‹ La nature; poésiesChapitre 25 sur 98 · LA SOURCE · texte numérisé non relu

LA SOURCE

En son recoin mystérieux Dont l'ajonc hérisse l'approche, La source filtre de la roche Comme des pleurs fartifs des yeux,

D'une façon triste, aussi douce, Avec le même cachement.

Aussi silencieusement Puisqu'elle goutte sur la mousse.

Sans doute, à brins menus et courts,

Elle serpente bien fluette

Caria terre reste muette

Aux points présumés de son cours.

La pente obscure qui la guide Retient ses petits filets tors Pour l'épanouir au dehors En grains de diamant liquide.

Si grêle au pied du roc songeur Elle nourrit les toufTes d'herbe Qui montrent constamment superbe Le vernisse de la fraîcheur.

Et l'énorme ronce agressive Lui doit on ne sait depuis quand L'intégrité de son piquant Et de sa belle couleur vive.

LA SOURCE. m

Par un de ces lourds soirs d'été Ensorcelant jusqu'à la pierre, Et dont la morbide lumière Revêt l'arbre d'étrangeté,

Je vis près de l'humble fontaine Un vieux mendiant paysan Sur son bissac se reposant De quelque marche très lointaine.

Immobile tel qu'un objet Devant la source minuscule, En attendant le crépuscule Pour terminer ion long trajet,

Il contemplait la forme ronde De ces luisantes perles d'eau.

— Enfin, il reprit son fardeau Dans la même stupeur profonde,

Puis, au creux de sa maigre main, A deux genoux dans le mystère, H but de ces pleurs que la Terre Versait là comme un être humain.

Et mon souvenir déjà sombre Revoit d'un œil tendre et mouillé Ce vieux buvant agenouillé, Vague, à la Source pleine d'ombre.

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