LES EXPLORATIONS AU SPITZBERG
Dans les premiers jours de l'automne 1 872 le navire Pépita, qui avait pu s'échapper du Spitzberg, apportai Tromsoe de tristes nouvelles de cet archipel si extraordinaire. Les glaces s'étaiit prématurément refermées a la suite de gelées précoces, qui se sont du reste fait sentir jusqu'au nord de l'Angleterre au commencement de septembre, un grand nombre de pêcheurs norwégious se trouvaient cernés dans ces liantes latitudes, et étaient exposés à mourir île faim, de froid, de misère. En même temps, le succès de la troisième expédition scientifique, dirigée par le professeur Nordenskiold, se trouvait compromis. Le navire PoUtcm, commande par le capitaine Palander delà marine royale de Norwége, était obligé d'hiverner à Mossel-Bay, avec le Gladan et Y Onkel-Adam.
D'autres navires se trouvaient au cap (irav, dans le voisinage de Mossel-B;iy et probablement dans l'is- Mord ou fiord. de la glace, dont le nom vient, nialhoul'Oiisement d'acquérir une' triste célébrité à la suite d'une catastrophe épouvantable, qui a vivemeut attire l'attention publique.
Aussitôt que les nouvelles apportées par la Pépita furent parvenues, le gouvernement norvégien donna ordre, à Y Albert et à YOurs-lilanc (Isbjorn), de prendre la mer et de porter des secours aux inalheureuv séquestrés. Eu même temps la Société de géographie, de Berne, aidée par un géuéreuï patron dos expéditions arctiques, expédia, à ses frais, un troisième navire appelé le Groenland. Mais tous les efforts furent infructueux. La banquise se montrai! impénétrable. Les trois navires durent successivement revenir en Europe, renonçant l'un après l'autre à lutter contre les vents, les glaces, l'obscurité, en un mot toutes les ténèbres d'un hiver arctique.
Ce retour s'accomplit au milieu d'une aiuiété d'autant plus grande, qu'après un hiver remarquable par sa douceur, on eut à essuyer un printemps qui ne fut pas moins exceptionnel par sa rigueur intempestive; de (elles circonstances prolongèrent fatalement les inquiétudes publiques dans toute la Scandinavie,
Les Anglais n'attendirent pas les nouvelles du Spituborg pour se diriger vers les lieux où tant de souffrances étaient sans doute à alléger. M. Leigh- Smitli fréta un transport qu'il expédia à destination de Mossel-Jîay, dans les derniers jours de mars, et lui-même se mit eu route quelques jours plus tard, sur le yacht à vapeur la Diana. Vers le commencecément de juillet, on apprit que le navire Gnkel- Adam, venait d'arriver à Tromsoe avec des dépêches, du capitaine l'alander, pour le ministre de la guerre, et de M. Nordenskiold, pour M. Oscar Dickson, le riche négociant de Gothembourg, qui rivalise de zèle avec M. Griimell, de New-York, et qui a déjà fait d'immenses sacrifices pour encourager ces magnifiques explorations.
Le capitaine de V Onkel-Adam lança des télégrammes à Stockholm, à Gothembourg et à l'Académie des sciences de l'aris, à laquelle M. Nordenskiold se réserve de communiquer le résultat de ses observations. Ce n'est pas la première fois qu'il agit de la sorte, car en 18(51 il a déjà communiqué à 11. Dau- . bréc, le savant professeur du Muséum, le résultat de: sa quatrième exploration arctique faite dans les glaciers du Groenland. Jusqu'à ce jour les savants Scandinaves comptaient sur la bonne foi des savants allemands pour leur servir d'intermédiaire avec le reste du continent européen.
Ainsi l'immortel Ilausteen, quoique membre correspondant de l'Académie des sciences pendant un demi-siècle, n'a pas envoyé une seule communication à celte savante assemblée. L'accueil fait cette fois aux savants Scandinaves, prouve qu'ils n'ont point eu tort d'abandonner leurs traducteurs qui trop souvent donnaient raison au fameux proverbe : « Traduttore tradilore. »
Enlin les journaux de Home, recevaient des télégrammes adressésau nom de M. Parent, lieutenant de vaisseau de la marine italienne, qui a accompagné. M. Nordenskiold dans sa belle expédition. M. Parent est le fils d'un des députés qui représentent la Savoie, à l'Assemblée nationale de Versailles; engagé dans lu marine avant l'annexion, il n'a pas cru devoir abandonner ses camarades pour changer de pairie.
Quelques jours après, ic Gladan arrivait àlromsoe; après s'être ravitaillé, ce navire s'est rendu àGothembourg, sou port d'armement. Il est chargé d'un grand nombre de curiosités, dont certaines viendront à Paris.
M. Nordenskiold, le capitaine Palander et le lieutenant Parent ne sont point attendus à Tromsoe avant une huitaine de jours, car le Polhem ne veut revenir en Europe qu'après avoir épuisé toutes ses provisions, et il ne quittera pas ces hautes régions sans tenter encore une fois de passer de l'autre côté de la banquise dont il est si rapproché.
L'arrivée du transport de M. Leigh-Smith et du. navire la Diana, aura peut-être même changé leurs dispositions , quoique la continuation des pluies donne lieu de craindre que la barrière des glaces qui se trouve au nord du Spitzberg, n'ait point été entamée parles rayons du soleil, et que les explorateurs l'aient trouvée, aussi difficile à franchir qu'au printemps.
Les renseignements que Y Onkel-Adam et le Gladan ont apportés, ont Irait à la météorologie, au magnétisme terrestre, aux aurores boréales, à la vie des animaux marins et des plantes marines qui sont aussi riches, aussi plantureuses en hiver qu'en été. En eifet, les froids terribles qui rendent l'habitation du Spitzberg si difficile, n'affectent en quelque sorte que la pellicule de l'Océan.
En attendant que ces trésors soiententroles mains des diverses nations du midi de l'Europe il est opportun do jeter un coup d'a-il d'ensemble sur ce groupe d'îles singulières, dont la Norwégc se serait emparée l'an dernier si la jalousie des autres puis-
(rT-tziu: chc^f.i't'&i^ii H rri-c Puyuny -il uni If .*
Pointe Welcome. Hivernage forcé des navires Pépita et Frednrica. — II. Cap Grey. Hiverna^ forci; des navires Elisa, DmfjMJtr, Cygne, Hellène. — C. Haie M&ssci. Hivernait! volontaire de Hardtuskicdd. Navires Polkem, Gttidan, Onket-Adam. — 1), TV titre nl/érrj baie. Cimetière. Observatoire de iVry. — E. Mont lïécla. — F. T/'.rre du Nord-Etl. iictta \U; ,.n ctô traver-
sée ibrnîsTt'TMcnt pur Nordm&kiold. — C. tf/'oss taie. Cimetière hollandais Jliv^niiiRC iln Bravais. — II. l'oint* de terre où l'on a reconnu la présence de £iscment& de lionillc et de schistes MiLinmienx. — 1. Montagne dus Crvcodikx. — K. Cap 'ihordsen, où IN IVonvéçicuij s>(iut inorlb du^corliut en 1^73, daut une mljunc impuraunil construite \vaï îles minuiirs suâbis.
sauces du Nord n'avait produit des hésitations qui ne seront, espérons-le, que temporaires. En effet, le Journal officiai de Stockholm a publié récemment un article qui semble indiquer que le gouvernement du Royaume-Uni comprend la nécessité de planter le drapeau de la vie humaine sur une terre, si I née juste à moitié chemin de l'Europe et du pôle Boréal. Cet archipel étrange, sans équivalent dans l'hémisphère austral, doit servir nécessairement d'étape aux explorateurs préoccupés de l'étude de ces régions inaccessibles, mais aussi pleines d'attraits qu'entourées de mystères et de dangers.
Il est à peu près impossible de dire de combien d'îles se compose le groupe du Spitzberg, car probablement on ne les connaît pas toutes. Il est à présumer qu'un certain nombre de fjords se prolongent eu réalité jusqu'à la nier et sont des bras de. l'océan Glacial, analogues au détroit de llinlopeu, qui séuare les deux terres principales, le Spitzberg occidental et la terre du nord-est, (Voy. la carte ci-contre).
Nous signalerons, au nord, l'archipel des Sept îles qui s'approche, comme ou le voit du 81" de-gré, et qui, pendant l'hiver et le printemps, no forme qu'une masse solide de glaces avec la terre principale. Tous les anciens explorateurs qui ont étudié le Spitzberg ; Ross, Parry, Martens et Phipp (plus tard lord Jlulgrave), sont représentés dans cet archipel. Quant à Bareutz, qui l'a découvert, il a donné sou nom à une terre séparée du Spitzberg par le grand liord (stor (ionien) et situé au sud-est de l'île du nord-est.
Pendant longtemps on crovait que cetle masse de terres ne formait qu'une seule île. ayant une trentaine de lieues de longueur, et suffisamment grande pour être consacrée an Christophe Colomb de cet archipel, mais on s'aperçut plus tard que la terre de liaient;! était coupée eu deux morceaux, par un détroit profond, celui de Walter ïiiymens. On domina cette nouvelle terre le nom de Stans qu'elle gardera. .Nous citerons encore une île longue, montagneuse, située dans la direction, du nord-ouest au sud-est, qui, si le Spitzberg était la Grèce, pourrait être comparée à l'Eubée. C'est le Eorcland du prince Charles. Du cap Platon au cap sud, l'archipel possède environ une centaine de lieues, c'est un tiers de plus que la distance qui sépare Cobbe-Bay de l'extrémité orientale de lavant-terre de Stans, et qui marque, par conséquent sa largeur. Sous des climats moins terribles, le Spitzberg serait un des archipels dont les nations maritimes se seraient disputé la possession avec le plus d'acharnement, mais les guerres qui désolent les Océans, ne se sont jamais étendues jusqu'à ces parages où le seul sang qui ait jamais coulé, est celui des baleines, des phoques et des ours blancs 1 . Les fiords sont innombrables, comme on doit le comprendre d'après ce que nous avons dit ; le premier que l'on rencontre sur la cote orientale est Je
1 Les Anglais eiuent nue fuis l.i vetli'ilé d'ai-cii|nrei- la pèclic , niais celle leulative isuliic ne donna [ioiul lieu à un conlIiL saii- (rtiuit.
Uoni-Sound (soudage de la corne), où aborda Barentz lorsqu'il découvrit le Spitzberg, il y a deux cent cinquante ans.
A une vingtaine de lieues se trouve Bel Sound, où hiverna, il y a deux cent vingt ans, un Anglais nommé Pelham, qui a laissé une très-curieuse narration de ses aventures. Cette narration a été réimprimée, il n'y a pas plus de 2,'î ans, par une société anglaise, avec le plus grand succès. A une quinzaine de lieues plus au nord se trouve le fiord de la glace (Isfîord), dont nous avons déjà parlé. C'est là qu'on a découvert 18 marins morts de faim, au printemps de 1873. Leur journal, qui pourra satisfaire la sombre curiosité des amateurs de catastrophes, ne lardera point à èlre publié in-eztetvso. Versons en passant quelques larmes sur la tombe de ces martyrs du progrès.
Pins haut se trouve Cobbe-liav qui a été étudié avec soin, par les derniers explorateurs Scandinaves. Magdalena-Bay, ainsi nommée en l'honneur d'un navire qui accompagnait l'/Eule, dans la première, expédition de iNordoiiskiold. Enfin nous devons appeler
I attention sur les baies qui se trouvent à l'extrémité nord-ouest de l'archipel et nous ne pouvons en séparer les îles voisines. Eu effet, c'est dans cet archipel une, surtout dans la dernière moitié du dixseptième siècle et dans la seconde moitié, du dix-huitième, les pêcheurs de baleine s'étaient donné rendez-vous. Chaque nation avait adopté un cantonnement dont les limites étaient religieusement respectées, peut-être parce que les gouvernements ne s'étaient point imaginé d'aller y faire la police. Les Hollandais, les Scandinaves, les Anglais et même les Espagnolsavei'.lfsquels les Français étaient confondus, avaient leur stationnement. La découverte de la monde Baffin a porté un coup de mort à cette prospérité,
II faut dire que les baleines y ont été pour quelque chose, car elles ont quitté les parages du Spitzberg, qu'elles affectionnaient, croyant être plus tranquilles dans ceux du Groenland. Il n'est [dus guère resté au Spitzberg que les chassseurs de phoques etde morses.
Lu délroit qui sépare l'île, d'Amsterdam de la Grande-Terre, porte le nom singulièrement énergique de Smeeremberg, ce qui en Hollandais veut dire: montagne qrasse; co nom, d'après les statisticiens j de l'histoire des pèches, a été plus d'une fois mérité. Mais les beaux jours de la pêche sont passés pour le Spitzberg, et les baleines ne reviendront pas. Cet archipel doit donc trouver un autre genre de gloire et de prospérité.
— La suite ni-ueliaiiieunnil. —
ËYAPORATION DE L'EAU
FAR LES Fr.IlILLES.
En mesurant exactement Ja quantité d'eau qu'il faut employer pour maintenir constamment une niante dans de bonnes conditions d'humidité on ar-
rive à su rendre, compte des quantités énormes di liquide, qu'elle évapore. (Jette méthode a été employée depuis bien des années par lesphysiologisl.es puisque les premières expériences qui l'ont utilisée remontent au dix-septième siècle et sont dues au docteur Woodw.ird,
Toutefois ce procédé de mesure est grossier, car bien qu'on place sur les pots en expérience des plaque? métalliques qui recouvrent complètement la terre , on ne réussit pas à empêcher une certaine évaporai ion due à la surface du so],detellesorte qu'on ne peut pas affirmer que toute l'eau employée à l'arrosage ait traversé, la plante; le procédé que j'ai employé dans les recherches que j'ai entre-
Em£. 1. — Appareil pour déterminer la quantité d'eau éric^c pai - les feuil
prises sur ee sujet à l'École de (iriguon, il y a quelques aimées, et qui est analogue, à celui qu'avait imaginé le naturaliste français Guettard cent ans auparavant, est plus précis; au lieu de mesurer l'eau d'arrosage, je recueille directement l'eau évaporée ; la disposition que j'ai adoptée est très-simple. l'Ile consiste à ii\er la feuille eu expérience dans un petit tube d'essai ordinaire, à l'aide d'un bouchon fendu qui pince la feuille sans la déchirer; le tube est soutenu par un support, de façon à maintenir la feuille dans sa position normale (li g. 1).
Quand l'appareil ainsi disposé est placé au soleil, ou ne tarde pas à voir l'eau ruisseler sur les parois du tube, elle augmente
ïï
F.ff. '2.
Appareil pour mmilrer que l'êvapuratiou île l'eau par le* feuilles est duc à lu luni]':re et non à la chaleur.
peu à peu et dans l'espace d'une heure ou recueille une quantité d'eau notable, qui atteint souvent le poids do la feuille en expérience et parfois ledépassc du double, ainsi que le mollirent les nombres suivants;
Le 8 juin 18fA une feuille de blé pesant 2e r ,410 a donné en une heure au soleil 2 er ,(M5 d'eau, c'est 88.2 d'eau pour 100 de feuilles; !e 2 juin une feuille de seigle pesant sr ,0ôô a donné 0" r ,0jî) d'eau ou un peu plus que son poids.
LA RATURE
Le juillet 1870, après une si'iulicri'ssc prolongée, lu soleil étant éclatant, 100 de jeunes [euilU-s d'orge donnaient respectivement 133 et 120 d'eau; le 7 juillet nu opéra sur du maïs, on obtint.
en une heure, de 100 lemlles, 220, 187, •1 70 et 1 78 d'eau : ee sont les nombres les plus forts qu'on ait trouvés.
Pour obtenir des feuilles une quantité d'eau aussi considérable, il faut qu'elles soient exposées au soleil, si elles sont seulement soumises à la lumière diffuse, l'évaporatiou diminue considérablement , enfin elle cesse presque absolument dans l'obscurité, on en jugera
par les nombres suivants toujours rapportés à 100 de feuilles, obtenus à l'aide de feuilles de blé. Une feuille exposée au soleil a donné en une heure 88, '2 d'eau, à la lumière diffuse 17.7, et à l'obscurilé 1.1.
Fig. ~. — Appareil oinpliu^ pour riHimiiaïlro rinniiimro ili'S rivons lumineux divrr'-nmr'nt rnliii'i'^.
Avec de l'orge, on a trouvé pour la feuille au soleil 7-4.2 d'eau; 18.0 pour la feuille simplement soumise à la lumière diffuse et enfin 2.5 pour la
feuille maintenue à l'obscurité.
Cesexpénencessont très-faciles à répéter, elles sont à la portée de toutes les personnes qui s'intéressent à l'histoire naturelle, il suffit d'introduire une feuille dans un flacon en verre blanc et de la maintenir avec un bouchon coupé, pour reconnaître coin- Lieu sont différentes les quantités d'eau exposées au soleil ou dans une chambre obscure.
11 paraît difficile de ne pas admettre d'après les résultats précédents que la lumière a sur l'accomplissement du phénomène une influence décisive, toutefois pour s'en assurer complètement, pour qu'on ne pût pas attribuer à un simple échauffement
:a «!it
iiïs itiib
Fi^. i. - .\[ip;nvil L'iiiplijyé jiniii' l'cctnnKiili'C l'influence des divers rayons du pp<vtn" solnire.
de l'almosphère du tube la transpiration abondante obtenue, on maintint les Feuilles pendant toute la durée de l'exposition au soleil à une basse température soit en plaçant le tube qui les contenait dans un manchon constamment parcouru par un courant d'eau froide, ainsi que le représente la Figure 2 ; soit
encore en substituant à l'eau de la glace pilée qu'on renouvelait, à mesure qu'elle entrait en fusion. En opérant ainsi on reconnut qu'une feuille de blé pesant 0", 182 donna S ',1 71 d'eau en une heure quand elle fut maintenue au soleil, et seulement Br ,003daus l'obscurité, l'eau du manchon était restée pendant
IfiO
toute la durée de l'expérience à 15 degrés ; à lu température de ¥ obtenue à l'aide de lu glace on obtint, en nue heure nu soleil pour 100 de feuilles, 108 d'eau.
11 est donc évident que c'est la chaleur lumineuse qui détermine le phenome ne d 'évapora lion comme elle détermine la décomposition do l'acide carbonique par les feuilles, et il était curieux de voir sa en poursuivant la comparaison on arriverait à reconnaître, que les rayons lumineux efficaces pour déterminer la décomposition de l'acide carbonique le sont aussi pour favoriser l'évaporation.
On sait que lus rayons les plus éclatants, les rayons jaunes et rouges sont ceux qui agissent avec le plus d'énergie sur les feuilles pour déterminer la décomposition de l'acide carbonique.
On s'en assure aisément en pinçant une piaule marécageuse dans une dissolution légère d'acide carbonique, puis en entourant le flacon muni d'un tube de dégagement, d'un manchon renfermant diverses dissolutions colorées 1 , on reconnaît que les ravons verts et bleus qui noircissent si rapidement les papiers photographiques n'agissent que très-faiblement sur les feuilles et n'occasionnent qu'un très-léger dégagement d'oxygène, tandis qu'au contraire ies ravons jaunes et rouges sans action sur les papiers photographiques activent singulièrement la décomposition tic l'acide carbonique. Or ce sont précisément ces mémos rayons qui favorisent l'évapoiatiou de l'eau par les feuilles, ce qu'il est facile de reconnaître à l'aide de l'appareil représenté dans la fig. 3 ; on voit que le tube renfermant la feuille en expérience est placé dans une cloche à gaz remplie d'une dissolution colorée facile à remplacer, de telle sorte que la feuille est successivement éclairée ;;ar une lumière rouge jaune, etc., on a trouvé «pis l'efficacité des rayons pour déterminer l'évaporation les range dans l'ordre suivant : jaunes, rouges, bleus et verts; quand le manchon renfermait, une dissolution jaune on a obtenu une quantité d'eau double de celle qui a été recueillie quand une dissolution verte entourait la feuille.
On observe encore des résultats analogues en opérant à l'aide des ravons solaires séparés au moyen d'un prison; de verre. L'expérience était disposée comme l'indique la figure A. Les rayons rélléehïs dans une direction constante à l'aide de l'béliostat qu'on aperçoit au travers de la fenêtre entr'ouverte, arrivaient au fond d'une pièce sombre 8 , tombaient sur un prisme et se divisaient eu un spectre bien étalé, un des tubes en expérience était maintenu dans la lumière ronge orangée, tandis que l'autre restait dans la lumière verte et. bleue; les résultats furent dans le même sens que les précédents, c'est-à-
' Voyez, pour plus ils détails, mon Couru de chimie agricole (Hachette et C iç , 1873], d'on j'extrais les gravures joiiilus à cet article.
a fendant l'expérience les rayons pénétraient dans la piéee au travers d'un orifice percé dans un volet; on a représenté dans la figure la fenêtre ouverte pour laisser voir l'héliostal.
dire qu'on obtint pins d'eau évaporée dans la lumière j unie que dans la bleue, mais les quantités d'eau recueillies furent très-faibles, parce que la lumière était Irès-affaiblie par sa réflexion sur le miroir de l'béliostat et par son passage au travers du prisme. Quoi qu'il en soit, le résultat était acquis, les rayons efficaces, pour déterminer la décomposition de l'acide carbonique, sont aussi ceux qui favorisent l'évaporation de l'eau par les feuilles, et deux des phénomènes les plus importants de la vie végétale paraissent avoir entre eux une liaison dont la nature est encore inconnue.
Ce phénomène d'évaporation joue en effet un rôle capital dans le transport des principes immédiats d'un point du végétal à l'autre. Prenons un exemple simple et que chacun pourra suivre sans difficultés. Au mois de juillet, quand le blé, l'avoine ou l'orge commencent à mûrir, on voit jaunir les vieilles feuilles du bas, taudis que les plus jeunes, fixées à la partie supérieure de la tige, sent encore vertes et en pleine végétation. Si ou examine ces vieilles feuilles jaunies, on reconnaît qu'elles no renferment plus ni glucose, ni sucre, ni amidon, ni matières ulbunûnoides; tous les principes que l'analyse y décelait un mois auparavant ont disparu, ils se sont acheminés vers les feuilles supérieures qui les recueillent, jusqu'au moment où, la eraine commençant à se former, ils quittent encore les feuilles supérieures entraînant ceux que ces feuilles supérieures ont ellesmêmes élaborés; une accumulation s'opère dans la graine, qui devient le réceptacle de tous les principes immédiats que la plante a formés pendant la durée de la végétation. Ce transport des principes immédiats des feuilles du bas, vers les feuilles supérieures, est dû au phénomène (l'évaporation qui vient d'être décrit. 11 esL facile de reconnaître, en elfet, que les jeunes feuilles évaporent beaucoup plus d'eau que les vieilles, et de plus, comme on démontre aisément que les matières dissoutes dans un liquide sont entraînées avec lui vers les parties d'un appareil où l'évaporation est la plus active, on eu conclut que le transport des principes immédiats qui se produit pendant la maturation des plantes est déterminé par le mouvement de l'eau des vieilles feuilles vers les jeunes. Comme, enfin il a été démontré plus haut que l'évaporation est due à l'intensité lumineuse, on voit que la lumière exerce, sur les phénomènes de la végétation, une importance capitale et que deux années chaudes peuvent èlre inégalement favorables à la végétation, si elles sont inégalement lumineuses.
Mon excellent ami, M. le baron Tbénard, m'a cité un proverbe bourguignon qui justifie les conclusions précédentes : i< La bise, disent les vignerons, est la mère nourricière des coteaux » Or, la bise est le vent du nord-est, ventlrc.id mais sec, qui chasse Je.s nuages et laisse, à la lumière, tom son éclat! C'est encore à lui que je dois l'observation suivante :
Lu 18fiu, la Bourgogne lit du vin d'excellente qualité, en 180G il était à peine potable ; eu relevant
les indications thermométriques on trouva que les deux années ont été aussi chaudes l'une que l'autre, niais l'une a été humide, le ciel était couvert, tandis qu'en 180Î) le soleil était éclatant.
L'importance de la lumière, dans les phénomènes de la végétation, n'avait, pas au reste échappé à un des esprits les plus distingués deee siècle, A. de IJurnboldt, qui, dans le Cosmos écrivait, il y a déjà longtemps: « Si là où les myrtes croissent en pleine terre (Salcombe, sur les côtes de Devonshirc; Cherbourg, sur celles de Normandie), et où le :-ol ne se couvre jamais en hiver, d'une neige persistante, les températures d'été et d'automne suffisent à peine pour porter les pommes à maturité; si la vigne, pour donner un vin potable, fuit les îles et presque toutes les eûtes, même les côtes occidentales, ce n'est pas seulement à cause de la température qui règne en été sur le littoral; la raison de ces phénomènes est ailleurs qua dans les indications fournies par nos thermomètres, lorsqu'ils sont suspendus à l'ombre. Il faut la cherche)' dans l'influence, de la lumière directe, dont on n'a guère tenu compte jusqu'ici, bien qu'elle se manifeste dans uue foule de phénomènes. Il existe, à cet égaid, une différence capitale entre, la lumière quia traversé un ciel serein et celle qui a été affaiblie et dispersée en tout sens par un ciel nébuleux. »
Nous avons vu dans les pages précédentes que la quantité d'oui, évaporée par les feuilles, était considérable ; essayons d'en déduire l'évaporation d'une surface cultivée, nous pourrons en tirer peut-être quelques conclusions importantes sur les quantités d'eau qu'elle devra recevoir pour que les plantes y prospèrent.
Nous avons trouvé à Grignon, où oui. été faites toutes les expériences citées dans cet article, que dans un champ de mais médiocrement, garni, on comptait 50 pieds par mètre carré ; le poids des fouilles, le 9 juillet, était environ de 2i2 gr. par mètre carré. Ces feuilles, par une journée claire, donnaient au minimum ltiO pour \ 00 d'eau en une heure, ou en dix heures 1,500 d'eau pour 100 de feuilles. Les 242 grammes de feuilles devaient donc donner 5,G50 grammes d'eau.
Ainsi, en une journée de dix heures, un mètre carré jetait dans l'air plus de trois kilogrammes d'eau, un hectare en donnait donc 50 tonnes ; ce chiffre peut paraître énorme, il n'est pas très-éloigné cependant de celui qui a été calculé, il y a plus d'un siècle, parle célèbre naturaliste anglais Haies, qui estimait qu'on hectare planté en choux, émettrait, en une journée, 20 mètres cubes d'eau; enfin, le botaniste Sebleiden a déterminé, au moyen de pesées directes, la quantité d'eau évaporée par un mélange d'avoine et de trèfle, semé dans une caisse de tôle remplie de terre. Il l'avait trouvé égale à 5,284,000 kil. par hectare, du l l 2 avril au 19 août. Encomptant129jours pour cette période, on trouve 25 tonnes par jour, nombre peu différent de celui que nous avons donné plus haut,
Ces quantités sont celles que consomme la culture
ordinaire, mais si nous passons à la culture maraîchère infiniment plus intensive que celles dont il vient d'être question, nous trouvons, pour les quantités d'eau d'arrosage, des nombres infiniment plus élevés ; on estime, que les maraîchers de Taris versent par an, sur leurs terrains richement fumés, une hauteur d'eau de i mètres; en admettant que la culture dure 250 jours, car en hiver elle est presque arrêtée, on trouve que l'hectare reçoit journellement 160 mètres cubes d'eau ; on sait combien sont productives les cultures ainsi largement approvisionnées d'eau et d'engrais, elles élèvent le rendement brut de l'hectare a 2,000 ou 5,000 fr., au lieu delà laisser, comme la grande culture à 500 ou 600 fr.
P. -P. Deiiéhao.