‹ La nature; poésies: poésiesChapitre 36 sur 85 · LA BERGÈRE · texte numérisé non relu

LA BERGÈRE

Dont la mort fit la trahison !

La tendresse fut tout leur vice :

Elle consomma leur liaison

Sous la lune un soir de moisson ; Son deuil la brûle sans qu'il puisse Adoucir jamais sa cuisson. »

Soudain, dans ce val en prison Oii la broussaille se hérisse, Sous le ciel, devant l'horizon,

Elle accouche au chant du pinson.

C'est un petiot ! Lise, au supplice, Ç'une voix qui n'a plus de son

S'accuse, l'âme en pâmoison, De n'être pas encor nourrice ; Du moins, qu'elle ait le cher suçon,

L'adorable démangeaison Que le Jésus tout en malice ' Veut déjà faire à son téton !

Il en a du nerf et du ton

Pour que de la sorte il vagisse !

Mais elle calme Tavorton,

Touche avec des mains de coton Ce corps fragile qui se plisse Rondelet comme un peloton

Et montrant fossette au menton.

Elle admire sa tête lisse, Menottes et museau glouton,

Nunu, cuissolette et peton :

Il faut que son regard s'emplisse

De tout son petit rejeton !

LA BERGÊÏIE. 157

Et SOUS le verdoyant festoii, Ils sont là, figés en délice, La bergère et son mignoton,

Couvés par le vieux chien Pluton Dardant mainte œillade en coulisse Vers la chevrette et le mouton.

Pas de langes : sa coiffe et son Petit tablier font l'office.

L'enfant s'endort à sa chanson.

« Oh ! n'avoir qu'un même frisson Pour tous deux, qu'une chair complice, Respirer, vivre à l'unisson !

Tant de bonheur en floraison Vaut la peine qu'elle pâtisse D'ailleurs, c'est la belle saison :

Elle ira, si toutefois on '

Ne veut pas la prendre en service,

Mendier avec son nourrisson.

Elle aura du mal à foison :

Eh qu'importe I qu'on la bannisse

A tout jamais de la maison,

Qu'on la craigne comme un poison, Qu'on la batte, qu'on la maudisse, Son cœur lui dit qu'elle a raison I — Et le bon Dieu fera justice. >

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