ORIGINES ET ÉVOLUTION HISTORIQUE DE LA NATION CANADIENNE
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ne l’hutoujours ls Nul ne ” | à ; CHAPITRE PREMIER éfendre, entes et M LES ORIGINES.
ter sur 7 Emporté par la vapeur sur un luxueux paquebot, + voyageur qui arrive à Québec par le majesteux esivelé et aire du Saint-Laurent, peut difficilement se faire le lutte
e idée de ce qu'était, il v a trois siècles à peine, fertile et riche contrée étendue sous ses yeux.
Cette côte riante, toute couverte de moissons, ute pointillée de blanches maisons, toute parsemée villages qui font briller au soleil l’éclatante toire métallique de leurs clochers, ces vallées ombraes qui viennent jeter au grand fleuve l’eau bondiste de leurs ruisseaux, ces prairies, ces collines si
coquettes, tout ce panorama changeant et plein de d 4 | vie que la marche du navire déroule avec rapidité M
aux regards émerveillés des passagers ; tout ce mou- : “ vement, toute cette activité, toute cette richesse 4 ad n'étaient, à une époque qui n'est pas bien éloignée 4 «P de nous, que silence, désert et solitude. L. pe Quand en 1535, poussé par ce vent de découvertes | ss qui soufflait depuis Colomb, le marin malouin Jac- L. jp ques Cartier remonte pour la première fois le cours 4 r: du grand fleuve, il ne trouve sur ses rives que des Æ , ie forêts sans limites, et, pour toute population, que L. P quelques pauvres tribus indiennes. D di Campé sur la rive pour y passer l'hiver, il voit, à L po cet endroit même où s'élèvent aujourd'hui les fières 4 l'éce murailles et les gracieux monuments de Québec, ses M qui, compagnons décimés par le froid, les maladies et la guéi faim ! don I faut lire le récit de cet hivernage dans la relation lai. méme qu’en a laissée Cartier. Une affreuse épidémie, # AT
le typhus, décimait ses compagnons Le mal sévissait avec une telle fureur qu’à la fin de février, des cent (1) dix hommes de sa flotte, trois ou quatre à peine res- cha taient capables de porter à leurs compagnons les C'e conna
soins que réclamait leur pitoyable état. Vingt-cinq Pa escri Franc
d’entre eux succombèrent au fléau. Cartier fit faire
l'autopsie du cadavre de l’un d'eux, Philippe Rouge- « mont, d'Amboise, et il relate avec minutie dans son dl . Ext ; a et en journal, tous les détails de cette triste opération. re ête a
« Il fust trouvé qu'il avait le cœur blanc et flétri, à neure
« environné de plus d'un pot d'eau rousse comme
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« dacte, le foye beau, mais avait le poumon tout noirci «et mortifié et s'était retiré tout son sang au-dessus « de son cœur, car quandil fut ouvert, sortit au-dessus «du cœur grande abondance de sang noir infect.
« Pareillement, avait la rate par devers l’échine un
« peu entamée, environ deux doigts, comme si elle «eut été frottée sur une pierre rude. Après cela vu « lui fut ouverte et incise une cuisse, laquelle était « fort noire par dehors, mais dedans la chair fut « trouvée assez belle. »
Plus de quarante des autres compagnons de Cartier étaient dans une situation désespérée, lorsqu'une femme indienne indiqua à leur chef un arbre dont l'écorce devait être un remède au terrible mal, et qui, en effet, rendit bientôt aux malades « santé et guérison ». « Si tous les médecins de Louvain et de Montpellier, ajoute Cartier, y eussent été avec toutes les drogues d'Alexandrie, ils n’en eussent pas tant fait en un an que ledit arbre a fait en six jours (1). »
(1) Brief récit et succincte narration de la navigation faite en 1535 et 1536 par le capitaine Jacques Cartier, aux iles de Canada, Hochelaya, Saquenay et autres, etc.
C'est pendant ce voyage que Cartier eut pour la première fois connaissance de l'usage du tabac par les Indiens. Voici la curieuse description qu'il donne de cet usage alors totalement inconnu en France :
« Ils ont, dit-il en parlant des Indiens, une herbe de quoi ils ont grand amas durant l'été pour l'hiver, laquelle ils estiment fort, et en usent les hommes seulement en la façon que s'ensuit : ils la ont sécher au soleil, et la portent à leur col en une petite peau de ête au lieu de sac, avec un cornet de pierre ou bois; puis, à toute heure font poutre de ladite herbe et la mettent en l’un des bouts dudit cornet, puis mettent un charbon de feu dessus et sucent par
Rebuté par tant de difficultés et de traverses, Cartier, dès le retour de la belle saison, s'empressa de quitter les eaux du Saint-Laurent ct ne laissa sur ses rives aucun établissement durable.
Il fallut aux fondateurs de colonies un cœur fortement trempé, une triple cuirasse d’airain, comme dit Horace, pour aborder ces pays sauvages et tenter, au milieu des privations et des dangers, de s’y créer de nouvelles patries. Ils obéissaient à cette force invincible qui fait marcher les peuples vers de mystérieuses destinées; le nouveau continent était ouvert à l'Europe, ils allaient le conquérir pour elle.
Commencée au seizième siècle, cette conquête est de nos jours à peu près définitivement achevée ; les plus habiles, les plus entreprenants et les plus forts en ont eu la plus grosse part. Nos grands hommes
d'État en avaient compris l'importance : François I‘
l'avait pressentie et avait lancé partout les marins français à la découverte de nouvelles terres. Henri IV avait commencé notre empire colonial, et c'est aux grandes vues de cet homme de génie qu'est dù le premier projet de créer sur les rives du Saint-Laurent une colonie permanente. Québec lui doit sa naissance.
C'est par ses ordres directs et contre l'avis, bien aveugle cette fois, avouons-le, du sage Sully, que l’autre bout, tant qu'ils s’emplissent le corps de fumée, tellement qu’elle leur sort par la bouche et par les nazilles comme par un tuyau de cheminée; et disent que cela les tient sains et chaudement, et ne vont jamais sans avoir lesdites choses. Nous avons
éprouvé ladite fumée, après laquelle avoir mis en notre bouche, semble y avoir mis de la poudre de poivre, tant est chaude, »
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dans l’été de l’année 1608, le navigateur saintongeais, Samuel de Champlain, remontait les rives solitaires du Saint-Laurent, examinant la côte, cherchant sur quel point il pourrait débarquer avec ses hommes pour établir la colonie qu'il avait mission de fonder.
Par une belle journée de soleil, le 3 juillet, il arrivait en vue d’un promontoire « couvert de noyers ct de vignes sauvages » qui dominait au loin un coude majestueux du grand fleuve. C'était « la pointe de Québec, ainsi appelée des sauvages », comme il le rapporte lui-même.
Séduit par l'aspect grandiose de la nature et par la fertilité du sol, il résolut de s'arrêter là. Aussitôt débarqué, dans une modeste maison de bois il établit ses hommes; telles sont les humbles origines de la grande ville de Québec. Elle fut bien longtemps avant de devenir une cité et ce n’est qu’en 1621 que le premier édifice en pierre, une église, fut construit par les soins des missionnaires récollets.
Malgré la vigoureuse impulsion donnée par Richelieu au mouvement colonial, malgré tous les encouragements et tous les soins dont il entoura particulièrement la colonie naissante du Canada, elle était bien faible encore en 1642. Québec n'était alors qu’ « un petit fort environné de quelques méchantes maisons donnant abri à de rares colons » ; Montréal, où une société de personnes pieuses venait de fonder june mission, « deux ou trois cabanes » (1), Trois-
(1) Les fondateurs de cette mission lui avaient donné le nom de
Rivières et Tadoussac, deux petits postes pour la traite des fourrures; et tout cela perdu sur un con-
tinent sans limites, la porte de ces pauvres demeures s’ouvrant sur un désert de huit cents lieues !
Certes, quiconque eût vu le Canada en 1642 eût souri d’incrédulité si on lui eût parlé de sa grandeur future. Quelques colons et quelques cabanes, sont-ce là les prémisses d’une nation? Et cependant, c’est bien de ces germes humains, si chétifs et si débiles, pauvres graines jetées par le vent du destin dans l'immensité d’un continent, que devait sortir, après deux cents ans de germination et de croissance, la forte nation que nous voyons aujourd’hui prospérer et grandir.
L'impulsion dont la colonie avait besoin, c'est Coiïbert qui la lui donna, et c’est lui qu'on peut considérer comme le véritable fondateur du Canada.
La politique qu'il suivit mérite d’être exposée avec quelques détails puisqu'elle a été, pour ainsi dire, la cause première des résultats que nous voyons aujourd'hui. Nous étudierons donc successivement les mesures par lesquelles Colbert pourvut au peuplement de
Ville-Marie. Celui de Mont-Royal ou Montréal lui est antérieur et avait été donné à cet endroit par Cartier lui-même en 1535, bien avant qu'aucun établissement y fût fondé. S’étant rendu au village indien d'Hochelaga, il fut conduit par le chef de ce village au sommet d’une montagne qui était à un quart de lieue de distance. De là il découvrit un pays sans bornes. Enchanté de la vue magnifique qu’il avait devant lui, il donna à cette montagne le nom de Mont-Royal, nom qu'elle a conservé et qui s’est étendu à la ville qui se trouve aujourd'hui à ses pieds.
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pour la la colonie, à la découverte des vastes régions qui l’enun Con- Mtouraient, et à la mise en culture de son territoire. meures À Le peuplement est le premier besoin d'une colonie. Les diverses compagnies auxquelles Richelieu avait 642 eût À accordé, en échange de l'obligation d'amener des randeur ; colons au Canada, le droit d'exploiter le riche et sont-ce MS productif commerce de ses fourrures, avaient trop ‘ it, c’est M oublié leurs devoirs pour ne penser qu'à leurs intédébiles, MM rèts. Les clauses des contrats, qui Les obligeaient à
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, après M nombre d'émigrants, étaient demeurées à peu près nce, la 1 lettres mortes, et nous avons dit plus haut combien ospérer M était faible encore, au milieu du dix-septième siècle, | le nombre des habitants de Québec.
1, c’est à Aussi Colbert dut-il prendre d'énergiques mesures ut con- pour provoquer tout d’un coup dans la métropole un da. vigoureux courant d'émigration.
se avec L Par ses ordres, les fonctionnaires civils etles autolire, la M rités religieuses, les évêques, les intendants, sont Lujour- 4 chargés de rechercher, dans l'étendue des diocèses et es me- 4 des provinces, les personnes des deux sexes désient de UM rcuses de s'établir au Canada.
4 Cette propagande produisit un grand effet; dès rieur et M 1663, ce ne sont plus quelques émigrants isolés, ce 5, bien sont de vrais convois qui quittent les côtes de France ae ct font voile vers Québec. En cette année, trois cent ce, De cinquante émigrants sont en une seule fois embarde à qués à la Rochelle (1), et des convois semblables se la ville
(1) Voy. Rameau, Acadiens et Canadiens, ® part., p. 23.
tration de Colbert.
En 1667, enfin, un régiment entier, fort de vingt compagnies, le régiment de Carignan-Salières, débarque à Québec et porte l’ensemble de la population à plus de 4,000 âmes. C’est alors vraiment que le Canada est créé et commence à devenir non plus un poste de traite, ni une mission, mais une colonie.
Le régiment de Carignan, dont M. de Salières était colonel, rentrait à peine de cette campagne de Hongrie, où le maréchal de La Feuillade, le comte de Coligny et les troupes françaises avaient apporté à l'Empereur, contre l'invasion des Turcs, un secours si puissant ct si opportun.
Ce régiment tout entier reçut au Canada la récompense de ses services.
À mesure qu'ils obtenaient leur congé, officiers et soldats recevaient des terres." Les officiers, presque tous gentilshommes, prenaient naturellement pour censitaires les hommes qui avaient servi dans leurs compagnies. C’est ainsi que l’on forma, tout le long de la rivière Richelieu, au sud de Montréal, sur la frontière la plus exposée aux attaques des [roquois, une sorte de colonie militaire qui, tout en concourant au progrès de la culture et du peuplement, servait en même temps comme de rempart contre un ennemi toujours en éveil, toujours prêt à s’élancer pour dévaster le pays (1).
(1) Le retour en France des officiers licenciés au Canada était fort mal vu du ministre : « 11 s’est présenté ici, écrit Colbert à l’in-
succèdent d'année en année durant toute l'adminis- !
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On sait qu'au dix-septième et au dix-huitième siècle, tout soldat portait un sobriquet sous lequel seul il était connu et désigné de ses chefs. Sobriquet tiré soit de ses qualités physiques ou morales, soit des occasions de BASE dans lesquelles il s'était trouvé. Souvent aussi c'était un nom de fleur, ou celui d’une vertu civile ou guerrière. C’étaient : Va de bon cœur, Jolicœur, Brin d'amour, la Force, la Rencontre, la Déroute (ce qui signifiait sans doute que l'aspect seul de celui qui portait ce surnom suffisait pour mettre l'ennemi en fuite). C’étaient encore : La Fleur, la Tulipe, la Liberté.
Tous ces noms restent communs au Canada, et tous ceux qui les portent peuvent, à bon droit, se vanter d'être les descendants des héros du Raab et de Saint-Gothard, de ces hommes dont le grand vizir Achmet-Koprôli avait osé dire avant la bataille,
tendant, quelques officiers des troupes qui sont restées en Canada; et comme il importe au service du Roi qu'ils s’établissent audit pays, et qu ils servent d’ exemple à à leurs soldats, il est bien nécessaire que vous empèchiez qu'à l'avenir ces officiers ne repassent en France, leur faisant connaitre que le véritable moyen de mériter les grâces de Sa Majesté est de demeurer fixes et d’exciter fortement tous leurs soldats à travailler au défrichement et à la culture des terres. » (Correspondance de Colbert, publiée par P. CLé- MENT, 2° partie, tome III.)
Non seulement le retour des officiers et soldats, mais celui même des colons civils de toutes classes était vu d'un très mauvais œil, et Colbert mandait au gouverneur de les retenir dans la colonie par tous les moyens en son pouvoir, hormis la force. Encore cette restriction n'était-elle imposée que pour ne pas nuire par excès de zèle au but qu’on se proposait et éloigner les Français d'aller s'établir dans une colonie à laquelle on aurait donné la réputation d’un lieu d’exil dont on ne pouvait sortir. (Ibid.
RD TS A en 2
en voyant de loin les manchettes de dentelle et les rubans des officiers : « Quelle est cette troupe de femmes!» mais dont il se repentit sans doute d'avoir méconnu la valeur lorsqu'il vit son armée par eux mise en déroute.
Outre les convois d'émigrants envoyés en bloc, outre le licenciement des troupes, Colbert pourvut encore à l'accroissement de la population par l'institution des « engagés ».
Les engagés étaient une classe de colons toute spéciale. Recrutés dans les classes les plus pauvres de la population de France, ils s’obligeaient à servir trois ans dans les colonies comme ouvriers ou serviteurs; leur salaire était fixé par les ordonnances. Ils aliénaient en somme leur liberté pour cette période de trois ans; aussi étaient-ils désignés sous le nom de « trente-six mois ».
Pour multiplier leur nombre, il fut arrêté qu'aucun navire marchand ne pourrait mettre à la voile vers l'Amérique dans les ports français, sans que le capitaine ait justifié qu'il emmenait à son bord un nombre d’engagés proportionné au tonnage de son navire. C’étaient trois engagés pour un navire de 60 toneaux, six pour un navire de 100 tonneaux, etc. Le capitaine devait pourvoir à leur nourriture pendant la traversée, puis, arrivant à destination, les cédait, moyennant le remboursement de ses frais, aux colon* qui avaient besoin de leurs bras.
Pour qu'il fût bien couvert de ses déboursés, il fallait qu'il pût retirer en moyenne 130 livres de
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chaque engagé; mais souvent la demande était au-dessous de l'offre, et à diverses époques les capitaines demandèrent d’être déchargés de cette obligation, ce qui leur fut accordé plusieurs fois, entre autres en 1706, en 1721 et 1744, à cause des événements de guerre.
Ainsi, grands convois de colons, troupes licenciées, engagés, telle est la triple origine du premier fonds de la population coloniale.
Mais pour qu'elle pût s’accroître, il fallait autre chose, et Colbert prit soin de pourvoir à l’établissement matrimonial de ces émigrants de toute classe.
Par une propagande active, il encouragea l'émigration féminine, comme il avait encouragé l'émigration masculine. Suivant ses ordres, des jeunes filles furent choisies parmi les orphelines de Paris, élevées dans les établissements hospitaliers. Beaucoup d’entre elles sollicitèrent ce choix comme une faveur.
Mais bientôt, sur l'observation du gouverneur que ces Jeunes Parisiennes n'étaient pas d’une constitution asséz robuste pour résister aux durs travaux de défrichement auxquels devaient s’adonner les colons, d’autres furent recherchées dans les campagnes de la province par les soins des évêques et particulièrement de l'archevêque de Rouen. Pendant plusieurs années on voit ainsi faire voile vers l'Amérique des convois de 150 à 200 jeunes filles, attendues par des fiancés impatients mais inconnus.
Ces mariages, il faut bien l'avouer, étaient traités un peu militairement. On ne laissait pas traîner les
fiançailles en longueur. Quinze jours après l’arrivée du convoi il fallait que toutes les jeunes filles fussent mariées. Pour faciliter cette rapidité et engager les soldats à se presser dans leurs choix, il avait été décidé que tous ceux qui dans ce délai de quinze jours n'auraient pas pris femme seraient privés des profits qu'il leur était permis de tirer de la traite des fourrures : tout congé pour cette traite était refusé au célibataire endurci (1).
Nous trouvons encore dans un rapport adressé à Colbert d’intéressants détails sur l'établissement de ces jeunes émigrantes. Ils nous montrent le soin qu'on prenait de leur choix et de leur conduite : « Il «est arrivé cette année, écrit en 1670 l’intendant « Talon, 165 filles. Trente seulement restent à ma- «ricer. Je les ai réparties dans les familles les plus « recommandables, jusqu'à ce que les soldats qui les « demandent en mariage soient prêts à s'établir; on « leur fait présent en les mariant de 50 livres en pro- « visions de toutes natures et en effets. Il faudrait « encore que Sa Majesté en envoyàt 150 à 200 pour « l’an prochain. Trois ou quatre jeunes filles de nais- « sance trouveraient aussi à épouser ici des officiers « qui se sont établis dans le pays.
« Mme Étienne, chargée par le directeur de l’h6- « pital général de la direction des jeunes filles qu'il
(1) « Vous avez fort bien fait de faire ordonner que les volontaires seraient privés de la traite et de la chasse s'ils ne se mariaient quinze jours après l’arrivée des vaisseaux qui apportent les filles. »
(Lettre de Colbert à Talon, 11 février 1671.)
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iaient les. »
«envoie, retourne en France pour ramener celles « que l’on enverra cette année. Il faudrait fortement «recommander que l’on choisit des filles qui n'aient «aucune difformité naturelle, ni un extérieur re- «poussant, mais qui fussent fortes afin de pouvoir «travailler dans ce pays, et aussi qu’elles eussent de « l'aptitude à quelque ouvrage manuel (1). »
Le choix de ces jeunes filles était sévère, on le voit, tant au point de vue moral : d'au point de vue physique. Colbert veillait avec soin à ce que parmi les personnes choisies il ne s’en trouvat aucune dont les mœurs eussent pu devenir, pour la colonie naissante, une cause de corruption et de décadence plutôt que d’accroissement.
Charlevoix, historien de Ja Nouvelle-France, presque contemporain et témoin de ces événements, a lui aussi rendu ce témoignage de la pureté des originces de la population canadienne : « On avait
« apporté, dit-il, une très grande attention au choix « de ceux qui s'étaient présentés pour aller s'établir « dans la Nouvelle-France... Quant aux filles qu’on « y envoyait pour les marier avec les nouveaux habi- «tants, on eut toujours soin de s'assurer de leur « conduite avant que de les embarquer, et celle qu'on « leur a vue tenir dans le pays est une preuve qu'on « ÿ avait réussi (2). »
Telles étaient les mesures par lesquelles Colbert
(1) Dépèche du 10 novembre 1670.
(2) Cuancëvoix, Histoire de la Nouvelle-France.
favorisait le peuplement de la colonie. Il avait envoyé comme intendant à Québec un homme qui partageait ses vues, et qu'on peut considérer comme Île véritable organisateur du Canada, l’intendant Talon. C'est lui qui, sur place, fut l'agent intelligent et fidèle des grandes vues du ministre et sut s'acquitter de l'exécution du détail avec autant de talent que celui-ci mettait de génie dans la conception du plan.
Grâce à la coopération de ces deux hommes, l’un la tête, l’autre le bras, l'impulsion donnée au peuplement du Canada fut si vigoureuse que de 1665 à 1668 la colonie, en trois ans, gagna 3,500 âmes, plus qu’elle n’en avait, en soixante ans, gagné depuis sa fondation (1)!
En même temps que le pays se peuplait, le gouverneur et l’intendant étaient invités à provoquer et à encourager les prandes découvertes vers l’intérieur du continent.
Déjà Champlain avait, dès le commencement du siècle, visité et baptisé le lac auquel il a laissé son nom; il avait reconnu les lacs Ontario et Nipissing et remonté sur une grande partie de son cours la rivière des Outaouais (Ottowa). Les missionnaires avaient continué son œuvre : sur les Grands Lacs ils avaient peu à peu avancé leurs missions et découvert, une à une, ce chapelet de mers intérieures qui s’égrène jusqu'au centre de l'Amérique du Nord. En treize ans, de 1634 à 1647, dix-huit Jésuites avaient parcouru toutes
(1) Rameau, loc cit., 2° part., p. 29.
vait enqui parmme le Talon.
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nt du sé son ing et ivière raient aient ine à e Jus- Is, de Jutes
ces régions. L'un d’eux, le Père de Quen, avait, en 1647 même, découvert au nord du Saint-Laurent une autre mer intérieure, un autre tributaire du grand fleuve : le lac Saint-Jean.
Mais un grand pas restait à faire, cette route de la Chine que les premiers voyageurs et Champlain luiméme avaient espéré trouver si près vers l’ouest, et qui semblait reculer à mesure qu'on la cherchait, il fallait enfin l’atteindre! Suivant le dire des Indiens, un grand fleuve, le « Père des eaux », c'est ainsi que leur imagination se plaisait à le nommer, coulait dans une vallée dont nul d’entre eux ne connaissait les limites En marchant longtemps dans la direction du couchant on devait l’atteindre, disaient-ils; que croire de ces récits pleins de mystère et à demi fabuleux? n'était-ce pas là cette route de Chine tant cherchée?
Le gouverneur Frontenac et l’intendant Talon veulent résoudre ce grand problème. En 1673, ils chargent un coureur des bois, Jolliet, depuis longtemps au fait des coutumes et de la langue des Indiens parmi lesquels il a vécu, et un missionnaire, le Père Marquette, de se lancer à la recherche du grand et mystérieux cours d’eau. Malgré les représentations des tribus indiennes des bords du lac Michigan, qui s'efforcent de les retenir, les deux voyageurs, franchissant le court partage qui sépare le bassin de ce lac de la rivière Wisconsin, lancent leur canot sur des eaux inconnues.
En quelques jours le courant les entraine dans l'immense artère du Mississipi; le « Père des eaux »
RER OC ETES NERO PR im PER ET =
voyait pour la première fois voguer l’esquif d’un visage pâle.
Continuant leur exploration, les hardis voyageurs visitent un à un tous les grands affluents du fleuve, et ne rentrent au Canada, pour rendre compte de leur mission, qu'après avoir reconnu le confluent du Missouri, de l'Ohio et de l’Arkansas, c’est-à-dire découvert en quelques mois la moitié du continent nord-américain !
Quelques années plus tard, en 1682, le Rouennais Cavelier de la Salle complétait leurs découvertes. Descendant le grand fleuve jusqu’à ses bouches, il constatait que ses eaux se déversent non dans le Pacifique, comme on l'avait cru et espéré, mais dans le golfe du Mexique. Il donnait en même temps à la contrée traversée par la partie méridionale de son cours le nom de Louisiane, en l'honneur du roi qui avait été personnellement le protecteur et l'inspirateur de l'expédition.
Cette route de Chine, si longtemps cherchée, demeurait toujours un mystère, mais la moitié du continent était ouverte à l’activité colonisatrice des Français.
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