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PRÉFACE
Ce volume comprend une série d’études écrites et publiées à des époques diverses, les unes plus générales, les autres plus spéciales, et se rapportant toutes îi l’activité des forces de la nature et particulièrement de la vie*. Le seul rapprochement de ces morceaux a permis de faire un tout méthodique et homogène, où la rigueur des détails est associée avec la généralité des doctrines, et la physionomie précise de chaque groupe de phénomènes distinctement marquée dans le tableau des rapports universels et intimes qui lient tout. On a de la sorte un exposé comprenant, sous une forme élémentaire, dans un langage débarrassé de l’appareil
4 Tous ces articles, à l’exception d’un seul, et de l'appendice, ont été publiés déjà dans la Revue îles deux mondes. Je suis heureux de pouvoir remercier publiquement ici les directeurs de ce recueil de la libérale bienveillance avec laquelle ils ont accueilli ces études, et des excellents conseils qu’ils m’ont donnés pour les rendre moins indignes du public éclairé auquel elles s’adressaient.
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technique, les vérités les plus essentielles établies récemment par la physique, la chimie et la biologie, touchant le mécanisme des énergies naturelles et les dispositions solidaires des ressorts fondamentaux du monde, et surtout du monde vivant. J’ai espéré qu’un tel ouvrage recevrait un accueil bienveillant des esprits, de plus en plus nombreux, pour qui la science n’est ni une curiosité frivole, ni un divertissement passager, mais l'objet d’une sympathie réfléchie et d’unsérieux commerce. Telle est du moins la première destination de ce livre.
11 en a une autre. Le caractère manifeste de ce temps est de mettre dans les sciences naturelles une infinité d’espérances, d’en attendre des bienfaits sans limites. Certes ce n'est pas moi qui verrai là une illusion, et ce volume témoigne assez du prix que j’attache à tout ce qui peut encourager et développer de pareils sentiments. Mais c’est justement parce que je ne suis pas suspect d’hostilité à ces sciences qu’il m’a semblé d’autant plus nécessaire de signaler, à côté de ces bons sentiments, un mal funeste : je veux dire l’erreur de ceux qui, après avoir proclamé la vertu de la science, dénoncent la faiblesse et contestent l’autorité de la métaphysique.
Or le lecteur rencontrera ici plus d’une page visi-
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blement inspirée par la conviction que la science proprement dite ne rassasie point l’àme avide de savoir et de comprendre, et que par suite la métaphysique occupe une grande place et une place légitime dans l’activité humaine. Tandis que j’ai retouché, dans cette série d’études, tout ce qui, au point de vue exclusivement scientifique, m’a paru susceptible d’un degré nouveau de précision et d’exactitude, j’y ai, an contraire, maintenu avec un soin jaloux la teneur littérale de tous les passages expressément écrits sous l’influence de cette conviction. Et cela, non pas à cause delà valeur propre de ces réflexions dont plusieurs ne représentent plus qu’imparfaiteinent ma façon actuelle de voir, mais parce que ces réflexions ont été faites pour la première fois avec une spontanéité complète et sans la moindre préméditation systématique. Le lecteur pourra voir ainsi comment les idées générales se dégagent naturellement de la considération attentive et approfondie d’un ensemble de détails variés, avec quelle forcé elles s’imposent d’elles-mêmes, c’est-à-dire comment la pensée qui suit une évolution régulière et normale aboutit, sans dessein calculé comme sans visée dogmatique, aux certitudes philosophiques les plus hautes.
Le penseur, qui cherche librement la vérité, se
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déplace d’une façon continue dans son aspiration vers l’esprit et l’idéal. Il abandonne les régions phénoménales et concrètes pour s’élever à celles de l’absolu et de l’éternel. Plus il s’éloigne des premières, qui l’avaient d’abord exclusivement préoccupé, plus se modifie la perspective sous laquelle il les considérait. Il finit par n’y voir plus que des spectres sans consistance et de trompeurs fantômes. Et au fur et à mesure qu’il se rapproche de l’éternel el de l’absolu, il en saisit mieux la réalité, il en acquiert un sentiment plus vif et une conception plus nette. Il estime le chemin qu’il a parcouru et le mérite de ses propres méditations au degré de la clarté sereine avec laquelle il entrevoit les premiers principes des choses et de l’humble piété avec laquelle il s’incline devant la mystérieuse Puissance qui a tout établi !
Concarneau (Finistère , mai 187!!.