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LES LIONS MAKINS. LES OISEAUX

LES CHERCHEURS 1HEUFS.

Le voyageur qui s'approche de San-Francisco en venant de l'Ouest, aperçoit d'abord une terre inculte, un immense groupe de rocliers : ce sont les Far alloues de los fr'railes, ou îles des Frères, qui paraissent être d'origine volcanique. On les voit régulièrement alignées comme les iles Sandwich, dans la

direction du sud-est au nord-ouest. Les géologues affirment qu'elles ont pour base un formidable banc de granit.

L'île la pins méridionale, est la plus grande de toutes; elle offre quelque ressemblance avec Ilawaï, qui est aussi l'île la plus méridionale de l'archipel des Sandwich. C'est un récif aigu où la végétation est rare. Sou accès est très-redoutable; il est toujours difficile d'y aborder.

Le vent souffle avec violence dans ces parages et presque continuellement. Sur le point le plus élevé

du Farallon du Sud, le gouvernement américain vient de faire construire un phare très-remarquable. Il est pourvu d'un sifflet à brouillard, appareil des plus curieux, consistant en une trompette énorme, disposée de façon à résonner automatiquement lorsque l'air s échappe d'une caverne en communication avec l'Océan, et s'engouffre dans la trompe. Le son ainsi émis est perçu à une distance de sept à huit milles en mer. Il est d'un singulier effet, car il n'a point de période, et ne dépend que de l'irruption irrégulière des flots dans la caverne. Ce bruit cesse

Los habitants dos îles Farallon.

durant une heure et demie à marée basse, quand le passage est redevenu libre.

Les îles Farallon sont le rendez-vous d'une multitude délions marins et d'oiseaux de mer. Elfes sont aussi peuplées de lapins qui vivent du peu d'herbages dont les fentes de rochers, sont garnies. Ils sont les descendants de quelques lapins qu'un spéculateur de San Francisco avait imaginé de transporter dans fes Farallons, pour approvisionner le marché de la cité.

Les lions marins s'attroupent par milliers sur ces rocs; ils ne sont point farouches et se laissent approcher facilement. Quelques-uns d'entre eux présentent la taille d'un bœuf; ils sont tous d'une

admirable adresse comme nageurs, et ils fendent l'eau autour des écueils dont-ils évitent le choc sous l'impulsion des vagues. On dirait à les voir, des magots chinois animés, qui sortent la tète hors de l'eau. C'est un étrange spectacle que celui d'une centaine de ces monstres, se jouant au milieu des flots les plus furieux, dont la violence serait capable de briser contre les récifs le navire du plus fort tonnage. L'animal se laisse emporter par le flot jusqu'à un mètre du roc, et à cette faible distance, il sait éviter recueil, il plonge subitement et reparaît au delà du récif*. On l'ait rarement la chasse à ces animaux, si ce n'est à l'époque de la récolte des œufs d'oiseaux de mer; les lions marins sont alors abattus à coups de

fusil, et fournissent de l'huile d'ëelairago. Mais la principale ressource des îles Farallon est due aux œufs d'oiseaux, qui ont donné naissance à une singulière industrie dont nous allons parler avec quelques détails.

Ces œufs se vendent fort bien sur le marché de San Francisco, ils servent aux hôteliers pour l'approvisionnement du leurs tables, quand ils sont demcui es frais. Mais au bout de deux ou trois jours, ils prennent un goût de poisson trop prononcé.

Les oiseaux qui viennent couver tous les ans et

affluent en quantités innombrables dans les îles Farallon, depuis le mois de mai jusqu'en automne, sont des goélands, des pingouins, des nigauds et des perroquets de mer, variété du pingouin. Les œufs de ces deux dernières espèces ne sont point recueillis. On les détruit pour faire plus de place aux autres espèces. Le goéland pond ordinairement ses œufs en mai, et dix jours avant le pingouin. Il a soin auparavant de se construire un nid avec des broutilles et des algues; le pingouin ne fait pas de nid et pond sur la roche nue. 11 abonde d'une façon prodigieuse,

Le» chercheurs d'unis au*. île» Failli ->n.

et parfois les rochers entiers sont cachés par des légions de pingouins

L'exploitation des œufs appartient à une compagnie qui, en 1873, en a fourni à San Francisco 15,203 douzaines, à raison de vingt-six cents la douzaine (1 lianes 55 centimes).

C'est un rude travail que celui' de cette récolte; il s'agit d'atteindre des points presque inaccessibles, et qui feraient hésiter la chèvre la plus audacieuse. En outre le goéland attend le ravisseur, lui résiste et le mord. Le pingouin attaque l'ennemi, il s'élève au dessus de sa tète en poussant des cris de détresse qui donnent le signal à des milliers do camarades. C'est alors un aliïeux charivari, et le malheureux

chercheur dVufs est enseveli sous une pluie de guano. Mais ce n'est pas tout! Le goéland, qm ne pond plus, a pour les œufs du pingouin un goût gastronomique très-déclaré. Tandis que le chasseur croit mettre la main sur une couvée, il se trouve évincé par le goéland qui l'a suivi sournoisement, et ose lui disputer sa proie. Lorsque l'oiseau a pu attraper l'œuf qu'il convoitait, il le casse au-dessus de l'homme, avale ce qu'il peut du contenu, et laisse tomber le reste en guise d'omelette.

Le pingouin n'est pas bon à manger. C'est un oiseau un peu moins grand qu'un canard, et pourtant son œuf est gros comme utl œuf d'oie, cttrès- | recherché pour la pâtisserie.

Le perroquet de mer a une crête sur la lète, et ressemble à un kakatoès. Cette espèce n'est pas si abondante que les autres dans l'île méridionale. Elle fait son nid dans le creux d'un rocher, et se défend à coups de bec contre les attaques de l'ennemi. Ces oiseaux disparaissent tons à la lois, vers la lin de la saison et vont l'on ne sait où. Ils reviennent d'intervalle eu intervalle, mais ne restent que peu de jours et repartent où se dispersent en diverses régions du Pacifique 1 . Ch. Nordhoff.

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