LES FORMES DES CORPS RRUTS
Pourquoi donc attribuer à la forme une indépendance à l'égard de la matière, avec laquelle elle doit former unité de substance, dans le composé actuellement existant? Il faut pour cela une raison suffisante ; et où la trouver, sinon dans les opérations mêmes du sujet substantiel? Car l'opération, épanouissement de l'être, nous en révèle la nature intime (1).
Or, une telle raison d'admettre que l'élément formel et actif est indépendant de la matière, existe-t-elle pour le corps brut ? Ses opérations ne paraissent pas l'exiger.
L'activité du corps inorganique est visiblement liée à une disposition, à une modification matérielles , et cause un résultat matériel aussi : les forces physico-chimiques sont si bien attachées à la jnatière qu'une théorie a pu leur refuser toute réalité et expliquer les phénomènes que présentent les corps bruts
aliud significat quam ens indivisum. Et ex hoc ipso apparet quod unum convertitur cum ente (I, q. xi, a. i).
(i) Operalio enim rei demonstrat substanliam et esse ipsius; quia unumquodque operatur secundum quod est ens, et propria operatio rei sequitur propriam ipsius naturam [C. Gent., lib. Il, c. lxxix).
par de purs mouvements matériels et locaux, précédés et suivis de mouvements de ce genre. Du moins, faut-il reconnaître avec saint Thomas que les actions de ces corps sont produites par des qualités actives de la matière étendue. La physique de son temps nommait ces qualités le froid et le chaud, l'humide et le sec, le rare et le dense, le lourd et le léger ; c'étaient les déterminations secondes, les formes complémentaires des corps primitifs appelés éléments. Les corps mixtes, composés de ces éléments, agissaient aussi par ces formes, qui, en même temps qu'elles étaient des qualités, étaient aussi des forcçs ; mais ils pouvaient, sous l'influence des astres, être imprégnés d'une vertu plus haute, corporelle néanmoins, et attenante à telle espèce de mixtes plutôt qu'à telle autre; c'est, disait-on, par une telle vertu que l'aimant attire le fer. Même aujourd'hui, nous devons dire que les opérations des corps bruts ne dépassent pas l'ordre matériel, soit du côté de l'agent, soit du côté du patient qui reçoit l'effet, car ce patient est modifié par l'agent d'une manière semblable. Nous pouvons donc conclure que les formes substantielles, premiers principes