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LE MÈTRE

Le 8 mai J 790, un décret de l'Assemblée Constituante chargeait l'Académie des sciences [le créer nu système démesures, uniforme, simple, construit sur des buses rationnelles. Jusque-là, les poids et les mesures dont on se servait en France, offraient le caractère d'une inextricable Babel, d'un eli.ios désordonné. La commission nommée par l'Académie, comptait parmi ses membres des Berlhollut, des Corda, des Delainbre et des Laplace; l'œuvre qu'elle a créée est impérissable. Ces illustres savants foudèrenL le nouveau système sur l'uni lé. de mesure; ils en prirent la base dans la nature même, eu empruntant à la terre une. fraction de son méridien.

Le -18 germinal de l'an 111 (avril 179;'i), une règle de platine, solennellement portée à la barre de la Convention, fut définivemeut reconnue comme l'unité; des mesures franc lises : c'était le, mètre, dont la langueur représente In quarante-millionième partie du tour de la terre.

Nous ne célébrerons pas ici les incomparables avantages du svslènie métrique; ils sont évidents et incontestés- Pendant longtemps, toutefois, ce beau système rencontra des obstacles qu'on pouvait croire insurmontables ; il entra dans nos habitudes et dans nos usages avec une désespérante lenteur; mais, malgré l'inévitable coalition des esprits arriérés et envieux, que l'on voit toujours marcher à l'encontre du progrès, il s'imposa de lui-même et fut peu à peu accepté par tous.

La France, quoi qu'en disent des dénigreurs systématiques, est essentiellement la patrie de l'initiative; eu dépit de la jalousie qu'elle suscite encore chez nos ennemis, on peut affirmer qu'elle est !e foyer vivifiant d'où jaillit l'idée. Le système métrique a dépassé les limites de notre territoire ; dans ces dernières années, l'Angleterre et les Etats-Unis d'Amérique l'ont rendu facultatif pour leurs nationaux. L'empire d'Allemagne a fait plus encore, il l'a adapté, sans restriction, à litre obligatoire.

11 ne faudrait, pas croire cependant, que de semblables décisions ont été prises sans rencontrer une vive opposition. Un certain nombre de savants et d hommes émiuents d'outra-Manchc et d'oulre-Rhiii, so sont efforcés de combattre noire système de mesure. Us disaient que le mètre ne donne pas avec une exactitude assez rigoureuse la fraction du méridien in il doit représenter; ils demandaient avec insistance qu'il fut procédé à de nouvelles mesures géodesiques. Mnlgicccs réclamations, on comprit que la mesure du méridien terrestre, serait toujours approximative, avec les ressources de la science actuelle : on résolut d'adopter le svslèiue français.

C'est à. Paris que s'est réunie la Commission internationale du mètre, afin de présider à la consU'uc- Lou d'un étalon, propriété indivisible de tous les P ; ijs et adopté comme prototype universel.

liràee à l'intervention de M. Thiers, les repré-

sentants de toutes les nations se sont réunis au Conservai oirc des arts et métiers, sous la présidence du doyen de l'Académie des sciences. L'Angleterre, la Russie, l'Autriebc-Ilongrie , l'empire d'Allemagne, la Bavière, la Suisse , le Wurtemberg , l'Italie, le Saint-Siège, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, la Hollande, le Danemark, la Suède, la Turquie, les Etats-Unis de l'Amérique du Nord et la plupart des E'ats de l'Amérique du Sud, ont envoyé à ce congrès scientifique l'élite de leurs savants. « Que n'avez-vous assisté tous à ces belles séances, uniques dans l'histoire, dit M. Faye en s'adressant à ses collègues de l'Institut, à cette espèce, de concile œcuménique de la science! Vous auriez joui comme nous de l'hommage spontanément rendu, par nos égaux et nos émules, à la science française, et à cette grande, cité, qui déjà oublie ses désastres pour travailler au progrès. »

Il nous suffira d'ajouter que, d'après les résolutions de, la Commission internationale, on prend comme point de départ, pour l'unité de mesure, le mètre des Archives, tel qu'il y a été déposé le 18 germinal de l'an 111. Même décision est. arrêtée, pour l'unité de poids : « 11 est décidé, dit le rapporteur delà Commission, que le kilogramme international sera déduit du kilogramme des Archives dans sou état actuel.

Il v a un mois environ, MM. 11. -Sainte-Chiite Deville et Tfebray ont opéré au laboratoire de l'Ecole, normale, la fusion du lingot de platine iridié, destiné à j la fabrication des étalons universels du mètre. C'est à ces savants chimistes que l'on doit les procédés pratiques de la fusion du platine, de ce métal si hautement réfractaire; par un juste hommage rendu à leurs impérissables travaux, on leur a confié le soin de cette mémorable expérience. L'opération s'est exécutée avec une grande solennité : elle s'est faite sous les veux d'éminents personnages et d'illustres savants. M. Thiers et M. Jules Simon suivaient, avec intérêt, les différentes phases de la fusion du métal, rendu liquide, dans un creuset de. chaux, sous l'influence du chalumeau à gaz oxygène et hydrogène. MM. Tcisserenc du Boit, alors ministre du commerce, Levcrrier, directeur de l'Observatoire, le L'énéral Morin, directeur du Conservatoire des arts etT* métiers, Tresca, sous-directeur du même établissement, assistaient aussi à cette belle séance.

Le platine, iridié, une fois fondu, a été porté sous un marteau-pilon. Ou en a tiré deux règles-types, auxquelles on a donné la forme réglementaire adoptée par la Commission ; elles serviront de base première à la fabrication des étalons internationaux, qui seront distribués à tous les États dont, les délégués ont pris part aux délibérations de la Commission du mètre. Cette fabrication nécessitera la fusion d'une masse de platine de deux cents kilogrammes; elle sera prochainement exécutée dans des conditions exceptionnelles. Jamais, en effet, pareille masse de platine n'aura été liquéfiée dans un laboratoire. Pour assurer le succès à cette expérience grandiose, il est

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question de construire un va^to fourneau en chaux, au seiu duquel jailliront, à la fois, les dards de feu fournis par six chalumeaux à gaz oxvgèue. Peul-èlre, comme le demande M. Tresca , fera-t-on auparavant des fusions distinctes; ou couperait en menus fragments les liii^ols obtenus et, aliu d'obtenir une masse homogène, ou en mélangerait iul.hnciucul les morceaux avant de procéder à la l'union totale.

'fous les mètres liileriialionmix seionl. identiques, on les façonnera dans les plus délicates conditions d' exactitude, et de précision. Leur section ne sera pas rectangulaire, elle aura une forme en X qui as-urera au barreau métallique une grandi: rigidité. Chaque règle de platine sera d'ahord l'orgée à l'état de lige, carrée; le laminage préparera ensuite les quatre- rainures do, la barre, et cette opération aura l'avantage de lui assurer une parfaite homogénéité. « Après avoirsoumislébaiiclie ainsi obtenue à un ou plusieurs recuits, le rabotage longitudinal permettra d'approcher de très-près de la l'orme délinitive, et, dans celte opération, les moindres défauts seront dévoilés et mis à jour. Nécessaire pour l'obtention de la forme géométrique, ce. rabotage constituera un moyen d'investigation tout à fait précieux et tout à fait sur, un véritable sondage de tous les défauts, qui déterminera lu départ à faire entre les règles complètement réussies et celles qu'il conviendrait de rejeter 1 , »

Les barres de platine indu' ainsi fabriquées auront 10:1 centimètres de longueur; on y gravera, avec Japlus grande précision, les deux divisions extrêmes du mètre. Chacun des mètres internationaux sera accompagné de deux tberiiioinètres à mercure, isolés et comparés 1 un theiinouièlreà air. On emploiera la méthode de, .M. r'izeau pour déterminer lu dilatation du métal : les prototypes devront être soumis aux procédés les plus précis, à l'aide desquels on mesurera leurs coehicienls de dilatation absolue.

Nous n'entrerons pas dans les autres détails de construction que la Commission du mètre a étudiés et résolus, avec une précision digne du grand but qu'elle poursuit. Nous ajouterons seulement qu'en proclamant, au nom des nations civilisées, Limité dos mesures; elle a fait œuvre de civilisation, de concorde et de progrès.

**' Gaston Tissaxdier.

LE PI1ÏLL0XÉRA

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