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LES MINASSES ET LES NU RI A

Parmi les poissons que l'on peut grouper autour j île la perche rie nos rivières, et qui constituent la famille des percoïdes, il en est un certain nombre que I les ichthyologistes séparent sous le nom de Apogonina. Ceux-ci ont le corps élevé et presque tranchant ; ; le dos est garni de deux dorsales bien distinctes, la première armée de longues et fortes épines ; la bouche est très-obliquement fendue. Tels sont les Ambas- ' ses et les Apogon.

Ces deux genres, voisins l’un de l’autre, se j distinguent en ce que, chez le dernier, les rayons j qui soutiennent les branchies, c’est-à-dire les orga- [

lies respiratoires, sont au nombre de sept, tandis qu'on ne compte que six de ces rayons chez les Ambasses. De plus, les écailles chez ceux-ci sont cycloïdes, ou arrondies et non armées d’épines à leur bord libre, comme ou le remarque chez les Cyprins, les Saumons, les Harengs ; chez ceux-là, au contraire, les écailles sont cténoïdes, ou munies de petites saillies allongées formant des séries de pointes coniques et aiguës; telles sont les écailles de Perches et, en général, de tous les poissons munis d’une nageoire épineuse, de ceux que Cuvier a désignes sous le nom d’acanthoptérygiens. Remarquons, en passant, que ces faits viennent infirmer les conclusions qu’Agassiz avait cru pouvoir formuler, lorsqu’il classait les malaeoptérygicns et les acanthoptérygiens de Cuvier

Suria dannea. A.nbassis ranga , vu de lace et de profil.

Poissons de l’Inde, nouvellement introduits en Europe par M. Carbonnier, à Paris. (D'après natuie.

eu cténoïdes d’une part, en cycloïdes d’autre part.

Commerson avait donné le nom d’Ambasse, nom qui, dans le sens qu’y attache ce naturaliste, signifiait deux sons, à un petit poisson de Bourbon, l’Ambasse de Commerson, devenu, pour Cuvier et Valenciennes, le type de leur genre ambassis, placé par ces savants ichthyologistes dans la famille des percoïdes. D’un autre côté, Hamilton Buchanam, dans son ouvrage sur les poissons du Gange, avait indiqué sous la dénomination de Chanda des poissons ayant de grands rapports extérieurs avec certains scombéroïdes connus sous le nom d’Equula ; deux des espèces du naturaliste anglais, les Chanda setifex et Chanda ruconius rentrent, en effet, dans le dernier gronpe nommé ; les autres prenuent place parmi les Ambasses.

Ces Ambasses, outre leur forme élevée, se recon-

naissent à une épine horizontalement couchée en avant de la première nageoire du dos , l'anale est armée de trois fortes épines ; le bord inférieur du préopercule, c’est-à-dire de la pièce antérieure qui protège les ouïes, est garni d’une double rangée de deuliculalions ; les dents sont petites et en velours; la bouche est protraclile, pouvant largement s’ouvrir par le jeu de la mâchoire supérieure se portant en avant.

Toutes les espèces sont de la région indienne; suivant Cuvier et Valenciennes, elles paraissent remplir aux Indes les étangs et les mares, comme le font en Europe les épinoches et quelques-uns de nos petits cyprins.

Les espèces (pii ont l’anale de grandeur modérée, munie de neuf à onze rayons, sont, les unes des rivières de Bornéo et d’Amboine, les autres marines,

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tel que l’Ambasse de Commerson signalée dans la mer Rouge, à l’Ile de France, à Amboine, à Singapour, au nord do l’Australie ; tel est aussi l'Ambassc de Dussuniier, pêchée aux Séchellcs, à l’Ilc de France, sur la côte de Malabar, à Pinang, à Amboine, aux Célèbres, à Java, dans les mers de Chine. Une espèce de ce groupe, l'Ambassc thermale, vit dans eaux les chaudes de la rivière Cania à Ceylan.

Toutes les espèces de la seconde section, c’cst-àdire celles chez lesquelles la nageoire anale a de quatorze à dix-sept rayons, sont propres aux eaux douces du Bengale et se retrouvent dans la région gangétique ; telles sont l’Ambasse allongée, l'Ambasse élevée, les Ambasses ou Chanda nama, Chauda et Ranga, ces trois dernières décrites par Hamilton Buelianam.

Ces poissons sont, en général, trop petits pour servir à l’alimentation et presque partout on les dédaigne. Cuvier et Valenciennes, nous apprennent toutefois, que l'Ambassc de Conunerson, la plus grande du groupe, « commune à Bourbon, y passe p >ur donner un très-bon goût à la soupe et que de (.lus on l’v confit dans la saumure, à peu près comme nous préparons les anchois sur les bords de la Méditerranée. C’est surtout dans un étang salé, appelé Dugul, le principal de l’île, qu’on la pèche assez abondamment pour donner lieu à un emploi lucratif. »

D’après Leschenault, la même espèce est commune à l'embouchure de la rivière Arian Conpang, à Pondichéry, où les naturels la nomment Selinlan ; ou l’y estime beaucoup et on la donne volontiers aux malades.

Les Chanda, au moins les espèces des eaux douces, se font remarquer parla grande transparence de leur corps, île telle sorte que l’on y voit au travers l'argenté du péritoine, tranchant sur le ton plus mat et. jilus foncé de la colonne vertébrale. Les couleurs sont parfois des plus vives chez ces petits animaux. Le Chanda nalna est vert pèle sur le dos, pourpre vers le ventre; la première dorsale est pointillée de noir. Chez le Chanda nama, le corps est tellement, translucide que l’on aperçoit les cotes et les vertèbres ; la tête est opaque et argentée ; près des nageoires sont, de petites taches foncées. La transparence est plus grande encore chez le Chanda bacnlis et Ton discerne les muscles formant sur les flancs une série de bandes transversales ; la nuque est orn’e d’une large tache orangée. Le Chanda lala brille du plus vif éclat et, rien ne peut, rendre la délicatesse des teintes dont il est paré ; la gorge est dorée ; les lianes sont traversés de bandes verticales alternativement dorées et foncées, bordées de verdâtre. Chez le Chanda ranga le corps est encore plus transparent s’il est possible que dans les autres espèces ; le poisson est argenté, glacé de vert, orné vers le dos d’un fin pointillé noirâtre ; les écailles sont petites, à peine visibles et translucides comme le cristal le plus pur.

C’est celte dernière espèce que représente le des-

sin qui accompagne notre notice. Giâce aux soins intelligents de M. P. Carbormier, le Chanda ranga est arrivé vivant en France et notre habile pisciculteur, M. Carbonnier, cherche en ce moment à l'acclimater chez nous comme poisson d'ornement.

Une autre espèce, faisant partie d’un tout autre groupe, vient aussi d'être introduite en Europe par M. Carbonnier. Cette espèce est placée par les zoologistes parmi les Cyprins, la grande famille à laquelle appartiennent presque tous les poissons des eaux douces.

L’espèce de Calcutta, à laquelle nous faisons allusion, se place dans un groupe comprenant des poissons essentiellement caractérisés parla ligne latérale fortement incurvée, la bouche fendue très-obliquement, ln mâchoire supérieure entaillée dans sa partie moyenne pour recevoir un tubercule saillant que présente l’union des deux branches de la mandibule. Ce groupe, celui des Rasborina, est cantonné sur le continent indien et dans quelques îles de l’archipel. Le genre Appocypris est toutefois spécial à la partie méridionale delà Chine. Fait plus intéressant, comme distribution géographique, .une espèce du genre Rasbora a été dernièrement signalée à Zanzibar par le docteur Günt lier. Les Amblypharyngodon, les Lnsiosoma, les autres Rasbora, les Nuria sont tous de la région que nous avons indiquée.

C’est au genre Nuria qu’appartient le poisson que. cherche à acclimater M. Carbonnier. Ce genre no comprend que deux espèces, le Nurie élevé décrit par Blyth et provenant du Tennasserin, et le Nuria danrica de la région gangétique.

Ce Nuria danrica se reconnaît de. suite à la présence de deux longs barbillons fort ténus placés à l’angle de la bouche et s'étendant jusqu’aux nageoires du ventre; les barbillons supérieurs, aussi au nombre de deux, sont beaucoup plus courts. Le corps est revêtu de grandes écailles et la ligne latérale se termine à la partie inférieure de la caudale. La dorsale, très-reculée, se compose de peu de rayons. Le poisson est allongé, la hauteur, égale à la longueur de la tète, faisant les deux-neuvièmes de la longueur du corps, la queue non-comprise. Une bande noirâtre règne le long des flancs.

L’espcce paraît sujette à de grandes variations : c’est ainsi que chez les jeunes individus les pectorales ont deux fois environ la longueur de la tête, tandis que ces nageoires sont beaucoup plus courtes chez les adultes. La couleur semble aussi pouvoir être différente, ce qui explique les noms divers sous lesquels la Nuria danrica a été décrite.

Hamilton Buchanam, dans son ouvrage sur les poissons du Gange, indique dans celte région trois Cyprins qu’il désigne sous les noms de Cyprinus danrica , jagia et sutiha et qui tous trois se rapportent au Nuria danrica.

Dans la variété danrica le corps est de couleur verdâtre, les lianes sont ornés d’une bande noire continue et de teinte uniforme, tandis que dans le jagia cette bande est mouchetée ; chez le salifia, que

l'auteur signale dans le district de Gorakhpur, la partie inférieure du corps est diaphane.

A la même espèce, la Nuria danriea, il convient de rapporter aussi la Nuria thermopliyle décrite par Mac Clelland et la Nuria thermique étudiée par Cuvier et Valenciennes.

Celte dernière variété a été trouvée à Cevlan par M. Reynaud, lors du voyage de la Chevrette, dans une source d'eau chaude ayant près’dc 40 degrés; la Nuria thermophyle a été signalée par le docteur Cumberland, à I’oorec, dans une source dont la température était de I !2 degrés Fahrenheit (44°, 4 C).

Quoique paraissant vivre dans des eaux dont la température est très-élevée, la Nuria danriea s’accommode parfaitement d’un milieu beaucoup moins , chaud et l’espèce vit parfaitement dans les aquariums I de M. Carbonnier. Il est, dès lors, probable que la j Nuria danriea et que l’Ambasse ranga prendront bientôt place dans nos aquariums, à côté des autres poissons de l’extrême Orient, le Colisa, le Combattant, le poisson de Paradis, dont l’acclimatement en Europe semble être, dès à présent, un fait acquis.

D r E. Sauvage.

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