‹ La nature; poésies: poésiesChapitre 64 sur 85 · LES PILEUSES · texte numérisé non relu

LES PILEUSES

Parfois, quand mes regards ont quitté la rivière Pour la cime du mont — j'aperçois tout à coup Des bergères qui sont assises ou debout, De face ou de profil, sur une grande pierre.

Avec leurs gestes lents et rares — leur complainte Qui bourdonne traînarde en la couleur du temps, Elles semblent des Sphinx animés et -chantants Sur ce banc de rocher dont elles ont la teinte.

Par le magique efTet des brumes et du soir On dirait que le ciel qu'elles atteignent juste Daigne de ses vapeurs leur silhouette fruste,

Si bien qu*halluciné dans ces tristes parages, Frissonnant malgré moi, je m'imagine voir Des sorcières filant au milieu des nuages.

La Cigale se perd

Dans la haie Où rien encor n'effraie

Son corps vert.

A peine s'il fait clair :

Le jour seulement raie

L'oseraie

D'un éclair.

Elle assiste au réveil

De l'aurore.

Tout le ciel se décore

Blanc vermeil D'un glacis de soleil ; L'air bleuit et se dore,

Bien qu'encore

En sommeil.

Tout sort comme d'un puits

De la brume ; Le sol moite qui fume

L'onde — et puis, Formes, couleurs et bruits, Dans le val que parfume

L'amertume •

De ses buis. •

Elle pour exciter '

Les Cigales Ses sœurs, moins matinales, A chanter

Se met à cliqueter, Faisant, par intervalles,

Ses cymbales

Se frotter.

Elle entend de trop loin

^ Leur réponse ; D'ailleurs, de Teau s'annonce.

Elle poind I Lors, prudente, avec soin, La Cigale se fronce ^

Et s'enfonce

Dans son coin.

Mais l'averse d'été

Vite enfouie Met l'arbre qui s'ennuie

En gaieté.

La béte a remonté Sous les gouttes de pluie.

Eblouie

De clarté.

Bientôt dans Tair plus bleu

Qu'elle rince-, L'averse est aussi mince

Qu*un cheveu.

La bête humecte un peu Sa bouchette qui pince,

Son cou grince

Tant qu'il peut.

Elle aborde un mûrier

Qui Taccueille, Visite un chèvrefeuille

Tout entier.

Son épineux sentier Va des fruits que l'on cueille

A la feuille

D'églantier.

Le matin s'est enfui,..

Midi brûle !

Nul zéphir ne circule,

Le sol cuit.

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Tout le ciel bas sur lui Cet air de canicule

Vibre, ondule,

Et reluit*

Ce fouillis la dçfend,

Mais en somme Outre que Tair Tassomme

Etouffant, Voici rheure où souvent Le serpent vient là, comme

L'oiseau, l'homme

Et l'enfant.

Donc ! tant pis ! son buisson

Va se taire.

Elle gagne une terre

De gazon Qui dort sans un frisson.

Dans ce lieu solitaire

Du mystère

A foison I

'*.pr,

Elle grimpait là-bas -

Chez son hôte Le buisson de la côte

Pas à pas, Mais dans ce pré ! non pas !

Au sein de l'herbe haute

Elle saute.;.

Quels ébats ! , •

Déjà pour le lézard • D'émeraude, t- •

Chercheur de Tombre chaude, Il est tard. •

Donc, sans peur, elle part,

Devant elle maraude.

Flâne et rôde Au hasard. • '

Ses deux antennes ont '

Délicates Un souple d'acrobates,

Elles font

Biais et demi-rond : , Où les mènent les pattes

D'automates .

Elles vont.

< Elle trouve ici, là,

Bien robée Abeille, scarabée

Plein d'éclat, Faucheux haut, bousier plat.

Rentrant de leur tournée,

Araignée

Qui s'en va.

Puis le reptile ami

Vert comme elle, La rainette crécelle

Qui frémit, Un ver, une fourmi, ' La grande sauterelle

Sa jumelle -

A demi.

Elle surprend Tessor

Ou la pause D*un beau papillon ro9e

Lamé d'or ; Elle rencontre encor Un vieux grillon morose

Qui repose

Semblant mort,

Un long parcours franchi,

Un peu lasse, Elle dort, se prélasse,

Réfléchit.

Et, le corps rafraîchi, Dans l'herbe haute ou basse

Saute, passe

Resurgit.

Tel endroit lisse et nu

L'échassière Maintes fois le préfère

Au touffu ;

ÏOURNÉE p^UNE €IGALE. 275

Son petit pied griffu Qui ^lordrait sur le verre

Ne sait guère

Rien (Tarda.

Tout lui va I roc luisant

Et cloaque, Bois mort, sable qui craque.

Jonc glissant, Creux, hauteur et versant !

Après la boue opaque

C*est la flaque

A présent !

Se risquer à l'eau ? Non 1

C'est folie :

Mais, cette herbe salie

Fait un pont.

Comme il suffît d'un bo,nd, Où son aile jolie

Se déplie

Tout de bon.

Elle prend celte fois

L'envolée Sur la branche isolée,

Sur les croix Des chemins, sur les bois, Sur la mousse brûlée

Et gelée

Des vieux toits.

Enfin, c'est son retour Qui lui tarde.

Elle tâte, regarde, Marche-court,

Lente, à chaque détour

Dans cette ombre blafarde Qui brouillarde Tout autour.

Son trajet est fourni...

Joie extrême !

Le voilà ce qu'elle aime :

Son cher nid,

rfKà^HMaâaÂ^^^.^c^undUA«âi^Ad^asei^eia>

Dans le buisson béni 1

C'est temps : maintenant même

Le jour blême

Est fmi.

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