ÉTAT ACTUEL DE IIUNINGUE
Toutes les personnes qui s’occupent de pisciculture savent que le bel établissement fondé près d’Iluningue n’est plus à nous ; il est à l’Allemagne avec l’Alsace, dont il a suivi le sort. Quel intérêt avons-nous donc à ramener, aujourd’hui, ce qui s’y fait sous les yeux de nos lecteurs ? C’est qu’il est instructif d’apprendre ce qu’un peuple plus avisé à ce qui paraît, et certainement plus pratique que nous, sait tirer d'un établissement qui, entre nos mains, n'a jamais rien produit.
Ce que nous avançons ici demande un mot d’explication: lluningue n’a rien produit, parce que de singulières théories venues du Collège de France, avaient décidé qu’il ne devait rien produire et qu’il était construit et aménagé en vue de di-lribucr gratuitement à toute la France les œufs de poisson fécondés dont elle aurait besoin. Qu trouvait donc dans nu établissement de pisciculture, cette anomalie, contre laquelle protestait et gémissait l’administration des ponts et chaussées, qui prenait soin, de lluningue, d'un endroit qui devait repeupler le pays, et n’avait pas le droit d 'élever un seul poisson ! Nous posséderions encore Huningue, que les mêmes théories singulières régneraient encore.
Les Allemands ont changé tout cela; non-seulement ils élèvent, mais ils élèvent bien, et, dans le rapport officiel, d’où nous tirons les faits suivants, le directeur se félicite d’arriver de plus en plus « à cette conclusion que, tout simplement, en combinant un étang bien réglé avec la culture en rivière, on peut réussir à repeupler les eaux dévastées, et à faire de l'élevage de la truite une affaire productive ! d Le passage suffit à montrer que la pisciculture officielle de nos ennemis est dans la véritable voie où elle doit se tenir, celle de l’expérimentation pour tous ; celle dans laquelle un établissement impersonnel montre au public que l’élevage du poisson peut être
une opération lucrative quand elle est menée suivant telle règle scientifique et ratiouelle.
C’est là, ce nous semble, le seul et véritable enseignement à instituer et non celui que vient de proposer timidement l’honorable M. de Tillancourt, qui demande qu’on donne un petit supplément de solde aux professeurs des écoles d’agriculture, de jardinage et de drainage, pour qu'ils fassent à leurs jeunes gens un petit cours de culture des eaux et d’élevage des poissons. Tout cela nous semble bien insuffisant et bien mesquin quand il s’agit d’une science complexe qui doit modifier, un jour venu, la production et la figure de notre pays. C’est qu’en effet, il ne suffit pas de faire naître des petits poissons, meme des meilleures espèces et de les lâcher dans un ruisseau ou dans une rivière pour les repeupler. On a toujours agi ainsi, et l'on n’a jamais réussi. Ajoutons: et Ton ne réussira jamais! 11 faut un plan d'ensemble qui régisse des opérations combinées ; il faut une culture préalable et raisonnée qui prépare le... j’allais dire le sol! qui prépare le milieu aquatique et le rende apte aux modifications que Ton veut faire subir à son peuplement.
Non pas que nos successeurs soient plus habiles que nous comme éleveurs ; au contraire. Dans la campagne de 1872-73, Huningue a reçu
8.050.000 œufs. Mais, par suite d’un hiver défavorable, continuellement humide et d'autres circonstances, dit le rapport, il n’en est pas mort moinsde 46 p. 100 pendant les transports ou pendant les opérations de fécondation et d’élevage. 11 y a vingt ans
— nous pouvons ne pas descendre plus près de nous
— M. Coumes constatait officiellement que nous savions déjà ramener toutes nos pertes à ne pas dépasser 51 p. 100.
Donc, en 1872-75, des œufs fécondés à Huningue Allemagne, 5,347,000 seulement purent être distribués. Cette distribution se fit de la manière suivante qui ne manque pas d’intérêt :
La Suisse a demandé 95,000 truites, 10,000 saumons, 100,000 ferès.
La France (?) 60,000 truites, autant de saumons