‹ La nature, la race, la santé [microforme]Chapitre 2 sur 38 · DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PRODUCTI- VITÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PRODUCTI- VITÉ DU TRAVAIL

NOTIONS PRELIMINAIRES ARTICLE PREMIER Si la société ne le tue pas, c'est lui qui tuera la société La découverte du Nouveau-Monde fut pour l’ancien un grand sujet d’étonnement et les peuples de l’époque pensèrent que les générations à venir n’auraient jamais semblable surprise, Ils ont fait erreur, car une terre nouvelle, un monde nouveau à surei soudain, en plein XIXe siècle, sous les yeux des rois et des peuples ébahis.

Si, l’histoire en main, Colomb eut pu dire aux indigènes de l’Amérique :

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c’est la tyrannie et la mort qui vous “ arrivent, ” on peut dire aujourd’hui aux habitants de l’ancien monde, cette fois : “gare! gare! sinon, malheur ‘à vous. ”

Quelle est donc cette terre nouvelle qui dévore ainsi l'étranger ? Quel est donc ce monde nouveau dont les habitants sont si terribles qu’il faille contre eux se mettre en garde ?

Cette terre, c’est la terre économique contemporaine ; ce monde, c’est le monde du travail, du capital et de lindustrie, dans leurs conditions présentes.

Les doctrines les plus perverses ; le développement des arts et des métiers ; l’invasion en Europe des produits américains ; le désir de jouir, et le bouleversement de l’ordre social fondé sur lobservation des lois divines, ont créé un état dans l’état en faisant à la société con-

temporaine une situation nouvelle, tendue, anormale, menacante.

Sortons un peu de la terre canadienne-française ; regardons et écoutons.

Le cri des affamés se fait entendre plus strident que jamais ; les âmes malheureuses et dévoyées se font nombreuses comine les sables du désert, et le spectacle d’une misère profonde, près des somptuosités renouvelées de Rome antique en décadence, fait bondir le cœur.

Notre siècle se perd dans une forêt ténébreuse dont le terrible mystère, à chaque instant troublé par le cri des bêtes fauves, menace le siècle à venir de cataclysmes sans précédents.

Le chrétien qui n'es! pas sans amour pour ses frères et qui compte sur le secours d’en haut doit donc travailler à guérir l'humanité et à évangéliser le nouveau monde économique.

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Pour cela, la théorie ne suftit pas.

L’Evangile suffirait, parce qu'il joint la pratique à la théorie, puisqu'il exige les œuvres comme la foi ; mais les contemporains égarés ne veulent plus de ce code qui a pour auteur le législateur par excellence, celui dont Dieu le Père a dit un jour : {psum audite, écoutez-le.

Il faut donc ramener les peuples à l'Evangile ; pour cela, nous avons besoin d’un évangile déguisé, d’une science nouvelle pour ainsi dire, science pratique fondée sur les données que fournit l'expérience. Vous avez nommé l’£conomie politique !

Les notions d'économie politique sont donc à cette heure plus nécessaires que jamais et cette science devient le complément obligé de toutes études classiques sérieuses.

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“ Que l’on n’objecte pas, dit P. Guille- “ menot, l'influence funeste qu’exerce “ sur les populations la richesse dont la science économique se fait la propaga- “ trice à tout prix.

“ La richesse économique ne mécon- “ naît pas ces écueils que lui rappellent la “ Sainte-Ecriture, l’histoire et les événe- “ ments contemporains. Aussi n'est-ce “ pas toute richesse qu’elle vante, mais “ Ja richesse fruit du travail et de la “ tempérance, respectueuse de ses de- “ voirs, unie aux croyances religieuses “et à la vertu. Celle-là est pour tous “ un élément de prospérité. Elle déve- ‘“ loppe chez l’homme de nouvelles apti- « tudes, lui donne de nouvelles forces “ pour soumettre le monde physique à “ son empire et exerce sur lui une vertu “ moralisatrice (1).

(1) Essai de science sociule, 1 vol.

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C’est ce que l’on comprend aujourd'hui ( 1 ).

C’est ainsi que l’abbé Elie Blanc ter-

mine son nouveau traité de philosophie par un traité des principales questions économiques.

. C’est ainsi que les évêques de Belaique, en 1888 je crois, rendaient l’enseignement de l’économie politique obligatoire dans leurs séminaires.

L'université de France en juge de même, et deux de nos collèges ont in-

(1) Dans une conférence qu’il donnait devant l’Institut Canadien de Montréal, en 1845, Etienne Parent, après avoir déploré le malheur de voir la jeunesse instruite du Canada embrasser en bien trop grand nombre les professions libérales, appuie longuement sur la nécessité d’étudier l’économie politique, c’est-à-dire cette scien ce qui traite du bien-être des peuples, de la for. mation, de la répartition et de la consommation des richesses, qui embrasse la législation toute entière de la finance et du commerce, science enfin de progrès par excellence, IT dit : « Si

j'avais un jeune ami studieux, doué de talents

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troduit cette matière dans leur programme (2).

C’est par suite avec plaisir que lon à vu se former dernièrement dans cette ville, une société d'économie politique.

C’est un fruit du Aernier voyage de M.

Rameau et un bon fruit, car, que l’on

convenables, pleins d’ardeur et de ces nobles aspirations qui portent aux grandes choses, qui « eût la volonté et les moyens de se dévouer au «a bonheur de ses compatriotes dans la carriére « politique tout en travaillant à sa propre gloire « et à son avantage particulier, je crois que, s’il ame demandait mou avis sur ce qu'il devrait « étudier de préférence et avant tout, je lui dirais : Etudiez l’économie politique. Car je « pense qu'après avoir réfléchi sur la position et « les circonstances dans lesquelles nous nous «a trouvons, chacun sera d'avis qu’un homme qui « veut faire sa marque en ce pays, a besoin d’un « grand fonds de connaissances en économie po- « litique. ”

Revue Canadienne, mars 1889, d’un article intitulé « Plaisirs ae l’étude », sous la signature de Alphonse Gagnon.

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(2) Le collège d'Ottawa et le Collège Joliette.

dise ou que l’on fasse, il faut admettre la vérité de ces paroles d’Ozanam : ‘“ les “ questions de travail, d'industrie et d’é- ‘“ conomie sont plus considérables que “ toutes les controverses politiques ” ce que le P. Félix traduisait en ces termes à ses auditeurs de Notre-Dame en 1866:

“ [lest un mal intime qui comme un “ cancèr dévorant, grandit, grandit tou- “ jours. Ce spectre en haïllons, ce mons- “ tre humain a des millions de bouches “ affamées et des millions de bras dé- “ charnés ; la faim le ronge et le stimu- “Je; et si la société ne le tue pas, il “ tuera la société. ?”

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