‹ La Nature 1875 S2Chapitre 111 sur 117 · DES HABITANTS DE LA TERRE · texte numérisé non relu

DES HABITANTS DE LA TERRE

M. Anquctin a appelé l’attention du Congrès de géographie sur la nécessité de faire commencer les dates par un premier méridien terrestre, et sur les usages horaires. Les faits historiques, les événements journaliers sont particulièrement intéressés à cette question.

Nous reproduisons ici quelques extraits de ce curieux entretien :

« Une dépêche nous annonce qu’un météore a paru

4 Bulletin de l’Association scientifique.

le 3 juillet dans le grand Océan ; une autre dépêche nous dit qu’une forte tempête a sévi le 2 juillet. Ces deux phénomènes ont-ils quelque rapport et quelque connexité ? — Nous sommes obligés de demander à la première dépêche de quel 2 juillet parlez-vous? Est-ce du 2 juillet venu par l’Est, ou de celui venu par l’Ouest? Et vous, nouvelliste de la deuxième dépêche, est-ce du 3 juillet de Taïti ou celui de Melbourne qui réglait votre calendrier?

t( Je ne veux pas épuiser les raisons qui militent en faveur d’une décision, encore moins ai-je la prétention de préjuger celle que vous prendrez; mais la preuve qu’il est nécessaire qu’il y ait un sautoir des dates, c’est que cet usage s’est établi : c’est aul80 6 degré que les capitaines des navires changent leurs dates

« L’éminent M. Bertrand, dans une lettre lue par M. Jules Verne, à la Société de géographie, le 4 avril 1873, fait spirituellement voir le néant de l’usage horaire admis, et il en montre le défaut d’une façon assez plaisante : « Qu'un voyageur, dit-il, allant avec une vitesse de 1 5 degrés à l’heure parcoure le globe terrestre de l’est à l’ouest et qu’il quitte Paris à midi ; arrivé à New-York, s'il demande quelle heure il est, on lui répondra: il est midi ; plus loin, à San Francisco, arrivé, on répondra encore à la question: il est midi! A Canton, même chiffre d'heure ! Il reviendrait ainsi à Paris en vingt-quatre heures et toujours il serait midi ! Ce serait le jour éternel, ce serait l’absurde 1 car ce voyageur aurait vécu un jour sans que le temps s’écoulât pour lui. Enfin ce serait bien là l’usage horaire actuel mis en défaut, pris en flagrant délit d'impuissance.

« Cet exemple d’une vitesse égale à la vitesse angulaire de la surface de la terre ne sera sans doute toujours qu’une hypothèse. Cependant ce qui paraît impossible pour les voyageurs peut demain exister pour les dépêches télégraphiques ; vous pouvez ce soir 2 août recevoir une dépêche de Canton datée de demain le 3 ; et vous pouviez ce matin 2, en envoyer une à New-York qui serait arrivée hier. Vous voyez donc qu'il y a confusion, il faut connaître, il faut aviser.

« Il y a un moyen certain d’obvier à cet inconvénient : c’est de fixer au globe lui-même le cercle des heures et de trouver un moyen pratique de les repérer avec les heures variables de chaque pays. Ce moyen je l'ai déjà proposé en 1856 sous le titre d’heure alphabétique.

« Pour rendre plus clairement ma pensée, je voudrais, messieurs, placer sous vos yeux ces deux images : on peut exprimer la façon dont les hommes comptontlesheurcs actuellement sur la terre, en supposant les vingt-quatre heures fixées sous un grand anneau entourant librement le globe terrestre, et attaché au soleil par l’heure de midi : c’est la terre qui tourne dans cet anneau, dans ce cercle des heures. Tandis que dans lecas de l’heure fixe et universelle que j’ai proposée, il faut supposer les vingt-

quatre heures clouées sur la terre; elle deviendrait alors, elle-même, le cadran dont le soleil serait l'aiguille.

« Eh bien 1 si ce voyageur de M. Bertrand (voyageant pour ainsi dire fixé au globe lumineux) venait à New-York demander l'heure à midi, on lui répondrait il est F. 5', à San Francisco, il est 1.19', à Yedo, il est J. 10', et revenu à Brest, il est Z. 33', mais Z tantième et dont la date serait parfaitement déterminée.

« J’appelle donc votre attention, messieurs, sur un temps fixe et terrestre représenté par des signes conventionnels n’ayant aucune valeur numérique, et laissant de coté la notion du jour et de la nuit, du midi et du minuit, et qui serait pour les voyageurs coque l’heure sidérale est pour les astronomes. »

M. Anquetin.

LES I N S T K ü M E N T S

(Suite. — Voy. p. liS et 167.)

Page 1