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A I.A SORBONNE, DU 31 MARS AU 3 AVRIL 187B

Les communications faites a la réunion sur l’étude des êtres vivants comprennent des travaux relativement aux animaux et aux planles, et quelques mémoires d’un ordre mixte, concernant des questions de physiologie et de chimie générale.

il. le docteur de Pielra-Santa, membre de la Société de climatologie d'Alger, à la suite d’un mémoire sur la phthisie pulmonaire dans notre colonie africaine, a présenté des considérations sur l’acclimatement de l'Européen en Algérie. L’histoire prouve la facilité avec laquelle il s’accomplit, puisque l’Afrique méditerranéenne a été longtemps comme le grenier de Rome. Les faits actuels montrent, depuis la conquête, une décroissance constante de la mortalité des Européens. Les populations blondes du Nord, ainsi que l’a déjà fait voir M. le général Faidherbe, ont laissé leurs traces dans la Kabylie. La population d’Alger s’est élevée graduellement, depuis 1830, de 8,000 à 05,000 Européens, et, dans les trois provinces, les naissances ont été peu à peu en s’accroissant et les décès en diminuant. La race indigène subit le contre-coup habituel et comme fatal de l'introduction de la race civilisée conquérante. Elle est descendue en 42 ans de 5,000,000 d habitants à 2,100,000, perdant plus de 20,000 têtes par an. 11 n’y a pas de croisements possibles de notre race avec une race en voie de dépérissement forcé. Le rêve d’un empire franco-arabe est tout à fait chimérique. C est une population franco-italienne et franco-espagnole qui s’établira.

M. Sirodot (de Rennes), doyen de la Faculté des sciences, continue ses explorations des gîtes à fossiles du mont Dol, voisin de la ville de Dol (llle-ct-Vilaine). 11 a présenté, d’après plus de soixante individus différents, t’élude du système complet dentaire des mammouths du mont Dol, en insistant surtout sur les modifications d’épaisseur du plissement dos lamelles d’émail. 11 arrive à cette conclusion que ces animaux formaient les intermédiaires entre les Éléphants qui vivaient à l’époque tertiaire et le plus grand des Proboscidiens actuels, l’Eléphant des Indes ( Elcphas indiens , Lirin . ) .

M. Druilhel-Lafargue, secrétaire général de la Société linnéenne de Bordeaux, fait, au nom de M. Delfortrie, président de cette association, une communication sur la découverte d’un squelette entier île Rytiodus. mammifère Sirénien d’un genre voisin du genre Halilherium, créé par Larlet. Parmi les différences notables qu’on a pu observer jusqu’ici entre les Ryliodus et les Halitherium, JI. Delfortrie signale : 1° les caractères des dents tant incisives que molaires; 2° le développement considérable du voilier; 3’ la forme générale du frontal, de l’interpariétaire, de l’occipital et de l’apophyse zygomatique; 4" la forme de l’encéphale. Le Rytiodus Larleli, Delf., a été trouvé à 1”,50 de profondeur dans le falun, sous le sol d’une prairie, près d’un petit ruisseau, à Saint-Morillon, canton de la Brède (Gironde). Dans la faune conchyliologique du domaine sur lequel ce squelelte a été recueilli, on retrouve les espèces caractéristiques des faluns de Lariey et de Mérignac, qui sont eux-mêmes en synchronisme avec les dépôts fluvio-marins de Bazas. D’où

cette conclusion : le Rytiodus Larteti , Delf., appartient au terrain miocène moyen, c’est-à-dire est exactement placé au même niveau géologique que celui d’où proviennent les incisives du Rytiodus Capgrandi , Lai tel.

M. Marion, de la Faculté des sciences de Marseille, expose les résultats de scs recherches sur la structure anatomique d’un Helminthe libre et marin, le Drepanophorus spectabilis. Ce curieux Némertien n'est encore que très-incomplètement connu, quoiqu’il ait cté successivement étudié par MM. de Quatrefagcs, Grube, Keferslcin et llubrecht. Son étude est très-importante en ce qu’il constitue un type particulier et compliqué parmi les Néinertiens armés. La trompe, qu’il projelte sur les petits animaux dont il fait sa proie, est munie d'une plaque recourbée, granuleuse et jaunâtre, et de nombreuses petites pointes sont enchâssées dans la carène de celte plaque, qui offre aussi deux groupes de 16 ù 20 vésicules urticantes, multiplicité qui correspond à la grande, quantité des petits dards de l’armature principale. Les ganglions nerveux sont disposés comme ceux des autres Némertiens armés, et les troncs latéraux appartiennent à la légion ventrale. L’appareil vasculaire offre une disposition assez remarquable. Il existe un vaisseau dorsal médian et deux vaisseaux latéraux situés à la face ventrale, et, dans les anses transverscs, mettent en communication ces trois canaux longitudinaux. Ces vaisseaux contiennent un liquide incolore, au sein duquel flottent des globules elliptiques, fort analogues à ceux du sang des Oiseaux, légèrement aplatis, d'une belle couleur rouge, et dont le grand diamètre est égal à 0* ,m ,01. Le Drepanophorus spectabilis a une zone d’habitation très-étendue : on le pèche dans les régions coralligènes profondes du golfe de Marseille; il vit aussi sur les côtes de Naples et de Sicile, cl enfin existe également dans l’Océan.

M. Valéry Mayet, membre de la Société d’histoire naturelle et d’horticulture de l’Hérault, donne communication d’un mémoire sur l’évolution curieuse et les moeurs d'un Coléoptère découvert par lui clans des sablières des environs de Montpellier. Cet animal, de la tribu des Cantharidiens, le Sitaris colletis, Mayet, appartient à cette catégorie si singulière d’insectes qu'on peut qualifier de malfaiteurs, et qui, non sans analogie avec les Coucous chez les Oiseaux, s'introduisent par ruse dans les nids d’autres insectes, afin d’amener la destruction de la progéniture légitime de la maison au profit de la postérité de l’envahisseur. Le grand intérêt qui s’attache au travail de M.V. Mayet nous engage à le réserver pour un article spécial et prochain.

M. Dalmas (de Privas), membre de la Société des sciences naturelles et historiques de l'Ardèche, a entretenu l’assemblée de considérations intéressantes et d’un ordre très-élevé, mais fort difficiles à démontrer, sur la formation première de la cellule, soit animale, soit végétale. Il regarde la constitution élémentaire de l’être vivant comme analogue à celle des couples d'une pile voltaïque. La sève chez la plante et le sang chez l’animal fournissent les molécules assimilées et éliminées, lundis que les nerfs font l’office de fils conducteurs de l’électricité. M. Dalmas assure avoir obtenu la confirmation expérimentale suivante de ses principes. Qu’on remplisse, dit-il, de sang veineux noir uri tube fermé, et qu'on y fasse passer de l’électricité négative, le sang noir devient aussitôt rutilant comme le sang artériel, tandis que ce sang redevient noir et vci« neux si on le fait traverser par de l’électricité positive, et on peut alterner tant qu’on voudra celte opération, tou jours avec le même résultat.

M. Gr.reau, membre de la Société des sciences, de l'agriculture et des ai 1$ de Lille, a cludié l’influence de la chaleur sur la rotation de l'acide carbonique et de l'oxygène dans les plantes et dans les animaux inférieurs, notamment sur certains Infusoires, le Diselmis viridis, et les Englènes vertes et ronges. Ses travaux complètent et étendent les anciennes expériences de ce genre faites par M. Morren sur l’oxygénation au soleil de l’eau et de l’air qui la touche par l’intervention des Infusoires.

C’est à un ordre d’idées analogues que se rapporte le mémoire de M. le docteur A. Sicard, vice-président du Comité médical des Bouches-du-Rhône, à Marseille, mémoire intitulé : Résumé de dix années d’études pratiques sur l'eau de la mer Méditerranée, conservée à domicile; sur les plantes et animaux qui peuvent vivre dans ce milieu et que l’on peut étudier chez soi. Pendant plus de dix ans, l’auteur a réussi h faire vivre et reproduire dans des vases de verre à large ouverture, remplis d’eau de mer, des éponges, des mollusques, des madrépores et des plantes marines. Il est nécessaire de remplacer par de l’eau douce l’eau d’évaporation, quand cette déperdition atteint un maximum de 5 millimètres. 11 faut aussi donner aux appareils le plus d’air, de soleil et surtout de rayons lunaires que l’on peut obtenir. On observe que les plantes marines ont leur végétation la plus active à l'automne et surtout au printemps.il se produ t alors, sur les parois des vases, des incrustations de sels, qi i ne sont plus solubles dans l’eau de mer, en même temps qu’il s’y développe des végétations vertes ou blanches, tombant au fond do l’eau quand leur période vitale est achevée. Par l’aclion des êtres organisés qu’elle contient, l’eau de mer des vases se sale ou se dessale d'elle-méme, et quelquefois des courants s’y établissent. M. Sicard présente un grand nombre de ces pelits aquariums de chambre, ainsi que des albums conservant sur papier les plantes ou autres êlres qui se forment journellement dans l’eau ou remontent à la surface du liquide. Un registre détaillé, d’observations de jour et de nuit, relève la température exlérieure, celle de l’eau des vases, les degrés variables de salure et d’évaporation, selon les êlres qu’ils renferment, etc.

M. Simonin, secrétaire perpétuel de l’Académie de Stanislas, à Nancy, a examiné les variations de température du corps humain pendant les diverses périodes par lesquelles passent les sujets soumis à l’influence du chloroiorme. Le thermomètre était placé sous l’aisselle des opérés chloroformés. M. Simonin a conslaté les faits suivants : 1“ dans la première période, celle d’excitation, la température s’élève de 0°,1 à li°,S ; 2“ dans celle d’anesthésie, dont profite le chirurgien, il y a abaissement de 0°,2 à 0“,8; 5" enfin, dans le collapsus qui succède à l’opération, un abaissement de 0°,9 s'ajoute au précédent. Au réveil, la température redevient celle du point de départ, parfois un peu augmentée, jusqu’à 0°,ü. C’est l’action directe de la substance anesthésique, et non une influence des nerfs vaso-moteurs, qui produit les variations do température.

M. le docteur Masse, agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier et chef des travaux anatomiques, a présenté un travail sur l’influence de l'attitude des membres sur leurs .articulations. Nous indiquerons surtout ce qui concerne l’anatomie et la physiologie, c’esl-à-dire les rapports qu’offre l'attitude avec la capsule synoviale, les ligaments, les surfaces articulaires, les muscles et toutes les parties molles péri-articulaircs. En faisant varier l’angle que font entre eux les principaux leviers osseux, M. Masse a noté simultanément l'état de tension ou de relâchement,

de rapprochement ou d'éloignement, de chacun de ces éléments. Pour la synoviale, il a pu juger des variations de capacité de cette cavité en adaptant à l'articulation un lulie manomélriquc gradué, et d terminer ainsi, non-seulement la position où cette capacité est la plus grande, mais les variations de celle capacité aux différents temps de l’excursion des leviers. Cer taines attitudes ont pour but de transformer les leviers brisés qui constituent le squelette de nos membres en colonnes solides, soit poursupporter le poids du corps, soit pour donner un point d’appui solide à un mouvement violent, à un effort quelconque. Ces attitudes mettent les os dans des conditions qui assurent le plus leur immobilité, qui maintiennent le mieux les rapports les plus favorables à la solidité de l’aiticulation pour résister aux déplacements et supporter le poids des parties supérieures du corps ; mais ces positions sont | loin de mettre en relâchement les parties molles. Ce sont des attitudes fatigantes, utiles . euloment pour atteindre un but déterminé. D’autres posi'ions, au contraire, mettent au repos les parties molles péri-articulaircs. Elles correspondent avec le milieu de l’excursion des membres autour de leur axe de mouvement; c’est alors que la synoviale alteint son maximum de capacité, que les os sont le moins fortement rapprochés et supportent les plus faibles pressions. Par contre, ces attitudes sont liées au déplacement le plus facile des os, et c’est alors que l’immobilité est la moins aisée à obtenir si, dans celle altitude, nos membres ne sont pas soutenus, si nous avons à lutler contre l’influence de la pesanteur. D’importantes conséquences résultent du travail de M. Masse pour les accès • j soires très-utiles lors du traitement des maladies articulaires. 11 faut, au début du mal, tout en essayant de conjurer l'inflammation par les remèdes appropriés, aider le malade à gardor l'attitude qu’il a choisie, comme instinctivement, et qui est la moins douloureuse pour lui. Dans lino seconde période de l’affeclion, quand le sujet est sous l’influence do conlrar, fions spasmodiques et souvent involontaires des muscles, il est opportun de ramener l’aLlilude à celle du repos des parties péri-articulaires. Enfin, quand tout espoir de voir l'inflammation et les désordres articulaires disparaître est perdu, lorsque les ligaments sont en partie détruits et les surfaces osseuses érodées, alors que les membres n’obéissent plus guère qu’à la pesanleur, il faut choisir l’attitude du membre qui peut convenir, en cas d'ankylose espérée, à sa formation la plus importante, et lo mainlenir dans celle altitude, désormais unique pour lui, où il pourra rendre le plus de services au sujet.

M. Duval-Jouve, membre de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier, communique à la réunion les rosuLtals de scs recherches sur l'arrangement du tissu des feuilles des Graminées, et indique le rapport des principales dispositions de ce tissu avec les fondions imposées p rie milieu. Linné avait dit, et Palisot-Reauvois avait répété que les feuilles de toutes les Graminées avaient une même structure. Cette affirmation, et une certaine uniformité d’aspect, avaient sans doute détourné les bolanistes de l’examen de celte structure, laquelle présente, au contraire, une extrême .diversité. Les éléments de l’épiderme, des groupes fibreux hypodermiques, des faisceaux ou parenchyme vert et incolore, présentent des combinaisons trèsvariées. Quelques-unes sont propres aux l’anicécs et aux Andropogonécs et toutes, dans un même genre, présentent des différences extrêmement prononcées, suivant que les espèces sont propres aux différents terrains.

— La suite prochainement —

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