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La Nature 1873

L'accueil depuis longtemps réservé aux livres sérieux, qui tiennent le public au courant du progrès, témoigne de l'intérêt réel que l'on porte actuellement à l'œuvre de la science. La plupart des journaux politiques donnent chaque semaine le compte rendu des séances de l'Académie, et s'attachent un rédacteur scientifique. La science est, partout ; elle apparaît à tous les instants, on la voit môme pénétrer dans le roman, tant elle se généralise.

Malgré l'avidité de connaître, qui est le caractère de notre époque, malgré le nombre sans cesse croissant des publications spéciales, il nous a semblé qu'il manquait parmi nous un recueil analogue à quelques-uns de ceux qui prospèrent depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne, aux Elats-Lnis. On peut compter en France des journaux scientifiques, nombreux et remarquables, qui ne le cèdent on rien aux publications étrangères du même genre, mais ils ne s'adressent, pour la plupart, qu'à une certaine classe de lecteurs. Un chimiste lira le Bulletin de lu Société chimique, un naturaliste les Annales des sciences naturelles, un ingénieur, les Annales des mines, etc. Les Comptes rendus de l'Académie des sciences ne sont destinés qu'au monde savant. A côté de ces graves recueils et des autres excellentes publications qui existent actuellement, nous avons pensé qu'il y avait une place importante à prendre pour* une revue d'actualité scientifique, où des écrivains spéciaux traiteraient les différents sujets, avec le concours de dessinateurs. Il est difficile, en effet, de se passer de l'illustration dans une œuvre de ce genre ; la desCrip* lion d'un insecte, d'un coquillage, d'une plante, est toujours pâle et sans vie< si le crayon qui parle aux yeux n'accompagne le texte qui parle à l'esprit. Gomment expliquer le mé*

vi PREFACE.

canisme d'un appareil de physique et l'aire comprendre les rouages d'une machine à vapeur sans la gravure qui reproduit cet appareil et celle machine'? Le professeur de science n'at-il pas toujours sous la main le tableau noir, où il complète son enseignement par des traces à la craie? La gravure sur bois, le diagramme, sont à l'écrivain ce que le tableau noir est au professeur.

Si l'on voulait se borner à faciliter l'intelligence du texte, il suffirait de simples figures, analogues à celles que publient les livres techniques. Nous avons pensé que le public ne se plaindrait pas d'avoir plus encore, qu'il ne reprocherait pas aux gravures d'une revue, toute scientifique qu'elle soit, d'être exécutées avec un grand soin. Un beau paysage géologique, un tableau représentant la reconstitution d'espèces fossiles, la coupe d'un lleuve où nagent les poissons qu'on étudie, ne charment-ils pas l'œil bien plus que des tracés froids et sévères ? Quel inconvénient y aurait-il à embellir une ligure de science? pourquoi ne serait-elle pas une œuvre d'art si elle ne cesse d'être exacte et sérieuse? pourquoi craindrait-on même parfois d'animer les scènes, de représ.uiter une machine en action, sans s'arrêter de parti pris devant les limites du pittoresque'? pourquoi le journal scientifique serait-il condamné à être aride, sec et souvent ennuyeux? ne gagnerait-il pas, au contraire, à prendre l'aspect d'un livre attrayant, agréable, afin d'attirer les lecteurs et d'augmenter le nombre de ceux qui aiment l'étude ?

C'est dans cet esprit que nous avons conçu le plan de la Nalure , et que nous nous sommes adressés à des savants depuis longtemps connus et aimés du publie, pour nous aider à le mettre à exécution. Nous sommes heureux d'avoir pu grouper autour de nous quelques écrivains éminents, qui ont bien voulu devenir nos collaborateurs, mais que pour la plupart nous n'avons cessé de considérer comme nos maîtres.

Une œuvre comme celle que nous avions en vue ne pouvait se réaliser qu'avec un tel concours; nous avons voulu, en effet, fuir l'écueil de l'erreur et de l'inexactitude, où se brise inévitablement celui qui traite seul les questions multiples qui se rattachent, aux différentes branches delà science. Il n'est pas de savant universel, aujourd'hui surtout où le domaine de la science est si étendu. Un astronome ne peut pas bien parler chimie, pas plus qu'un chimiste ne saurait traiter sûrement les questions astronomiques. Cela est peut-être encore plus vrai, quand il s'agit d'écrire pour touL le monde, et quand il faut exposer d'une façon claire des questions complexes et difficiles.

Nous avons cherché dans ce recueil à mettre le lecteur en mesure de suivre les travaux de la France et de l'éiranger en 1873. Nous vivons malheureusement souvent dans l'ignorance complète de ce qui se passe au delà de nos frontières; aussi avons-nous pensé qu'il y

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