‹ La nation canadienne [microforme]Chapitre 10 sur 78 · PÉ · texte numérisé non relu

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voulu, en 1827, rendre un hommage commun aux deux chevaleresques ennemis, morts d’une même mort glorieuse pour deux causes rivales. Sur un monument qui se dresse au-dessus de la splendide terrasse de Québec, il a réuni leurs deux noms accompagnés de cette inscription souvent citée :

« Mortem virtus Communem famam historia Monumentum posteritas dedit. »

Les généraux ne méritent pas seuls l'admiration de la postérité : n'oublions pas de rendre hommage aux vaillantes troupes qui, dans les plaines d'Abraham et dans les champs du Canada, combattaient pour la France. C’étaient, avec les braves milices canadiennes, les régiments de Royal-Roussillon, Langucdoc, la Reine, Artois, Guienne, La Sarre, Béarn ct Berry.

Après la bataille, la forteresse de Québec, incapable de résister, dut se rendre sans siège, et le chevalier de Lévis, rassemblant les débris des troupes, battit en retraite sur Montréal où il hiverna. Dès le printemps de 1760, par une témérité inouïe, reprenant la campagne, il osa encore tenter la délivrance de Québec et vint gagner une dernière victoire dans cette plaine d'Abraham théâtre de notre désastre. Le retour de la flotte anglaise, dès la fonte des glaces, le força de nouveau à la retraite. Québec était définitivement perdu! Le 8 septembre 1760, le gouverneur de la colonie, le marquis de Vaudreuil,

signait enfin à Montréal la capitulation qui livrait aux troupes anglaises le pays tout entier.

Trois ans plus tard, la paix était conclue entre la France et l'Angleterre, et le funeste traité de Paris cédait pour toujours aux Anglais le Canada et tous les territoires que nous possédions sur le continent.

Le jour où le ministre français Choiseul obtint ,4 signature du plénipotentiaire britannique, il s’écria, dit-on, de l’air satisfait d’un homme qui remporte un succès : « Enfin nous les tenons! (1) » Ce fut toute l'oraison funèbre d'une colonie pour la conquête.de laquelle l'Angleterre avait sacrifié tant de sang et tant de millions! Cette Nouvelle-France qu'avaient révée nos grands hommes d'État, que ‘François I‘ avait fait découvrir, que Henri IV avait commencée, Richelieu augmentée, Colbert parfaite et Louis XV perdue, qu'allait-elle devenir? était-elle morte, * vivrait-elle ?

(4) Dussieux, le Canada sous la domination française.

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