LA BÊTE A BON DIEU
La bète à bon Dieu tout en haut D'une fougère d'émeraude Ravît mes yeux.... quand aussitôt, D'en bas une lueur noiraude Surgit/froide comme un couteau.
C'est une vipère courtaude Rêvassant par le sentier chaud Gomme le fait sur Therbe chaude, La bête à bon Dieu.
4t)fe LA NATURE.
Malgré son venimeux défaut Et sa démarche qui taraude., • Qui sait? Ce pauvre serpent rôde Bête à bon Diable ou peu s*en faut Pour la mère Nature il vaut La bête à bon Dieu.
LE CIEI,. ' 107
Du ciel, océan des sommets, Ici-bas tombent à jamais :
La paix, le trouble et les bienfaits
Et les désastres..
D'aspeet monotone et divers Il plafonne les univers Qu'il éclaire, étés comme hivers, ;
Avec ses astres.
iOS LA NATURE.
Avec ses monstres de clarté Ayant par leur ubiquité La nette visibilité
Pour tous les êtres, Et réglant, à retours certains, Les midis, les soirs, les matins, Aussi fatals que les destins,
Leurs sombres maîtres.
Et tout subit sa faculté
De lumière, d'obscurité,
De froid, de chaud, d'humidité.
De rutilance ; Par ses éclairs il ébiouit La cécité du plein minuit, Et s'il gronde, il fait par son bruit
Peur au -silence .
Peut-être que plus ou moins fort,
Avec aisance, avec effort.
Avec nonchalance ou transport
Le ciel respire :
De là, le vent qui plus ou moins Bat les cimes, les creux, les coins.
Se cantonne ou sur tous les points
Met son empire.
Il a des fièvres, des torpeurs, Des convulsions, des labeurs, Il est hanté par des stupeurs.
Et des alarmes.
Et le même jour, comme nous.
Le voit calme et puis en courroux.
Versant après des pleurs bien doux,
D'horribles larmes.
Selon que ses vapeurs qui sont
L'écume de son bleu profond
Stagnent, se traînent ou s'en vont
Avec vitesse,"
Il infuse à rimmensilé Le songe, la solennité, Le fantastique, la gaieté Ou la tristesse.
Au-dessus des villes, le ciel
Prend des tons de houille et de fiel
On dirait que ce tas mortel.
Qui se démène, Lui souffle avec Texhalaison De la rue et de la maison Tout' le spleen et tout le poison De Tâme humaine .
Dans les gouffres de la hauteur, Sans vertige, sans pesanteur, Vont, magnifiques de lenteur.
Tout h leur aise, Les aigles fiers et radieux Qui, s'ils n'atteignent pas les cieuXj
Du moins regardent à pleins yeux L'astre de braise*
Il faudrait à nos yeux béants Leurs regards pour les ciels géants Des Saharas, des océans
Et des montagnes.
.Mais on peut suivre et détailler Le cours du ciel particulier Qui plane intime et. familier
Sur les campagnes.
Voici limitant sa largeur Ce ciel du piéton voyageur, Celui du pâtre, du songeur.
Celui du peintre, Qui, cerclant Thorizon confus, Au-dessus des vallons touffus, Des fonds noirs, des coins entrevus.
Forme un grand cintre.
L'été, c'est son temps d'arborer
De grands brouillards qu'on voit errer
Tout charbonneux, se déchirer
Puis se recoudre ; Alors à la senteur de l'air, A sa lourdeur, on a le flair De rimminen<;e de l'éclair
Et de la foudre.
Le ciel bout, fermente, il devient Quinteux, malade pour un rien, Pour une averse qu'il retient
Ou qu'il égoutte :
Implacable durant le jour 11 cuit l'espace dans un four Dont l'horizon fait le contour
Et lui la voûte.
L'azur aveuglant s'amortit.
Le soleil petit à petit
LE CIEL. il3
S'empourpre, coule, s'aplatit
Et se dilate.
Où Tastre avait tant flamboyé Flotte une île de sang caillé.... Çà et là, le ciel est noyé
D'ombre écarlate.
Quelquefois le soïeil s'éteint D'un air furtif et clandestin Sur un fond à peine distinct,
Plus que livide, Si bien que tout le firmament Est rendu vague en un mom'^nt, Vague indéfinissablement
Comme le vide.
De même que de certains yeux
Glisse un regard mystérieux,
Souvent se détache descieux
Maint feu stellaîre
Qui, continuant à flamber, File par les airs sans tomber Et qui trouve à se dérober Dans la nuit claire.
Le ciel, dès que le vent se plaint, Parait gris de fer, gris de lin ; Plus Fautomne marche au déclin
Plus il se bombe. Donnant aux ravineux pays Des aspects chagrins, ébahis, Fantomatiques, recueillis
Gomme la tombe.
La terre en son afl^reux sommeil Perd son décor Jaune et vermeil Sous le blême adieu du soleil
Qui la déserte ; Et toujours plus arqué, plus bas, Pcrasant Taîr plein de frimas
Le cîel croupit, vitreux amas De brume inerte.
Le deuil en suinte, et puis Teffroi...
C'est la neige : un je ne sais quoi De voltigeant, de blanc, de froid,
De mortuaire...
Le sol s'en recouvre, et le soir, Quand la voûte est sombre, on croit voir Le face à face d'un drap noir <
Et d'un suaire.
Parfois, lorsque le vent du Nord
Siffle sec, aigu, froid et fort.
Se montre un azur presque mort,
Un bleu qui râle Plaqué de nuages laineux Tour à tour clairs, fuligineux.
Et semblant charrier en eux
Le soleiFpâle.
un LA NATURE.
Enfin, a lieu rachèyem^nt Du végétal pourrissement ; L'arbre guérit tout doucement
De son massacre.
Déjà le ciel remonte, il est D'un bleu fumeux, louche, incomplet, Cendreux, perlé, couleur de lait.
D'ambre et de nacre.
Mais sitôt que l'herbe a grandi.
Quand le poisson désengourdi Nage à fleur du remous tiédi,
Le ciel s'étale Et resplendit tranquille et pur :
De temps en temps, par son azur Où le soleil tout à fait sûr
Se réinstalle,
Des nuages, grands, rabougris, Roux et mauves, rosâtres, gris.
Cuivrés, d'émail, de vert-de-gris,
D'or et d'hermine, Yont un à un ou se groupant, De ce train glisseur et rampant De l'eau, du spectre, du serpent,
De la vermine.
Alors, durant ces mois bénis Des marguerites et des nids.
Le ciel offre des infinis
De paysage, Une lente procession De toute la création, Depuis l'informe vision
Jusqu'au vidage.
Aux souffles amoureux du vent La fin du jour vient en rêvant; Tout à coup, la lune crevant Ses derniers voiles
Surgît douce, exhalant son feu Si mélancoliquement bleu, Toute seule, ou bien au milieu De ses étoiles.
Le rossignol chante l'éclat Et la langueur de ces nuits-là Où de la nue au calme plat.
Comme ardoisée, Coule un mélange de reflets Vaguement verts et violets, D'haleines, de frissons follets
Et de rosée,
Cependant que par les airs bruns, Comme des âmes de défunts, Vers les cieux montent les parfums
Des eaux, des terres :
Mutuelle exhalation D'amour, de bénédiction.
Espèce de communion De leurs mystères.
Puis les nuages réveillés De rose et d'or sont habillés, Car l'aube aux coloris mouillés,
Leur costumière, Fleurit tout le ciel qui soudain, Gaze, velours, moire et satin, Devient le vaporeux jardin
De la lumière.
Tel, dans un ordre continu, Va le cours du ciel inconnu.
Du grand ciel solitaire et nu,
L'énorme dôme Indifférent, aveugle et soiird A ce triste monde si lourd Que la vie anime et parcourt
De son fantôme.
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