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LES NUAGES ARTIFICIELS

Les idées les plus simples sont bien souvent celles qui paraissent les plus difficiles à trouver. No semble-t-il pas assez pratique de garantir certaines cultures des gelées printanières, en les couvrant d'un manteau protecteur, formé d'un nuage de fumée? Il n'y a que bien peu de temps cependant que des essais nombreux ont été entrepris en France ; ils se multiplient, il est vrai, de jour en jour, et leur efficacité réelle permet de supposer qu'ils se généraliseront encore. L'n propriétaire de la Gironde, M. Fiabre de Rieunègre, donne de curieux renseignements pratiques sur cette méthode singulière, en racontant le magnifique succès qu'il a obtenu au commencement de cette année:

« Les nuages artificiels, dit cet agriculteur, ne sont pas une nouveauté; il y a un très-grand nombre d'années que plusieurs viticulteurs de nos pays les ont ess;ijés ; je connais des essais qui datent de quatre-vingts ans. 11 est certains pays, le Chili par exemple, où ils sont entrés dans la pratique de tous les jours ; il y a là, sur les derniers contre-forts des Cordillères, d'importants vignobles; ils étaient autrefois presque toujours ravagés par des vents glacés qui descendent des montagnes et que l'on est parvenu à défendre avec succès contre des froids de cinq et même de sis degrés au-dessous de zéro. »

Pour obtenir les nuages artificiels, M. Fiabre de

Rieunègre préconise l'emploi de la combustion de la balle de froment.

« Les feux obtenus avec les huiles lourdes ne remplissent pas, ce me semble, dit notre expérimentateur, les deux conditions de bon marché et de durée. Je n'entre pas dans des détails inutiles, mais j'aflirme par expérience, que si l'on voutles conserver allumés pendant tout le temps qui est nécessaire, ils deviennent très-onéreux, surtout si l'on tient compte de l'achat des godets qui quelquefois ne serviront pas deux fois dans dix années et dont le prix devra, par conséquent, être en totalité porté au compte de l'opération elle-même.

Avec la vieille méthode améliorée, j'ai trouvé le moyen de faire, au commencement de cette année, un feu d'une grande durée et ne coûtant presque rien. J'ai employé de la balle de froment, qui est la substance qui m'a paru le mieux remplie les conditions exigées ; elle brûle très-lentement et produit beaucoup de fumée. On peut cependant la remplacer avec des litières, des mousses, de la sciure de bois et même du mauvais foin. J'en ai fait faire de gros tas de 2 m ,50 de diamètre placés à 12 mètres environ l'un de l'autre; trois feux ainsi établis suffisent pour couvrir un hectare.

Cela fait, on attendit les événements. Les gelées du 25, du 20 et du 27 avril arrivèrent. Lorsque le thermomètre descendait à un degré au-dessus de zéro, la cloche du château se faisait entendre pour éveiller et rassembler non-seulement mes domestiques, mais tous nos voisins, surtout ceux du Nord, que mes sollicitations et mon exemple avaient entraînés et qui agissaient avec le même entrain et la même confiance que moi-même. A ce signal, toute la population était surpied.

Dès que le thermomètre marquait zéro, à un nouveau signal, le feu était mis aux litières, aux balles de froment, à tout ce que l'on avait pu se procurer, et plus de trois cents foyers énormes, non pas defeu mais de fumée, car nulle part la flamme ne trahissait la présence du feu, couvraient en un instant la plaine d'un épais nuage, sur une étendue de 150 hectares environ. La fumée montait immédiatement vers le ciel, mais saisie par le froid de l'atmosphère, elle descendait presque aussitôt dans les vignes, rasant la terre et couvrant les plantes d'un manteau protecteur. Les feux étaient entretenus jusqu'au moment où le thermomètre remonlaitau-dcssus dezéro. C'est ainsi que furent facilement vaincus les froids du 2a et du 20 avril, mais la terrible et désastreuse nuit du 27 nous réservait des difficultés nouvelles, contre lesquelles, heureusement, nous avions pris nos précautions. Vers quatre heures du malin, le vont, qui n'avait cessé de souffler du nord-ouest, passa subitement au nord-est, amenant avec lui un froid glacial et entraînant les nuages artificiels que nous avions si péniblement accumulés.

Immédiatement, à un signal donné, les feux préparés dans une autre direction étaient allumés, l'atmosphère redevenue sereine était de nouveau voilée et

les plantes couvertes du même manteau protecteur. Le résultat de toutes ces précautions a été, complet et admirable, mes voisins et moi nous avons été entièrement préservés. Notre petite localité située à Langoiran, dans les terrains d'alluvion qui bordent la Garonne et qui gèlent toujours avec la plus grande facilité, présentait, au milieu de la désolation générale, l'aspect le. plus riche et le plus riant, et aujourd'hui je suis en pleines vendanges avec l'espérance di l'aire douze cents pièces bordelaises environ, c'est-àdire autant que j'en aie jamais fait. Ainsi, avec une dépense tellement minime que je ne saurais l'évaluer, je sauvais une récolte qui vaut 150,000 fr. environ. » (Journal de l'Agriculture.)

L'ASSOCIATION BRITANNIQUE

Scission de Bradford (1833).

(Suite et fin. — Yûy. p. 523 et 3A'i.)

M. Norman Lockyer a présenté à la section de physique et de mathématiques le résultat de ses longues recherches sur la constitution r.hvsique du soleil. La librairie Macmillan va très-prochainement les publier sous un format analogue au Soleil du père Secchi. Les rapports des comités spéciaux ont été trèsnombreux. Celui des météores lumineux, par M. Glaishcr, devient d'année en aimée plus volumineux et plus intéressant. L'analyse spectrale des flammes météoriques confirme d'une façon très-nette le résultat des expériences de Graham, de Nordenskiold sur la présence de l'hydrogène dans le fur météorique et de fer dans les solitudes neigeuses du Groenland. Elle dorme également raison à iVœlhcr, qui a découvert de l'oxyde de carbone inclus dans les météorites récemment apportées à Stockholm. Désormais les météorites et les aérolitlies sont réunis par des liens indissolubles. Bientôt personne n'osera plus soutenir la doctrine insensée que les météorites proviennent d'un ancien corps céleste ayant l'ait explosion.

L'Association britannique a reçu d'excellentes nouvelles d'une station d'histoire naturelle, organisée à Naplcs, d'après un système, analogue à l'aquarium de Concarneau. La station de Naples se suffisant a elle même, l'Association britannique portera sa sollicitude sur d'autres climats.

Dans la dernière séance de la session, le comité général a distribué les encouragements aux recherches scientifiques exécutées sous la surveillance de l'Association. Les crédits s'élèvent à une quarantaine de mille francs, répartis entre trente comités dont nous ne pouvons donner rémunération complète. Nous citerons cependant celui de V Efficacité des paratonnerres, qui fut crée à Jirighton, sur la proposition de M. Wilfrid de Fonviclle et dont if. Glaishcr est le président ; celui de sir Charles Lyell, pour V Exploration des cavernes du comté de Kent; celui de 11. Fronde, pour mesurer la rapidité de la marche

des vaisseaux; celui du professeur Hersehel, pour déterminer te pouvoir conducteur des roches; celui du professseur W'illiamson jiour mesurer l'efficacité du pyromètre de Siemens, etc., etc.

Au lieu de se traîner à la remorque du gouvernement, l'Association ne craint pas de résister énergiquemeut. Le ministère, ayant déclaré qu'il ne pouvait accorder de subsides à l'Observatoire de l'île Maurice parce que l'enquête sur l'utilité de sa création n'était pas terminée, l'Association a immédiatement décidé que, jusqu'à nouvel ordre, cet observatoire si utile à l'étude des cyclones serait entretenu à ses frais. Des démarches actives seront faites pour que cette lourde commission, dont le travail est si pénible, arrive enfin à formuler des conclusions.

Le conseil a continué à soutenir, dans une lutte honorable, contre l'ignorance du chancelier do l'échiquier, le directeur du jardin de Kcw, le célèbre botaniste Ilooker.

11 a également reçu des instructions pour obtenir que le gouvernement local de l'Inde fasse exécuter les observations nécessaires pendant le passage de Vénus en 1874. Une somme de dix mille francs a été arrachée, non sans peine, au duc d'Argyll, pour les opérations photo-héliométriques, mais l'Association n'a point dit son dernier mot à ce sujet.

Les deux grandes lectures destinées aux ouvriers n'ont point eu le succès qu'on en attendait. L'une, d'elles était consacrée à l'examen de la théorie atomique et moléculaire. L'orateur, M. Clerk-Maxwell, avait pris la peine de réduire en nombres les chimères dans lesquelles se plaisent certains atoitiist.es exagérés. On sait qu'on suppose que la pression des g.13: est produit par le mouvement tics molécules; or, d'après il. Clerk-Maxwell, qui a sans doute de bonnes raisons pour se livrer à ces jeux d'esprit, un million de molécules d'hvdrogène, mises côte à côte, auraient une longueur d'un millimètre. Il y en aurait donc un million de milliards dans un millimètre cube. La masse de cette petite sphère étant représentée par 1, celle de l'oxygène serait lf>, celle de l'acide carbonique 14 et celle de l'oxyde de carbone 11. Ces myriades de molécules d'hydrogène se lanceraient dans tous les sens, contre les parois du vase qui les renferme avec une vitesse de 1 ,859 mètres par seconde (ni plus ni moins) et le nombre des chocs qu'elles donneraient, par seconde, en oscillant autour de leur position réelle sciait de 17,750 millions.

Cette affectation de rigueur, cette puérilité des grands nombres incompréhensibles, a fait lever les épaules à plus d'un homme de sens. Les ouvriers n'ont point donné dans Je panneau analytique. Nature publie, dans sou numéro du 2 octobre, une poésie satirique sur les évolutions moléculaires. Le non-sens est représenté par un auteur qui prend le

pseudonyme infinitésimal -j ■ , comme marchant a

l'assaut de la tour fortifiée où se cache la vérité. Les deux derniers jours de la session ont été cou-

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sacrés à visiter les principaux sites des environs, mais ces excursions, quoique; intéressantes, n'ont otfert aucun incident digne d'être rapporté.

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