LE CHEMIN DE FER DU MONT CEMS
Depuis les Romains qui avaient établi une route de voitures par la vallée d'Aoste entre l'Italie et la
fiaule, route détruite par les barbares, jusqu'à eu sièele, on n'a pu franchir les Alpes qu'à pied, à dos de mulet ou en i baise à porteur. Napoléon I er lit exécuter, de 1801 à 18(17, la route du Simplouet de 18ùr> à 181 celle du mont Cenis. Quand les chemins de 1er lurent inventés ce ne fut qu'aveu bien des hésitations que. l'on se décida à les tracer au travers des inoiitaeuies.
Ce fut en 18U qu'un humble géomètre-arpenteur de llardonuèclie, Joseph Médail, proposa, le premier,
("lir-m L:i île fer du niniil Cenis. — Lu uiurilëi
de creuser sous les Alpes uu tunnel aboutissant au villatre de Bardonnèehe, où il était né. Le roi Char-
les-Albert, frappé de. cette proposition, chargea MM. Mauss et de Sismonda d'étudier le projet de
f.;i descente.
M. Médail, et ces deux savants éininents ne purent que confirmer l'exactitude des données recueillies par
liqur, ou i^ui, d'un es|iiit plus po*it.ir, elierelient h\s moyens rl« les détruira nu fïr.ind profil. île km s Heurs et de leurs fruits. Si quelques personnes défirent nvoir une cunn:ii>siiiee approfondie do ces insectes, nous leur indiquerons, pour les espèces d'Kurope, le reuinripifiLlc ouviiijre de M. Fischer, de
l'arpenteur et adopter le tracé qu'il avait choisi. Mais ce tunnel ne pouvait se construire par les pro-
] filmii'ir, Orthnidrracurvpœa. Leipzig, 1833, et une élude moiio^raplii'îue sur les espères du monde entier, pnr M. H. Dftini [Vcnmch eâii'r Monoqra}i/ûc (1er Dcrmojtteren ; Entomolog, Zeitung. — Stettin, 1KG3, p. 53, 509; 180i, u. 285, 411; •ISfio, p. fis, et 1807, p. SH1}.
ClicJiiiiL île fer ihi mont Lieuis, — Le j«nit de Ouiil c.
cédés ordinaires, et celle difficulté technique retarda de beaucoup son exécution. Enfin, les invent ions successives de l'ingénieur suisse Colladon, do l'ingénieur anglais Barllelt et de l'ingénieur italien (savoisien) Sommeiller, donnèrent le moyen de procéder à cette grande œuvre, elle tunnel du mont l'unis fut commencé le 51 Août 1857. Pendant qu'il se émisait, l'ingénieur anglais tell, obtenait la concession d'un chemin de fer provisoire, sur la route du înnnt Ceuis, à construire dans le système à trois nuls préconisé depuis longtemps par l'académicien français le baron Séguier. Ce. chemin de 1er expérimenté en 1 Sillet autorisé le A iNoveinbrc 1805 a été exploité du 15 Juin 18(58 au 1(1 Octobre 1871,, jour (te l'inauguration du tunnel et du chemin de fer du mont Cems, après quatorze ans d'un incessant labeur.
Nous arrivons un peu laid pour parler du tunnel. du mont Ccuis, et les dé ails sur le percement des longs souterrains à travers les hautes montagnes trouveront plus naturellement leur place à propos du tunnel du Sahit-Gotliai'd, en cours d'exécution.
Mais si l'on s'est beaucoup occupé du souterrain du mont Ccuis, ou s'est fort peu étendu généralement sur les sections, d'une exécution li'ès-dilficilc, qui le relient aux chemins de fer de Paris, à Saiut- Miehel, et do ilussoliuo, à Turin.
La section française a mie longueur de 28 kilomètres (dont G kilomètres pour la demi-traversée du tunnel) et la section italienne 50 kilomètres (comprenant l'autre, moitié de la galerie); mais la compagnie de Lyon n'exploite sa ligne que jusqu'à Modane et celle de la Haute-Italie est chargée de l'exploitation à partir de cette gare, à 12 kilomètres de la frontière italienne. La limite est à deux voies sur 50 kilomètres entre Saint-Michel et Bardonnèche et à voie unique sur les 42 kilomètres complétant le parcours, entre Bardonnèche et linssolino.
Le railway remonte la vallée de l'Are par des rampes déplus en plus roides, contourne et enveloppe Modane par une courbe, qui décrit les trois quarts d'une circonférence, revient parallèlement a lui-même jusque vis à-vis de la station de .Modane et là aboutit enfin au tunnel, mais à 150 mètres audessus de la gare après avoir franchi cette énorme différence de niveau par une rampe continue de 50 millimètres par mètre et avec des courbes descendant jusqu'à 500 mètres de ravou. Dans le tunnel, la rampe est do 25 millimètres sur 0.275 mètres du côté de la l'rancc el, après un palier de ôOO" 1 50, elle se change en une pente de un demi à un millimètre du côté- de l'Italie, sur 5,000 mètres. Kn dehors du tunnel, le railway descend jusqu'à Bardonnèche par une pente rapide de 50 millimètres.
A partir de cette station la voie descend la vallée du Bochemolle jusqu'au confluent de ce tonent avec la Dora-lliparia dont la ligne de 1er continue à suivre le cours. Dans toute cette section italienne où le tracé de la voie s'écarte beaucoup de l'ancienne route du mont Cenis, le paysage alpestre est de la plus in-
comparable grandeur, [dus magnifique encore que celui de l'ancienne route de terre.
Le passage à travers eetle région accidentée a nécessité l'exécution d'ouvrages d'art extrêmement hardis et faisant le plus grand honneur aux ingénieurs, mais d'une exécution coûteuse et difficile.
L'un des plus remarquables est le pont, en fer sur la Combe 1 dont une de nos gravures reproduit le pittoresque aspect. Le pont eu treillis de 50 mètres de portée, est soutenu par deux poutres de 5"' 50 de hauteur ; il réunit les bords de l'étroite vallée, à 120 mètres au-dessus du torrent 5 .
Charles Hoissat.
MIGRATIONS DE L'ACIDE CiRBOMQïE
ET I.I'.S riIÉ.NOMÊKIiS DE llOCHAUË.
Les gaz se dissolvent non-seulement dans les corps liquides à la température ordinaire, mais aussi dans les corps fondus sous l'influence du feu. Toutes les personnes qui ont suivi mi cours île chimie se rappellent que lorsqu'on coule dans un têt en terre de l'argent fondu, on voit se produire, au moment où le métal se refroidit, une vive efforieseenre; la masse bouillonne, se bours mfle, des parcelles d'argent sont projetées; on assiste à une véritable éruption volcanique en miniature. Pour que la ressemblance soit complète, l'argent solidifié est. tuméfié, caverneux, coin ert de petits cônes percés au centre, simulant la forme des volcans.
L'argent fondu dissout l'oxygène; il l'abandonne au moment du refroidissement : c'est là le | hénomène désigné sous le nom de rochage. Plus le refroidissement est brusque, et plus le dégagement csf rapide; quand, au contraire, on laisse l'argent se refroidir lentement, l'oxygène se dégage insensiblement sans boursoufler la surface du métal, sans qu'il y ait de projections, qui sont importantes à éviter quand l'argent obtenu doit être pesé.
Ce phénomène, découvert par Gav-Lussac, il y a déjà fort longtemps, est beaucoup plus fréquent qu'on ne le supposait d'abord, La litharge fondue dissout aussi de l'oxygène, qu'elle abandonne au moment du refroidissement; les gaz combustibles qui se trouvent dans les fovers où fondent les métaux s'y dissolvent encore ; récemment enfin, MM. Troost et Ilautefeuilb 3 ont. montré que la fonte retenait, après son refroidissement, une. quantité assez notable de gaz, formé surtout d'oxyde de carbone et
1 Vallée élraile. fit profonde, véritable figure rtn roches, un fond de laquelle colite lin InironL
a Le jaunint anglais lytifjiitrertti// a tbimé [les détails curieux sur ce heau travail el sur le chemin Je Ht du mont Cciii*, nous lui avons emprunté quetiji! s-uns de. ses documents.
r> Comptes rendus lit: l'Académie (les sciences, t. LXXVI, p. 361 (-1873).
LA NATUIIK.
d'hydrogène; M. Cailletet, M. Caron, et surtout le célèbre cliimiste anglais, Th. Graha.ni, avaient fait de ces gaz dissous, retenus, occlus dans les métaux, une étude approfondie.
L'n tilde 1er ordinaire, netlové avec soin et chauiié dans le vide pour expulser le gaz qu'il peut contenir dans ses porcs, absorbe, d'après M. Craham, quand on le chauffe dans différents gaz, 40 parties pour 100 en volume d'hydrogène et 4,5 pour 100 d'oxyde de carbone. Le gaz spécial au fer du commerce, dont la nature dépend d'ailleurs de la forge dans laquelle il a été chauffé, est surtout l'oxyde de carbone; la proportion de ce gaz s'élève de 7,00 à 12,50 pour KiO.
Dans leurs récentes expériences, MM. Troost et Kautefcuille n'ont pas obtenu des quantités de gaz aussi considérable*, mais ils ont parfaitement vérifié le fait même de l'occlusion des gaz par les corps chauffés, et c'est là ce qui nous importe pour l'instant.
Ainsi les corps fondus dissolvent des gaz et les abandonnent parfois au moment de leur refroidissement. Des corps simplement ramollis par l'action du feu peuvent même se charger de gaz, les conserver après le refroidissement et ne les perdre que lentement sous l'inlbunce d'une nouvelle élévation de température et d'un vide presque parfait.
Ces faits sont «on-seulement très-curieux, ils ont peut-être une très-grande importance au point de vue géologique. M Th.Grahnm en a donné, il y a déjà quelques aimées, une preuve remarquable en étudiant un échantillon de fer météorique provenant de Lenarto. Ce. métal, soumis à l'action du feu dans un tube de porcelaine où l'on avait, d'abord fait le vide, a abandonné 2,85 fois son volume de gaz, dont les 80 centièmes sont de l'hydrogène, l'oxyde de carbone no dépassant pas h 1/2 pour 1 00. Les gaz fournis parle 1er ordinaire sont bien différents : des clous de fer à cheval, soumis à la même épreuve, ont, eu cf.ét, donné 2, GO fois leur volume de gaz, renfermant 50 pour 100 [l'oxvde de carbone et seulement. 55 pour 100 d'hydrogène.
On sait aujourd'hui que l'hydrogène constitue le gaz le plus abondant des étoiles, et M. Jaussen l'a reconnu en quantités énormes dans les protubérances du soleil ; et comme d'autre paît ou sait que îe fer ne peut à la pression de notre atmosphère absorber plus de son volume de gaz hydrogène, il faut en conclure que le fer de Lenarto provient d'un astre dans lequel l'hydrogène existait à une pression considérable et à une température élevée ; l'hydrogène qu'on en a tiré nous dévoile donc la nature, la température, la pression de l'atmosphère de l'astre inconnu, dont provient le fer de Lenarto.
Revenons sur la terre, et voyons si les considérations précédentes ne sont ] as de nature à éclaircir un phénomène remarquable dont l'explication n'est pas encore complète.
Les volcans, au moment de leurs éruptions, émettent des gaz variés : d'abord de l'acide chlor-
hvdrique, de l'acide sulfurique, de l'acide sulfhydrique ; plus tard, quand l'époque de l'éruption est d'jà plus reculée, les hydrogènes carbonés dominent; enfin apparaît le dégagement d'acide carbonique, qui se continue pendant des siècles; nos volcans d'Auvergne sont éteints depuis des milliers d'années, et cependant les .sources chargées d'acide carbonique se rencontrent abondamment, à lloyat, au mont Dure, à Saiut-Nazaire, ele. Le dégagement de l'acide carbonique a été constaté dans une foule d'évents volcaniques : la grotte du Chien, près de tapies, est trnp célèbre peur qu'il soit nécessaire de la rappeler; au volcan de Proto, les fumerolles sont presijue exclusivement formées d'acide carbonique; à Java, c'est le même gaz qui se dégage avec une abondance extrême de la solfatare éteinte nommée, Guevu Lpus ou Vallée du poison. Le sol est partout couvert de carcasses do tigres, de chevreuils, d'oiseaux, et même d'ossements humains, car tout être vivant est asphvxié dans ce lieu de désobilion.
Ainsi le dégagement d'acide carbonique se conlinue des évents volcaniques pendant des siècles, et sur un très-grand nombre de points du globe. Si l'activité volcanique n'excite qu'une médiocre attention en Europe, il n'en est pas de même dans d'autres contrées; llimilioldt compte 407 volcans à la surface du globe, dont 225 seulement en activité depuis les temps modernes ; depuis, on a porté ce nombre à 270, parmi lesquels 190 sont dans les îles ou sur les bords de l'océan Pacifique; la plus grande partie de ces volcans sont situés le long de la grande fracture, probablement très-récente, du globe qui, commençant à la Terre.-de-Feu , longe toute la cote du continent américain et se prolonge par le Kamtchatka , le Japon, jusqu'aux Moluques, à Java et à Sumatra. En dehors de cette série remarquable, on trouve encore des volcans actifs dans la Nouvelle-Bretagne, les îles Salonion, les Nouvelles-Hébrides, !a Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Zélande et jusque dans le voisinage du pêde antarctique, où l'illustre marin anglais sir John Ross a découvert l'Erèhe et le moût Ternir au milieu des glaces.
La quantité d'acide carbonique dégagé par ces foyers volcaniques est à coup sûr immense. M. Boussingault a trouvé, en 1827, que 05 pour 100 du gaz émis par les volcans de l'Amérique méridionale étaient formes d'acide carbonique; M. Bunsen a constaté la même composition dans les gaz émis par rilécla.
Nous arrivons enfin au point qu'il s'agit d'éciaircir : Quelle est l'on grue de l'acide carbonique, d'où vieut-il? Quel est le réservoir inépuisable qui fournit depuis des milliers d'années à cette dépense excessive?
11 est clair que notre atmosphère n'a pas toujours eu la composition qu'elle a aujourd'hui. Quand la terre s'est séparée du soleil, elle devait avoir exactement la même température que lui, et par suite la masse gazeuse oui l'entourait renfermait de l'hydrogène incandescent, du sodium, du fer, comme il y
en a actuellement dans le soleil; ù mesure que, la température s'est abaissée, les combinaisons sont devenues possibles, et par suite, les différents corps, d'abord maintenus séparés par l'excessive température à laquelle ils étaient soumis, se sont unis d'après leurs affinités respectives : l'hydrogène et l'oxygène ont formé de l'eau ; l'oxygène et le carbone ont donné de l'acide carbonique; le chlore cl le sodium : le sel marin, etc.
Les roches incandescentes, encore liquides, se sont donc trouvées en contact avec une atmosphère dense renfermant divers gaz, et ceux-ci ont pu y pénétrer, s'y condenser, comme nous voyons l'oxygène pénétrer dans l'argent ou dans la Jitharge fondus, l'oxyde de carbone et l'hydrogène dans le fer nu la fonte. Il est possible que ces roches se soient chargées en plus grande quantité d'acide carbonique que des autres gaz existants dans l'atmosphère, par une sorte d'affinité relative, exactement comme l'argent se charge d'oxygène et non d'azote, bien qu'il soit, fondu dans l'air ordinaire.
Pour que nous puissions trouver l'origine de l'acide carbonique des volcans, dans les roches encore incandescentes et abandonnant lentement, à mesure qu'elles se refroidissent, les gaz qu'elles renferment, par suite d'un phénomène de roebage se continuant pendant des milliers d'années, il faut qu'il y ait eu dans l'atmosphère primitive du globe une quantité immense d'acide carbonique; mais cette, hypothèse n'a rien qui nous choque.
11 est clair, en effet, que dans l'atmosphère primitive l'oxvgène était en excès, comme il l'est encore aujourd'hui dans l'atmosphère actuelle; et, quand par suite de l'abaissement de température (lu globe, les combinaisons ont été possibles, il a dû se former de l'acide carbonique. ; celui-ci, au contact des roches fondues qui formaient la surface, s'y est probablement dissous peu à peu; et comme, les dislocations étaient fréquentes, que les roches ne séjournaient pas constamment à la surface, mais étaient souvent remplacées par d'autres venant des profondeurs, on conçoit qu'une masse considérable d'acide carbonique ait pu être occlus ainsi peu à peu. Tant, que la température des roches s'est maintenue au-dessus de leur point de fusion, elles ont conservé le gaz qu'elles renfermaient; maïs celui-ci a commencé à se dégager, au moins partiellement, au moment de leur solidification ; et si, comme tout le prouve, il existe encore dans les profondeurs du globe une niasse incandescente dont le refroidissement se poursuit d'une façon constante, le dégagement du gaz continue par les évents volcaniques qui mettent en communication ces profondeurs avec notre atmosphère.
Le gaz acide carbonique ne saurait au reste s'accumuler dans notre atmosphère en quantité notable; en effet, les parties vertes des végétaux le décomposent, et toute la matière organique qui existe sur le globe renferme du carbone provenant de cette décomposition ; en outre, l'acide carbonique est soluble dans l'eau ; la pluie qui lave notre atmosphère
l'entraîne dans les eaux courantes jusque dans lu mer. Là, son rôle n'est pas terminé ; il dissout du carbonate de chaux et le met à la disposition du tous les animaux marins, qui en confectionnent leurs coquilles, leurs demeures, et finissent pur constituer de véritables îlots, souvent dangereux pour les navigateurs quand ils ne sont pas encore émergés.
Les immortelles recherches de Lavoisier nous ont appris que la matière était indestructible; mais la série de métamorphoses qu'accomplit un même corps est loin d'être encore complètement connu, et il n'est pas sans intérêt de suivre ces longues migrations de la matière et de déterminer les formes variées qu'elle affecte, les gisements successifs qui la récèlent. L'acide carbonique de l'atmosphère primitive du globe, dissous par les roches incandescentes et enfoui dans les entrailles de la terre, y a séjourné des milliers d'années. Peu à peu cependant, à mesure que le refroidissement du noyau central se continue, il s'échappe de. sa prison souterraine et remonte jusqu'à notre atmosphère, où, entraîné par l'eau de la pluie, il est conduit par les rivières dans le sein de la mer. Là enfin il dissout le carbonate de chaux et. fournit aux microscopiques animaux marins la matière première, qu'ils mettent en œuvre, pour faire surgir des abîmes océaniques, les îles mudréporiques, destinées peut-être à former un jour de nouveaux continents!