LES PILEUSES
Parfois, quand mes regards ont quitté la rivière Pour la cime du mont — j'aperçois tout à coup Des bergères qui sont assises ou debout, De face ou de profil, sur une grande pierre.
Avec leurs gestes lents et rares — leur complainte Qui bourdonne traînarde en la couleur du temps, Elles semblent des Sphinx animés et -chantants Sur ce banc de rocher dont elles ont la teinte.
Par le magique efTet des brumes et du soir On dirait que le ciel qu'elles atteignent juste Daigne de ses vapeurs leur silhouette fruste,
Si bien qu*halluciné dans ces tristes parages, Frissonnant malgré moi, je m'imagine voir Des sorcières filant au milieu des nuages.
La Cigale se perd
Dans la haie Où rien encor n'effraie
Son corps vert.
A peine s'il fait clair :
Le jour seulement raie
L'oseraie
D'un éclair.
Elle assiste au réveil
De l'aurore.
Tout le ciel se décore
Blanc vermeil D'un glacis de soleil ; L'air bleuit et se dore,
Bien qu'encore
En sommeil.
Tout sort comme d'un puits
De la brume ; Le sol moite qui fume
L'onde — et puis, Formes, couleurs et bruits, Dans le val que parfume
L'amertume •
De ses buis. •
Elle pour exciter '
Les Cigales Ses sœurs, moins matinales, A chanter
Se met à cliqueter, Faisant, par intervalles,
Ses cymbales
Se frotter.
Elle entend de trop loin
^ Leur réponse ; D'ailleurs, de Teau s'annonce.
Elle poind I Lors, prudente, avec soin, La Cigale se fronce ^
Et s'enfonce
Dans son coin.
Mais l'averse d'été
Vite enfouie Met l'arbre qui s'ennuie
En gaieté.
La béte a remonté Sous les gouttes de pluie.
Eblouie
De clarté.
Bientôt dans Tair plus bleu
Qu'elle rince-, L'averse est aussi mince
Qu*un cheveu.
La bête humecte un peu Sa bouchette qui pince,
Son cou grince
Tant qu'il peut.
Elle aborde un mûrier
Qui Taccueille, Visite un chèvrefeuille
Tout entier.
Son épineux sentier Va des fruits que l'on cueille
A la feuille
D'églantier.
Le matin s'est enfui,..
Midi brûle !
Nul zéphir ne circule,
Le sol cuit.
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Tout le ciel bas sur lui Cet air de canicule
Vibre, ondule,
Et reluit*
Ce fouillis la dçfend,
Mais en somme Outre que Tair Tassomme
Etouffant, Voici rheure où souvent Le serpent vient là, comme
L'oiseau, l'homme
Et l'enfant.
Donc ! tant pis ! son buisson
Va se taire.
Elle gagne une terre
De gazon Qui dort sans un frisson.
Dans ce lieu solitaire
Du mystère
A foison I
'*.pr,
Elle grimpait là-bas -
Chez son hôte Le buisson de la côte
Pas à pas, Mais dans ce pré ! non pas !
Au sein de l'herbe haute
Elle saute.;.
Quels ébats ! , •
Déjà pour le lézard • D'émeraude, t- •
Chercheur de Tombre chaude, Il est tard. •
Donc, sans peur, elle part,
Devant elle maraude.
Flâne et rôde Au hasard. • '
Ses deux antennes ont '
Délicates Un souple d'acrobates,
Elles font
Biais et demi-rond : , Où les mènent les pattes
D'automates .
Elles vont.
< Elle trouve ici, là,
Bien robée Abeille, scarabée
Plein d'éclat, Faucheux haut, bousier plat.
Rentrant de leur tournée,
Araignée
Qui s'en va.
Puis le reptile ami
Vert comme elle, La rainette crécelle
Qui frémit, Un ver, une fourmi, ' La grande sauterelle
Sa jumelle -
A demi.
Elle surprend Tessor
Ou la pause D*un beau papillon ro9e
Lamé d'or ; Elle rencontre encor Un vieux grillon morose
Qui repose
Semblant mort,
Un long parcours franchi,
Un peu lasse, Elle dort, se prélasse,
Réfléchit.
Et, le corps rafraîchi, Dans l'herbe haute ou basse
Saute, passe
Resurgit.
Tel endroit lisse et nu
L'échassière Maintes fois le préfère
Au touffu ;
ÏOURNÉE p^UNE €IGALE. 275
Son petit pied griffu Qui ^lordrait sur le verre
Ne sait guère
Rien (Tarda.
Tout lui va I roc luisant
Et cloaque, Bois mort, sable qui craque.
Jonc glissant, Creux, hauteur et versant !
Après la boue opaque
C*est la flaque
A présent !
Se risquer à l'eau ? Non 1
C'est folie :
Mais, cette herbe salie
Fait un pont.
Comme il suffît d'un bo,nd, Où son aile jolie
Se déplie
Tout de bon.
Elle prend celte fois
L'envolée Sur la branche isolée,
Sur les croix Des chemins, sur les bois, Sur la mousse brûlée
Et gelée
Des vieux toits.
Enfin, c'est son retour Qui lui tarde.
Elle tâte, regarde, Marche-court,
Lente, à chaque détour
Dans cette ombre blafarde Qui brouillarde Tout autour.
Son trajet est fourni...
Joie extrême !
Le voilà ce qu'elle aime :
Son cher nid,
rfKà^HMaâaÂ^^^.^c^undUA«âi^Ad^asei^eia>
Dans le buisson béni 1
C'est temps : maintenant même
Le jour blême
Est fmi.