VISITE DES USINES DE NANTES
La visite îles usines, îles établissements industriels de Nantes et des environs, les excursions qui ont été faites dans la Loire-Inférieure et. dans le Morbihan , onL puissamment contribué au succès du Congrès scientifique, en offrant aux membres de l’Association française de nombreux sujets d’études et d’observations. L’intérêt que présentent les différentes loca-
I lités visitées, justifie la place importante que nous I nous proposons de donner au récit de ces excursions scientifiques, exécutées pendant la durée de la session, c’est-à-dire du 19 au 30 août dernier.
Nous commencerons par mentionner quelques usines importantes de la ville de Nantes, parmi lesquelles nous avons surtout remarqué l’usine à 1 plomb de M. Uusscil, la fabrique de conserves alimentaires de M. Léchât, la ratlinerie de M. Étienne, l’huilerie et la savonnerie de M. Serpette, la manufacture nationale des tabacs, enfin la fonderie de M. Voruz, qui s’est spécialement consacré à la fabrication des engins de guerre, canons, projectiles cl torpilles.
Usine à plomb. Laiton. Plomb de citasse.
FiS- 1.
Coulée d une grande torpille de fonte à la fonderie de Nantes.
Fig. 2.
Expériences sur la dynamite à la fonderie de Nantes, pour briser les vieux canons.
Les excursions du Congrès scientifique de Nantes.
— Lus membres du Congrès ont assisté d’abord à diverses opérations de laminage cl à la fabrication du laiton, formé, comme on 1e sait, par l'union du zinc et du cuivre. Le. lusion des deux métaux s’opère dans de vastes fourneaux chauffés au rouge, et quand l’alliage est coulé dans les creusets, d’où on doit le verser dans les lingoliêres, de nombreux flocons d’oxyde de zinc, s’élèvent dans l'atmosphère, où ils voltigent à la façon de la neige. C'est la laine philosophique des anciens alchimistes. Le laiton coulé en lingot, est laminé, puis passé à travers des filières de plus en plus petites, d’où il finit par s’échapper en fils minces. Les ateliers de la plomberie, où se fabriquent les tuyaux de plomb, où se confectionne le plomb de chasse, ont particulièrement attiré l'attention des visiteurs. Nous avons gravi les 2 Ci marches de la tour élevée, à la partie supérieure de laquelle, on laisse tomber le plomb fondu tamisé en gouttelettes à travers une écumoire en tôle.
La pluie de métal, est. recueillie à la partie infé- ; ricure de la tour, dans un grand réservoir d’eau, où l'on rassemble les grains de plomb solidifiés, qui sont ensuite mécaniquement triés suivant leur grosseur. Le plomb de chasse après celte opération doit être soumis au lissage, qui s’exécute en le faisant rouler dans des cylindres de bois avec de la plombagine.
Conserves alimentaires. Confection îles boites de fer-blanc. — La fabrication des conserves alimentaires, occupe une place importante dans : l’industrie de Nantes. C’est à l’usine de M. Léchai, maire de la ville, que les membres du Congrès ont été convoqués. Nous avons assisté, en compagnie de notre président M. d’Eichthal, à la préparation des légumes, destinés à être conservés dans des boites en fer-blanc d’après les principes de la méthode Appert. Les légumes, haricots verts, carottes, navets découpés, petits pois, etc., sont d’abord soumis à une cuisson aqueuse, qui s’opère dans un
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3” «nuit — 2“ scoi.stre.
vase <le cuivre à double fond, chauffé par la vapeur d’eau. Il faut que l’ébullition ait lieu rapidement et que les légumes soient saisis subitement par la chaleur. Quand ils ont été cuits et égouttés, on les emprisonne dans des vases de fer-blanc, ou quelquefois dans des bouteilles de verre, fermés hermétiquement, et on les soumet à l’action d’une température élevée de 104° à 108°, destinée à détruire tout germe de fermentation. Cette élévation de température se produit dans de grands récipients cylindriques, où les vases à conserves sont emprisonnés. Le degré lhermométrique que l’on atteint varie quelque peu, selon la température de l’air ambiant, et selon la pression barométrique. Celle dernière opération est délicate, et nécessite une graude pratique de la part de ceux qui l’exécutent. L’usine de M. Léchai est remarquable par sa propreté, par le soin, et par l’ordre qui président aux diverses phases de la fabrication. Les conserves de viande peuvent être préparées comme celles des légumes, et nous avons goûté du bœuf bouilli, emprisonné depuis fort longtemps dans une boîte de 1er blanc, et dont, l’odeur et la saveur élaient fort appétissantes. Ces boites de conserve de viande destinées aux soldats en campagne, sont certainement appelées à rendre de grands services à nos armées; chacune d’elles peut fournir l’alimentation de huit hommes pendant vingt-quatre heures.
Le complément de la fabrication des conserves alimentaires, est la confection des boites de fer-blanc où ces conserves sont contenues. Nous avons passé en revue dans l’usine de MM. Barau et Colas, les diverses et curieuses transformations que subit à cet effet la feuille de fer blanc.
üuilcrie et savonnerie. — La fabrique d'huile et de savons marbrés de M. Serpette est un établissement considérable ; il contribue aujourd'hui à détruire le monopole, que la tradition avait longtemps abandonné à la ville de Marseille, pour la fabrication des savons. Les produits de l’usine Serpette rivalisent avec ceux des établissements de Marseille, et comme qualité et comme prix de revient. Le savon est, comme on le sait, un véritable sel formé par l’union d’un acide gras avec une base telle que la soude ou la potasse; les savons de l’usine Serpette sont fabriqués avec des huiles de provenance américaine, ou avec de l’huile de palme, unis à la soude.
ttuflincrie. — Nous nous contenterons de signaler la visite qui a été faite à la belle raffinerie de M. Étienne ; nous ne parlerons pas des différentes phases de la fabrication, dissolution du sucre, élévation et clarification des sirops, filtration sur le noir en grains, cristallisation ; on peut en trouver la description dans tous les traités de chimie industrielle, et nous voulons nous réserver plus spécialement poulies questions moins généralement exposées dans les livres classiques.
Fonderie. Coulée d'une torpille, expériences* sur la dynamite. — La fonderie de fer et de cuivre de M. Voruz est située à Nantes sur le bord de la Loire dans la Prairic-au-üuc. Elle a
ouvert scs portes à un grand nombre de membres du Congrès scientifique. La fabrication des projectiles de guerre, cylindro-coniques, celle des torpilles pour l’usage de la marine, offrent un intérêt de premier ordre. Nous avons vu comment se faisait le moule de sable, où doit se couler la fonte du projectile du canon. Ce moulage nécessite des soins extrêmes, et une précision mathématique, qui ne s’obtient qu’à l’aide d’un mécanisme fort délicat. Nous avons assisté à la coulée de l'enveloppe de fonte d’une énorme torpille, pesant environ 4,000 kilogrammes. La fonte incandescente, coule, en un ruban de feu dans un grand récipient de tôle, intérieurement tapissé d’une épaisse couche de terre. Quand le vase est plein, il est saisi, soulevé, par un crochet attaché à une chaîne que l'ait mouvoir une grue puissante. On le transporte au-dessus du moule, qui va recevoir la fonte en fusion. Un eontre-maîlre donne l'ordre de commencer la coulée, le liquide, rouge de feu, est versé dans le moule, d’où quelques ruisseaux incandescents s’échappent bientôt par des fissures; de nombreuses étincelles d’oxyde de fer jaillissent dans l’air, et illuminent l’atelier de lueurs comparables à celles d’un feu d’artifice (fig. 1). Cette opération de la coulée d’une grande pièce de fonte est certainement une des plus belles que puissent offrir les arts industriels; aussi a-t-elle vivement excité l’admiration des assistants devant lesquels elle a été réalisée avec un succès complet.
Après avoir visité la fonderie, nous avons pris part aux expériences destinées à diviser en fragments, les vieux canons, par l’emploi de la dynamite. Avant la découverte de celte matière fulminante, les canons hors d’usage, n’étaient que bien difficilement réduits en morceaux, pour être refondus. 11 fallait les couper lentement par des procédés mécaniques très-dispendieux, qui n’étaient que rarement utilisés. Aujourd'hui, grâce à la dynamite, formée comme on le sait d'un mélange de silice et de nitro-glyeérine l , il suffit de deux cartouches de petit volume, pour faire voler instantanément en éclats une pièce de canon de gros calibre. Voici comment s’exécute cette opération:
On place le canon dans un puits de maçonnerie aux parois solides (fig. 2), e’est-à-dire dans une position verticale et la bouche dirigée vers le ciel. La pièce est remplie d'eau. Un homme placé à la partie supérieure du puits, descend dans l’âme du canon une perche, munie de deux cartouches de dynamite, enveloppées de goudron, et reliées entre elles par deux fils électriques isolés, qui s’étendent au loin, jusqu’à une bobine de Rumhkorf avec laquelle ils sont en relation. Cela fait, les assistants se retirent : on fait jaillir l’étincelle électrique; une détonation sourde se fait entendre, l’eau contenue dans le canon est projetée à une grande hauteur en minces gouttelettes qui forment connue une buée. On retourne au bord du puits, et l’on ne voit plus que des fragments
1 Voy. l re année, 1874, p. 273.
de bronze; le canon a cté divisé par le choc en | nombreux morceaux qui pourront facilement être fondus, et servir à une nouvelle fabrication.
A l’entrée de l’établissement, les propriétaires avaient organisé un véritable musée d’artillerie où se voyaient un gigantesque canon d’acier, et différentes pièces, avec leurs projectiles.
Les visites, dont nous venons de parler brièvement, n’ont pas été les seules que les membres du Congrès ont eu à faire dans la ville de Nantes ; on a parcouru les vastes ateliers de la manufacture des tabacs; on a pu voir enfin quelques belles collections particulières, parmi lesquelles nous citerons la galerie ornithologique de M. Bureau, frère du professeur du Jardin des Plantes de Paris. Il ne nous est pas possible, à notre grand regret, de nous étendre en longs détails sur tant de sujets divers; aussi aborderons-nous, sans plus tarder, la description des trois principales excursions entreprises par le Congrès.
PREMIÈRE EXCURSION. — SAINT-NAZAIRE. — VISITE d’un TRANSATLANTIQUE. EXCURSION A BATZ.
C’est le dimanche, 22 août, que la première excursion a eu lieu, à six heures et demie du matin. Plus de trois cents membres de l’Association française étaient réunis à bord d'un bateau à vapeur, où se faisait entendre une excellente musique militaire. Les bords de la Loire jusqu'à Saint-Nazaire offrent un aspect peu remarquable ; ils sont formés de grandes prairies, qui s’étendent au loin en immenses tapis de verdure : le tableau est monotone. Mais le fleuve est large, et ses eaux abondantes impriment à la scène un cachet majestueux.
A onze heures, on arrive au port. Le maire et les autorités de la ville, reçoivent les membres du Congrès. On débarque ; la musique militaire ouvre la marche, et nous la suivons à travers les rues de la ville, jusqu’au vaste bassin où le transatlantique, le Washington , nous attend. On visite ce navire, depuis le pont jusqu’à la cale, on en parcourt les vastes corridors, on en examine les puissantes machines, les cabines et les salons, cl bientôt on goûte même les produits de sa cuisine ; car c’est elle qui alimente la table pantagruélique de trois cents couverts où le déjeuner nous attend.
La journée se passe à visiter le port, et les ateliers de la Compagnie transatlantique : nous avons été voir, en outre, un curieux dolmen situé à 200 mètres de la gare, et nous sommes entrés dans un établissement intéressant, où se conserve la glace de Norvège, dans de grands réservoirs souterrains enveloppés d’une matière isolante.
Avant de revenir à Nantes par le chemin de fer, le maire de Saint-Nazaire nous offre un lunch , et prononce quelques paroles élogieuses à l’égard de l’Association française. M. Balard y répond par des remercîments chaleureux. La séance se termine par une allocution de M. Negri, et un toast de fort bon
goût porté à la ville de Saint-Nazaire, par l’adjoint au maire de la ville de Nantes.
La journée n’est pas finie là. Le soir on assiste à la fête donnée en l’honneur du Congrès, dans le magnifique Jardin des plantes de Nantes. Je ne parlerai ici ni des illuminations, ni des feux d’artifices qui ne laissaient cependant rien à désirer, mais je signalerai ce magnifique jardin, un des plus beaux qui exisle en France, ce pare délicieux, où des allées sont bordées tout entières de superbes magnolias de six à sept mètres de hauteur, où des camellias, des palmiers, et d’énormes touffes de mimosas en fleur, croissent et prospèrent en pleine terre, où de magnifiques araucarias, et d'innombrables plantes rares, que nous conservons avec peine dans nos serres de Paris, charment la vue par leur délicieux feuillage. On voit là l’influence qu’exerce, sur la végétation, le climat particulier de la Bretagne, climat tempéré, dù en partie au voisinage de la mer et à l’action salutaire du Gulfstream.
Pendant que la plupart des membres du Congrès visitaient Saint-Nazaire, quelques autres membres, et particulièrement les anthropologistes faisaient une autre excursion spéciale à la presqu’île de Batz, où, grâce aux soins de M. Léon Bureau, qui s’est consacré à l’étude de ce pays curieux, ils purent étudier les types les plus authentiques des populations bretonnes et passer en revue leurs anciens costumes. Des jeunes gens et des jeunes filles, des femmes, des vieillards avaient revêtu leurs pittoresques vêlements du vieux temps, derniers vestiges de l’ancienne Bretagne. Nous publierons prochainement des gravures originales, représentant ces curieux costumes, et nous donnerons à nos lecteurs les renseignements très-complets que M. Bureau a communiqués à ce sujet aux membres du Congrès. Aussi nous bornerons-nous à dire aujourd’hui que les populations bretonnes de la presqu’île de Batz ont cessé d’être prospères, parce que l’industrie du sel, qui les faisait vivre, est en pleine décadence. Jetons donc un regard sur les vastes salines de Batz, naguère les plus riches de France, et aujourd’hui presque partout abandonnées.
Les iHsimis salants. — La gravure 13 représente la vue d’ensemble des marais salants du bourg de Batz, que quelques excursionnistes ont parcouru ; ils sont analogues à ceux que nous avons vus en exploitation à Carnac. Voici comment s’opère l’extraction du sel. On remplit les marais salants à marée haute, et l’eau se répand ainsi dans un premier réservoir dont la surface est de 800 à 1,000 mètres carrés et la profondeur de 2 mètres environ. Sous l’action de l’air et de la chaleur solaire, l’eau commence à s'évaporer ; elle est ensuite amenée par un conduit, dans un système de bassins, d’une profondeur de 0 m , 25 à l m , 50 et dont la surface totale est de 400 mètres carrés. Ces bassins ne communiquent entre eux que par des ouvertures étroites, leur fond est disposé en pente douce, et l'eau salée j les parcourt lentement ; tout est disposé pour favo-
nser l'évaporation. Après avoir ainsi traversé plusieurs systèmes de canaux analogues, l’eau arrive à son maximum de concentration et le sel se dépose; on le recueille au moyen de râteau, et on le rassemble
en masse d'une forme conique, qu'on recouvre d'un chapeau de terre glaise destiné à le préserver de l'action de la pluie et de celle du soleil. Le sel maintenu humide par la terre glaise, se débarrasse ainsi des
Fig. 3. — Flan du monument de Gavr’inis. (Allée couverte et chambre.)
substances déliquescentes qui le souillent. Le sel marin obtenu par ce procédé n’est pas pur, il est gri-
sâtre et renferme toujours des matières ferreuses. Pour le convertir en sel blanc, on le lave avec de
Fig. i. — 9' menhir. — Parut ilruile de l'allée. Fig. 5. — U* menhir. — Paroi droite de l’allée.
Sculptures des menhirs de l’allée couverte de Gavr’inis. (D’après les dessins de M. de Closmadeuc.
l’eau saturée de sel, ou bien on le dissout dans l’eau douce et on évapore la solution après l’avoir additionnée de chaux.
On sait que les eaux mères qui ont donné le sel dans les marais salants, renferment du sulfate de magnésie qui a été longtemps sans emploi. C’est grâce aux travaux de M. Ralard, l'un des membres du Congrès de Mantes, que l'on produit aujourd’hui dans
les eaux mères une réaction d'une haute importance. Sous l'action du froid, on fait réagir le sulfate de magnésie sur le chlorure de sodium, et l’on obtient ainsi du sulfate de soude.
Ajoutons que les marais salants de l’Ouest de la France, dont ceux de Batz comptent parmi les plus importants, produisaient annuellement plus de 250 millions de kilogrammes de sel, mais l’extension
que prennent chaque jour les salines du Midi, les 2 e exgursio.x. — couërom. — la basse-indre.— envahissements actuels des eaux de la mer aux grau- indret.
des marées diminuent chaque jour le rendement de C’est encore sur un des bateaux à vapeur de Na lice 5 établissements en pleine décadence. les, que, dès le matin du 24 août, nous nous ren-
Le grand dolmen de Coreoro, près Plouharnel. (D’après nature.)
Fig. G. — Menhirs des alignements de Carnac.
(D’après nature.)
trant dans la cour de l’établissement on voit les masses de minerais de plomb qui vont être traités; ce sont des fragments de galène (sulfure de plomb) qui paraissent d’une remarquable pureté. Le minerai est
dons à Couëron en descendant le cours de la Loire. Nous débarquons pour visiter l’usine métallurgique qui se trouve dans cette localité.
métallurgie du plomb A Couëron. — En péllé-
fig 8. — La labié de César et le grand menhir brisé de Locmariaquer, (D’après nature.)
I le sulfate de plomb. Le minerai est d’abord grillé,
d’abord pulvérisé, puis il est grillé et chauffé dans les fours destinés à la méthode par réaction qui s'applique aux galènes peu siliceuses et riches en plomb. Cette méthode est fondée sur l’action réciproque qu’exercent entre eux l’oxyde, le sulfure et
ses éléments sont attaqués par l’oxygène de l’air et il se transforme eu partie en oxyde et en sulfate de plomb. Cela lait, on ferme les portes du lourneau, on chauffe ainsi en vase clos, et, après un bon coup