LE PETIT PAYSAGE
Le vent caché pour le moment D'aucun souffle ne les dérange :
Ils dorment leur sommeil étrange De stupeur et d'écrasement.
Le soleil cuisant le sillon L'onde, les foins, Tarbre et la roche, Par intervalles les accroche D'une parcelle de rayon;
Et ce peu d'ardente clarté Qui les transfigure quand même»
Les réjouit dansleur jour blême Et leur brumeuse humidité.
Brin vert et champignon rosé Genêt, caillou que l'onde humecte.
Sont tous nus; pas le moindre insect Ne s'y montre errant ou posé.
Mais là, sur la moussé, se tienl î Une mince et courte chenille, Et dans la flaque d'(îau frétille ;- Un crapaud lilliputien. . ;;
Cette chenillette en gaieté Sur sa touffe de mousse grêle Montre des ors dont son poil frêle Vieillit encor Tancienneté.
Et le petit crapaud gris brun Ayant traîné son ventre jaune, Sur le champignon si bien trônp Que tous deux, soudés, ne font qu'un.
Puis, Elle ondule au bord de l'eau Où Lui rentré flotte et renage, Et, chacun est un personnage Animant ce menu tableau.
LE PETIT PAYSAGE. iib
Par leur vif et lent va-et-vient Qu'ils manœuvrent à leur envie, L*un Tautre ils lui donnent la vie Minuscule qui lui convient.
Le Soleil devant maintenant Fondre les carreaux des fenêtres Fait flamber ces deux petits êtres Dans leur petit coin rayonnant.
Et le vent frôle à souffle chaud La toute petite peinture Dont rame est la miniature D'une chenille et d'un crapaud.