriait: C'est bien, vons empêchez nos réunions publiques, nous conspirerons ! Je me permets d'apprendre à cet homme illustre, qui l'ignore, que d'un club transformé en société secrète , il ne restera pas le quart au bout de six mois ; et que dans ce quart il y aura un tiers d'agents de police.
Récapitulons. La société des Nouvelles Saisons comptait environ 000 membres, mal disciplinés ; les Communistes (faction et la Société dissidente 500, toutà-fait désorganisés , ce qui fait 1,100 conspirateurs actifs. Il y avait ensuite les Icariens , se montant à 400 environ ; en les comptant dans ce calcul, malgré leurs protestations pacifiques, on trouve un total de 1,500 hommes dans les sociétés secrètes.
Une monarchie séculaire, redoutable, qu'une troupe de ce nombre et de cette espèce aurait abattue, serait digne d'un profond mépris, d'un oubli éternel ; mais un pareil déshonneur n'existe pas. La monarchie n'a pas été vaincue , elle s'est vaincue elle-même. On dit généralement : La révolution est une surprise ; c'est mieux que cela, c'est une escroquerie.